Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

La Presse Médicale
Vol 33, N° 200  - juin 2004
pp. 75-76
Doi : PM-06-2004-33-HS-0755-4982-101019-ART22
Une kinésithérapie en mouvement
Physiotherapy in motion
 

Pierre Trudelle [1], Michel Gedda [2], Pascal Gouilly [3]
[1] 54, rue Ranelagh, 75016 Paris
[2] IFMK, avenue du Phare, BP 62,   62602 Berck-sur-Mer Cedex
[3] Service de rééducation, CHR, 57038 Metz Cedex

Nous sommes le lundi 5 janvier 2015 et mon ordinateur finit d’imprimer mon activité 2014. Je vérifie si j’ai rempli mes 4 « accords d’objectifs » : programme de prévention des chutes [1], [2], prise en charge de patients atteints d’affections articulaires [3], éducation du patient pour la prévention des affections rachidiennes, et suivi annuel des enfants pour la prévention des troubles rachidiens.

C’est un grand changement depuis la disparition de la nomenclature générale des actes professionnels et l’abandon de la classification commune des actes des professions de santé. Je suis rémunéré en fonction d’objectifs généraux et non plus en fonction d’actes individuels. Je m’engage chaque année à prendre en charge un certain nombre de patients selon ces objectifs précis. Évidemment, je conserve quelques actes « privés » en fonction de mes disponibilités, mais cela est limité et peu remboursé pour mon patient… Je me demande si, cette année, je ne vais pas essayer d’ajouter un « accord d’objectif » supplémentaire pour gagner un peu plus d’argent pour préparer ma retraite…

Des traitements de structure et de fonctions

Les étudiants qui viennent en stage dans mon cabinet sont bilingues et m’aident à traduire des résultats de traitements pour le registre « outcomes measurements » de notre profession [4]. Le délai de reprise d’activité des prothèses de genou et de hanche est encore abaissé cette année en France par rapport à la Grande-Bretagne. Il faut dire que la chirurgie micro-invasive permet de solliciter les patients plus intensément qu’auparavant et sans douleur… Du coup, nous allons recevoir des patients anglais et écossais à la clinique. On parlera rugby…

Un groupe de préparateurs physiques me sollicite pour participer à des programmes pluri-disciplinaires d’activité physique pour la prévention de l’obésité, du diabète et des maladies cardio-vasculaires [3]. Je donnerai mon avis, mais j’enverrai des étudiants kinésithérapeutes pour effectuer les programmes. Avec ce courrier, je me rends compte qu’il est bien loin le temps où nous recevions des patients en fonction de pathologies à soigner. Maintenant, la prise en charge kinésithérapique est orientée vers des traitements de structures et de fonctions.

Par exemple, pour un muscle, j’utilise des techniques en fonction de 4 objectifs : gain de longueur, augmentation de la force, augmentation de l’endurance et amélioration du contrôle du mouvement. Pour une articulation, j’utilise des techniques en fonction de 4 autres objectifs : augmentation du secteur articulaire de début de mouvement, augmentation du secteur articulaire de fin de mouvement, entretien articulaire de toute l’amplitude et maintien des axes physiologiques du mouvement. Les techniques utilisées suivent des protocoles recommandés et bénéficiant d’un niveau de preuve lorsque c’est possible [6]. D’ailleurs, la base de données disponibles sur notre réseau actualise en permanence les travaux les plus pertinents et nous permet d’avoir une vue synthétique et quasiment en temps réel de l’état de l’art et de l’avis d’experts.

Spécialisation

Un de mes assistants veut me voir car il aimerait se spécialiser en visant le diplôme universitaire de docteur en kinésithérapie, option « rééducation en neurologie ». Je ne suis pas contre ; il faut dire que depuis que deux autres collaborateurs se sont spécialisés en kinésithérapie respiratoire, ils ont atteint un niveau d’efficacité nettement supérieur et participent à des études multicentriques encadrées par l’Union européenne. En plus, les résultats de leurs traitements augmentent notre « outcome factor », ce qui est toujours bon pour la caisse régionale et la compagnie des assurances en santé.

Je l’encourage à se spécialiser ; c’est assez drôle, car depuis qu’il a participé au programme d’auto-évaluation par ses pairs, il a changé, maintenant il veut évoluer !

Mon confrère, docteur en pneumokinésithérapie, gère son hospitalisation de rééducation respiratoire à domicile, qui est une vraie réussite [7]. Quand on se rappelle les services de soins intensifs qui prenaient en charge les insuffisants respiratoires ou les centres qui tentaient de faire de la réhabilitation à l’effort ! Et avec un coût invraisemblable. Il faut dire qu’avec le plan Hôpital 2007, la baisse des lits classiques avait mobilisé les énergies lors des États Généraux de la santé. Finalement le patient ne voudrait plus quitter son domicile.

Je vérifie mon courrier électronique et je reçois des CV de massothérapeutes et de chiropracteurs allemands, italiens, canadiens et américains qui m’annoncent leur installation à côté de notre clinique. Je les remercie et les invite à nos soirées mensuelles d’informations « protocoles et résultats ». Il faut dire qu’après l’ouverture d’écoles de massages accessibles à tous, la profession de kinésithérapeutes a changé son image auprès du grand public. Nous ne sommes plus considérés comme des masseurs issus des centres thermaux ou de thalassothérapie, mais comme des professionnels de la gestuelle, permettant de préserver, entretenir ou retrouver des possibilités de se mouvoir ou de réaliser des gestes quotidiens. Les patients souhaitant des traitements de confort vont directement chez des professionnels spécialisés indépendants du système de santé.

Symbiose

Notre chirurgien orthopédique veut me voir pour mettre à jour les critères de sélection des patients pouvant bénéficier de la chirurgie. Je me rends compte que nous avons de la chance de pouvoir travailler ensemble dans le but de proposer une indication chirurgicale sur des critères objectifs. Les malades ont une grande confiance dans la clinique car, pour la plupart, ils suivent chez nous des protocoles de prévention de l’arthrose du genou ou de la hanche [8]. Dans certains cas, ils se font opérer et ils retrouvent les mêmes kinésithérapeutes qui ont pu les « préparer » avant l’intervention… Le chirurgien, l’anesthésiste et le radiologue sont aussi là depuis le début de la prise en charge, pour expliquer les différents types d’interventions, ainsi que les avantages et les inconvénients des examens complémentaires.

Nous sommes un centre pilote pour le suivi de l’utilisation des auto-greffes de cartilage et de la thérapie génique « ostéo-articulaire ». Les mobilisations analytiques des kinésithérapeutes semblent démontrer des effets sur l’alignement et l’organisation des fibroblastes et des chondrocytes ; en tout cas l’autonomie de nos patients de 90 ans est supérieure à celle d’il y a 10 ans…

La fin du rêve

Je règle aussi le montant de la cotisation de mon association professionnelle [9]. Grâce à elle, j’ai accès, à des tarifs très bas, à des bases de données, des journaux professionnels et des aides d’experts en ligne. Ils sont très efficaces : l’année dernière, je cherchais 1 ou 2 scores fonctionnels pour évaluer l’autonomie d’un patient hémiplégique ayant eu une prothèse de hanche. J’ai pu avoir une proposition dans la journée et la construction d’un score sur mesure au bout d’une semaine. Ils organisent aussi des campagnes de communication grand public sur l’intérêt de l’activité physique et sur les preuves de l’efficacité de la kinésithérapie pour différentes affections. La gestion de la formation continue dépend aussi de notre association professionnelle qui analyse les différents centres de formation sur des bases objectives (recueil d’évaluations, certification des formateurs, compétences techniques…). Les formations sont remboursées en fonction des compétences que le kinésithérapeute souhaite développer et qui correspondent au point faible de son auto-évaluation…

La version numérique du numéro 148 de la revue Kinésithérapie les Annales me montre une vidéo du dernier congrès de physiothérapie de Sydney. Cette revue continue décidément à jouer l’innovation et cette nouvelle rubrique fait un vrai tabac.

Soudain, je me réveille en sueur. Nous sommes le 15 mars 2004 ! J’ai fait un cauchemar ou un rêve, je ne sais pas. Sans doute à cause de ma déclaration d’impôts qui m’a occupé une partie de la nuit et où je n’arrive toujours pas à retrouver la part de CSG déductible de la non déductible de l’année N-2 et N-1. J’avais déjà déduit une partie l’année N-1 ? Il y a aussi cette revue, Kinésithérapie, éditée par Masson qui m’a sans doute fait imaginer un monde différent…

Références

[1]
Gillespie LD, Gillespie WJ, Robertson MC, Lamb SE, Cumming R, Rowe BH. Interventions for preventing falls in elderly people. Cochrane Database Syst Rev 2001; (3): CD000340.
[2]
Richard D, Jacquot JM, Pelissier J. Expérience d’une école de la chute. In: Dossier: prévention des chutes. Kinesitherapie 2002 ; 10:22-3.
[3]
Pocholle M, Codine P, Hérisson C. Applications à la rééducation. In : Dossier : Anomalies neuro-musculaires dans l’instabilité d’épaule. Kinesitherapie 2003 ; 19:24-7.
[4]
Center for rehabilitation effectiveness. click Here. (15/04/04)
[5]
Portero P. L’obésité de l’enfant et de l’adolescent : où allons-nous ? Que faire ? Kinesitherapie 2004 ; 25 : 41-3.
[6]
Anaes. Masso-kinésithérapie dans les cervicalgies communes et dans le cadre du « coup du lapin » ou whiplash. Mai 2003.
[7]
Cambach W, Wagenaar RC, Koelman TW, van Keimpema AR, Kemper HC. The long-term effects of pulmonary rehabilitation in patients with asthma and chronic obstructive pulmonary disease: a research synthesis. Arch Phys Med Rehab 1999; 80: 103-11.
[8]
Van den Ende CHM, Vlieland TPM, Munneke M, Hazes JMW. Dynamic exercise therapy for rheumatoid arthritis. Cochrane Database Syst Rev 2001; (3): CD000322.
[9]
Trudelle P. Congrès WCPT : le plus grand congrès de l’histoire de la kinésithérapie. Kinesitherapie 2003 ; 23-24 : 13-35.




© 2004 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline