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La perte de contingence : un concept phénoménologique renseignant les modèles cognitifs du délire de type paranoïaque - 23/10/13

Loss of contingency: Clinical phenomenology casts new light on cognitive models of persecutory delusion

Doi : 10.1016/j.evopsy.2013.09.007 
Yann Craus  : Psychiatre
 Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, intersecteur 6, centre hospitalier Sainte-Anne, 1, rue Cabanis, 75014 Paris, France 

Auteur correspondant.
Sous presse. Épreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le Wednesday 23 October 2013
Cet article a été publié dans un numéro de la revue, cliquez ici pour y accéder

Résumé

Objectifs

Dans le champ de la recherche sur les délires, les sciences cognitives ont développé des modèles associant philosophes, psychologues et neuroscientifiques, concernant principalement les délires monothématiques (de type illusion des sosies de Capgras) et les expériences schizophréniques. Entité clinique princeps dans la tradition psychopathologique des psychoses, le délire de type paranoïaque est récemment l’objet d’études spécifiques à partir desquelles des modèles cognitifs, généraux ou spécifiques (Bentall, Freeman), isolent des facteurs de plus en plus nombreux. Nous analysons la fécondité et la pertinence de ces modèles pour tenter de mettre en sens, au plus près de la clinique paranoïaque, l’ensemble des données issues des sciences cognitives.

Méthode

Une recherche bibliographique retrace l’approche cognitive du délire paranoïaque avec d’un côté, les modèles généraux du délire appliqués à la paranoïa et les modèles dédiés, et de l’autre des mécanismes cognitifs supposés défectueux. De plus, au plus près de la clinique, nous introduisons parmi ces données le concept phénoménologique de perte de contingence, créé par Minkowski et Lantéri-Laura.

Résultats

Trois grands modèles se disputent l’explication du délire en général : premièrement, le type rationaliste qui considère le délire comme une anomalie cognitive de haut degré ; deuxièmement, le type empiriste dans lequel le trouble est avant tout de l’ordre de l’expérience ; troisièmement, le modèle mixte qui associe une composante perceptive et une composante intellectuelle de haut niveau. Cette partition qui s’appuie sur le dualisme percept/intellect apporte peu à la compréhension du délire paranoïaque. De leur côté, les modèles dédiés opposent un mode de défense contre la dépression (Bentall) à une expression directe de l’anxiété (Freeman). Réduit ainsi à d’autres phénomènes psychiques, le délire paranoïaque n’est pas considéré dans sa spécificité clinique. La perte de contingence comme trouble fondamental, au contraire, le spécifie. Cette faculté perdue de l’être-au-monde du sujet explique un mécanisme d’attribution forcé, une théorie de l’esprit hypertrophiée, des troubles de la perception sociale et émotionnelle mais aussi des biais de raisonnement (jumping-to-conclusion, need to closure).

Discussion

L’approche des sciences cognitives revendique l’interdisciplinarité. L’intégration dans son champ d’un concept phénoménologique directement lié à l’expérience clinique gagne en pertinence pour mieux comprendre le délire paranoïaque. Les modèles dédiés sont relativement récents et s’appuient à vrai dire dans leurs conceptions sur la psychopathologie affective, dépression d’un côté, anxiété de l’autre. Trouver un modèle spécifique du délire paranoïaque s’avère une tâche à portée des sciences cognitives, si l’on accepte de saisir le phénomène dans toute sa richesse clinique, telle que nous l’enseignent les observations historiques de nos devanciers. Néanmoins, toutes les données expérimentales ne s’accordent pas avec la perte de contingence. C’est peut-être avant tout parce qu’elles sont elles-mêmes disparates et contradictoires. Une des grandes difficultés réside dans la définition de ce type de délire : celle actuellement retenue se réduit au délire de persécution selon le DSM IV-TR. La prise en compte d’autres caractéristiques (interprétation, systématisation) du délire permettrait de cibler le phénomène et de constituer des groupes plus homogènes, en dehors du champ de la schizophrénie.

Conclusions

Le concept de perte de contingence détient un fort pouvoir heuristique. Au plus près de la clinique, il éclaire d’un nouveau jour les données expérimentales obtenues en sciences cognitives et oriente les recherches vers des modèles prenant mieux en compte, spécifiquement, le délire paranoïaque. Ce type de délire présente de nombreuses caractéristiques, susceptibles d’en faire un objet d’étude majeur en psychiatrie dans le champ de la recherche interdisciplinaire entre sciences humaines et sciences fondamentales.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Objectives

When researching delusions, cognitive sciences have developed certain models involving philosophy, psychology and neuroscience but these mainly focus on a monothematic delusion (such as the Capgras syndrome) and schizophrenia. Paranoia is a princeps clinical entity in the psychopathological tradition of psychoses. Persecutory delusion has recently been the subject of specific studies focusing on attention and cognitive models, whether general or specific (Bentall, Freeman), and isolating a number of factors. We propose to analyze the pertinence of these models in order to test their fruitfulness. We have attempted to put data from cognitive sciences and clinical knowledge in order.

Method

A review underscores the cognitive approach to persecutory delusion. On the one hand, general or specific models are available, on the other, several cognitive mechanisms are thought to be impaired. Moreover, in accordance with an interdisciplinary view, we propose to bring the philosophical concept of contingency into the cognitive psychology of paranoia. According to Minkowski, loss of contingency is hypothesized to be the fundamental disorder concerning “being in the world” of paranoia.

Results

Three main models attempt to explain delusion: firstly, top-down account that considers delusion as a high order defect; secondly, bottom-up account where the first problem comes from experience; thirdly, a mixed model which associates low and high order levels. This splitting between percept and intellect is not very interesting for paranoia. Elsewhere, specific models place paranoia as a way of defense against depression (Bentall) and paranoia as directly reflecting anxiety (Freeman). According to these points of view, paranoia is not a specific disorder. On the contrary, loss of contingency as the primary disturbance enables us to specify paranoia. With this in mind, attribution's style is strained, the theory of mind is hypertrophied and social and emotional perception disorders are understood and, likewise, reasoning biases (jumping-to-conclusion, need to closure) highlight a kind of irrationality.

Discussion

Traditionally, research in cognitive sciences is interdisciplinary. By integrating a concept derived from phenomenology and clinical tradition, we gain in fruitfulness. In fact, specific models that are actually available rely on ideas stemming from affective psychopathology: depression and anxiety. If you grasp paranoia as a specific phenomenon according to the history of psychiatry, you can propose a model more fitting to clinical reality. Nevertheless, loss of contingency does not fit all experimental data. We notice that some data are partially conflicting and patch worked. A challenge remains to define paranoia well: the actual definition, according to the DSM IV-TR, is too restricted. Indeed, paranoia is not only persecutory delusion. Moreover, interpretation and systematization are critical concepts when targeting paranoia outside of the field of schizophrenia.

Conclusion

Loss of contingency is therefore a heuristic hypothesis which best explains most data and provides a new perspective to orient future cognitive experimental research, especially in the field of virtual reality. The clinical features of paranoia are highly suitable for cognitive studies in order to improve accounts.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Délire paranoïaque, Paranoïa, Psychopathologie, Phénoménologie, Contingence, Rationalité, Psychologie cognitive, Neurosciences, Étude critique, Cas clinique

Keywords : Persecutory delusion, Paranoia, Psychopathology, Phenomenology, Contingency, Rationality, Cognitive psychology, Neurosciences, Critical study, Clinical case


Plan


 Toute référence à cet article doit porter mention : Craus Y. La perte de contingence : un concept phénoménologique renseignant les modèles cognitifs du délire de type paranoïaque. Evol Psychiatr XXXX; Vol. (N°): pages (pour la version papier) ou URL et [date de consultation] (pour la version électronique).


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