Réactivité mélanopsinergique inversée dans le trouble insomnie et l’hypersomnie idiopathique : signification physiopathologique - 06/03/26
, Ludovic Ergand 1, 2, Sammy Saadi 1, 2, Ulker Kilic-Huck 1, 2, Elisabeth Ruppert 1, 2, Lucie Cuzzupi 1, 2, Laurence Hugueny 1, 2, Heloïse Rach 1, 2, Patrice Bourgin 1, 2Résumé |
Objectif |
Les troubles de la veille et du sommeil constituent un enjeu majeur de santé publique. L’insomnie d’endormissement, la plainte de sommeil la plus fréquente (≈10 %), contraste avec l’hypersomnie idiopathique (HI), caractérisée par une somnolence diurne excessive et un allongement pathologique du temps de sommeil (> 660 minutes), qui touche 1 personne sur 2000 mais reste sous-diagnostiquée. De par ses effets non-visuels, la lumière joue un rôle majeur dans la régulation veille/sommeil via les projections des cellules ganglionnaires rétiniennes intrinsèquement photosensibles (ipRGCs) contenant la mélanopsine, particulièrement sensible à la lumière bleue. Nous avons cherché à déterminer si ces troubles présentent des réponses mélanopsinergiques opposées, en comparant la Réponse Pupillaire Post-Illumination (PIPR), biomarqueur fonctionnel des ipRGCs.
Méthodes |
Nous avons donc mesuré le diamètre pupillaire et la PIPR chez 61 patients atteints d’IH, 31 patients avec insomnie d’endormissement et 106 sujets sains, à l’aide d’un protocole pupillométrique à expositions longues, complété par des auto-questionnaires sur les habitudes de sommeil et l’humeur. Les différences entre groupes ont été analysées avec des régressions logistiques ajustées sur l’âge.
Résultats |
Les patients avec insomnie présentaient une diminution de la réponse pupillaire à la lumière rouge (PIPR rouge, p = 0,016), ainsi qu’une augmentation de réponse pupillaire à la lumière bleue et verte, reflétant une hyperréactivité mélanopsinergique (PIPR bleu, p = 0,027, PIPR vert, p = 0,015). Inversement, les patients avec HI présentaient une PIPR bleue réduite par rapport aux témoins et aux insomniaques ( p = 0,007 et p = 0,0003), suggérant une hyposensibilité mélanopsinergique.
Conclusion |
Ces résultats révèlent un dysfonctionnement opposé des ipRCGs dans ces troubles, aligné sur leurs symptomatologies opposées : hyperréactivité mélanopsinergique dans l’insomnie, cohérente avec leurs difficultés d’endormissement et l’hypothèse d’un hyperéveil ; hyporéactivité mélanopsinergique dans l’IH, pouvant contribuer à leur symptomatologie de somnolence diurne excessive. Ces résultats ouvrent des perspectives thérapeutiques innovantes par luminothérapie ciblée : exposition rouge au coucher pour l’insomnie, et exposition bleue au réveil pour l’hypersomnie. La pupillométrie, en mesurant la PIPR, apparaît ainsi comme un outil prometteur pour la caractérisation physiopathologique des troubles de l’éveil et du sommeil, et l’élaboration de stratégies thérapeutiques adaptées.
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Vol 23 - N° 1
P. 22-23 - mars 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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