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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 39, n° 8
pages e193-e194 (octobre 2016)
Doi : 10.1016/j.jfo.2015.08.018
Lettres à l'éditeur

Loase sous-conjonctivale : à propos d’un cas
Subconjunctival loiasis: A case report
 

F. Varenne a, J. Fillaux b, M. Porterie a, J. Soler c, M. Cassagne a, V. Soler a,
a Ophthalmology department, hôpital Pierre-Paul-Riquet, university Toulouse hospital, rue Jean-Dausset, 31000 Toulouse, France 
b Department of parasitology and mycology, IFB, hôpital Purpan, university Toulouse hospital, place du Dr-Joseph-Baylac, 31300 Toulouse, France 
c Cabinet privé, 12, rue Raymond-IV, 31000 Toulouse, France 

Auteur correspondant.

Nous rapportons un cas de loase sous-conjonctivale droite chez une patiente de 39ans qui s’est présentée aux urgences ophtalmologiques de notre centre. La patiente, mélanoderme, vivait en France depuis 10ans et était originaire du Cameroun. Elle y séjournait régulièrement ; le dernier voyage, long de six mois, datait de quelques semaines auparavant.

La patiente ne présentait pas d’antécédent particulier. Elle décrivait, dans les jours précédant la consultation, la migration filarienne sous-cutanée du front vers l’œil droit ; cette reptation s’était accompagnée d’un cordon serpigineux. La localisation sous-conjonctivale, datant de quatre jours, était associée à une gêne douloureuse oculaire majorée lors des mouvements filaires. Cette gêne, réalisant une petite excroissance recouverte de conjonctive, était « mobile » sous la conjonctive, se déplaçant de nasal en temporal et de temporal en nasal. La patiente avait tenté de pratiquer elle-même l’exérèse du ver.

L’acuité visuelle était de 20/20 Parinaud 2 au niveau de l’œil concerné. L’examen du segment antérieur retrouvait une discrète surélévation conjonctivale bulbaire nasale (Figure 1), sans hyperhémie conjonctivale sectorielle, présentant régulièrement des mouvements (Annexe 1). Ces mouvements filaires étaient bien visualisés par la mobilisation des vaisseaux conjonctivaux (Annexe 1). Le reste de l’examen était normal.



Figure 1


Figure 1. 

Aspect de la loase sous-conjonctivale à la lampe à fente. Il existe une discrète surélévation de la conjonctive du fait de la présence du parasite qui est visualisé à travers la muqueuse (A – flèche). Le tracé en jaune (B) surligne le trajet sous-conjonctival du ver.

Zoom

Sous anesthésie topique (Oxybuprocaïne), à la lampe à fente, nous avons mis en place un blépharostat et saisi le ver à travers la conjonctive avec une pince sans griffe, afin de limiter les phénomènes algiques et le risque de traumatisme du parasite. Puis, nous avons réalisé une moucheture conjonctivale aux ciseaux de Vannas en regard du ver et introduit une deuxième pince à travers la moucheture. Le ver a été extrait sans traumatisme (Annexe 1).

Le ver a été adressé, dans un pot stérile sec, pour analyse parasitologique qui a confirmé la nature du parasite à type de Loa loa.

Un interrogatoire orienté a retrouvé la description de phénomène évoquant un œdème de Calabar évoluant depuis un an, ainsi qu’un prurit et une urticaire. L’examen clinique systémique était sans particularité.

Les analyses biologiques montraient une discrète hyperéosinophilie (12,1 % ; 800/μL) et une positivité de la sérologie filarioses (3,64 ; Elisa). Il n’existait pas de microfilarémie. L’examen coproparasitologique était négatif.

La patiente a bénéficié d’un traitement par voie générale par Ivermectine (21mg en une prise) puis par Albendazole, débuté 15jours après (400mg deux fois par jour pendant 15jours).

Le ver Loa loa est un nématode responsable d’une filariose bénigne de localisation sous-cutanée. Cette parasitose est endémique en Afrique centrale et de l’Ouest dans les forêts très humides tropicales [1]. Le diagnostic est rare sous les latitudes de la métropole française mais il doit être évoqué devant toute clinique évocatrice chez les voyageurs ou les migrants. La transmission de ce ver est liée à une piqûre par un insecte vecteur : la mouche Chrysops [2]. Les vers adultes sont responsables de la migration sous-cutanée, les microfilaires se trouvent dans le sang et peuvent alors être ingérés par le vecteur lors d’une piqûre. Une fois dans le vecteur, les microfilaires peuvent être infectantes en 10 à 12jours [3]. Les humains sont infectés lors de la piqûre par le vecteur. Les premiers signes cliniques se développent 5 mois après la piqûre infectante [3] mais la phase préclinique peut durer plusieurs années [4].

La taille des vers adultes est variable, 3cm en moyenne mais pouvant dépasser les 10cm ; ceci a été particulièrement rapporté en Inde [5].

La présence du parasite chez l’Homme est classiquement associée aux œdèmes de Calabar, présentation clinique la plus commune : ces œdèmes sont fugaces, inflammatoires et sous-cutanés. Ils se localisent aux extrémités, en particulier au niveau des articulations. Ils correspondent à une réponse inflammatoire à la présence du ver et des produits de son métabolisme [6].

Plus rarement, les patients présentent des manifestations sous-cutanées palpébrales, voire sous-conjonctivales. Parfois, le ver effectue une migration interoculaire sous-cutanée à la racine du nez. Exceptionnellement, le ver a pu être retrouvé en chambre antérieure [7, 8]. Néanmoins, dans la plupart des cas, les personnes infectées présentent une filarémie asymptomatique [5].

Les complications classiquement décrites dans le cadre d’une loase sont des inflammations suppuratives secondaires à la présence de vers morts, des granulomes à corps étranger, éventuellement compliqués de fibrose, de glomérulosclérose, ou de phénomènes compressifs [9, 10]. Ces lésions ont pu être observées au niveau rénal, splénique, cardiaque, cérébral, spinal [9]. Rarement, dans les cas de microfilarémie massive, le traitement par Ivermectine est associé à des complications neurologiques [11].

Sous nos latitudes, le principal diagnostic différentiel de loase sous-conjonctivale est la dirofilariose caractérisée par la présence sous-conjonctivale d’un nématode, Dirofilariarepens, pouvant mesurer plusieurs centimètres de long et fréquemment retrouvé chez le chien dans le sud de l’Europe. Le diagnostic positif repose sur le contexte clinique (absence de voyage en zone endémique de Loa loa) et, bien entendu, sur l’examen parasitologique du ver [12].

Le développement des voyages internationaux, à titre privé ou professionnel, implique de relativiser les notions de régions endémiques et non endémiques des maladies tropicales. Ainsi, le diagnostic de loase sous-conjonctivale, comme dans notre cas, ou de toute parasitose tropicale oculaire doit être considéré dès que le contexte, l’interrogatoire (migrant, voyage en zone « endémique », signes fonctionnels), mais aussi les signes cliniques sont évocateurs.

En résumé, nous décrivons un cas de loase sous-conjonctivale chez une patiente ayant séjourné au Cameroun. La description, si elle est classique, reste rare sous nos latitudes et doit être connue de tous.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


Annexe 1. Matériel complémentaire

(5.54 Mo)
 Vidéo 1 
Vidéo 1. 

Enregistrement vidéo à la lampe à fente de la loase sous-conjonctivale et de son extraction à la pince. La première partie de la vidéo montre la présentation clinique initiale de la patiente. Le cercle bleu indique la zone où sont observés les mouvements filaires particulièrement mis en évidence par la mobilisation des vaisseaux conjonctivaux (flèches). La deuxième partie de la vidéo montre l’extraction du ver. Après avoir saisi à la pince le ver à travers la conjonctive et avoir réalisé une moucheture aux ciseaux de Vannas, le ver a été saisi fermement et est extrait avec une pince sans griffe.

Références

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Cho H.Y., Lee Y.J., Shin S.Y., Song H.O., Ahn M.H., Ryu J.S. Subconjuctival Loa loa with Calabar swelling J Korean Med Sci 2008 ;  23 : 731-733 [cross-ref]
Churchill D.R., Morris C., Fakoya A., Wright S.G., Davidson R.N. Clinical and laboratory features of patients with loiasis (Loa loa filariasis) in the U.K J Infect 1996 ;  33 : 103-109 [cross-ref]
Mandal D., Roy D., Bera D.K., Manna B. Occurrence of gravid Loa loa in subconjunctival space of man: a case report from West Bengal, India J Parasit Dis 2013 ;  37 : 52-55
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Satyavani M., Rao K.N. Live male adult Loaloa in the anterior chamber of the eye – a case report Indian J Pathol Microbiol 1993 ;  36 : 154-157
Barua P., Barua N., Hazarika N.K., Das S. Loa loa in the anterior chamber of the eye: a case report Indian J Med Microbiol 2005 ;  23 : 59-60 [cross-ref]
Fernando R., Fernando S.S., Leong A. Non lymphatic filariasis  Tropical infectious diseases: epidemiology, investigation, diagnosis and management London: Greenwich Medical Media (2001). 
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Pisella P.J., Assaraf E., Rossaza C., Limon S., Baudouin C., Richard-Lenoble D. [Conjunctivitis and ocular parasitic diseases] J Fr Ophtalmol 1999 ;  22 : 585-588 [inter-ref]



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