Cénobamate : apport d’un cas clinique à l’interprétation des concentrations - 26/04/26
, Corinne CharlierRésumé |
Objectifs |
Le cénobamate (Ontozry®) est un nouvel antiépileptique indiqué comme adjuvant pour le traitement des patients atteints d’une épilepsie réfractaire. Autorisé en Europe depuis 2021, la littérature le concernant est encore lacunaire. La posologie doit être augmentée progressivement, et le résumé des caractéristiques du produit (RCP) mentionne que « les symptômes de surdosage devraient correspondre aux effets indésirables et comprennent la somnolence, la fatigue et les étourdissements. » Nous décrivons le cas d’une patiente de 38 ans sous trithérapie antiépileptique incluant le cénobamate, qui a été admise aux soins intensifs pour une altération de l’état de conscience (score de Glasgow à 7) suite à une intoxication médicamenteuse volontaire qui, selon témoin, aurait eu lieu au moyen de 10 comprimés de cénobamate, 14 comprimés de lorazépam, 40 comprimés de zolpidem, et 1/2 bouteille de Rhum.
Méthode |
Le sérum prélevé à l’admission a été soumis à une extraction liquide-liquide avant analyse par chromatographie liquide couplée à un détecteur à barrette de diodes. Cette méthode a permis le dosage des médicaments psychotropes, incluant la lamotrigine et le cénobamate. Seule la carbamazépine a été dosée sur automate, de même que l’éthanol.
Résultats |
À côté d’un taux d’alcool à 1,59 g/L, tous les médicaments psychotropes faisant partie du traitement de la patiente ont été mis en évidence en concentration thérapeutique (nordiazépam : 580 μg/L (intervalle thérapeutique : 120–800 μg/L), oxazépam : 49 μg/L (intervalle thérapeutique : 200–1500 μg/L) ; venlafaxine : 90,6 μg/L ; déméthylvenlafaxine : 219 μg/L (intervalle thérapeutique pour la somme de la venlafaxine et son métabolite : 100–400 μg/L)) ou suprathérapeutique : – lorazépam : 36 μg/L (intervalle de référence : 10–15 μg/L) ; – zolpidem : 368 μg/L (intervalle de référence : 80–150 μg/L). Les médicaments antiépileptiques ont été retrouvés en concentration thérapeutique (lamotrigine à 11,1 mg/L et carbamazépine à 8,67 mg/L, intervalles thérapeutiques allant de 3 à 15 mg/L et de 4 à 12 mg/L, respectivement). Du fait de son apparition récente sur le marché du médicament, l’intervalle thérapeutique du cénobamate n’est pas établi. Une étude récente [Steinhoff B. et al., 2024] fait état d’une corrélation linéaire entre la posologie quotidienne (100–400 mg) et les dosages plasmatiques (3,8–54,6 mg/L), en mentionnant toutefois une variabilité interindividuelle importante quant à la survenue d’effets indésirables. La valeur de 33,3 mg/L observée chez la patiente ne semble pas excessivement élevée, et malgré une ingestion déclarée massive, la concentration plasmatique du cénobamate ne permettrait pas d’expliquer, à elle seule, l’altération neurologique sévère. Par contre, en combinaison avec l’alcool et les autres médicaments psychotropes, la gravité clinique semble plus justifiée. Après 8 jours en unité de soins intensifs et remplacement du cénobamate par du topiramate, la patiente a été transférée en psychiatrie. Notons enfin que parmi la liste d’effets indésirables potentiels mentionnée dans le RCP, les idées suicidaires sont peu fréquentes.
Conclusion |
Le cénobamate pourrait avoir joué un rôle important dans le décours de cette intoxication. Compte tenu de l’introduction récente de ce produit dans l’arsenal thérapeutique, les rapports de cas le concernant sont essentiels pour mieux appréhender les risques liés à sa prescription et interpréter les éventuelles observations cliniques en cas de prise en charge d’une intoxication.
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Vol 38 - N° 1S
P. S62 - mai 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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