Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 21, N° 5  - mai 1998
p. 321
Doi : JFO-05-1998-21-5-0181-5512-101019-ART96
Anisométropie et presbytie : équipements en verres progressifs, nouvelleapproche
 

MÉMOIRES ORIGINAUX

Journal Français d'Ophtalmologie1998; 21: 321-327
© Masson, Paris, 1998

M. Pouliquen de Linière (1), C. Hervault (2),J.P. Meillon (3), P. Rocher (3), P. Coulombel (4),G. Van Effenterre (5)(Paris)

(1)Ophtalmologiste, Hôtel-Dieu, 1, place du Parvis Notre-Dame, F-75181Paris Cedex 04.
(2)Orthoptiste, Hôtel-Dieu, 1, place du Parvis Notre-Dame, F-75181 ParisCedex 04.
(3)Vision Contact Opticiens, 64, rue de Miromesnil, F-75008 Paris.
(4)Ophtalmologiste, 19, rue Léon Renault, F-93260 Les Lilas.
(5)Ophtalmologiste, 8, rue Picot, F-75116 Paris.

J. Fr. Ophtalmol., 2000; 21, 5, 321-327



Vision Contact Opticiens commercialise les équipements optiques mentionnés dansl'article.

SUMMARY

Anisometropia and presbyopia: prescribing progressive lenses, a new approach

M. Pouliquen de Linière, C. Hervault, J.P. Meillon, P. Rocher, P. Coulombel,G. Van Effenterre

Objective of the study:To show that anisometropia does not absolutely precludethe prescription of progressive lenses.

Materials and methods: Forty-one anisometropes and presbyopes were selected fora prolonged trial of visual correction using progressive lenses. The congenital oracquired type of their anisometriopia and its particular form were also studied. Eachpatient was submitted to a protocol comprising of a series of ophthalmologic and orthoptictests so as to evaluated the patient's subjective far and near refraction, withmeasurement of phorias and of horizontal and vertical ductions, visual acuity, and thequality of binocular vision while looking in different directions. A preliminary trial ofcorrection in actual situation was done in order to check fusion in near vision. Theentire range of tests was repeated two months after the patient was provided with thelenses. The tolerance for progressive lenses during the different activities of daily lifewas evaluated after the second and the sixth months.

Results: Seven patients presenting an associated strabismus were not providedwith the lenses because the initial pre-lens trial revealed a total inability to readwithin the near-vision zone. Among the 34 patients provided with the lenses,21 constantly wore their progressive lenses and said that they were satisfied, 6 woretheir progressive lenses during daily activities but preferred to use their unifocallenses for prolonged reading, and 7 abandoned their progressive lenses because they couldnot tolerate them. Association with a strabismus is not synonymous with an initialimpossibility or with abandonment because of the 27 patients who constantly woretheir progressive lenses 9 were strabismic. The best results were obtained in the agerange of 45 to 52 years old, for visual acuity for > 20/40, and in cases ofcongenital anisometropia with intermittent or permanent unilateral neutralization. On theother hand, patients presenting an acquired anisometropia, particularly postoperative,proved to be poor candidates.

Conclusion: Weak and strong anisometropia does not absolutely preclude theprescription of progressive lenses except for certain strabismic subjects with an abnormallateral-oriented posture.

Key words : Anisometropia. , optical Anisophoria. , aniseikonia. , iseikonic lens.

RÉSUMÉ

Anisométropie et presbytie : équipements en verres progressifs,nouvelle approche

But de l'étude : Montrer que l'anisométropie n'est pas unecontre-indication absolue à l'équipement en verres progressifs.

Matériel et méthodes : Quarante-et-un patients anisométropes etpresbytes ont été sélectionnés pour un essai prolongé de correction par verresprogressifs. Le type congénital ou acquis de leur anisométropie et sa composition ontété étudiés. Chaque patient a été soumis à un protocole comportant une série detests ophtalmologiques et orthoptiques pour évaluer sa réfraction subjective de loin etde près, avec mesure des phories et des ductions horizontales et verticales, son acuitévisuelle, et la qualité de sa vision binoculaire dans les différentes directions duregard. Un essai préalable de la correction en situation réelle a été effectué pourcontrôler la fusion en vision de près. L'ensemble des tests a été répété deux moisaprès l'équipement. La tolérance des verres progressifs dans les différentesactivités de la vie courante a été évaluée aux deuxième et sixième mois.

Résultats : Sept patients présentant un strabisme associé n'ont pasété équipés car le premier essai avant l'équipement a montré une incapacité totalede lire dans la zone de vision de près. Parmi les 34 patients équipés, 21 portentconstamment leurs progressifs et se disent très satisfaits, 6 utilisent leurs progressifspour la vie courante mais préfèrent utiliser les unifocaux pour la lecture prolongée, 7ont abandonné leurs progressifs pour intolérance. L'association avec un strabisme n'apas été synonyme d'impossibilité initiale ou d'abandon puisque sur les 27 patientsqui portent constamment leurs progressifs, 9 sont strabiques. Les résultats les meilleursont été obtenus dans la tranche d'âge comprise entre 45 et 52 ans, pour lesacuités visuelles > 5/10, et dans les anisométropies congénitales avecneutralisation unilatérale intermittente ou permanente. En revanche, les patientsprésentant une anisométropie acquise, en particulier postopératoire, se sont révélésde plus mauvais candidats.

Conclusion : L'anisométropie faible ou forte n'est pas unecontre-indication absolue aux verres progressifs sauf pour certains sujets strabiques avecattitude vicieuse latéralisée.

Mots clés : Anisométropie. , anisophorie. , aniséiconie. , verre iséiconique.


Avant l'âge de la presbytie, l'anisométrope équipé de verres unifocaux subit desdisparités prismatiques en vision excentrée (dans le regard en haut, en bas, à droite,à gauche) qu'il peut annuler grâce à un mouvement céphalique lui permettant deréaligner ses axes visuels et les axes optiques pour fusionner [1], [2]. À partir de l'âge de lapresbytie, si l'anisométrope est équipé en verres progressifs, il peut encore annulerles disparités horizontales par un mouvement conjugué de la tête et des yeux. Enrevanche, lorsqu'il veut lire, il lui est impossible d'éviter les disparités verticalesinduites dans la zone excentrée en vision de près [1], [2]. Cette hétérophorie induitepar les verres de lunette chez l'anisométrope définit l'anisophorie [1], [2]. Les effets prismatiques d'unverre correcteur donné croissent avec la puissance du verre. Leur sens et leur importancevarient avec la direction du regard. Ils peuvent être calculés par la règle dePrenctice encadré 1, encadré 2.

C'est en raison de cette anisophorie à laquelle peut s'associer une aniséiconiedioptrique, que la littérature spécialisée a longtemps déconseillé l'équipement enverres progressifs pour les anisométropes devenus presbytes, en particulier dans le casd'anisométropie supérieure à trois dioptries. Or, dans la pratique, nous avons puobserver de nombreux cas équipés avec succès pour de telles anisométropies. Devant cesrésultats déroutants, nous avons voulu analyser le comportement binoculaire d'unéchantillon assez large d'anisométropes afin de mieux comprendre les facteursresponsables de tolérance ou d'intolérance aux verres progressifs.

MATÉRIEL ET MÉTHODE

L'étude concerne 41 patients anisométropes et presbytes, recrutés sur leursmotivations, entre mai 1993 et octobre 1996. Parmi ceux-ci, 34 ont étééquipés en verres progressifs, 7 ont été récusés au terme de l'essai initialeffectué au cours du protocole d'examens avant équipement (cf infra).

L'origine de l'anisométropie est congénitale, définie comme « axile »(différence de longueur axiale entre les deux yeux) dans 33 cas. Elle est acquise,dite « de puissance » dans 8 cas : liée à une kératoplastieunilatérale dans 1 cas, bilatérale dans 1 cas, à une pseudophaquieunilatérale dans 3 cas, bilatérale dans 1 cas, à une myopie d'indicecristallinienne dans 2 cas.

À l'anisométropie-presbytie s'associe un strabisme dans 16 cas :3 patients ont des antécédents de strabisme convergent rééduqué et/ou opéré etsont « esthétiquement droits », 10 présentent un strabisme convergentrésiduel alternant, avec un oeil fixateur préférentiel. Un port de tête latéraliséest noté dans 6 parmi ces 10 cas. Trois patients ont un strabisme divergentalternant avec oeil préférentiel dont 1 avec port de tête latéralisé.

L'âge des patients va de 45 à 75 ans, quinze patients ont entre 45 et50 ans, 12 entre 50 et 55 ans, 7 entre 55 et 60 ans, 7 entre 60 et75 ans.

Les différentes formes d'anisométropies se répartissent en 4 cas de myopiquessimples (un oeil myope, l'autre emmétrope), 6 cas de myopiques composées (les deuxyeux myopes), 6 cas d'hyperopiques simples (un oeil hypermétrope, l'autreemmétrope), 8 cas d'hyperopiques composées (les deux yeux hypermétropes),5 cas mixtes (un oeil myope, l'autre hypermétrope), 3 cas de myopiquescomposées astigmates (équivalent sphérique > 3 D entre les deux),6 cas d'hyperopiques composées astigmates (équivalentsphérique > 3 D entre les deux yeux) et 3 cas mixtes astigmates tableau I.

La valeur de l'anisométropie est comprise entre 2,5 et 3 D pour 6 cas, entre3 et 4 D pour 23 cas, entre 4 et 6 D pour 8 cas et entre 6 et 8 Dpour 4 cas.

Le protocole d'examen avant équipement a comporté, pour tous les patients sansexception, un examen ophtalmologique avec contrôle de la réfraction, détermination del'acuité visuelle en vision de loin (VL) et vision de près (VP), et un bilan orthoptiqueavec la correction optique la plus récente. Puis l'étude de la réfraction subjective enVL a été réalisée avec le projecteur de tests Nidek SCP 660 et les testssuivants : rouge/vert, Worth, Croix de Schober, point de fixation-filtre rouge,stréréotests, enfin rectangles polarisés pour détecter l'aniséiconie. L'examen de laréfraction subjective en VP a comporté les mêmes tests, réalisés avec l'Optotroxd'Essilor. L'ensemble de ces tests a permis de chiffrer avec précision, en vision de loin(à 5 mètres) mais également en vision de près (à 0,40 mètres), lesphories, les ductions horizontales en convergence et en divergence, et les ductionsverticales. En outre, le PPC et l'amplitude d'accommodation à la distance de lecture(0,33 m) ont été mesurés. En cas d'aniséiconie, celle-ci a été mesurée avecdes verres grossissants afocaux, sphériques ou méridionaux, à l'aide d'un iconomètreà comparaison directe en VL et VP [4].

Au terme de ce protocole, un essai de la correction en situation réelle a étéréalisée avec deux types de verres progressifs : des « VariluxComfort » et des « Rodenstock S ». Grâce à une lunette d'essaispéciale et des verres à grande ouverture optique permettant le contrôle de la fusionen VP regard abaissé, la qualité de la fusion binoculaire a été analysée et comparéeà celle obtenue avec des unifocaux de VP équivalents, centrés de façon à éviterl'anisophorie verticale. Chaque patient a été invité à donner son avis sur son confortvisuel en VL, vision intermédiaire (VI) et VP pour chacun des verres progressifsproposés, et à choisir entre les deux équipements. Les 34 patients satisfaits dece premier essai ont tous été équipés gratuitement de verres progressifs etd'unifocaux VP, en contrepartie de leurs divers déplacements et de leurparticipation à l'étude. Trente ont choisi « Varilux Comfort », jugé plusperformant lors de l'essai et 4 ont choisi « Rodenstok S » jugé plusconfortable.

Tous les patients équipés ont été revus, aux deuxième et sixième mois tableau II. Le protocoleaprès équipement a comporté un examen ophtalmologique, un bilan orthoptique et uncontrôle de l'ajustage des lunettes, avec vérification du dosage de l'addition-VP. Troiscandidats ont été rééquipés au deuxième mois avec une addition différente et plusforte ; il s'agissait d'anisométropes ayant une AV < 5/10 pour lemeilleur oeil.

RÉSULTATS

Sur les trente-quatre candidats équipés, vingt-et-un patients (62 %) portentconstamment leurs verres progressifs et sont très satisfaits ou satisfaits. L'anisophorieinduite n'a donc pas été un obstacle majeur pour eux. Six patients (17 %) utilisentleurs verres pour la vie courante et bénéficient de leur vision intermédiaire. Ils sontsatisfaits ou assez satisfaits, mais préfèrent utiliser des unifocaux de près pour untravail intense de lecture ou d'écriture. L'anisophorie verticale induite en VP est àl'origine de leur préférence pour les unifocaux VP dans la lecture prolongée.

Sept patients (20 %) ont abandonné le port de leurs verres progressifs car ils neles toléraient pas du tout. L'anisophorie verticale pour quatre de ces cas etl'aniséiconie induite pour les trois autres est responsable de l'intolérance. Tous cespatients ont été rééquipés. Deux d'entre eux avec des verres bifocaux, pour l'unassocié à un prisme intégré dans la zone optique de VP pour compenser les disparitésverticales induites dans le regard excentré vers le bas [3], pour l'autre de type« Franklin » c'est-à-dire deux hémichamps dont les centres optiques VLet VP sont confondus sur la ligne de démarcation. Deux autres patients n'ont pu êtrerééquipés que par des verres unifocaux VL + VP. Enfin trois cas ontété équipés d'une lentille de contact sur l'oeil le plus amétrope et de verresprogressifs isocorrecteurs complémentaires [2], [5]. Quand ils ne portent pas leurlentille, ils ont recours, pour réduire leur aniséiconie trop gênante, au port deverres iséiconiques unifocaux VL + VP. Rappelons que les verresiséiconiques sont des verres fabriqués avec une épaisseur spéciale de façon àmagnifier l'image rétinienne la plus petite. Ils ont l'inconvénient d'être assezinesthétiques [2].

Les corrélations entre les résultats obtenus et le type d'anisométropie sphériqueet/ou astigmique, son origine congénitale (axile) ou acquise (de puissance), et sonassociation avec un strabisme sont détaillées dans le tableau II. Dans lesanisométropies sphériques congénitales, d'origine axile, avec ou sans hétérophorie,les résultats sont meilleurs (74 % de satisfaits ou très satisfaits) que dans lesanisométropies sphériques acquises postopératoires, de puissance avec aniséiconie(50 % de satisfaits ou très satisfaits). De même, les résultats sont meilleursdans les anisométropies astigmiques congénitales que dans les anisométropiesastigmiques acquises postopératoires, et d'autant meilleurs que l'anisophorie prédominedans le méridien horizontal (respectivement 75 % et 50 % de très satisfaits ousatisfaits) plutôt que dans le méridien vertical (respectivement 50 % et25 %).

En cas d'association de l'anisométropie congénitale avec un strabisme, les résultatssont meilleurs quand le strabisme a été traité avec succès, yeux esthétiquementdroits (66 % de satisfaits ou très satisfaits) que quand persiste une déviationvisible des axes visuels, strabisme alternant pur ou avec oeil fixateur préférentiel(50 % de satisfaits ou très satisfaits), et quand le strabisme convergent oudivergent résiduel s'accompagne d'un port de tête latéralisé (seulement 28 % desatisfaits ou très satisfaits). Quand l'anisométropie s'accompagne d'une hétérophoriesans strabisme les résultats sont très satisfaisants : 55 % des patientsavaient une hétérophorie que le port constant de verres progressifs n'a pasdécompensée.

Les résultats sont influencés par l'âge du sujet : le plus grand nombre detrès satisfaits a été trouvé dans la tranche d'âge comprise entre 45 et 52 ans,de satisfaits dans la tranche des 52 à 60 ans, tandis qu'au-delà de 60 ans lesrésultats sont acceptables ou médiocres.

L'acuité visuelle a joué un rôle secondaire pour les acuités > 5/10(pour le meilleur oeil ou bilatéralement). En revanche, elle a été responsabled'échecs plus nombreux dans les cas d'acuités < 5/10 (pour le meilleur oeil oubilatéralement) car ces cas nécessitent des additions plus fortes en vision de près,dont les conséquences sont une réduction sensible du champ de VP et une gêne accrue envision dynamique.

Quant à l'aniséiconie qui accompagne les anisométropies de puissance, acquises enpostopératoires ou non, elle s'est avérée très gênante dans trois cas sur huit pourlesquels sa mesure à l'iconomètre donnait une valeur > 4 %. Ils'agissait dans les trois cas d'anciens myopes forts bilatéraux ou unilatéraux, opérésd'une cataracte unilatérale avec implant emmétropisant. Dans les cinq autres casd'anisométropie acquise (deux kératocônes opérés avec greffe de cornée, unepseudophaquie bilatérale avec erreur d'implant, deux myopies d'indice unilatérales)l'aniséiconie n'a pas pu être mesurée avec précision, la participation des patients àl'examen à l'iconomètre étant insuffisante.

DISCUSSION

L'anisophorie induite par le port des verres correcteurs semble être le facteurlimitant principal à la bonne tolérance des verres progressifs. De nombreux auteurs [1], [2] prennent en compte unabaissement moyen des lignes du regard pour la lecture de 9 à 10 mm pour les verresunifocaux et bifocaux, et de 15 à 16 mm pour les verres trifocaux et progressifs.Dans cette étude utilisant principalement les verres progressifs « VariluxComfort », dans lesquels 90 % de la valeur de l'addition de VP est située à9 mm au-dessous du centre optique de référence, lui-même situé à 4 mmau-dessous du début de la progression figure 1, les mesureseffectuées sur l'ensemble des candidats ont montré des valeurs d'abaissement des lignesdu regard inférieures à 13 mm. Ceci explique en grande partie la bonne tolérancedes verres progressifs que nous avons observée chez les anisométropes-presbyteséquipés dans cette étude. Le choix du type de progressif nous paraît donc comme unélément essentiel.

Comme prévu, l'anisophorie horizontale s'est avérée peu gênante, à l'exception dequelques cas d'anisométropie mixte associée à une attitude de compensation, amenant lesujet à utiliser les zones marginales du couloir de progression procurant un champ trèsétroit et entaché d'astigmatisme. Ceci devrait nous encourager à demander auxconcepteurs de surfaces progressives des couloirs de progression encore plus larges,d'autant que la vie courante utilise beaucoup les mouvements latéraux.

L'anisophorie verticale s'est avérée moins gênante que prévue. En effet 53 %des anisométropes congénitaux recrutés et équipés ne présentaient pas les troisdegrés de VB. En conséquence un grand nombre d'entre eux étaient capables deneutralisation unilatérale intermittente ou permanente, ce qui déjouait les pièges del'anisophorie verticale. En revanche, elle s'est avérée particulièrement gênante chezles anciens isométropes présentant une anisométropie acquise.

L'aniséiconie s'est révélée gênante chez les anciens isométropes présentant uneanisométropie acquise (postopératoire le plus souvent). En effet, ces patients sont peuhabitués aux contraintes engendrées par une anisocorrection récente et parl'aniséiconie acquise en postopératoire, à l'inverse de ce qui se passe dans lesanisométropies congénitales dans lesquelles il existe un certain« remodelage » de l'image rétinienne au niveau cortical.

L'âge du patient équipé joue un double rôle : plus le patient est jeune plusil est motivé, pour des raisons à la fois esthétiques et pratiques, à réussir sonadaptation. Par ailleurs, sauf dans le cas du pseudophaque, il conserve une réserveaccomodative (en particulier pour les âges < 52 ans) qui lui permetd'utiliser une plage de vision de près moins excentrée, dans laquelle l'anisophorie estréduite.

Si le strabisme associé à l'anisométropie-presbytie s'est révélé moins gênantque prévu, c'est grâce à la neutralisation unilatérale qui l'accompagne le plussouvent et supprime les troubles visuels engendrés par l'anisocorrection. En revanche, sile strabisme s'accompagne d'une attitude vicieuse avec port de tête latéralisé, le tauxd'échec est important.

L'alternative à l'équipement en verres progressifs est bien sûr le port d'unelentille de contact sur l'oeil le plus amétrope, ou de deux lentilles de contact en VL.Des verres progressifs isocorrecteurs complémentaires assurent ensuite la VI et la VP.Mais l'adaptation en lentille n'est pas toujours bien acceptée en port unilatéral,surtout si le port de lunettes complémentaires est indispensable. Par ailleurs lesmanipulations nécessaires quotidiennement sont redoutées par les sujets les plus âgés.

CONCLUSION

L'anisométropie, faible ou forte, n'est pas une contre-indication absolue àl'équipement en verres progressifs. Il est toutefois indispensable de différencier lesanisométropies congénitales ou acquises, et d'analyser les désordres binoculaires quien découlent avant de poser l'indication de ce type d'équipement.

Pour limiter les échecs, il est important de détailler auprès de chaque patient lesdifficultés de réalisation de ses verres, et de le prévenir des difficultésd'adaptation qu'il pourra rencontrer dans les différentes activités de sa vie courante.Cet échange permettra d'évaluer ses besoins réels et sa motivation, et d'encourager sesefforts d'adaptation.

 


Figure 1. Zones de VP utilisées par les candidats de l'étude : (1) = très utilisée ; (2)  = peu utilisée ; (3) = non utilisée - *PPR = Position Primaire du Regard ;*COR = Centre Optique de Référence où les disparités prismatiques OD/ OGsont nulles (sauf construction spécifique) ; *Méridienne optique principale duverre le long de laquelle la définition optique est la meilleure, elle est inclinéed'environ 10º côté nasal en VP.

 


Encadré 1. Évaluation de l'anisophorie induite en VP chez l'anisométropepresbyte.

 


Encadré 2. Évaluation de l'anisophorie induite en VP chezl'anisométrope-presbyte astigmate.

 

 

Tableau I.

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).

 

 

Tableau II.

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).



REFERENCE(S)

[1] Bonnac JP. L'anisophorie, un nouveau procédé de mesure. Bull soc Scientifique de Correction Oculaire, 1981;81:87-92.

[2] Risse JF. Anisométropie, Anisophorie induite, Aniséiconie, In : « Corbé C, Menu JP, Chaine G, Traité d'optique physiologique et clinique ». Doin, Paris, 1996;285-301.

[3] Kozol F. Compensation Procedures for the Anisometropic Presbyope. Surv Ophthalmol, 1996;41:171-4.

[4] Mawas E, Bonnac JP, Prevost G. Aniséiconie intérêt de sa mesure pour le contactologue et pour le chirurgien implantateur. Lab Martinet Clin Ophtalmol, 1980;4:83-102.

[5] Anghert A, Meillon JP, Rocher P. Vision Binoculaire et Lentilles de Contact, tolérance critique de l'aniséiconie. Bull Soc Scientifique de Correction Oculaire, 1995;95:67-76.


© 1998 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline
You can move this window by clicking on the headline
@@#110903@@