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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 40, n° 4
pages 270-278 (avril 2017)
Doi : 10.1016/j.jfo.2016.11.012
Received : 23 August 2016 ;  accepted : 7 November 2016
Réponse visuelle et anatomique en condition de « vraie vie » du traitement par aflibercept chez les patients naïfs atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge exsudative
Real life visual and anatomic outcomes of aflibercept treatment for treatment-naive patients with exudative age-related macular degeneration
 

M.-V. Duval a, , M.-B. Rougier a, M.-N. Delyfer a, b, c, F. Combillet a, J.-F. Korobelnik a, b, c
a Service d’ophtalmologie, CHU de Bordeaux, place Amélie-Rabat-Leon, 33000 Bordeaux, France 
b University Bordeaux, ISPED, 33000 Bordeaux, France 
c Inserm, U1219, Bordeaux Population Health Research Center, 33000 Bordeaux, France 

Auteur correspondant.
Résumé

Les anti-VEGF ont révolutionné le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) exsudative.

Objectif

L’objectif de cette étude était d’évaluer la réponse visuelle et anatomique en condition de « vraie vie » du traitement par aflibercept chez les patients naïfs atteints de DMLA exsudative.

Méthodes

Il s’agissait d’une étude rétrospective regroupant les patients traités par aflibercept dans le service d’ophtalmologie du CHU de Bordeaux entre novembre 2013 et juillet 2015. La durée de suivi variait de 3 mois à 2 ans. Les patients ont bénéficié d’une phase d’induction de 3 injections intra-vitréennes (IVT) mensuelles puis d’un suivi personnalisé. Une mesure de l’acuité visuelle avec correction (AVAC) en score ETDRS, un fond d’œil et un examen OCT étaient réalisés à chaque visite de contrôle ; les données ont été recueillies à j0, 3 mois, 6, 9, 12 mois, 18 et 24 mois.

Résultats

Quarante-trois yeux de quarante patients, âgés de 77,7 ans en moyenne, ont été traités par aflibercept avec un suivi de minimum 3 mois. Vingt-cinq yeux étaient suivis 1 an ; 5 yeux, deux ans. À l’inclusion, l’AVAC était de 55,7 lettres. Les patients ont reçu 7,5 injections en moyenne la première année et 2,6 la deuxième année. Le gain moyen d’acuité visuelle était de +7,3 lettres à 3 mois, +6,2 lettres à 12 mois, et +6,8 lettres à 2 ans. Sur le plan anatomique, l’épaisseur maculaire centrale a diminué de 118,3μm à 3 mois, 136,4μm à 12 mois et 65,5μm à 2 ans.

Conclusion

L’aflibercept est efficace sur le plan anatomique et fonctionnel avec des résultats proches de ceux des études pivotales malgré des protocoles personnalisés et l’allongement des intervalles de surveillance.

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Summary

Anti-VEGF therapies have revolutionized the treatment of neovascular age-related macular degeneration (AMD).

Purpose

The goal of this study was to evaluate the “real life” visual and anatomical outcomes of aflibercept treatment for treatment-naive patients with exudative AMD.

Methods

This was a retrospective study of patients treated with aflibercept in the department of Ophthalmology at the University Hospital of Bordeaux between November 2013 and July 2015. The follow-up period varied from 3months to 2years. All patients received an induction phase with 3monthly intravitreal injections (IVT) followed by personalized monitoring. ETDRS best-corrected visual acuity (BCVA), fundus examination and OCT were performed at each visit. Data were collected at day 0, 3 months, 6, 9, 12months, 18 and 24months.

Results

Forty-three eyes of forty patients, mean age 77.7years, were included, with a minimum of 3months follow-up. Twenty-five eyes were followed for 1year; 5 eyes for two years. At baseline, the mean BCVA was 55.7 letters. Patients received 7.5 injections on average the first year and 2.6 the 2nd year. The mean gain of visual acuity was +7.3 letters at 3 months, +6.2 letters at 12 months, and +6.8 letters at 2years. Anatomically, the OCT data showed a decline of all parameters. The central macular thickness decreased by 118.3μm at 3months, 136.4μm at 12months and 65.5μm at 2years.

Conclusion

Aflibercept can achieve effective visual and anatomical outcomes with results, which approach the pivotal studies, despite the use of personalized protocols and longer monitoring intervals.

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Mots clés : Dégénérescence maculaire liée à l’âge exsudative, Patient naïf, Aflibercept, Ranibizumab, Anti-VEGF, Acuité visuelle, Épaisseur maculaire centrale

Keywords : Exudative age-related macular degeneration, Treatment-naive patient, Aflibercept, Ranibizumab, Anti-VEGF, Visual acuity, Central macular thickness


Introduction

Le traitement par injections intra-vitréennes (IVT) d’anti-VEGF a profondément modifié notre prise en charge de la forme exsudative de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) [1, 2]. En France, le ranibizumab, spécialement mis au point pour une utilisation endoculaire, a l’Autorisation de mise sur le marché (AMM) dans cette indication depuis janvier 2007.

L’aflibercept a reçu l’AMM et le remboursement en France en novembre 2013. Son efficacité chez les sujets naïfs atteints de DMLA exsudative a été étudiée dans les essais de phase III, VIEW 1 et 2, à 52 semaines (S52) et 96 semaines (S96) (The VEGF Trap-Eye: Investigation of Efficacy and Safety in Wet AMD) [3, 4]. L’aflibercept en IVT tous les 2 mois après une phase d’induction de 3 injections mensuelles (schéma 2q8 recommandé par l’AMM) s’est avéré non inférieur et cliniquement équivalent au ranibizumab en IVT mensuelles sur le critère de maintien de l’acuité visuelle (perte de moins de 15 lettres), mais avec en moyenne, 4 IVT de moins à 52 semaines. À 96 semaines, les résultats entre aflibercept et ranibizumab, administrés en Pro Re Nata (PRN) capé à 3 mois, sont restés fonctionnellement comparables avec statistiquement moins d’injections pour aflibercept versus ranibizumab entre S52 et S96. L’aflibercept permet d’introduire ainsi une nouvelle stratégie de traitement avec un rythme d’injection et de suivi « allégé ».

L’objectif de notre étude était d’examiner en condition de « vraie vie » la réponse visuelle et anatomique du traitement par aflibercept chez les patients atteints de DMLA exsudative et naïf de tout traitement, d’évaluer ainsi les pratiques cliniques quotidiennes pour le traitement de cette affection et de déterminer si elles diffèrent de celles recommandées par l’AMM.

Matériels et méthodes
Design de l’étude

Il s’agissait d’une étude rétrospective, observationnelle, monocentrique, regroupant des patients naïfs venus consulter pour une DMLA exsudative dans le service d’ophtalmologie du centre hospitalier universitaire de Bordeaux pour lesquels un traitement par aflibercept (Eylea®) a été mis en place entre novembre 2013 et juillet 2015. Les résultats pour chaque patient ont été étudiés depuis leur date d’inclusion correspondant à la première IVT d’aflibercept jusqu’à leur dernière visite avant le 31 décembre 2015. La période d’observation pouvait varier de 3 mois à 2 ans.

Critères d’inclusion et d’exclusion

Étaient inclus tous les patients nouvellement diagnostiqués pour la forme humide de la DMLA et pour lesquels une décision de traitement par aflibercept (Eylea®) était prise. Les patients devaient être naïfs de tout traitement.

Étaient exclus de notre étude tous les patients présentant une pathologie ophtalmologique autre que la DMLA avec une répercussion importante sur l’acuité visuelle et les patients ayant bénéficié d’une chirurgie intraoculaire ou péri-oculaire durant l’étude.

Recueil de données

Les données démographiques ont été collectées incluant l’âge, le sexe, la latéralité de l’œil traité, le statut cristallinien et la prise de compléments alimentaires, le type de néovaisseaux traités, la réalisation d’une angiographie à la fluorescéine ou au vert d’indocyanine (ICG).

Les données ont été recueillies à j0 correspondant à la date de la première IVT puis à 3 mois, 6 mois, 9 mois, 12 mois, 18 mois et 24 mois.

L’acuité visuelle avec correction (AVAC) a été mesurée à chaque visite sur l’échelle ETDRS (Early Treatment Diabetic Retinopathy Study). Les résultats d’acuité visuelle évalués selon l’échelle de Monoyer ont été convertis en score ETDRS pour une appréciation du gain d’acuité visuelle (AV) en lettres.

Un examen biomicroscopique et un fond d’œil après dilatation étaient réalisés à chaque visite ainsi qu’une tomographie par cohérence optique Spectral Domain (SD-OCT) avec un appareil Cirrus HD-OCT (Carl Zeiss Meditec, Dublin, CA). La valeur moyenne de l’épaisseur maculaire centrale (EMC) dans les 1000 microns centraux était mesurée en utilisant le logiciel intégré. La hauteur maximale du décollement de l’épithélium pigmentaire (DEP) et du décollement séreux rétinien (DSR) était mesurée manuellement à l’aide du caliper. La présence de liquide intra-rétinien (LIR) lors du suivi était recueillie.

Les modalités de prise en charge ont été analysées : le délai entre le diagnostic et la 1re injection ; le délai moyen entre les injections. Le nombre d’IVT d’aflibercept et de visites pendant la période d’observation ont été comptabilisés ainsi que les éventuels rendez-vous manqués.

Chaque patient a bénéficié d’une phase d’induction avec une dose de charge de trois IVT à un mois d’intervalle. La décision de retraitement était ensuite laissée au libre choix du rétinologue responsable. Les médecins étaient libres d’utiliser l’aflibercept selon son schéma d’AMM ou d’ajuster la prise en charge en fonction des résultats anatomiques et fonctionnels.

Les analyses statistiques ont été réalisées avec un logiciel EXCEL pour l’ensemble des données descriptives, le calcul des moyennes et des écart-types.

Résultats

Quarante-trois yeux (40 patients) présentant une DMLA exsudative naïve et traités par de l’aflibercept ont été inclus dans l’étude.

Quarante-trois yeux ont été revus à 3 mois ; 35 yeux à 6 mois, 31 yeux à 9 mois ; 25 yeux à 12 mois ; 9 yeux à 18 mois et enfin 5 yeux à 2 ans. Une visite finale avant le 31 décembre 2015 a été documentée pour 32 yeux. Onze yeux n’avaient plus de suivi ou ont été exclus avant la fin du recueil de données. Les raisons de l’absence de documentation étaient : 6 (14 %) yeux ont bénéficié d’un switch de traitement vers du ranibizumab ; 4 patients (4 yeux) ont été ré-adressés à leur ophtalmologiste traitant pour la suite du suivi ; un patient a bénéficié d’une chirurgie de phako-émulsification de l’œil traité et a donc été exclu de l’analyse après 12 mois de suivi pour éviter tout biais lié au gain d’acuité visuelle lié à cette chirurgie. La majorité des patients étaient des femmes (70 %) et leur âge moyen était de 77,7 ans [déviation standard (DS : 9,2 ans)]. Le Tableau 1 résume les caractéristiques générales des patients à l’inclusion.

Résultats en termes d’acuité visuelle

L’acuité visuelle moyenne à l’inclusion était de 55,7 lettres (DS : 19,4) en score ETDRS, améliorée à 62,7 lettres (DS : 21,3) à 3 mois avec un gain de+7,3 lettres (DS : 9,1). Globalement, ce gain était maintenu au-delà de 3 mois tout au long du suivi avec à 12 mois une acuité visuelle moyenne de 65,9 lettres (DS : 17,6) et un gain moyen de+6,2 lettres (DS : 8,0). Elle était de 69,6 lettres (DS : 21,7) à 24 mois avec un gain moyen de+6,8 lettres (sur seulement 5 patients). L’évolution moyenne de l’acuité visuelle sur la durée de suivi est montrée sur la Figure 1.



Figure 1


Figure 1. 

Évolution moyenne de l’acuité visuelle au cours du temps pour les patients à partir de l’acuité visuelle initiale. ETDRS : Early Treatment Diabetic Retinopathy Study.

Zoom

La proportion de patients ayant maintenu leur acuité visuelle, c’est-à-dire ayant perdu moins de 15 lettres était de 95 % à 3 mois, 96 % à 1 an et 100 % à 2 ans. Le pourcentage des yeux gagnant plus de 15 lettres à 3 mois était de 21 %, maintenu à 20 % à 1 an. Sur les 5 patients suivis 2 ans, aucun n’avait de gain de plus de 15 lettres (Figure 2).



Figure 2


Figure 2. 

Pourcentage des yeux maintenant la vision (perte de moins de 15 lettres) et pourcentage des yeux gagnant plus de 15 lettres.

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Résultats en termes d’évolution anatomique

On observait une amélioration de l’ensemble des paramètres anatomiques avec une réduction rapide et effective des paramètres à 3 mois, et globalement maintenue au cours du suivi (Figure 3). L’EMC a montré une diminution de –118,3μm (DS : 141,2) entre la visite initiale et le 3e mois, maintenue à –136,4μm (DS : 177,4) à 12 mois. Elle était de –65,5μm (DS : 53,6) à 24 mois. La hauteur maximale du DSR a montré une diminution de –118μm (DS : 166,3) entre la visite initiale et le troisième mois ; de –120,6μm (DS : 146,6) à 12 mois ; de –54,5μm (DS : 66,7) à 24 mois. Enfin, la hauteur maximale du DEP a également montré une diminution de –84,2μm (DS : 153,2) entre la visite initiale et 3 mois ; de –107,2μm (DS : 167,3) à 12 mois ; de –48μm à 24 mois (DS : 107,2) (Figure 3).



Figure 3


Figure 3. 

Évolution moyenne de l’EMC, la hauteur du DSR et du DEP sur la période de suivi. EMC : épaisseur maculaire central ; DSR : décollement séreux rétinien ; DEP : décollement de l’épithélium pigmentaire.

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Au total, 79,1 % (n =34) des yeux traités avait une rétine sèche c’est-à-dire sans présence de liquide intra- ou sous-rétinien à l’OCT, après la fin de la phase d’induction, à 3 mois. Ce pourcentage était maintenu à 76 % (n =19) des 25 patients suivis 12 mois, et à 80 % des 5 patients suivis 24 mois (Figure 4).



Figure 4


Figure 4. 

Évolution du pourcentage des yeux sans fluide sous- ou intra-rétinien au cours du suivi.

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Résultats en termes de modalités de prise en charge

Le délai moyen entre le diagnostic et la première IVT était de 9,3jours, avec une médiane de 7jours (DS 8,1) (Tableau 2). Tous les patients ont bénéficié de la dose de charge de 3 IVT mensuelles. Le délai moyen entre les 3 premières IVT pendant la période d’induction était de 30,7jours (DS : 3,5). Le délai moyen entre les injections la première année était de 9,9 semaines (DS : 5,1) ; la deuxième année de 10,2 semaines (DS : 7,6). Au total, le nombre moyen d’IVT la première année était de 6,2 (DS : 1,5) ; et de 2,6 (DS : 2,6) la deuxième année (seulement 5 patients arrivés à ce terme de surveillance), pour un total de 8 IVT (DS : 3,7) en moyenne sur 2 ans. Enfin, le nombre moyen de visites la première année était de 7,5 (DS : 1,7) ; et de 4,4 (DS : 1,9) la deuxième année pour un total de 12 (DS=1,6) depuis la première visite. Parmi l’ensemble des patients et indépendamment de la durée de suivi, le nombre moyen de rendez-vous manqués était de 0,7 (DS : 1,3). Quatorze (32,5 %) patients avaient manqué un ou plusieurs rendez-vous de leur propre initiative.

Il a été difficile de définir un type de suivi pour les patients, celui-ci n’étant pas standardisé. Sept patients n’avaient pas de suivi au-delà de 3 mois. Dix-huit patients ont eu un protocole de type « PRN allégé », c’est-à-dire sans suivi mensuel strict. Trois patients ont bénéficié du protocole dicté par l’AMM (1 injection tous les 2 mois) ; 8 d’un suivi en Treat And Extend (TAE) ; et 7 d’une combinaison des différents types de schémas.

Discussion
Résultats fonctionnels

Les premiers résultats avec une nouvelle molécule sont donnés par les études pivotales. Ces études sont prospectives, multicentriques, randomisées et enrôlent de larges cohortes de patients. Elles permettent de valider les résultats et leur sécurité et ainsi d’obtenir l’AMM. Dans la DMLA exsudative, nous disposons pour le ranibizumab des études MARINA [5] et ANCHOR [6], et pour l’aflibercept des études VIEW 1 et 2 [3, 4].

Les études évaluant les schémas thérapeutiques appliqués au ranibizumab en vie réelle ont montré une insuffisance de suivi des patients et parfois un non-respect de la phase d’induction par 3 injections mensuelles avec des résultats cliniques décevants [7, 8, 9, 10, 11, 12, 13]. Le Tableau 3 récapitule ces principaux résultats comparé à l’étude de phase 3 HARBOR[14].

Dans notre étude, les résultats en termes d’acuité visuelle ne semblent pas aussi bons que dans les études pivotales avec l’aflibercept mais sont meilleurs que les études de vraie vie antérieurement publiées sur le ranibizumab [7, 8, 9, 10, 11, 12, 13]. Le gain moyen d’acuité visuelle de+7,3 lettres à 3 mois semblait se maintenir à+6,2 lettres à 12 mois et+6,8 lettres à 24 mois ; comparé aux+8,4 lettres dans l’analyse intégrée à 1 an de VIEW 1 et 2 (+ 7,9 et +8,9) et aux +7,6 lettres à 24 mois [3, 4]. À 2 ans, nos résultats restent satisfaisants mais sont difficilement comparables à ces études compte tenu du faible effectif de patients.

Nos résultats positifs peuvent en partie s’expliquer par une prise en charge rapide, une phase d’induction complète puis un suivi rigoureux dans la phase de maintien [9, 10]. Ainsi tous les patients de cette série ont bénéficié d’une phase d’induction complète avec des délais entre les injections satisfaisants et respectant les recommandations (en moyenne 30,7jours). Soixante-cinq pour cent des patients ont été injectés dans les 10jours suivant le diagnostic initial. L’instauration du traitement était donc plutôt bien suivie conformément aux recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) qui préconisent d’instaurer le traitement par anti-VEGF quel que soit le niveau d’acuité visuelle initial, dans un délai inférieur à 10jours après le diagnostic. Il existe encore des améliorations possibles puisque 35 % des patients attendaient plus de 10jours avant la première injection, conduisant à une initiation du traitement trop tardive, quand la maladie était déjà à un stade plus grave, plus avancé, ou chronique.

La non-standardisation des protocoles de mesure d’acuité visuelle et de traitement sont des paramètres pouvant expliquer des gains d’acuité visuelle plus faibles dans notre étude. Ainsi, la plupart des données d’acuité visuelle étaient obtenues en utilisant la correction habituelle plus que la réfraction subjective avec donc une probable tendance à sous-estimer l’acuité visuelle. En pratique clinique, les rendez-vous ou les injections ne sont pas toujours programmés à la date exacte correspondant à l’intervalle nécessaire, en rapport avec des pathologies intercurrentes ou des contraintes familiales. Dans notre étude, 14 patients avaient manqué au moins un rendez-vous de leur propre initiative.

Le schéma de traitement proposé par l’AMM était peu respecté, (3 patients dans notre étude ont bénéficié de ce schéma) pouvant conduire à un traitement sous-optimal. Le nombre moyen d’injections reçues la première année était de 6,2, soit inférieur aux 7,5 injections des patients de VIEW 1 et 2 (Sur les 5 patients suivis 2 ans, l’écart semble se creuser avec une moyenne de 8,0 injections versus 11,2 dans le groupe 2q8 de VIEW 1 et 2) [3, 4]. De ce fait, l’intervalle entre les injections la première année après la phase d’induction était supérieur aux 8 semaines recommandées, mais plus court que le PRN capé de la deuxième année des études VIEW 1 et 2 (soit 9,2 semaines la première année et 10,2 semaines en moyenne la deuxième année). Une étude récente de grande envergure publiée aux États-Unis [15] comparait les profils de traitement de l’aflibercept (3506) et du ranibizumab (5421) pour la prise en charge de la DMLA néovasculaire dans la vraie vie sur une durée de 12 mois. Elle ne trouvait pas de différence d’utilisation thérapeutique de ces deux médicaments dans la pratique courante malgré des recommandations de prescriptions différentes (en termes de nombre, fréquence d’injections et de visites). D’autres études (Johnston et al. [16, 17]) avaient retrouvé les mêmes résultats. Jusqu’à présent, les ophtalmologistes aux États-Unis administrent l’aflibercept de la même manière que le ranibizumab, c’est-à-dire en PRN ou en TAE, et donc d’une manière différente de celle recommandée par le label [18]. Le Tableau 4 rapporte ces principaux résultats des études de vraie vie comparés à notre étude et aux études pivotales.

L’étude de Talks et al. [19] est la plus importante étude « real life » publiée portant sur les données relatives à l’acuité visuelle chez des patients anglais atteints d’une DMLA exsudative naïve et traités par aflibercept. Pendant la première année de traitement par aflibercept, 1321 yeux ont reçu une moyenne de 7 IVT (médiane 8) et une moyenne de 7,3 visites (médiane 8) sur 12 mois pour un gain d’acuité visuelle de+5,1 lettres. Selon les auteurs ces résultats sont comparables aux études VIEW même si légèrement plus faibles en termes de gain d’acuité visuelle. D’autres études rétrospectives ont évalué l’aflibercept dans la vraie vie : la plupart utilisaient le schéma de l’AMM [19, 20, 21].

Une étude portait sur l’efficacité de l’aflibercept dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge exsudative chez les patients naïfs (17 patients, 6 suivis à 1an) et « switchés » avec un protocole PRN strict [22]. Dans le groupe des patients naïfs, on retrouvait un gain moyen de+16 lettres à 1 an (6 patients) avec un nombre moyen d’IVT de 5,4. Ces résultats très satisfaisants suggéraient que le protocole de l’AMM n’est pas forcément souhaitable pour tous : un suivi en PRN mensuel strict permettant de traiter rapidement une récidive pourrait être bénéfique. À noter que ces derniers résultats peuvent être biaisés par le faible effectif représenté.

Résultats anatomiques

Sur le plan anatomique, VIEW 1 et 2 ont montré une diminution extrêmement rapide de l’épaisseur rétinienne de l’ordre de –125μm à 3 mois, –138μm à 1 an et –133μm à 2 ans[3, 4]. Notre étude de vraie vie retrouve une évolution assez similaire avec une diminution de l’EMC de –118μm à 3 mois, de –136μm à 1 an. À 2 ans, la diminution n’était que de –65,5μm mais les résultats portent sur seulement 5 patients et ne permettent pas de tirer de conclusion. On retrouvait une amélioration de l’ensemble des paramètres anatomiques avec statut sec dans 76 % des cas à 1 an et 75 % des cas à 2 ans (assez comparable aux 67,7 % et 50,1 % des yeux traités par aflibercept en 2q8 dans les études VIEW 1 et 2).

Forces et limites

La principale force de notre étude est d’apprécier l’efficacité de l’aflibercept dans la vraie vie, sans la rigueur imposée par les études pivotales.

Elle vient compléter les autres études de vraie vie pour permettre une meilleure analyse de la place de l’aflibercept dans la prise en charge de la DMLA exsudative. À ce titre, elle permet d’observer et ensuite d’améliorer nos pratiques dans la vie réelle.

Cependant, le caractère rétrospectif rend le recueil des résultats moins exhaustif (mesure de l’acuité visuelle selon différentes échelles ayant parfois nécessité une conversion de l’échelle Monoyer vers l’échelle ETDRS ; absence de mesure systématique de la meilleure acuité visuelle corrigée).

Cette étude est également limitée par son caractère monocentrique, simple bras, non comparatif, et par le faible nombre de patients inclus. Au cours du suivi, l’effectif s’amoindrit et les patients ne sont donc plus tout à fait représentatifs de l’échantillon initial.

D’autres études de vraie vie sont nécessaires pour évaluer les pratiques cliniques, pour analyser les facteurs conduisant les médecins vers un type de schéma de traitement.

Conclusion

La mise sur le marché et le remboursement de l’aflibercept a élargi le choix du traitement par anti-VEGF. Le vrai défi est de trouver un rythme de traitement efficace et réalisable dans la vie réelle pour obtenir les résultats les plus proches possibles des études pivotales.

Le gain d’acuité visuelle à 3 mois était maintenu à 12 mois et à 2 ans. Les paramètres anatomiques montraient également une évolution satisfaisante. Ces résultats sont comparables aux résultats des études VIEW 1 et 2 malgré des intervalles de surveillance et de retraitement variables, parfois allongés et différents de celui préconisé dans les études pivotales.

Même s’il semble efficace, le protocole de traitement décrit dans l’AMM européenne n’est pas forcément adapté pour tous les patients. Certains ont besoin de régime flexible, de schéma de traitement et de surveillance basés sur l’activité de la maladie. À cet effet, un groupe d’experts français s’est réuni pour établir un protocole de traitement personnalisé et montrer que d’autres options peuvent être intéressantes [23].

Ces résultats restent à confirmer par des études de plus grande envergure et à plus long terme. L’étude française RAINBOW (Real life of aflibercept in France : observationnal study in wet AMD ) permettra probablement de répondre aux questions restantes sur la prise en charge des patients atteints de DMLA exsudative dans la vraie vie, en dehors d’un essai clinique prospectif randomisé.

Déclaration de liens d’intérêts

MV.D, FC déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

MB.R : intérêts financiers avec Bausch et Lomb, Allergan, Bayer, Thea, Novartis, Horus Pharma.

MN.D : intérêts financiers avec Zeiss, Thea, Bayer, Allergan, Novartis.

JFK : intérêts financiers avec Alcon, Allergan, Alimera, Bayer, Novartis, Roche, Thea, Zeiss.

Références

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