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Marcel Proust : le temps ne fait rien à l'affaire - 26/06/07

Doi : 10.1016/j.evopsy.2007.04.007 
Maurice Corcos
Chef de Service du Département de Psychiatrie de l'Adolescent, Institut Mutualiste Montsouris, 42, boulevard Jourdan, 75014 Paris, France 

Auteur correspondant : (M Corcos).

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Résumé

Comme le soulignait l'historien de l'art Daniel Arasse [1], «L'ancrage de la pulsion artistique dans la pulsion sexuelle était connu de toute l'Antiquité, avant que les théories chrétiennes et «humanistes» de l'art ne viennent occulter et refouler cette réalité première». La trop copieuse associativité proustienne, au-delà de masquer-dévoiler, en les poétisant, les images sexuelles crues, celles-là même qu'il qualifiait «d'inévitables», et qui, sa vie durant, l'auront persécuté, marque en plein l'abîme creusé par l'absence de ceux qui abandonnèrent en mourant le trop longtemps enfant de quatre ans, puis l'éternel «jeune homme». Absence qui réveilla douloureusement et extatiquement leur silence sur ses étranges comportements. Le sadisme, recouvert de lourdes mais savoureuses componctions mielleuses, qui se niche au coeur de l'oeuvre ou dans les nombreuses lettres de condoléances de sa correspondance est bien l'érotisation d'un immense chagrin inconsolable autrement. Le chagrin d'être séparé de maman, mais pas forcément pour les raisons que l'on croit. À la Recherche du temps perdu sera une recherche de ses raisons perdues. Les fameuses réminiscences délivreront à l'auteur moins les clés du bonheur dans le «temps pur» que les raisons d'un malheur (l'emprise maternelle et la distance paternelle), moins les traces d'un paradis intime perdu que celles d'un effondrement dans un petit néant personnel. L'innocence enfantine n'est jamais retrouvée et le chagrin dure plus longtemps que l'amour sont deux des découvertes de la Recherche. Ces réminiscences ne donneront in fine qu'un faux sentiment d'éternité éphémère; dès qu'elles cesseront, elles ouvriront à l'abyme du non vécu, ... le vrai temps perdu. Temps de l'attente de la mère par l'enfant, au miroir duquel le temps de l'attente de la mort et des retrouvailles se réfléchira. Arrêter le temps pour retrouver l'illusoire bonheur intime dans la fusion à la mère-monde aura été le viatique de Marcel Proust. Contenir l'intolérable souffrance de l'absence par la dénégation du temps et de l'espace, et retrouver ici et maintenant, même un moment seulement, mais corps et âme, l'objet perdu dans le souvenir aura été son épopée. La Recherche fut l'histoire d'un adulte allergique qui gratta, avec passion, ses plaies d'enfance et ses verrues d'adolescent, réactivant un passé qui ne passait pas parce qu'il n'eut pas lieu d'être. Les seuls vrais souvenirs d'enfance qui résistent à l'amnésie infantile sont ceux d'un désaccord avec l'objet, la seule mémoire restitutive et celle de l'absence, la mémoire de l'absence du corps de l'enfant séparé de l'objet, tant il est vrai qu'il est plus difficile de renoncer à ce qui blesse qu'à ce qui rend heureux.

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Abstract

As the art historian Daniel Arasse emphasised [1], ‘The anchorage of the artistic drive in the sexual drive was known throughout antiquity, before Christian and ‘Humanist' theories of art would occult and repress that primary reality'. The too copious Proustian activity of association, beyond masking and revealing crude sexual images poetically, those very same which he qualified as ‘inevitable', and which may have persecuted him all his life, fully marks out the abyss hollowed out by those who dying abandoned he who was a four year old boy for too long, and then the ‘eternal young man'. This absence was at once the painful and ecstatic lifting of their silence on his strange behaviour. The sadism, covered over with heavy but delectable and syrupy contrition, nestling in the heart of the work or in the many letters of condolence in his correspondance, is undoubtedly the erotisation of a grief otherwise inconsolable. The grief of being separated from Mummy, but not necessarily for the reasons we think. In Search of Lost Time will be the research for lost reasons. The famous reminiscences are less likely to deliver to the author the keys of happiness in ‘pure time' than the reasons for his unhappiness (all-powerful mother, absent father), are less the traces of a lost intimate paradise than those of a break-down in a small, personal world of nothingness. That childhood innocence is never rediscovered and that grief lasts longer than love are two discoveries made in The Research. The reminiscences will only give in fine a specious sentiment of ephemeral eternity; as soon as they stop, the abyss of the unlived will open ... of the real time lost. The time of the child's waiting for the Mother , in the mirror of which will be reflected the time spent waiting for death and to be reunited. To stop time in order to find illusory intimate happiness in the Mother-world fusion will have been Marcel Proust's viaticum. To contain the intolerable suffering of absence by negating time and space, and finding the here and now , even for one moment only, but body and soul, and so the lost object in the memory; this will have been his epic. The Research is the story of an allergic adult who scratched passionately at his childhood wounds and adolescent warts, thus reactivating a past which would not pass since it did not take its place. The only real memories which resist infantile amnesia, are those of disagreement with the object, the only restitutive memory and that of absence, the memory of the absence of the body of the child separated from the object, insofar as it is true to say that there is more difficulty renouncing a source of wounding than a source of happiness.

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Mots clés : Marcel Proust, Temps, Onanisme, Mélancolie

Keywords : Marcel Proust, Time, Onanism, Melancholy


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Vol 72 - N° 2

P. 243-257 - avril-juin 2007 Retour au numéro
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