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Figures et formes de la dysrégulation fantasmatique chez les états-limites : le cas de suicidants réitérants - 17/04/15

Doi : 10.1016/j.evopsy.2014.09.004 
Loïc Boissière, Docteur en psychologie clinique et psychopathologie a,  : Chargé d’enseignement, Vincent Estellon, maître de conférences HDR en psychopathologie clinique b : Professeur de psychopathologie clinique
a Institut de psychologie, université Paris-Descartes, 71, avenue Édouard-Vaillant, 92774 Boulogne-Billancourt cedex, France 
b Laboratoire PCPP, institut de psychologie, université Paris-Descartes, 71, avenue Édouard-Vaillant, 92774 Boulogne-Billancourt cedex, France 

Auteur correspondant.

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Résumé

Objectifs

La tendance récurrente aux passages à l’acte de nombre d’états-limites a pu classiquement être référée à un déficit représentationnel. L’hypothèse alternative que nous avançons est celle d’une dysrégulation fantasmatique dans le traitement de la perte et des mouvements pulsionnels agressifs/destructeurs consécutifs.

Méthode

Elle s’étaye sur une étude casuistique, clinique et projective (entretiens, Rorschach et TAT) réalisée sur un échantillon de neuf patients, adolescents et jeunes adultes suicidants réitérants. À partir d’extraits caractéristiques de protocoles, nous illustrons les principaux résultats obtenus.

Résultats

La confrontation à la perte semble déterminer deux modalités de réponse opposées : une inhibition drastique, sans évocation possible de représentations, ni même d’affects dépressifs ; un débordement fantasmatique et affectif, effraction toujours menaçante qui, partant, détermine l’inhibition massive. Sans possibilité d’élaboration régulatrice et « dégageante ». Ce traitement, insuffisamment fonctionnel, de la perte et de la souffrance dépressive génère un flux de représentations pulsionnelles destructrices et mortifères qui, faisant craindre pour la pérennité de l’objet, ne peuvent se jouer/réguler sur la scène interne. Elles sont alors massivement refoulées et font retour, dans certains cas, en émergences ponctuelles, notamment oniriques, ou, compulsivement, dans le retournement masochiste/mélancolique. Jusqu’au passage à l’acte, seul à même d’évacuer, transitoirement, une tension croissante que le psychisme ne peut absorber. Cependant que, de montées progressives en évacuations ponctuelles s’instaure un cycle de répétition suicidaire. Ailleurs, les objets abandonnants/persécutants font parfois plus brutalement retour. Ici, dans le prolongement de mouvements répétitifs d’identification projective et le procès subséquent de coalescence entre l’interne et l’externe. Là, par suite de la levée soudaine d’un refoulement massif. L’envahissement fantasmatique entraîne alors effroi et afflux traumatique de l’excitation pulsionnelle. S’ensuit une interruption ou une régression des processus représentatifs, transitoire et réversible, menant au raptus suicidaire.

Discussion

De ces raptus, il est usuel de déduire une insuffisance des ressources représentationnelles du sujet. C’est là un argument que nous réfutons, de telles occurrences traumatiques pouvant tout aussi bien s’observer, sous certaines conditions transitoires, dans des organisations réputées bien mentalisées. En revanche, la plus grande fréquence, ici, de ces dysrégulations représentatives ponctuelles, ultime issue d’une excitation en impasse et en inflation soudaine, doit, selon nous, se comprendre comme la conséquence dernière des dysrégulations permanentes du traitement fantasmatique de la perte et des mouvements pulsionnels agressifs consécutifs, spécifiques de ces patients limites.

Conclusion

La tendance récurrente aux passages à l’acte apparaît ainsi, non comme le produit d’un déficit représentationnel structurel, mais comme l’issue d’une dysrégulation fantasmatique, procédant en dernière instance d’achoppements conflictuels et se déclinant en différentes figures et formes.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Objectives

The recurrent tendency towards suicide acting out in a number of borderline states was classically referred to a deficient representation. The alternative hypothesis that we propose is dysregulation fantasizing in the treatment of loss and the consecutive urge for aggressive/destructive acts.

Method

The method was based on a casuistic, clinical and projective study (interviews, Rorschach and TAT) conducted on a sample of nine patients, adolescents and young adults repeatedly attempting suicide. Using characteristic extracts from protocols, we illustrate the main results obtained.

Results

The confrontation with loss appears to determine two opposing modalities of response: drastic inhibition, without possible evocation of representations or even of depressive affects and an impulse towards an emotional outburst, always menacing and which, when leaving, determines the massive inhibition with no possibility of a regulating and disengaging elaboration. The treatment, functionally insufficient, of the loss and of the depressive suffering, generates a flux of destructive and deadly drives, representations which, leading one to fear for the perpetuity of the object cannot play/regulate the internal scene. They are hence massively repressed and returned, in certain cases, in the form of sporadic outbursts, notably dream-like, or compulsively with a masochistic/melancholic return; up to the point of the acting out, which is the only response capable of evacuating temporarily a growing pressure that the psyche cannot absorb. Meanwhile, with progressive outbursts of sporadic evacuations, a repetitive suicidal cycle becomes installed. Furthermore, the abandoning/persecuting objects sometimes reappear brutally. Here, in the prolongation of repetitive acts of projective identification and the subsequent process of coalescence between the internal and external, and there following the sudden release of massive repressions. The invasion of fantasies hence leads to fear and traumatic afflux of the exciting urge. This is followed by a transitory and reversible interruption or regression of the representative processes, leading to suicidal raptus.

Discussion

From these raptuses, it is usually possible to deduct in an insufficiency of representational resources of the subject. This is one of the arguments that we disapprove of; such traumatic experiences can also be observed in certain transitory conditions, in organisations reputed to be clearly mentalized. On the other hand, the greater frequency here of these sporadic representative dysregulations, ultimate issue of an urge in an impasse and suddenly inflated, should, according to us, be understood as the final consequence of permanent dysregulations of the fantasizing treatment of loss, and the subsequent aggressive urges, specific to borderline patients.

Conclusion

The recurrent tendency to acting out therefore appears not as the produce of a deficient structural representation, but as the issue of a fantasizing dysregulation, proceeding in the final instance from conflicting stumbling blocks and declined in differing figures and forms.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Dysrégulation fantasmatique, État-limite, Passage à l’acte, Suicide, Répétition, Psychologie analytique, Perte d’objet, Agressivité, Destructivité, Test projectif

Keywords : Fantasizing dysregulation, Borderline states, Acting out, Repeated suicide, Analytical psychology, Loss, Aggressiveness/destruction, Projective methodology


Plan


 Toute référence à cet article doit porter mention : Boissière L, Estellon V. Figures et formes de la dysrégulation fantasmatique chez les états-limites : le cas de suicidants réitérants. Evol psychiatr 2015; 80(4) : pages (pour la version papier) ou URL [date de consultation] (pour la version électronique).


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Vol 80 - N° 2

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