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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 38, n° 10
pages e245-e246 (décembre 2015)
Doi : 10.1016/j.jfo.2015.01.024
Lettres à l'éditeur

Dacryocystite aiguë et mononucléose infectieuse : une association à ne pas méconnaître
Acute dacryocystitis and infectious mononucleosis: An association not to be missed
 

G. Martin , A. Pon, M. Robert, P.-A. Aymard, C. Reynaud, S. Michel, O. Roche
 Hôpital Necker–Enfants-Malades, 149, rue de Sèvres, 75015 Paris, France 

Auteur correspondant. 26, rue Montmartre, 75001 Paris, France.

Nous rapportons le cas d’une enfant de 4ans, sans antécédent d’épiphora, de dacryocystite ni de dacryocystocèle, amenée aux urgences devant une tuméfaction inflammatoire du canthus médial droit apparue 10jours auparavant, sans fièvre ni altération de l’état général, traitée initialement par collyre à la rifamycine. L’examen clinique ne retrouve pas de syndrome spléno-ganglionnaire, ni d’atteinte pharyngo-amygdalienne. Le diagnostic de dacryocystite aiguë est alors posé. Une antibiothérapie par céphalosporines de troisième génération est initiée sans délai, suivie 48heures après d’une fistulisation de l’abcès à la peau permettant l’identification d’un Streptococcus pneumoniae . Un relais par sept jours d’amoxicilline–acide clavulanique per os est effectué. La guérison est obtenue en quelques jours. Les explorations complémentaires demandées devant la présence d’un syndrome mononucléosique associé à une cytolyse hépatique modérée sur le bilan initial permettent de poser a posteriori le diagnostic de primo-infection à Epstein-Barr Virus (IgM anti-VCA positif, IgG anti-EBNA négatif).

La survenue d’une dacryocystite aiguë est favorisée par une résistance à l’écoulement des larmes, entraînant une stase des sécrétions, qui favorise la contamination microbienne du sac lacrymal. Ainsi, elle est plus fréquemment observée chez le nouveau-né présentant une imperforation lacrymo-nasale et les sujets âgés avec sténose acquise du canal lacrymo-nasal [1, 2]. Elle reste rare chez l’enfant et l’adolescent. Toutefois, une dacryocystite peut survenir au cours d’une infection systémique ou de la sphère ORL sans obstruction préexistante du canal lacrymo-nasal [1]. Le mécanisme physiopathologique le plus probable est alors celui d’un œdème de la voie lacrymale excrétrice. Chez notre patiente, la dacryocystite aiguë est révélatrice d’une mononucléose infectieuse (MNI). Les manifestations cliniques de la MNI sont multiples. La dacryocystite en est une méconnue, bien que déjà décrite dans la littérature [3, 4, 5].

La problématique principale de l’association d’une dacryocystite aiguë à une MNI est thérapeutique : le traitement habituel de la dacryocystite aiguë simple repose sur une antibiothérapie per os ou intraveineuse par amoxicilline–acide clavulanique pendant cinq à sept jours. Or l’utilisation d’amino-pénicillines dans un contexte de primo-infection à EBV est contre-indiquée en raison du risque de rash cutané classiquement décrit (de 30 à 90 % des cas selon les auteurs [6]) qui, bien que bénin, ne doit pas faire poser à tort le diagnostic d’allergie à cette classe d’antibiotiques. Nous précisons que le rash n’a pas été observé chez notre patiente.

Ainsi, devant une dacryocystite aiguë chez un enfant sans anomalie des voies lacrymales préexistantes, nous suggérons que le diagnostic de primo-infection à Epstein-Barr Virus soit recherché cliniquement, et conduise à la réalisation d’un bilan biologique (NFS±sérologie EBV) avant la prescription d’une amino-pénicilline. Par ailleurs, on préfèrera l’utilisation d’une autre classe d’antibiotiques dans le traitement de la dacryocystite aiguë dans un contexte de MNI, idéalement après consultation de l’équipe d’infectiologie.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


Annexe B. Matériel complémentaire

(9.79 Mo)
  

 Cette lettre à l’éditeur est issue d’un e-poster présenté au 120e Congrès annuel de la Société française d’ophtalmologie.

Références

Piaton J.-M., Keller P., Escalas P. Pathologie des voies lacrymales excrétrices (portion verticale). Diagnostic et traitement  EMC - Ophtalmologie :  (2006). 1-30
Allali J., Dufier J.-L. Pathologie lacrymale chez le nourrisson et l’enfant  EMC - Ophtalmologie :  (2007). 1-17
Bessiere E., Agenos B., Le Rebeller Lacrimal pericystis during infections mononucleosis J Med Bord 1962 ;  139 : 69-72
Steele R.J., Meyer D.R. Nasolacrimal duct obstruction and acute dacryocystitis associated with infectious mononucleosis (Epstein-Barr virus) Am J Ophthalmol 1993 ;  115 : 265-266 [cross-ref]
Atkinson P.L., Ansons A.M., Patterson A. Infectious mononucleosis presenting as bilateral acute dacryocystis Br J Ophthalmol 1990 ;  74 : 750
Chovel-Sella A., Ben Tov A., Lahav E., Mor O., Rudich H., Paret G., and al. Incidence of rash after amoxicillin treatment in children with infectious mononucleosis Pediatrics 2013 ;  131 : 1424-1427



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