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Archives de pédiatrie
Volume 23, n° 12S
pages 1239-1246 (décembre 2016)
Doi : 10.1016/S0929-693X(17)30061-1
Nouvelles techniques d’évaluation dans la mucoviscidose
New tools in cystic fibrosis
 

G. Dournes a, b, K. De Boeck c, S. Bui d, F. Vermeulen c, A. Ramalho c, J.-F. Chateil e, F. Laurent a, b, M. Fayon a, d,
a Université de Bordeaux, Centre de Recherche Cardio-Thoracique de Bordeaux, U1045, CIC 1401, F-33000 Bordeaux, France 
b CHU de Bordeaux, Service d’Imagerie Thoracique et Cardiovasculaire, Service des Maladies Respiratoires, Service d’Exploration Fonctionnelle Respiratoire, CIC 1401, F-33600 Pessac, France 
c Pediatric Pulmonology and Stem Cell Institute Leuven (SCIL), University of Leuven, Leuven, Belgium 
d CHU de Bordeaux, CRCM pédiatrique, Centre d’Investigation Clinique (CIC 1401), F-33076 Bordeaux, France 
e CHU de Bordeaux, Service d’Imagerie de la Femme et de l’Enfant, F-33000 Bordeaux, France 

* Auteur correspondant Auteur correspondant
Résumé

L’intérêt de 3 nouveaux outils diagnostiques et thérapeutiques dans la mucoviscidose est discuté dans cet article. 1) L’index de clairance pulmonaire est une méthode d’exploration fonctionnelle respiratoire qui reflète la précocité de l’atteinte pulmonaire distale dès les premiers mois de vie. 2) Les nouvelles séquences d’imagerie par résonance magnétique (IRM) permettent une analyse morphologique fine des poumons, sans injection de produit de contraste, ni irradiation. Toutes les données fournies par l’IRM fonctionnelle (perfusion, diffusion, ventilation, inflammation) seront analysables et corrélables aux données morphologiques. La possibilité d’explorer dans le même temps d’autres atteintes telles que les sinus ou le foie et l’abdomen constitue un autre avantage. 3) Les organoïdes sont un bon modèle de médecine personnalisée, car ils permettent de tester la fonction du canal CFTR et la réponse à un traitement donné pour chacune des quelques 2000 mutations décrites. Actuellement disponibles dans des centres spécialisées à fins de recherche, ces techniques vont se généraliser au fur et à mesure de leur standardisation.

The full text of this article is available in PDF format.
Abstract

The use of 3 novel tools available for the diagnosis and treatment in cystic fibrosis are described here. 1) The lung clearance index is a sensitive method which can detect functional impairment in the first months after birth. 2) Detailed morphological analyses of the lung can be performed with the new MRI sequences, without any contrast medium or risk of radiation. The analysis of functional MRI data (perfusion, diffusion, ventilation, inflammation) will be possible, and these data will be correlated to morphological data. The exploration of other organs such as the sinuses, liver and abdomen during the same examination represents another definite advantage. 3) Organoïds are a good example of personalized medicine. This tool explores CFTR function and treatment response in each of the 2000 or so known CFTR mutations. These tests are limited to specialized centers, mostly within a research context. However, their generalization after standardization is expected in the near future.

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Introduction

Les avancées rapides en matière de recherche dans la mucoviscidose permettent au clinicien de disposer de nouveaux outils diagnostiques et thérapeutiques. Nous en avons choisi trois, que nous estimons avoir le potentiel de devenir des examens de routine pour guider et personnaliser des traitements de plus en plus complexes et ciblés, qu’il faut administrer tôt. 1) L’index de clairance pulmonaire (ICP), une nouvelle technique d’exploration fonctionnelle respiratoire, qui se modifie avant le volume expiratoire maximum par seconde (VEMS) – le marqueur historique de morbidité et de mortalité. L’ICP est applicable aux nourrissons. 2) L’imagerie par résonance magnétique (IRM) thoracique, jusqu’alors peu informative sans l’administration de produit de contraste par voie inhalée, comme l’hélium polarisé, ou par voie injectable. Elle nécessite une respiration calme pendant plusieurs minutes, ce qui la rend applicable à partir de l’âge de 8 ans environ. L’absence d’irradiation est un avantage certain par rapport au scanner thoracique. 3) Les organoïdes, qui repoussent les limites des explorations de la fonction du canal CFTR – il s’agit d’un biomarqueur ex vivo qui permettra une prédiction fiable de l’effet clinique d’un modulateur du CFTR. Sa réalisation repose sur l’obtention d’un fragment d’épithélium rectal, prélevé de façon peu invasive et indolore par biopsie rectale. Cette biopsie est théoriquement possible chez les très jeunes enfants.

L’ICP

L’ICP ou Lung Clearance Index des anglo-saxons est mesuré lors d’un test de rinçage des poumons d’un gaz traceur pendant plusieurs cycles respiratoires normaux [1, 2]. Ce gaz ne doit pas être produit, ni absorbé par l’organisme. En pratique, il est réalisé grâce à l’inhalation par le patient d’un gaz inerte exogène (hexafluorure de soufre – SF6) ou endogène (azote), qui diffuse au niveau des zones pulmonaires ventilées. Lorsque le gaz traceur est l’azote, le rinçage est provoqué par l’inhalation de l’oxygène pur. L’ICP correspond au nombre nécessaire de cycles respiratoires pour que la concentration du gaz traceur atteigne 1/40e (2,5%) de la concentration initiale. Lorsque le poumon ventile normalement, l’ICP 2,5% est inférieur à 7,5 cycles, Un index supérieur à 7,5 témoigne de l’atteinte des voies aériennes distales (au-delà de la 16e génération), premières touchées par l’inflammation et l’obstruction, et de l’altération de la ventilation intra-pulmonaire. L’ICP est réalisé de façon non-invasive pendant le sommeil chez les nouveau-nés, sous sédation pour les nourrissons, et en respiration calme avec masque ou embout buccal à partir de 3 ans. Cette mesure peut prendre pour une équipe entrainée de 5 à 45 mn, selon la gravité de l’atteinte pulmonaire.

Cet index de clairance reflète la précocité de l’atteinte pulmonaire des tous petits dès les premiers mois de vie [3], de façon plus sensible que les tests fonctionnels classiques [4]. En âge pré-scolaire (< 6 ans) trois quarts des patients ont un ICP élevé et pathologique [5] alors que les tests fonctionnels par compression thoracique ne sont altérés que pour 13% d’entre eux. Un ICP élevé en âge pré-scolaire est corrélé à une moins bonne fonction pulmonaire à l’âge de 6 ans [5]. Pour les enfants d’âge scolaire, l’ICP reste plus sensible que les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) pour détecter l’atteinte pulmonaire précoce, avec 76,5% de valeurs pathologiques chez les patients avec un VEMS normal [6]. L’ICP est également pathologique en cas de colonisation chronique à Pseudomonas aeruginosa [7] et elle permet de prédire chez l’enfant la survenue des exacerbations pulmonaire [8]. Plusieurs études ont aussi rapporté une forte corrélation avec les marqueurs de l’inflammation pulmonaire [7, 9] et les dommages structuraux observés sur le scanner (valeur prédictive positive 88% pour l’altération du score de Bhalla (dilatation des bronches, épaississement bronchique, impactions mucoïdes); r = –0,54, p = 0.001)) [6] et à l’IRM [10], de façon significative surtout après 2 ans.

L’ICP permet aussi d’étudier l’amélioration de la ventilation pulmonaire par les fluidifiants comme le Pulmozyme® ou le sérum salé hypertonique [11]. Par ailleurs il a été montré que les antibiotiques utilisés lors des exacerbations pulmonaires entrainaient une amélioration des seuils d’ICP en fin de traitement [12]. En revanche, l’impact de la kinésithérapie respiratoire sur l’ICP est discordant selon les études [13], l’amélioration étant surtout sensible chez les enfants avec une atteinte fonctionnelle modérée [14]. Les modulateurs de CFTR comme l’Ivacaftor® ont obtenus une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les enfants de plus de 2 ans porteurs d’une mutation G551D car ils avaient amélioré significativement l’ICP [15].

IRM pulmonaire sans produit de contraste

L’IRM est une technique peu utilisée aujourd’hui en routine clinique pour l’exploration des affections du parenchyme pulmonaire, alors que ses indications en imagerie oncologique et pour l’exploration des vaisseaux pulmonaires sont routinières. Les besoins en imagerie augmentent pourtant de façon constante dans les maladies chroniques pulmonaires pour lesquelles l’irradiation répétée par le scanner pose de très sérieuses questions d’innocuité, malgré les progrès réalisés en économie de dose. Du fait de sa structure, le poumon est en effet particulièrement peu adapté à l’IRM: sa densité protonique est très faible (0,1 g/ml) et les innombrables micro-interfaces entre l’air et les parois alvéolaires sont à l’origine d’une importante hétérogénéité locale de champ magnétique (ou effets de susceptibilité magnétique), et donc d’un signal du parenchyme pulmonaire extrêmement faible avec les séquences d’IRM classiques. La faible teneur en proton du parenchyme aéré, la faible résolution spatiale et les artefacts des mouvements cardiaques et respiratoires ont donc été les principaux obstacles à l’utilisation de l’IRM dans les maladies broncho-pulmonaires chroniques.




Figure 1 : 

Image typique de l’indice de clairance pulmonaire (ICP).

Le volume et le débit respiratoire est indiqué sur la graphique du haut. Le rinçage de l’azote est indiqué sur la graphique suivante – après l’inhalation d’O2 pur, la concentration de l’azote chute à chaque cycle respiratoire. L’ICP correspond au nombre de cycles respiratoires nécessaires pour que la concentration du gaz traceur atteigne 1/40e de la concentration initiale. Plus il augmente, plus le poumon est pathologique.


Figure 1 Image typique de l’indice de clairance pulmonaire (ICP). Le volume et le débit respiratoire est indiqué sur la graphique du haut. Le rinçage de l’azote est indiqué sur la graphique suivante – après l’inhalation d’O2 pur, la concentration de l’azote chute à chaque cycle respiratoire. L’ICP correspond au nombre de cycles respiratoires nécessaires pour que la concentration du gaz traceur atteigne 1/40e de la concentration initiale. Plus il augmente, plus le poumon est pathologique.

Pourtant, l’IRM est une technique particulièrement séduisante parce qu’elle est non irradiante, qu’elle permet une analyse globale des structures thoraciques, et enfin parce que le contraste de l’image n’est pas mono-paramétrique comme en scanner, mais peut être pondéré par les temps de relaxation, la densité de proton, la diffusion des molécules d’eau, la perfusion tissulaire, la ventilation etc. Ces contrastes permettant d’appréhender les phénomènes de perfusion, de ventilation, de diffusion et d’envisager un rôle à l’IRM qui soit complémentaire à celui du scanner comme, par exemple, différencier inflammation et fibrose. Des techniques spécifiques d’IRM fonctionnelle ont été développées pour le poumon avant que ne soit décrite une méthode suffisamment robuste pour permettre l’acquisition d’images morphologiques, et ce fut un obstacle à leur utilisation. Avec l’apparition des séquences à temps d’écho ultracourt (TEU), l’IRM devient enfin une technique morphologique plus performante, encore inférieure au scanner en termes de robustesse et de résolution spatiale, mais néanmoins de qualité diagnostique suffisante, permettant de percevoir les anomalies structurales pulmonaires et bronchiques et de les superposer aux modifications de perfusion, de ventilation, de diffusion, etc. Ces progrès dans l’imagerie morphologique ouvrent le champ très large des capacités de l’IRM fonctionnelle. Ils sont permis parce que de nouvelles séquences à TEU sont proposées pour pallier la décroissance très rapide du signal pulmonaire. Ces séquences permettent d’accélérer la vitesse d’encodage, de s’affranchir des artefacts habituels de cette imagerie pulmonaire à TEU et d’obtenir une résolution submillimétrique permettant de visualiser les parois bronchiques et de détecter la présence de signal au sein du parenchyme pulmonaire. L’intérêt du suivi de la mucoviscidose par IRM est la nécessité d’évaluer l’évolution de la maladie par imagerie tout au long de la vie et la nature même des lésions pulmonaires. Sur une série de patients enfants et adultes atteints de mucoviscidose la comparaison de la technique de TEU au scanner a confirmé que la TEU pouvait apporter des informations structurales similaires sur les bronches et leurs anomalies, et avait des performances égales pour déterminer le score de Helbich-Bhalla [16]. Par ailleurs, l’utilité des séquences classiques de l’IRM a été démontrée dans le diagnostic de bronchocèle. Aux critères morphologiques identiques à ceux du scanner (aspect en V ou Y), s’ajoutent les critères d’intensité du signal: un bronchocèle apparaît hyper-intense en T2 et hypo-intense en T1 en raison de son contenu muqueux très riche en eau. Dans le cas particulier de l’aspergillose broncho-pulmonaire allergique (ABPA), les bronchocèles présentent un hyposignal en T2, analogue mais plus sensible que l’hyperdensité observée en scanner. Une communication présentée par la Société d’imagerie thoracique au cours des Journées françaises de radiologie 2016 a montré l’intérêt de la détection spécifique et précoce par l’IRM dans le cadre de la mucoviscidose (Figure 2).



Figure 2


Figure 2. 

Imagerie par résonance magnétique (IRM) et scanner réalisés au décours d’une exacerbation pulmonaire chez un adolescent de 18 ans.

2A: IRM morphologique en séquence 3D-UTE: bronchocèle (flèche blanche). 2B: Séquence pondérée en T2: hyposignal homogène et marqué. 2C: Scanner en fenêtre parenchymateuse: bonne concordance de l’aspect morphologique avec l’IRM UTE. 2C: Scanner en fenêtre médiastinale: hyperdensité concordante avec l’hyposignal T2 des bronchocèles. Les dosages immunologiques ont montré la présence d’une aspergillose broncho-pulmonaire allergique et la culture s’est avérée positive pour Aspergillus fumigatus.

Zoom

Un point remarquable est qu’à l’aide de ces nouvelles techniques, l’IRM pulmonaire peut être réalisée dans le cadre d’un suivi au long cours, sans injection de produit de contraste. Il a été en effet démontré que les produits de contrastes à base de gadolinium s’accumulent notamment au niveau des noyaux gris centraux intra-cérébraux. Ceci a été constaté y compris chez des enfants sans insuffisance rénale [17]. À l’heure actuelle, des études sont en cours pour savoir si ce phénomène est pourvoyeur de symptômes. Quoi qu’il en soit, le gadolinium est un métal toxique dont l’injection chez l’homme est rendue possible par un procédé de chélation qui le rend stable. On ne sait pas encore si, une fois déposé dans le cerveau, le gadolinium reste stable ou si une fraction peut se libérer du chélateur et redevenir toxique. Par exemple, lorsque ce phénomène survient dans la peau, on sait que le gadolinium est à l’origine d’un effet secondaire grave appelé néphrose systémique fibrogénique. Les premiers scores proposés en IRM reposaient sur l’étude de la perfusion à l’aide d’une injection de gadolinium. Ce type de protocole présente un intérêt dans le cadre d’essais cliniques, mais semble peu adapté à une pratique clinique au long cours. L’espérance de vie des patients atteints de mucoviscidose ayant augmenté, parfois au-delà de 50 ans, il parait peu raisonnable d’envisager la réalisation annuelle (et plus si nécessaire) d’IRM aboutissant à 50 à 60 injections de gadolinium au cours de la vie d’un patient.

Grâce à ces nouvelles séquences permettant une analyse morphologique fine, sans injection de produit de contraste ni irradiation, toutes les données fournies par l’IRM fonctionnelle (perfusion, diffusion, ventilation, inflammation) seront analysables et pourront être comparées aux données morphologiques. Ces études pourraient permettre de mieux appréhender la physiopathologie des différentes atteintes structurales et peut-être de définir des profils de patients « exacerbateurs » ou « répondeurs au traitement ».

La possibilité d’explorer par l’IRM dans le même temps la plèvre, la paroi et le médiastin est certainement, comme en scanner, un avantage de la technique. L’exploration morphologique et fonctionnelle d’autres atteintes telles que les sinus ou l’abdomen en constitue un autre. L’IRM pulmonaire a donc probablement une place importante dans l’exploration, le suivi et la prise en charge des patients atteints de mucoviscidose, à l’aide d’une technique non irradiante et sans injection de produit de contraste, que les recherches à venir préciseront.

Organoïdes: biomarqueurs ex vivo de la fonction CFTR

La technique pour obtenir des organoïdes à partir de cellules souches d’organes matures a été développée il y a une dizaine d’années dans le laboratoire du Hubrecht Institute par l’équipe de Hans Clevers [18]. Dans des conditions de culture très spécifiques, les cellules souches contenues dans le tissu intestinal prolifèrent et se différencient partiellement, s’assemblant spontanément en structures tridimensionnelles tubulaires formant des « miniintestins » ou « organoïdes ». Ce processus nécessite un équilibre délicat entre des facteurs de croissance -comme Wnt, R-spondin et Noggin- et une matrice extracellulaire adaptée [19]. Cultivées dans cette matrice, les cellules s’assemblent avec la membrane basale orientée vers l’extérieur des structures tubulaires. Ces organoïdes contiennent tous les types cellulaires de la muqueuse intestinale. Tant leur génotype que leur phénotype sont stables dans le temps et ils peuvent être multipliés à volonté par simple disruption mécanique suivie d’une nouvelle mise en culture des cellules souches contenues dans les organoïdes. Ceci permet de les conserver dans des banques de tissu. Plus récemment, des organoïdes ont été obtenus à partir d’autres parties du système digestif comme l’estomac, le foie ou le pancréas [20], et à partir d’autres tissus comme le rein [21] ou l’épithélium de l’oreille interne [22]. Les techniques permettant d’obtenir des organoïdes dérivés des tissus respiratoires ont été décrites [23].

Les applications potentielles des organoïdes en recherche sont vastes: étude des signaux de transduction cellulaire lors de la croissance normale ou anormale (comme dans la cellule cancéreuse), évaluation de stratégies thérapeutiques comme le transfert de gènes, la correction de gènes par CRISPR/Cas9, ou encore l’obtention de tissus pour des applications de médecine régénérative. Si la technique de culture des organoïdes est complexe, les échantillons de muqueuse rectale sont faciles à obtenir. Une biopsie rectale est indolore, et ne nécessite même pas d’anesthésie locale. La muqueuse intestinale est particulièrement riche en cellules souches, et une culture exploitable peut être obtenue en une semaine (Figure 3a). Les organoïdes sont un bon modèle de médecine personnalisée dans le contexte de la mucoviscidose. La fonction de la protéine CFTR d’un individu peut être analysée, ainsi que l’effet de différents traitements sur cette fonction. La protéine CFTR est fortement exprimée dans les organoïdes intestinaux. L’exposition d’organoïdes de sujets sains à des concentrations croissantes de forskoline augmente la concentration intracellulaire d’AMP cyclique qui, en activant le canal CFTR, induit la sécrétion de chlore et d’eau dans leur lumière. Ceci provoque une augmentation de volume quantifiable en microscopie optique. Ce test est appelé Forskolin induced swelling assay ou FIS assay (en français: gonflement induit par la forskoline). Pour chaque expérience, par exemple avec un traitement particulier, le rapport entre la surface de chaque organoide après et avant 60 minutes de stimulation par la forskoline est calculé pour en obtenir la moyenne. Alternativement, la surface sous la courbe de l’augmentation moyenne du volume à chaque temps de mesure après application de la forskoline peut être utilisée (Figure 3b). Le FIS assay mesure spécifiquement la fonction du canal CFTR. Les inhibiteurs de ce canal abolissent l’augmentation de volume des organoïdes. Les organoïdes de sujets atteints de mucoviscidose ont une réponse à la forskoline qui dépend des mutations de CFTR. Pour des mutations empêchant toute synthèse du CFTR, comme G542X/G542X, la réponse est nulle, alors qu’elle est très faible chez un sujet F508del/F508del ou seulement réduite chez un sujet F508del/R117H (Figure 3c).



Figure 3


Figure 3. 

Organoides et Forskolin induced swelling (FIS) assay.

3A: Culture d’une crypte isolée après disruption mécanique d’une biopsie rectale: aspect après 1, 3, 4 et 7 jours

3B: FIS assay: augmentation moyenne du volume des organoides après stimulation par la forskoline. Cette augmentation de volume est exprimée en pourcentage du volume avant stimulation, ou par l’aire sous la courbe de l’augmentation de volume à chaque temps analysé.

3C: Réponse à des concentrations croissantes de forskoline des organoides obtenu chez trois sujets atteints de mucoviscidose au génotype G542X/G4542X, F508del/F508del et F508del/R117H.

3D: Réponse des organoides à l’ivacaftor (potentiateur), au lumacaftor (correcteur) et à leur combinaison chez trois sujets atteints de mucoviscidose au génotype G542X/G4542X, F508del/F508del et F508del/S1251N. La réponse du ‘FIS assay’ est mesurée après le prétraitement des organoides par l’ivacaftor (ajouté avec la forskoline), le lumacaftor (incubé pour une nuit) et la combinaison lumacaftor + ivacaftor.

Zoom

Actuellement, deux types de molécules sont disponibles pour le traitement de patients atteints de mucoviscidose: les correcteurs du CFTR, qui augmentent l’expression de la protéine CFTR au niveau de la membrane apicale des cellules, et les potentiateurs du CFTR, qui améliorent la fonction de la protéine CFTR localisée à la membrane apicale. Le FIS assay évalue ex vivo dans quelle mesure la fonction du CFTR peut être restaurée. L’addition d’ivacaftor à des organoïdes obtenus à partir de patients porteurs d’au moins une mutation de type gating améliore substantiellement la réponse des organoïdes à la forskoline. Pour les organoïdes de sujets homozygotes F508del, l’addition du potentiateur ivacaftor après une incubation prolongée avec le correcteur lumacaftor augmente le gonflement des organoïdes, mais plus modestement (Figure 3d). Cette amélioration de la réponse des organoïdes à la forskoline, en tant que mesure du degré du rétablissement de la fonction du CFTR, est proportionnelle à l’amélioration de la fonction respiratoire observée pendant les études cliniques. L’ivacaftor améliore le VEMS de 10%, la combinaison ivacaftor/lumacaftor de 3%.

Ceci montre le potentiel des organoïdes dans la mucoviscidose. Plus de 2 000 variations du gène CFTR ont été décrites. Les organoïdes permettent de tester la fonction du canal CFTR et la réponse à un traitement donné pour chacune de ces mutations. Les premières applications cliniques ont été publiées récemment: les organoïdes de deux patients porteurs de la mutation G1249R ayant clairement répondu à l’ivacaftor, un essai thérapeutique a été mené pendant lequel l’état des patients s’est nettement amélioré [24]. Des 2 000 mutations connues de CFTR , seule F508del est fréquente. Dans le registre européen de la mucoviscidose, 5 autres mutations ont une fréquence supérieure à 1%. En France, 7 mutations ont une fréquence de 1% ou plus [25]. Un grand nombre de patients est donc porteur de mutations rares: 3 333 patients français sur 6 356 (52,4%) ont une mutation survenant chez moins de 1% des patients. Chez eux les organoïdes permettront de sélectionner les combinaisons optimales de traitements ciblant l’amélioration de la fonction du canal CFTR. Pour les patients porteurs de mutations plus fréquentes, le modèle des organoïdes sera également utile. L’ivacaftor et le lumacaftor sont déjà commercialisés, mais au moins sept compagnies pharmaceutiques développent de nouveaux correcteurs ou potentiateurs. D’autres stratégies moléculaires sont en cours d’évaluation, comme la combinaison de correcteurs ayant des modes d’action complémentaires, la stabilisation du canal CFTR dans la membrane apicale [26], ou les oligonucléotides ‘anti-sens’ pour corriger l’effet de mutations au niveau de l’ARN [27]. Les études cliniques visant à comparer l’efficacité des multiples combinaisons thérapeutiques possibles chez un petit nombre de patients sont irréalisables. Un outil de prédiction ex vivo de la réponse clinique in vivo sera indispensable pour accélérer le développement de nouveaux traitements et permettre leur prescription d’une façon ‘personnalisée’. Des banques de tissus permettront de réévaluer ultérieurement, pour un patient donné, la réponse de ses organoïdes aux traitements du futur, par exemple le transfert de gènes avec des vecteurs [28] ou la thérapie génique corrective in situ par CRISPR/Cas9 [29].

Les organoïdes ont aussi un potentiel diagnostic. Pour certains patients le diagnostic de mucoviscidose n’est pas clairement établi ni réfuté, en raison d’un taux intermédiaire de chlorure au test de la sueur ou de mutations de CFTR de signification ambigüe, comme chez certains sujets détectés par le dépistage néonatal. Mesurer la fonction de la protéine CFTR dans les organoïdes permettrait de confirmer ou d’infirmer le diagnostic.

Les organoïdes sont donc un puissant outil de recherche pour la mucoviscidose. Le pipeline de développement de traitements ciblant le défaut du canal CFTR au niveau cellulaire est en pleine expansion: un biomarqueur ex vivo permettant une prédiction fiable de l’effet clinique est indispensable pour progresser rapidement et de façon ciblée pour chaque patient.

Conclusion

Actuellement disponibles dans des centres spécialisées, ces techniques vont se généraliser au fur et à mesure de leur standardisation. Aussi, il convient de s’y intéresser, s’y familiariser, et pourquoi pas d’aider à les développer en tant que chercheur(se).

Liens d’intérêts

G. Dournes: Conférences: invitations en qualité d’intervenant (Margaux Orange).

K. De Boeck: aucun.

S. Bui: aucun.

F. Vermeulen: non transmis.

A. Ramalho: non transmis.

J.-F. Chateil: non transmis.

F. Laurent: non transmis.

M. Fayon: aucun.

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