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Gynécologie Obstétrique & Fertilité
Volume 44, n° 12
pages 673-674 (décembre 2016)
Doi : 10.1016/j.gyobfe.2016.10.005
Received : 4 October 2016 ; 
Les déodorants provoquent-t-il le cancer du sein ? Cela reste encore à prouver
Does the use of deodorant cause breast cancer? It remains to be proved
 

E. Barranger
 Département de chirurgie oncologique sénologique et gynécologique, centre Antoine-Lacassagne, 33, avenue de Valombrose, 06189 Nice cedex 2, France 


Mots clés : Cancer du sein, Déodorants, Facteurs de risque, Aluminium

Keywords : Breast cancer, Deodorants, Risk factors, Aluminium


C’est sans fin. Nous vivons dans un monde dangereux et la science ne parvient pas à tout éclairer.

Après la publication en septembre 2016 dans la revue International Journal of Cancer par des chercheurs suisses qui ont établi un lien chez la souris entre le cancer du sein et les sels d’aluminium [1], la polémique au sujet des déodorants ou plus précisément au sujet des sels d’aluminium présents dans les anti-transpirants enfle à nouveau. Cette étude expérimentale a montré qu’une exposition prolongée à des sels d’aluminium dans la glande mammaire chez la souris comparable semble-t-il à celle mesurée dans la glande mammaire humaine induisait la formation de cancers du sein [1]. Selon ces chercheurs, il y aurait un lien évident entre les sels d’aluminium responsables de dégradation de l’ADN dans les cellules glandulaires normales de la souris et le risque de cancer du sein chez la femme. Il n’en fallait pas plus pour incriminer directement les anti-transpirants dans « l’épidémie » de cancer du sein actuellement ressentie par certains scientifiques exploitant le filon de l’anxiété par des alertes et le besoin de sensationnalisme. Le principal argument des scientifiques ayant suspecté l’effet carcinogène des anti-transpirants contenant des sels d’aluminium repose essentiellement sur l’observation dans la littérature d’une incidence élevée des cancers du sein situés quadrant supéro-externe (QSE) chez la femme, localisation proche de la surface habituelle d’application des déodorants. Mais finalement de quelles données objectives disposent-on pour retenir un éventuel lien de causalité entre sels d’aluminium et cancer du sein chez l’Homme ?

Tout d’abord, même si quelques études ont démontré un passage transcutané des sels d’aluminium dans le sang après application de déodorants, la réalité du corps humain n’est pas celle de la souris et aucune étude épidémiologique n’a, à ce jour, établi de lien entre les sels d’aluminium et le risque de cancer du sein chez l’Homme dont l’incidence diminue régulièrement en France depuis 2005. Et à ce jour, seules deux études cas-témoin avec fort niveau de preuve ont analysé [2, 3] les conséquences de l’application régulière d’anti-transpirants sur le risque de cancer du sein. Aucune n’a conclu que l’usage régulier de déodorant/anti-transpirant a d’influence sur le risque de cancer du sein.

À partir du constat de l’effet potentiellement carcinogène in vitro des sels d’aluminium sur la glande mammaire animale et de l’incidence élevée des cancers du sein situés dans le QSE chez la femme, localisation proche de la surface habituelle d’application des déodorants, des équipes scientifiques ont émis l’hypothèse d’un lien possible entre déodorants et cancer du sein. Même si Fakri et al. [4] ont constaté qu’en Grande-Bretagne l’incidence de cancer du sein du QSE est passé de 48 % en 1979 à 53 % en 2000, cette observation est contestable. En effet, récemment, Bright et al. [5] ont effectué une analyse de deux bases de données entre 1975 et 2013, l’une américaine (SEER) recensant 630 007 femmes ayant eu un cancer du sein et la seconde anglaise comportant 1 121 134 femmes ayant eu un cancer du sein. Ils montrent que l’augmentation de l’incidence des cancers du sein du QSE n’est pas observée dans les deux registres. Ainsi l’augmentation des cancers du sein du QSE observée dans le registre anglais (13 % en 1975 versus 28 % en 2013) était significative alors qu’elle ne n’était pas dans la base SEER (27 % en 1975 versus 32,5 % en 2013). Les auteurs ont souligné un biais important dans le registre anglais puisque que 56 % des cancers du sein n’avaient pas de localisation anatomique précisée contre seulement 18 % dans le registre SEER. Par ailleurs, le taux de cancers du sein situés dans les quadrants internes a significativement augmenté (p =0,001) aux États-Unis comme en Angleterre alors que ceux situés dans prolongement axillaire a diminué de 9 % aux États-Unis comme en Angleterre, ce qui fragilise l’hypothèse de l’effet carcinogène direct des sels d’aluminium vers la glande mammaire située à proximité de la surface habituelle des anti-transpirants.

Enfin, l’application de déodorants étant en général bilatérale, la proportion de cancer du sein bilatéraux devrait être en augmentation ce qui n’est pas le cas puisque ce taux est stable représentant 1 à 3 % des cancers du sein [6].

Même si les résultats de ces études expérimentales sont importants, il n’y a aucune preuve scientifique valable en faveur d’un lien de causalité entre application de déodorants et le risque de cancer du sein. Et il ne faut pas se tromper de combat. Il est en effet indispensable d’intensifier les actions contre les facteurs de risque modifiables et reconnus de cancer en général et de cancer du sein en particuliers, tels que le tabagisme, la consommation d’alcool, l’obésité et l’absence d’activité physique, ce qui permettrait de réduire de 40 % l’ensemble des cancers comme l’a récemment souligné l’INCa. Pour autant, les autorités sanitaires devraient à défaut d’informer les consommateurs imposer une réglementation des concentrations des sels d’aluminium présents non seulement dans les déodorants mais également dans les produits cosmétiques.

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

Mandriota S.J., Tenan M., Ferrari P., Sappino A.P. Aluminium chloride promotes tumorigenesis and metastasis in normal murine mammary gland epithelial cells Int J Cancer 2016 ; 10.1002/ijc.30393
Darbre P.D. Recorded quadrant incidence of female breast cancer in Great Britain suggests a disproportionate increase in the upper outer quadrant of the breast Anticancer Res 2005 ;  3 (c) : 2543-2550
Mirick D.K., Davis S., Thomas D.B. Antiperspirant use and the risk of breast cancer J Natl Cancer Inst 2002 ;  94 : 1578-1580 [cross-ref]
Fakri S., Al-Azzawi A., Al-Tawil N. Antiperspirant use as a risk factor for breast cancer in Iraq East Mediterr Health J 2006 ;  12 : 478-482
Bright C.J., Rea D.W., Francis A., Feltbower R.G. Comparison of quadrant-specific breast cancer incidence trends in the United States and England between 1975 and 2013 Cancer Epidemiol 2016 ;  44 : 186-194 [cross-ref]
Nichol A.M., Yerushalmi R., Tyldesley S., and al. A case-match study comparing unilateral with synchronous bilateral breast cancer outcomes J Clin Oncol 2011 ;  29 (36) : 4763-4768 [cross-ref]



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