Perturbateurs endocriniens : responsabilités dans l'obésité et le diabète de type 2 - 03/12/25
: Professeur, endocrinologue, C. Hinault-Boyer b : Maîtresse de conférence, biologiste-biochimisteRésumé |
Les prévalences respectives de l'obésité et du diabète de type 2 ont atteint des niveaux sans précédent à travers le monde, et dépassent largement les premières prédictions de l'Organisation mondiale de la santé réalisées au début des années 2000. La suralimentation et le mode de vie sédentaire n'expliquent pas, à eux seuls, cette épidémie grandissante. Les perturbateurs endocriniens (PE) sont des molécules naturelles ou chimiques, extérieures à notre organisme, capables d'interférer avec le système endocrinien, mais également de perturber les voies de signalisation du métabolisme glucidique et lipidique de notre organisme et d'avoir un impact sur notre descendance. En raison de leurs propriétés physicochimiques, certains PE sont dits non persistants ou persistants. Cette catégorie de PE persistants fait partie de la famille des polluants organiques persistants (POP), qui ne sont pas tous, pour autant, des PE. Les PE sont ubiquitaires dans notre environnement quotidien et impliqués dans de nombreuses pathologies, parmi lesquelles des anomalies de l'axe reproducteur et les cancers hormonodépendants (sein, testicule, prostate, côlon). L'exposition aux PE, notamment au bisphénol A, est responsable chez le rongeur d'anomalies de régulation de la sécrétion d'insuline et de son action au niveau périphérique, mais également d'une différenciation adipocytaire capable de déterminer un véritable état d'insulinorésistance, élément clé dans la physiopathologie de l'obésité et du diabète de type 2. Chez l'homme, des études épidémiologiques ont montré un lien direct entre exposition à certains POP et survenue d'un syndrome métabolique ou d'un diabète de type 2 dans les années qui ont suivi des expositions aiguës, le plus souvent accidentelles (accident de Seveso, guerre du Vietnam). Ces données d'exposition accidentelle ont été confirmées à plus grande échelle, dans des études épidémiologiques longitudinales qui ont mis en évidence des concentrations plus élevées de PE chez les patients obèses et/ou diabétiques de type 2, notamment de POP, qui doivent donc être considérés comme des facteurs de risque à part entière d'insulinorésistance. Par ailleurs, des travaux ont rapporté l'impact métabolique délétère des PE durant la vie fœtale, qui correspond à une période de plus grande vulnérabilité à l'origine d'une programmation future des pathologies métaboliques survenant à l'âge adulte. La participation des PE dans l'épidémie d'obésité et de diabète de type 2 ne semble donc plus faire de doute, et son coût annuel a d'ailleurs été estimé à plus de 20 milliards d'euros par l'Union européenne.
Mots-clés : Diabète de type 2, Obésité, Perturbateurs endocriniens, Polluants, Programmation fœtale
Plan
| Pour citation, ne pas utiliser la référence ci-dessus de cet article, mais la référence de la version originale publiée dans EMC - Endocrinologie-Nutrition 2025;36(4):1-17 [Article 10-506-B-30]. |
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