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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 38, n° 8
pages 735-742 (octobre 2015)
Doi : 10.1016/j.jfo.2015.03.009
Received : 26 September 2014 ;  accepted : 9 Mars 2015
Les traumatismes oculaires en milieu urbain camerounais : à propos de 332 cas évalués selon l’Ocular Trauma Score
Ocular trauma in an urban Cameroonian setting: A study of 332 cases evaluated according to the Ocular Trauma Score
 

G. Koki a, b, , E. Epée a, A. Omgbwa Eballe c, E. Ntyame a, C. Mbogos Nsoh a, A.L. Bella a, C. Ebana Mvogo a
a Faculté de médecine et des sciences biomédicales, université de Yaoundé I, BP 12974, Yaoundé, Cameroun 
b Hôpital d’instruction et d’application des armées de Yaoundé, BP 12974, Yaoundé, Cameroun 
c Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques, université de Douala, carrefour Ange-Raphaël, Douala, Cameroun 

Auteur correspondant.
Résumé
But

Déterminer les caractéristiques épidémiologiques et cliniques des traumatismes oculaires après évaluation selon l’Ocular Trauma Score à l’hôpital d’instruction et d’application des armées de Yaoundé au Cameroun.

Patients et méthode

Étude hospitalière monocentrique, rétrospective et descriptive réalisée de janvier 2008 à décembre 2010. Était inclus tout patient victime de traumatisme oculaire. Après la mesure d’acuité visuelle de loin, chaque œil était évalué selon ce score. Le diagnostic le plus grave retenu était classé selon la Birmingham Eye Trauma Terminology System.

Résultats

La fréquence portant sur 364 yeux était de 3,56 % observée chez 204 hommes (61,44 %) et 128 femmes (38,56 %), pour un ratio de 1,59. L’âge moyen était de 32,95ans avec prédominance entre 21–30ans. Les artisans et les ouvriers étaient les plus atteints (28,61 %), suivi des étudiants (23,80 %) puis des forces de défense (19,58 %). Les circonstances de survenue dominées par les rixes (31,02 %) révélaient la prédominance des coups de poing (21,39 %). Moins de 72heures après le traumatisme, 37,34 % des patients étaient consultés. Trois cents (90,36 %) traumatismes étaient unilatéraux contre 32 (9,64 %) bilatéraux. L’acuité visuelle de loin moyenne à la 1re consultation était de 0,3 logMAR. L’Ocular Trauma Score a classé 13 yeux en 1, 19 en 2, 25 en 3, 54 en 4 et 253 en 5. Les structures anatomiques lésées, associées ou isolées étaient dominées par les parties les plus fragiles ou les plus exposées. Sur les yeux mesurables, 17 avaient une hypertonie posttraumatique de 22 à 45mmHg contre 7 hypotonies. Nous avons noté 201 (55,22 %) contusions oculo-palpébrales et 110 (30,22 %) plaies. La déficience visuelle était de 16,20 % et la cécité de 8,79 %.

Conclusion

En urgence, une bonne évaluation clinique selon l’Ocular Trauma Score de chaque cas vu dans les meilleurs délais conduirait à une prise en charge efficace.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Purpose

To determine the epidemiologic and clinical characteristics of ocular trauma after evaluation with the ocular trauma score at the Army Teaching Hospital in Yaoundé, Cameroon.

Patients and methods

A descriptive and retrospective monocentric hospital study was carried out from January 2008 to December 2010. Our sample included all patients with ocular trauma. Each traumatized eye was evaluated using the ocular trauma score after measurement of visual acuity. The most severe diagnoses observed were classified according to the Birmingham Eye Trauma Terminology system.

Results

The frequency out of 364 eyes was 3.56%. There were 204 men (61.44%) with a male/female ratio of 1.59. The mean age was 32.95 years with predominance of 21–30 years. The most affected groups were laborers and craftsmen (28.61%), followed closely by students (23.80%), then armed forces personnel (19.58%). Fights were noted as the most common cause in 31.02% of cases. Punches predominated in 21.39% of cases. In 37.34% of cases, patients were seen within 72hours of the trauma. Three hundred (90.36%) traumas were unilateral vs. 32 (9.64%) bilateral. The mean visual acuity at the first consultation was 0.3 logMAR. Grading after evaluation was as follows, 13 eyes were grade 1, 19 grade 2, 25 grade 3, 54 grade 4 and 253 grade 5. Fragile and exposed anatomical structures were the most commonly injured. Seventeen eyes exhibited elevated IOP (22 to 45) vs. 7 which were hypotonous. Two hundred and one (55.22%) oculo-palpebral contusions were noted, followed by 110 (30.22%) lacerations. Visual loss was reported in 16.20% and blindness in 8.79% of cases.

Conclusion

In the emergent setting, a good, timely clinical evaluation of each case according to the ocular trauma score may lead to effective management.

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Mots clés : Traumatisme oculaire, Ocular Trauma Score, Cécité

Keywords : Ocular trauma, Ocular Trauma Score, Blindness


Introduction

Les lésions oculaires isolées ou associées, provoquées par un traumatisme, concernent très souvent une ou plusieurs structures anatomiques du globe et mettent en jeu le pronostic fonctionnel de l’œil traumatisé. De multiples agents traumatisants sont incriminés en rapport avec des activités spécifiques, revêtant parfois un aspect médico-légal. Dans le monde, les traumatismes oculaires sont une cause importante mais évitable de cécité et de malvoyance [1]. Plusieurs études se sont penchées sur les traumatismes oculaires de l’enfant [2, 3, 4, 5, 6] et quelques unes ont associé l’adulte [1, 7, 8]. Depuis quelques années, une méthode d’évaluation, l’Ocular Trauma Score (OTS) a été mise en place pour aider à la prise en charge rapide d’un œil traumatisé afin de lui éviter la cécité [9, 10, 11]. Ainsi, le but assigné à ce travail est de déterminer les caractéristiques épidémiologiques et cliniques des traumatismes oculaires en utilisant cette nouvelle méthode d’évaluation clinique dans notre contexte.

Patients et méthode
Patients

Il s’agissait d’une étude hospitalière monocentrique, rétrospective et descriptive réalisée à l’hôpital d’instruction et d’application des armées de Yaoundé (HIAAY), de janvier 2008 à décembre 2010. Étaient inclus, tous les patients civils et militaires victimes de traumatisme oculaire et consultés au service pendant la période d’étude.

Méthode

Les données colligées portaient sur l’interrogatoire, l’inspection et si possible sur l’examen ophtalmologique complet de chaque malade réalisé au box de consultation ou complété au bloc opératoire. Il comprenait une mesure d’acuité visuelle, la biomicroscopie, la tonométrie et le fond d’œil si possible. Les malades étaient examinés par la même équipe. Toute consultation donnait lieu à un diagnostic présomptif confirmé par un faisceau d’arguments cliniques et des examens complémentaires. Le diagnostic le plus grave était retenu et classé selon la Birmingham Eye Trauma Terminology system [12]. Chaque œil traumatisé après une mesure d’acuité visuelle était classé selon l’OTS [9, 10, 11].

Il s’agissait :

d’attribuer un nombre de points à l’acuité visuelle mesurée de l’œil traumatisé (absence de perception lumineuse=60 points ; perception lumineuse à voit bouger la main=70 ; compte les doigts 1 mètre à CLD 5 m=80 ; 1/10 à 4/10=90 ;>5/10=100) ;
de retirer des points selon les dommages traumatiques qui s’ils étaient associés, soustrayaient une somme de points (rupture sclérale=−23 ; endophtalmie=−17 ; traumatisme perforant=−14 ; DR=−11 ; déficit pupillaire afférent relatif=−10) ;
de classer l’œil du malade après sommation des points en OTS 1 (0–44 points) ; OTS 2 (45–65) ; OTS 3 (66–80) ; OTS 4 (81–90) ; OTS 5 (91–100).

Les variables analysées étaient : la prévalence, l’âge, le sexe, la profession, les circonstances de survenue, l’agent traumatisant, le délai de consultation, l’AVL, la latéralité, la pression intra-oculaire (PIO) chaque fois qu’elle était possible, la structure anatomique lésée, le diagnostic et les complications. L’analyse des données était effectuée avec le logiciel Epi-info 3.5.1 et le test utilisé était celui du Chi2 avec une limite de confiance à 95 %.

Résultats
Caractéristiques épidémiologiques des traumatismes
Prévalence

Pendant cette période, 332 sur 9321 patients reçus présentaient 364 yeux traumatisés, avec une prévalence de traumatismes oculaires de 3,56 % (Figure 1).



Figure 1


Figure 1. 

Structures oculaires atteintes : a : plaie perforante cornéenne avec dyscorie et hernie de l’iris ; b : plaie cornéo-sclérale avec hernie du corps ciliaire ; c : plaie conjonctivo-sclérale avec issue du vitré.

Zoom

Sexe et âge

Les traumatismes étaient observés chez 204 hommes (61,44 %) et 128 femmes (38,56 %), pour un ratio de 1,59 en faveur des hommes (p >0,05). L’âge moyen était de 32,95±16,15ans avec des extrêmes de 6jours à 81ans. Quarante-huit avaient moins de 16ans. La Figure 2 montre que plus de la moitié des patients victimes de traumatisme oculaire se situait entre 21 et 40ans avec un pic plus élevé chez les 21–30ans.



Figure 2


Figure 2. 

Répartition selon les tranches d’âge. NB : 1=0 à 10ans, 2=11 à 20ans, 3=21 à 30, 4=31 à 40ans, 5=41 à 50ans, 6=51 à 60ans, 7=61 à 70ans, 8=70ans et plus.

Zoom

Aspects socioprofessionnelles

Les artisans et les ouvriers étaient les plus atteints avec 95 patients (28,61 %) dans lequel on notait 50 (15,06 %) ménagères, suivi des étudiants et élèves avec 79 patients (23,80 %). Les personnels des forces de défense étaient 65 (19,58 %). Les employés de bureau étaient 36 (10,84 %), les agriculteurs 17 (5,12 %) ainsi que les commerçants (restaurateurs compris) et les personnes sans emploi 11 (3,31 %). Enfin, les transporteurs et les sportifs étaient 8 (2,41 %) et 4 (1,21 %) respectivement.

Circonstances de survenue

Le Tableau 1 résume l’ensemble des circonstances dominées par les rixes et les accidents de la voie publique (AVP).

Agent traumatisant

Le Tableau 2 montre la répartition des traumatismes selon l’agent responsable. La prédominance des coups de poing était observée avec 71 cas (21,06 %).

Caractéristiques anatomo-cliniques
Délai de consultation

Le délai moyen de consultation chez les patients vus au cours de la première année était de 21,38jours. Celui de ceux vus plus d’un an après le traumatisme était de 7ans et 6 mois. Et le délai moyen chez tous les patients était de 329,50±145,45jours (extrêmes : 3heures à 26ans). Cent vingt-quatre patients (37,34 %) ont été examinés en moins de 72heures. Ceux examinés entre 4jours et un an constituaient le groupe le plus important avec 168 patients (50,60 %). Enfin, 36 patients (10,85 %) étaient vus un an après pendant que 4 étaient imprécis.

Latéralité

Sur les 332 patients reçus, 300 (90,36 %) étaient victimes de traumatismes unilatéraux contre 32 (9,64 %) bilatéraux (p <0,05). Par ailleurs, 188 (51,65 %) traumatismes portaient sur l’œil gauche contre 176 (48,35 %) sur l’œil droit avec un p =0,26.

Structures anatomiques lésées

Le Tableau 3 montre que la distribution des structures anatomiques lésées, associées ou isolées est dominée par les parties les plus fragiles ou les plus exposées.

Pression intra-oculaire

La PIO moyenne des 166 (45,60 %) yeux traumatisés sur lesquels la mesure était possible était de 14,73±5,48mmHg (extrêmes : 5–45mmHg). Dix-sept (10,24 %) yeux avaient une HTO posttraumatique de 22 à 45mmHg. Sept (4,21 %) étaient hypotones avec une moyenne de 6,57mmHg (extrêmes : 5–9mmHg).

Diagnostic

Contusions oculo-palpébrales

La fréquence diagnostique était dominée par les 201 (55,22 %) cas de contusions oculo-palpébrales responsables de 132 (36,26 %) inflammations conjonctivo-palpébrales, 16 (4,39 %) hyphémas, 16 (4,39 %) luxations ou subluxations du cristallin, 15 (4,12 %) cataractes, 13 (3,59 %) atteintes vitréo-rétiniennes et de 9 (2,47 %) œdèmes papillaires dont 3 hémorragiques évoquant des avulsions du nerf optique.

Plaies oculo-palpébrales

Elles représentaient 110 (30,22 %) cas réparties en 62 (17,03 %) plaies pénétrantes du globe, 20 (5,49 %) atteintes cornéo-scléro-conjonctivales (parmi lesquels 4 éclatements), 14 (3,85 %) lacérations palpébrales, 10 (2,74 %) atteintes cristalliniennes et 4 (1,11 %) perforations du globe. Des 62 plaies pénétrantes du globe observées, 47 étaient cornéennes et 15 cornéo-sclérales. La hernie de l’iris était 27 fois observée. Onze plaies présentaient un hyphéma et 9 une hémorragie intravitréenne. Vingt et sept yeux (16 contusions+11 plaies) présentaient un hyphéma ; stade 1 (13 yeux), stade 2 (8 yeux) et stade 3 (6 yeux). Aucun stade 4 n’était noté et les 16 hyphéma causés par les contusions étaient hypertones (4,39 %). Dans les 26 traumatismes rétiniens accessibles à l’examen (dont 13 contusions vitréo-rétiniennes+9 œdèmes papillaires+4 perforations), 11 s’accompagnaient de décollements de rétine et 9 d’atteinte maculaire.

Corps étrangers (CE)

Les CE oculaires étaient 27 cas (7,42 %) : 26 superficiels (7,14 %) (19 cornéens [5,22 %] et 7 conjonctivaux [1,92 %]) et un (0,28 %) intracristallinien.

Brûlures

Elles étaient 19 (5,22 %) provoquées par des agents chimiques, thermiques ou physiques, survenues au travail (9 cas parmi lesquels 3 chez les cuisiniers restaurateurs), à la maison (7 cas) et au cours d’une rixe (3 cas). Trois agents resteront indéterminés.

Fractures

Sept cas de fracture du plancher de l’orbite (soit 1,92 %) ont été notés.

Caractéristiques fonctionnelles

L’évaluation OTS a permis de classer 13 yeux en OTS 1, 19 en 2, 25 en 3, 54 en 4 et 253 en 5. L’AVL moyenne à la première consultation des 364 yeux traumatisés était de 0,3 logMAR (0,54±0,39 avec des extrêmes de pas de perception lumineuse à 1). Cent vingt-trois patients (37,05 %) ont été revus avec AVL moyenne passée de 0,4 à 0,2 logMAR (0,44 à 0,62) après prise en charge.

Cinquante (13,73 %) conjonctivites purulentes, 8 (2,19 %) cellulites orbitaires pré septales et 4 (1,09 %) endophtalmies/panophtalmies ont constitué les complications infectieuses et ou inflammatoires de ce travail avec comme séquelles, 4 (1,09 %) phtyses bulbaires et 2 (0,55 %) entropion-trichiasis notés.

Cinquante-neuf (soit 16,20 %) yeux étaient atteints de déficience visuelle et 32 (soit 8,79 %) de cécité. Trois (0,82 %) patients présentaient une cécité bilatérale. Les causes majeures étaient : cristalliniennes (35 cas), rétiniennes (20 cas), opacités cornéennes (19 cas), phtyses bulbaires séquellaires (4 cas), perforations du globe (4 cas), infectieuses (endophtalmies et panophtalmies : 4 cas), staphylomes du globe (3 cas) et brûlures oculaires (2 cas).

Discussion
Caractéristiques épidémiologiques des traumatismes

Les traumatismes sont des causes majeures et évitables de cécité de l’adulte mais surtout de l’enfant [1, 2, 3, 4, 5, 7, 10, 13]. La prévalence notée ici est proche de celle de Vats et al. [8] en Inde, mais reste faible comparée aux autres données de la littérature [7].

La prédominance masculine est conforme aux données de la littérature [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 13, 14, 15, 16, 17, 18]. La masculinité exprimée par l’agressivité, la férocité et la brutalité dans l’activité [1], expliquerait probablement cette prédominance non significative.

La fréquence des traumatismes oculaires varie avec l’âge [1, 7]. Dans notre série, elle passe du simple chez l’enfant et l’adolescent de moins de 20ans, au triple chez l’adulte de moins de 50ans et faiblit considérablement chez les plus de 50ans. Les activités sportives, scolaires et socioprofessionnelles sont une justification à cette progression. Ces résultats sont corroborés par ceux de Lam et Ndiaye [7] à Dakar en 1992, de Tchabi et al. [14] à Cotonou en 2010 et de Omolase et Oluwode [1] à Owo en 2011 bien que les tranches d’âge ne soient pas toujours les mêmes.

Les artisans et ouvriers tout comme dans la série de Tchabi et al. [14] étaient les plus représentatifs suivis des étudiants et élèves. Ceci est dû au faible port du matériel de protection au travail et à la vulnérabilité des femmes, car les ménagères constituent le sous-groupe le plus atteint. Les personnels de défense sont exposés aux agressions de diverses natures pendant les opérations ou des exercices d’entraînement militaires. Les effets de surprise ici sont souvent très difficiles à éviter malgré les protections portées [9, 19].

La prédominance des rixes parmi les circonstances de survenue et des coups de poing parmi les agents traumatisants est concordante. Les rixes constituent une circonstance très fréquemment évoquée [2, 7, 13, 14, 15]. Zghal-Mokni et al. [20] dans une étude tunisienne trouvaient une fréquence des accidents de travail similaire à la notre. Si les rixes sont relativement difficiles à prévenir, les accidents par contre peuvent et doivent l’être. Par une législation et une réglementation assez stricte, bien encadrée et rigoureusement appliquée, en fonction des statistiques morbides révélées par des études. Les instances dirigeantes de chaque pays peuvent lutter contre cette cécité évitable.

Surtout qu’Emole Ngondi et al. [21] affirment le partage des responsabilités entre l’employeur, l’employé et la législation en vigueur. L’exemple est celui de l’Irlande du nord, de l’Afrique du sud, de l’Italie et de certains États américains (Arizona, Georgie, New Jersey, New York) qui en ont fait la preuve avec l’interdiction de la vente et de l’utilisation des artifices de divertissement sur leur territoire [15]. L’action de l’homme reste le grand pourvoyeur de cette cécité évitable par irritation (coup de poing, coude, gourdin), négligence (bris de pare brise, coup d’arc) ou méchanceté (projection de bouteille, armes blanche et à feu). Pour réduire cette action de l’homme, une sensibilisation individuelle et collective à travers les causeries éducatives dans nos services et la sanction sont nos recommandations.

Caractéristiques anatomo-cliniques

Le délai de consultation est une variable presque jamais analysée dans des études occidentales [15, 21], mais qui l’est dans celles des pays en voie de développement [1, 2, 5, 7, 13, 14, 16, 19, 20]. Ceci se justifie par les paramètres liés :

au patient et ou à son entourage (négligence du port des instruments de sécurité prévus et banalisation du traumatisme par le malade ou ses parents pour éviter la honte ou la raillerie des autres ; déni de responsabilité du traumatisme ; importance accordée aux soins traditionnels en milieu rural et surtout pauvreté) ;
au centre de soins ophtalmologiques (mauvaise évaluation clinique du traumatisme, qualité de prise en charge et système de référence) ;
à la distance qui les sépare. Seulement un tiers des patients avait consulté avant la 72e heure. Ceci est une incidence très faible quand on sait que le pronostic fonctionnel en dépend justifiant le taux de cécité noté dans ce travail.

Notre étude révèle une unilatéralité traumatique conforme aux données de la littérature [1, 6, 7, 13, 15, 16]. Omolase et Oluwode [1] évoquent des atteintes bilatérales proche de la notre et inférieures aux 37 % de Heather [22].

La prédominance d’un œil sur l’autre semble être le fait d’un hasard de projectile. Ce point de vue ne semble pas être celui des Anglo-Saxons qui pensent que l’œil droit prédominerait chez l’enfant et l’œil gauche chez l’adulte [7].

Les chocs direct ou indirecte avec ou sans corps étrangers responsables des traumatismes à globe ouvert ou fermé constituent l’essentiel des mécanismes étiopathogéniques. Ils justifient les structures anatomiques lésées isolément ou associées conférant un pronostic bon ou mauvais [1, 10, 23] d’appréciation relativement aisée avec la méthode OTS. Les parties les plus atteintes le sont du fait de leur fragilité ou de leur degré d’exposition mais surtout de la qualité et de la vitesse de l’agent traumatisant. Il faut noter l’importance de l’enveloppe protectrice qu’est la sclère, car toute atteinte de celle-ci expose le contenu oculaire correspondant à la soustraction du plus grand nombre de points dans la grille OTS.

La PIO peut s’élever ou chuter dans un œil traumatisé. Sa mesure n’est possible que s’il garde une certaine consistance, mais surtout si la cornée n’est pas érodée. C’est une variable qui dans les travaux sur les traumatismes, est souvent peu ou pas analysée [16]. Toute mesure de celle-ci n’a qu’une valeur indicative devant une contusion initialement simple sans hyphéma, mais prend une valeur pronostique considérable si elle est élevée, persistante et combinée à un hyphéma comme c’était le cas pour certains de nos patients.

Dans notre étude, les contusions oculo-palpébrales prédominantes provoquaient des lésions légères, modérées et graves avec mise en jeu du pronostic fonctionnel. Les lésions légère et modérée étaient médicalement prises en charge plus souvent. Lam et Ndiaye [7], Doutetien et al. [16] reconnaissent la complexité de la prise en charge chirurgicale des lésions oculaires graves. La fréquence des plaies dans notre série est supérieure à celle de Lam et Ndiaye [7]. Ceci s’explique par le fait d’avoir associé les plaies palpébrales et oculaires. Les plaies oculo-palpébrales posent un problème de restitution anatomique du globe en urgence chaque fois qu’une fonction visuelle fut-elle minime peut être récupérée.

Ainsi donc, le rendu chirurgical est dépendant de plusieurs paramètres dont les plus importants nous semblent être :

les délais de prise en charge (moins de 6heures) ;
la profondeur des dégâts ;
l’agent traumatisant souillé ou non constitué en CE ou non ;
l’infection ou non de la plaie.

Les CE du segment antérieur ont un meilleur pronostic que ceux du segment postérieur (SP) et de l’orbite qui peuvent être associés à une plaie oculaire ou cranio-faciale ou être méconnus [22]. Superficiels, ils sont souvent extraits à la lampe à fente sous anesthésie topique, même s’ils peuvent laisser des leucomes fort gênants quand ils sont centro-cornéens [7]. Nous partageons le même avis que Ben Zina et al. [17] sur le fait qu’un corps étranger intraoculaire est un facteur pronostic aggravant. Le traitement efficace est donc préventif par un changement des habitudes au travail et à domicile au cours du bricolage ou du ménage.

La fréquence des brûlures de notre étude représente le dixième de celle de Lam et Ndiaye [7]. Elles sont le plus souvent survenues au cours d’une activité professionnelle au travail ou à la maison si aucune protection n’est portée. Si la législation prévoit une protection pour les artisans et ouvriers, rien en revanche n’est prévu pour les ménagères et les cuisiniers restaurateurs comme l’affirment Emole Ngondi et al. [21]. Quand on sait que les brûlures provoquent des lésions majeures, seules la négligence du port de la protection prévue et la non appréhension des conséquences visuelles expliquent ces lésions [24]. Ce qui justifie les cas compliqués de déficience visuelle observés. Les fractures du plancher de l’orbite étaient toutes des pincements qui n’ont nécessité aucune chirurgie mais une surveillance avec conservation de l’acuité visuelle dans notre série. Guly et al. [18] pensent qu’elles sont souvent associées aux traumatismes oculaires majeurs à des fréquences variables.

Caractéristiques fonctionnelles

L’évaluation selon l’OTS conduit à un examen précis et détaillé achevé parfois au bloc opératoire pour une cotation plus sûre.

C’est un outil simple et validé d’appréciation de la gravité du traumatisme qui oriente la prise en charge, et mérite d’être mieux connu [9, 10, 11]. Un œil classé OTS 1 est condamné à la cécité à l’opposé d’un autre classé OTS 5. Même si ceci dépend des dégâts du traumatisme, du délai de prise en charge et surtout de la qualité de celle-ci. Seulement le tiers des patients de notre série, victime de traumatisme oculaire et pris en charge a été fonctionnellement réévalué avec une amélioration d’AVL. La non-réévaluation des deux autres tiers constitue donc une limite de ce travail.

La prise en charge des complications infectieuses des yeux traumatisés a donné lieu à une récupération fonctionnelle dans certains cas et à une perte visuelle dans d’autres. Vats et al. [8] trouvent un taux de cécité peu différent du notre. Ceci se justifie par la nature de l’agent traumatisant et le retard à la consultation. La survenue d’un décollement de rétine est une complication grave mais curable du SP, dont la prise en charge pas encore répandue dans notre milieu comme c’est le cas ailleurs, conduit à la cécité. Par ailleurs, ce travail relève qu’un quart des yeux est peu ou pas fonctionnel, démontrant le caractère dramatique des traumatismes qui peuvent être évités. Surtout quand on observe que les plus atteints sont les enfants et les jeunes adultes qui voient souvent basculer leur avenir. Ainsi donc, une action de sensibilisation individuelle et collective à travers les mass médias et chaque jour dans nos services à travers les causeries éducatives (communication pour le changement des comportements) aiderait certainement à éviter ce drame [25]. Le besoin de prendre efficacement en charge sur le plan chirurgical les traumatisés du SP demeure donc un défi à relever dans notre contexte.

Conclusion

La prévalence des traumatismes oculaires de notre étude semble faible, mais suffisante pour craindre qu’ils ne deviennent un problème de santé publique ophtalmologique dans notre environnement. En situation d’urgence, une bonne évaluation clinique de chaque cas, vu dans les meilleurs délais, avec une méthode simple et validée telle que l’OTS mise à la disposition du clinicien conduirait certainement à une prise en charge efficace, évitant par conséquent la cécité au malade. Une réglementation forte, bien encadrée et rigoureusement appliquée dans chaque pays diminuerait le risque. Une sensibilisation soutenue du grand public à travers les médias et de l’individu dans nos cabinets de consultation à travers les causeries éducatives constituent le meilleur moyen de lutter contre cette cécité évitable. Bien que le risque zéro soit utopique, on s’en approcherait pour la sauvegarde des organes sensitifs les plus précieux que sont nos yeux.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.


 Communication orale au Congrès de la Société marocaine d’ophtalmologie – Marrakech 2012 au Maroc.

Références

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Yaya G., Bobossi Serengbe G., Gaudeuille A. Les traumatismes oculaires chez les enfants âgés de 0 à 15ans. Aspects épidémiologiques et cliniques au Centre national hospitalier de Bangui J Fr Ophtalmol 2005 ;  28 : 708-712 [inter-ref]
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