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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 40, n° 4
pages 329-337 (avril 2017)
Doi : 10.1016/j.jfo.2017.01.004
Received : 18 December 2016 ;  accepted : 3 January 2017
Surveillance, hygiène et entretien des lentilles de contact
Contact lens care and maintenance
 

L. Bloise
 Espace médical Cap 3000, avenue E. Donadeï, 06700 Saint-Laurent-du-Var, France 

Résumé

L’entretien des lentilles de contact est indissociable du port des lentilles à renouvellement supérieur à un jour. À chaque étape de leur utilisation, les lentilles peuvent être souillées et contaminées. Les solutions d’entretien ont pour rôle essentiel de nettoyer, de décontaminer, de conserver les lentilles pour prévenir les problèmes infectieux et améliorer le confort de port. La contamination des lentilles de contact provient essentiellement des mains, des solutions d’entretien, des étuis, de l’eau et de l’environnement. Les micro-organismes pathogènes sont principalement des bactéries Gram négatif, des champignons et des amibes. Les dépôts présents sur les lentilles ont une origine organique ou pas. Leur présence augmente le risque infectieux car ils servent de matrice nutritive aux germes et sont responsables d’un inconfort de port. Les solutions d’entretien se différencient par leur composition, leur mécanisme d’action et les concentrations des différents agents. Pour prescrire l’entretien le mieux adapté à chaque porteur et à chaque matériau, il faut bien les connaître. L’entretien est la principale cause d’inconfort avec les lentilles de contact soit par une mauvaise utilisation, soit par incompatibilité solution/matériau, soit par une réaction du porteur aux composants.

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Summary

All contact lenses with replacement schedules longer than daily must be maintained. At each step of their use, the lenses may be contaminated. Contact lens solutions perform the essential functions of cleaning, decontaminating and preserving the lenses to prevent infectious problems and improve wearing comfort. Contact lens contamination essentially comes from hands, cleaning solutions, cases, water and the environment. The pathogenic microorganisms are mainly Gram-negative bacteria, fungi and amoebae. Contact lens deposits may or may not have an organic origin. Their presence increases the risk of infection because they serve as a nutrient matrix for microbes, and they are responsible for wearing discomfort. Contact lens solutions differ in their composition, their mechanism of action and the concentration of the various agents. To prescribe the best lens care system to each wearer and for each material, it is necessary to be very familiar with them. Maintenance is the main cause of discomfort with contact lenses, either through improper use, solution-material incompatibility, or a reaction of the wearer to the components.

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Mots clés : Entretien, Efficacité, Tolérance, Dépôts, Infections, Surveillance, Solutions d’entretien

Keywords : Maintenance, Efficacy, Tolerance, Deposits, Infections, Follow-up, Contact lens solutions


Les lentilles de contact sont un moyen de correction des amétropies, leur port doit être fait en toute sécurité. Leur entretien fait partie intégrante de l’adaptation, il entre dans la classe IIb des dispositifs médicaux. Les solutions d’entretien doivent être efficaces, sûres, bien tolérées et pratiques.

À chaque étape (pose, retrait, stockage), la lentille peut être contaminée et souillée. Le respect des règles d’utilisation des solutions, de la fréquence de renouvellement des lentilles et des règles d’hygiène permet un port de lentilles en toute sécurité et confortable.

Les différents environnements des lentilles
Le film lacrymal

Les lentilles baignent dans le film lacrymal constitué d’un gel complexe contenant des protéines, des mucines, des lipides, des saccharides, des sels et de l’eau. Ses composants, essentiellement les protéines et les lipides, ont tendance à se déposer à la surface de la lentille, formant des dépôts dont la quantité et la composition dépendent du matériau des lentilles.

La présence de la lentille entraîne des modifications biophysiques et biochimiques du film lacrymal.

Sur le plan biophysique, les principales modifications sont la diminution de la stabilité, de la couche lipidique et du volume du film lacrymal associées à une répartition des larmes en pré- et post-lentilles.

Sur le plan biochimique, les principales modifications sont une diminution des phospholipides [1] et une dégradation des mucines [2]. A contrario, la surface des lentilles est modifiée par la présence de dépôts provenant essentiellement du film lacrymal.

La flore saprophyte

La flore saprophyte est l’ensemble des micro-organismes présents à la surface oculaire ne provoquant pas d’infection car éliminés par les mécanismes de défenses oculaires dans les conditions normales. Cette flore est peu abondante et variable selon les conditions environnementales, l’âge et le climat.

Cette flore saprophyte est composée de germes Gram positif et de staphylocoques à coagulase négative. La modification de la flore saprophyte, par le port de lentille, est très controversée dans la littérature, probablement à cause des différentes méthodologies d’études, des techniques d’analyse, des sujets étudiés, du type de lentilles, de la modalité, de la durée et du type de port.

Les moyens de défense oculaire

Les différents systèmes de défense oculaire permettent une régulation des germes luttant ainsi contre les infections sous-lentilles. Les facteurs intervenant dans cette prévention sont :

au niveau de la surface oculaire : les composants des larmes, plus particulièrement le lysozyme et les lactoferrines, les cellules immunitaires nombreuses au niveau de la conjonctive et la cornée ;
le flux lacrymal qui permet un lavage des débris et micro-organismes non fixés à la surface ;
une surface épithéliale cornéo-conjonctivale intègre créant une barrière physique à un grand nombre de germes pathogènes ;
le clignement par son action mécanique provoque l’évacuation des germes vers les lacs lacrymaux ;
la baisse de la température locale, défavorable à la prolifération des germes.

Les micro-organismes sous lentilles

Dans les pays développés, le port de lentilles de contact est souvent la cause des kératites infectieuses. La lentille de contact est un vecteur de transfert des germes à la surface oculaire [3]. Mais leur seule présence ne suffit pas pour déclencher une infection oculaire. En effet, pour qu’un sujet développe une infection, il faut aussi une atteinte de la surface oculaire permettant aux germes d’y pénétrer.

La contamination des lentilles de contact se fait par les mains, les solutions d’entretien, les étuis, l’eau et certaines conditions environnementales. Les micro-organismes pathogènes présents chez les porteurs de lentilles sont différents de ceux présents chez les non-porteurs [4].

Les bactéries sont essentiellement des germes Gram négatif, opportunistes : le Pseudomonas aeruginosa , le Serratia marcescens , l’Haemophilus influenza . Les germes Gram positif retrouvés sont le Staphylococcus aureus , le Streptococcus pneumoniae et les pyogènes.

Le mode de croissance des bactéries dans la nature est la formation de microcolonies qui adhérent entre elles en sécrétant une matrice adhésive et protectrice qui est le glycocalyx [5]. Cet ensemble forme un biofilm adhérant aux surfaces inertes, sur les muqueuses et les prothèses. De ce biofilm, des bactéries sont libérées dans le milieu environnant.

La formation d’un tel biofilm bactérien sur les lentilles entraîne une augmentation du nombre d’organismes et une exposition prolongée à la cornée. Le biofilm bactérien rend le micro-organisme plus résistant aux effets antimicrobiens des systèmes d’entretien et permet à l’organisme de persister sur la surface de la lentille avec un risque d’atteinte des tissus soit directement, soit par l’intermédiaire de la production de toxines.

Les champignons

Les champignons sont essentiellement le fusarium, l’aspergillus et le clodosporium. Ils pénètrent à l’intérieur de la matrice de la lentille altérant ses propriétés physicochimiques.

Les amibes

Les amibes (Acanthamoeba ) sont des petits protozoaires libres, saprophytes, présents de façon ubiquitaire dans la nature (eau courante, sol, mer, égouts, vase). Dans les conditions favorables, elles sont à l’état de trophozoïte (phase métaboliquement active) et se nourrissent de bactéries, d’algues et de champignons. Dans les conditions défavorables (manque de nourriture, présence de décontaminants, d’antibiotiques), elles s’enkystent pour résister à ces mauvaises conditions. Elles se nourrissent de bactéries, de champignons ou autres protozoaires.

Les dépôts

Les dépôts sont soit adsorbés (présents à la surface de la lentille) soit absorbés (présents à l’intérieur de la matrice de la lentille) et sont une source d’inconfort chez le porteur de lentille. Ils proviennent des composants du film lacrymal ou de l’environnement et sont quantifiés et classés selon la classification de Rudko modifié [6]. Le matériau des lentilles et le porteur sont les facteurs primordiaux influençant le type et la quantité de dépôts [7].

Les dépôts, les plus fréquemment retrouvés sur les lentilles sont d’origine organique ou pas :

d’origine organique, ils proviennent essentiellement du film lacrymal : protéines, lipides, mucines et autres composants des larmes, des colorations ;
d’origine non organique : métal, résidus de vêtements, maquillage, accumulation des composants des solutions d’entretien, ils proviennent des mains et de l’environnement.

Dépôts protéiques

Les dépôts protéiques sont les plus fréquents mais leur quantité varie en fonction du matériau. Les protéines sont produites par les glandes lacrymales. Dès le 1er jour de pose, les protéines provenant des larmes vont se déposer sur la lentille et former des dépôts protéiques, ils augmentent avec le temps et seront responsables des symptômes de vieillissement de l’état des lentilles [8]. Ils se dénaturent, deviennent irritant, allergisant et vont provoquer une production réactionnelle de nouvelles protéines capables de se déposer à leur tour, et là, le cercle vicieux est amorcé (Figure 1). À ces dépôts protéiques viennent s’accrocher des débris divers, en particulier cellulaires qui vont servir de milieu de culture aux germes en suspension dans les larmes. Leur présence à la surface des lentilles augmente le risque infectieux. Ces protéines dénaturées sont hydrophobes, ce qui provoque un assèchement de la surface de la lentille, diminuant ainsi fortement le confort au cours du port. Ils sont visibles sur la face avant des lentilles souples et sur les deux faces des lentilles rigides, se présentent comme un voile±opaque, blanc, fin ayant tendance à recouvrir toute la surface, bien visibles entre deux clignements.



Figure 1


Figure 1. 

Le cycle des protéines.

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Dépôts protéiques et matériaux

Les lentilles souples en hydrogel attirent les dépôts protéiques d’autant plus qu’elles ont une teneur en eau élevée et une forte ionicité (groupe IV de la FDA). Au niveau de ces matériaux du groupe IV, les protéines sont adsorbées mais pénètrent aussi dans la matrice car ils sont plus poreux que ceux des autres groupes (Tableau 1). La protéine diffusant le plus est le lysozyme car elle est de faible poids moléculaire et d’autant plus qu’il est dénaturé.

La présence de dépôts protéiques dépend du traitement de surface des lentilles souples en silicone hydrogels. Les lentilles avec un traitement plasmatique de surface attirent peu les protéines comme celle contenant du PVP. Celles qui ont le taux le plus élevées de protéines sont celles avec un traitement de surface par oxydation plasmatique [6].

Il existe également des lentilles rigides perméables aux gaz. La présence dans ces lentilles de silicoacrylates, de polymères formés de silicone et d’acide méthacrylate pour améliorer la perméabilité à l’oxygène les a rendu plus sensibles aux dépôts protéiques et lipidiques. L’adjonction des monomères fluorés les rend plus sensibles aux dépôts lipidiques.

Dépôts lipidiques

Les lipides entrent dans la composition du film lacrymal et proviennent des glandes de Meibomius. Dans les dépôts lipidiques, on retrouve essentiellement du cholestérol, des triglycérides, des acides gras libres, des esters méthyliques d’acide gras ou de cholestérol. Ils dépendent fortement du matériau et surtout de la présence de silicone, de la composition du film lacrymal, de la qualité du clignement, de facteurs environnementaux et du mode de vie [9]. Ils se présentent sous forme de taches blanches graisseuses formant un film épais ou de microbilles translucide en quantité variable.

Dépôts protéiques et matériaux

Ces dépôts sont en plus grande quantité et plus fréquemment retrouvés sur les lentilles rigides perméables aux gaz et les souples en silicone hydrogels (Tableau 1). La présence de protéines à leur surface rend la surface hydrophobe favorisant ainsi les dépôts lipidiques (Figure 2).



Figure 2


Figure 2. 

Conflit entre les protéines et les dépôts lipidiques.

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Dépôts muciniques

Ils proviennent des mucines intracellulaires altérées, ce sont des mucopolysaccharides (MPS). On les retrouve essentiellement au niveau des défauts des lentilles de type rayures et des gravures.

Dépôts calciques

Ces Jelly bumps des anglo-saxons sont de cristaux de calcium accompagnés de protéines, de lipides, de MPS provenant des larmes. Ils pénètrent assez profondément dans la matrice de la lentille. Ils étaient plus fréquents lors de l’utilisation de l’eau et des systèmes d’entretien thermique. Ils se présentent sous formes arrondies, aspect de « mûres » pénétrant la surface externe des lentilles.

Micro-organismes

Ce sont le plus souvent des champignons ou des levures d’aspect filamenteux. Ils proviennent de l’environnement oculaire ou d’origine externe (étuis, mains, poussières). Ils se situent le plus souvent dans la matrice et sont d’aspect gris, brun, noir ou blanc.

Dépôts de rouille

Ils proviennent de l’oxydation du fer en rapport avec l’utilisation de l’eau du robinet ou de corps étrangers et sont d’aspect circulaire, de petite taille et de couleur orange ou rouge.

Dépôts cosmétiques

Les dépôts cosmétiques forment des tâches graisseuses d’aspect irisé et restent à la surface de la lentille.

Colorations

Les colorations ne sont pas des dépôts mais des changements de couleur liés à des solutions d’entretien inadaptées ou à la prise de médicaments par voie générale (Tableau 2).

Les agents chimiques des solutions d’entretien
Agents de décontaminations

Les agents de décontaminations ou biocides ont pour but de décontaminer les lentilles. La décontamination est un moyen chimique ou physique visant à réduire le nombre de micro-organismes viables à un niveau déterminé et acceptable. Cette décontamination peut être bactéricide ou bactériostatique, fongicide ou fongistatique, amoebicide, virucide ou antivirale Leur mode d’action est soit non sélectif (cytotoxique), soit sélectif (action sur les germes uniquement) et dépend de leur composition, de leur concentration et du temps de contact. Les plus utilisées sur le marché aujourd’hui sont le peroxyde d’hydrogène (H2 O2 ), les biguanides, les ammoniums IV et les ions oxychlorite.

La famille des oxydants

Le peroxyde d’hydrogène (H2 O2 ) est utilisé à une concentration de 3 %, son mécanisme d’action est non sélectif. Il est actif sur les bactéries en 10–15minutes [10], sur les champignons en 1–2heures [11], sur les amibes à l’état de trophozoïte en 2–3heures [12] et sous forme de kyste en 6heures [10]. Il doit obligatoirement être neutralisé.

Chlorite de sodium et oxychlorite : le mécanisme d’action est non sélectif (neutralisation à la lumière et au contact des larmes). L’association au peroxyde d’hydrogène à 0,001 % augmente son activité décontaminante et la stabilité de la solution.

Hypochlorite de sodium et bromure de potassium, leur mélange provoque une réaction d’oxydoréduction. Leur action est puissante en tant que biocide mais aussi en tant que déprotéinisant et nettoyant par dénaturation des protéines, des corps gras et par rupture des chaînes d’acides aminés [6].

Hypochlorite de sodium correspond au Meni-Lab 0,5 % qui est une solution à usage professionnel très efficace sur les agents pathogènes.

Polyhexaméthylène PHMB

Le polyhexaméthylène PHMB (famille des biguanides) est une molécule de haut poids chargée positivement, utilisée à une concentration de 0,001 % avec un large spectre d’action et une faible toxicité. Son mécanisme d’action est sélectif.

Alexidine

L’alexidine (famille des biguanides) est une molécule de faible poids moléculaire qui n’est jamais utilisée seule dans les solutions.

Le polyquad ou polyquaternium-1

Le polyquad ou polyquaternium-1 (famille des ammoniums IV), est un grand polymère (>aux biguanides) chargés positivement (>aux biguanides) avec un mécanisme d’action sélectif. Il est utilisé à des concentrations de 0,01 % et il a une activité bactéricide mais son action antifongique est contestée.

Polylysine

Polylysine est un homopolymère naturel de l’acide aminé essentiel L-lysine ; son action antibactérienne et antifongique est sélective à une concentration de 100ppm et rapide en 10 minutes. Cette molécule est aujourd’hui utilisée dans les solutions pour lentilles rigides.

Autres biocides

L’Aldox (myristaminopropyldiméthylamine) a une activité antifongique, elle est utilisée à une concentration de 5ppm en association avec le polyquad.

L’alcool polyvinylique est très efficace et doit être utilisé à faible dose pour éviter les effets toxiques.

Les chélateurs, comme l’EDTA, sont utilisés comme potentialisateurs d’autres agents décontaminants.

Les conservateurs

Les conservateurs doivent prévenir toute contamination de la solution dans le flacon après ouverture, dans l’étui et maintenir les lentilles dans l’état jusqu’à une nouvelle utilisation. Ce sont les mêmes molécules que les agents décontaminants.

Les agents nettoyants

Le nettoyage a pour but d’éliminer les dépôts (protéines, lipides, mucines, débris divers) présents à la surface de la lentille et préparer à la décontamination. Le nettoyage est chimique par les agents présents dans les solutions et mécanique par le massage et le rinçage pratiqués à la pose et à la dépose des lentilles.

Les surfactants (tensioactifs) [6] sont des molécules amphiphiles, c’est-à-dire qu’elles présentent deux parties de polarité différentes : la queue lipophile, apolaire et la tête, hydrophile et polaire. Ils émulsifient les débris et solubilisent les lipides en abaissant la tension superficielle de surface, ils les enrobent en formant des micelles et décrochent ainsi les dépôts. Ils en existent quatre types : anioniques, cationiques, amphotères et non ioniques.

Les agents déprotéinisants

Ils ont pour but de prévenir ou d’éliminer les protéines qui se déposent rapidement. La déprotéinisation peut être active ou passive.

Déprotéinisation active

La déprotéinisation active est utilisée pour les lentilles rigides et souples ayant un renouvellement supérieur à 1 mois. Ces enzymes agissent sur les dépôts protéiques existants. Elle utilise des enzymes : papaïne, pancréatine et subtilisine A et B sous forme de comprimé.

Déprotéinisation passive

La déprotéinisation passive permet de prévenir la formation des dépôts et ces molécules sont présentes dans les solutions. Les agents déprotéinisants passifs agissent par effet filmogène (hydropropylmethylcellulose [HPMC], AMPD (aminomethyl propanediol)), par effet de déplacement ionique (citrate, acide glycolique, les tampons, les sels), par chélation du calcium (hydranate, EDTA, édétate de sodium).

Les agents mouillants, lubrifiants, viscosifiants

Les agents mouillants, lubrifiants, viscosifiants permettent un meilleur étalement d’un liquide à la surface d’un solide donc des larmes à la surface des lentilles.

Les agents mouillants

Les agents mouillants aident la solution à s’étaler à la surface de la lentille. Ils sont représentés par les tensioactifs, les surfactants non ioniques (poloxamine, poloxamer, polysorbate 80, tetronic 1304).

Les agents hydratants

Les agents hydratants sont des molécules de grande taille (HPMC) se liant à l’eau ou de petite taille (propylène glycol) pénétrant dans la matrice de la lentille pour retenir l’eau. Les agents hydratants sont : hydropropylméthylcellulose (HPMC), alcool polyvinylique, polyvinylpyrrolidone, polyéthylène et propylène glycol, carboxyméthylcellulose (CMC), glycérine, acide hyaluronique.

Les agents viscosifiants

Les agents viscosifiants (HPMC, hydroxyéthylcellulose, dextran) sont utilisés pour les lentilles rigides à concentrations plus élevées que dans les solutions pour lentilles souples afin d’améliorer la mouillabilité de surface. Leur rinçage par une solution saline les élimine et favorise l’apparition de zones sèches.

Les agents chélateurs

Les agents chélateurs (EDTA, édétate de sodium, hydroxyalkylphosphonate) sont des substances ayant la possibilité de séquestrer des ions positifs et de former un complexe soluble. Ils préviennent les dépôts calciques, la prolifération cellulaire et potentialisent l’effet des biocides.

Les tampons

Les tampons (borate, citrate, phosphate, bicarbonate) permettent le maintien et à l’équilibre du pH.

Les agents d’osmolalité

Les agents d’osmolalité (chlorure de sodium à 0,9 %) assurent le maintien d’une isotonicité de la solution pour être isotoniques aux larmes.

Eau purifiée

L’eau purifiée est présente à 97–99 %.

Les solutions d’entretien

Les solutions d’entretien doivent :

détruire et retirer tous les micro-organismes des lentilles de contact dans le but d’éliminer tous risques d’infection oculaires et d’autres effets secondaires ;
retirer tous les autres contaminants biologiques ou pas ;
maintenir la lentille dans l’état jusqu’à une nouvelle utilisation.

Leurs compositions sont complexes et elles contiennent différents agents, à des concentrations différentes selon le type de produit.

Les solutions oxydantes

Les solutions oxydantes contiennent toutes du peroxyde d’hydrogène à 3 % qui doit être neutralisé. La neutralisation se fait soit par disque de platine soit par comprimé de catalase qui vont transformer H2 O2  en eau et oxygène (Figure 3) :

la neutralisation par disque de platine commence dès le contact du disque avec la solution d’H2 O2  et pour être complète nécessite environ 6heures ;
la neutralisation par comprimé de catalase débute 20minutes après le contact du comprimé avec la solution car il est enrobé d’hydroxypropyl méthycellulose qui se délite lentement. Elle est complète en 2–4heures.



Figure 3


Figure 3. 

Neutralisation. A : H 0 ; B : H 2h.

Zoom

Le massage et rinçage ne doivent jamais être faits avec la solution de peroxyde d’hydrogène au risque d’altération du matériau et de brûlures oculaires.

Les solutions multifonctions (SMF)

Les solutions multifonctions ont simplifié l’entretien pour améliorer l’observance. Elles contiennent différents agents chimiques à des concentrations variables suivant qu’il s’agisse d’un produit pour lentille souple ou pour lentille rigide. Avant 2012, elles ne contenaient qu’un seul biocide qui les différenciait entre elles. Aujourd’hui, certaines contiennent deux biocides, un biguanide et un ammonium IV pour augmenter l’efficacité sans augmenter les concentrations [13].

Les solutions à base d’oxychlorite

Les solutions à base d’oxychlorite : l’oxychlorite est neutralisé en milieu oculaire par la dégradation du NaClO2  au contact de la lumière et des larmes et conduit à la formation des composants naturels des larmes (NaCl et H2 O).

Les solutions à action unique

Elles ont une seul action nettoyante, déprotéinisante, confort, mouillante, lubrifiante, viscosifiante et sont utilisées en complément des solutions d’entretien.

Les étuis

Ils ont un rôle primordial dans la décontamination des lentilles et surtout dans leur conservation entre chaque utilisation. En effet, c’est l’accessoire le plus contaminé des porteurs des lentilles de contact [14], contamination que l’on retrouve aussi chez les porteurs asymptomatiques [15].

Leurs parois absorbent de façon différente les biocides selon le plastique utilisé, ce qui entraîne une diminution de leur concentration dans l’étui donc de leur efficacité.

Les étuis pour lentilles souples ont une forme plate de faible contenance, il est important de les remplir suffisamment sous peine de ne pas avoir l’effet décontaminant requis et de les fermer pendant le trempage pour éviter toute évaporation. Ces étuis peuvent être utilisés aussi pour les lentilles rigides de grand diamètre ainsi que les lentilles hybrides.

Il existe des étuis antimicrobiens à base d’ions d’argent sur le marché français MicroBlock (Menicon) et I clean (Coopervision, Ophtalmic).

Les étuis pour les solutions oxydantes à base de peroxyde d’hydrogène ont une contenance supérieure et possèdent un trait repère indiquant la quantité nécessaire avec un couvercle percé d’orifices pour une bonne évacuation des gaz pendant la phase de neutralisation.

Les étuis pour lentilles rigides ont une forme souvent tubulaire (même si un étui plat est utilisable mais attention au ventousage au fond du réceptacle) avec des réceptacles adaptés (crochet) au plus petit diamètre de ces lentilles (Figure 3).

Efficacité–tolérance
Efficacité

L’efficacité d’une solution est tributaire du bon choix du produit par le praticien et de la réalisation correcte de l’entretien par le porteur. Toutes les solutions mises sur le marché ont passé avec succès les tests des normes internationales ISO 14729-2001 et les fabricants pratiquent aussi des tests avec des isolats cliniques (plus résistants à la décontamination que les souches produites en laboratoire) pour améliorer la sécurité.

Ces tests des normes internationales ISO 14729-2001 s’effectuent in vitro avec des souches cultivées en laboratoire, le plus souvent, il s’agit des souches ATCC (American Type Culture Collection, Rockville, États-Unis). Les souches testées sont pour les bactéries Staphylococcus aureus , Serratia marcescens et Pseudomonas aeruginosa et pour les champignons Fusarium solani et Candida albicans (schéma stand alone ).

Ces normes exigent une réduction de 3 Log pour les bactéries (99,90 % de bactéries tuées) et de 1 Log pour les champignons (90,00 % de champignons tués). Les exigences sont moindres pour les champignons que pour les bactéries. Aucun test n’est effectué pour les virus, ce sont des parasites intracellulaires qui ont besoin de cellules vivantes pour se multiplier, ils ne peuvent donc pas proliférer sur les lentilles ni sur les étuis. Il en est de même pour les amibes, aucun test normalisé permet d’évaluer les produits, le développement et la quantité d’Acanthamoeba persistante. L’Acanthamoeba se développe sur les bactéries adhérant aux lentilles, aux étuis et/ou dans la solution. Le fait de nettoyer et rincer les lentilles avec une solution d’entretien stérile, de les tremper dans une conservation stérile, de conserver l’étui propre et sec, et de renouveler l’étui devraient prévenir les kératites amibiennes !! La prévention n’est pas suffisante, c’est pourquoi des experts travaillent sur la mise en place de nouvelles normes.

Malgré une réalisation correcte de l’entretien, certains facteurs peuvent favoriser la survenue d’infections oculaires sous lentille [16] (Tableau 3) :

une activité décontaminante insuffisante de la solution ;
la présence de dérivés de la cellulose qui peut, en cas de mauvaise observance, être une cause de contamination par des germes pathogènes trouvant là un milieu nutritif ;
l’agression chimique de la cornée due à l’adsorption dans le matériau et au relargage des composants pendant le port ;
une baisse de la réponse inflammatoire de l’œil à une agression lors de la présence d’une lentille sur l’œil [17] ;
des facteurs extérieurs peuvent aussi modifier cette efficacité comme :
une mauvaise observance,
un rinçage ou un massage insuffisant,
des étuis sales ou non renouvelés,
des mains sales,
un non-respect du renouvellement des étuis,
des errements dans le choix de la solution.

Tolérance

La tolérance est fonction de la composition de la solution, des interactions matériau/solution, de la sensibilité du porteur aux différents composants qui varie d’un porteur à un autre suivant le terrain et des pathologies ou fragilités locales ou locorégionales. Cette tolérance est elle aussi testée par de nombreux tests effectués in vitro et in vivo.

L’intolérance aux produits n’est pas une entité clinique. Elle est ressentie et décrite par le porteur comme un inconfort de port [2] pouvant aboutir à un abandon. Il est difficile de faire la part liée au port de la lentille de celle liée à la solution.

Les problèmes de tolérance se manifeste par une :

sécheresse oculaire où différents mécanismes peuvent être impliqués :
une hypersensibilité aux composants,
une atteinte toxique directe liée aux conservateurs,
la présence de dépôts sur les lentilles par mésusage des solutions provoquant une cascade inflammatoire ;

une allergie entraînant une conjonctivite gigantopapillaire avec comme mécanismes :
l’allergie à certains produits d’entretien (conservateurs, déprotéinisants enzymatiques, décontaminants comme le chlorure de benzalkonium et le thimérosal,
une réaction aux dépôts protéiniques sur la lentille (plus fréquente avec des matériaux ioniques) ;

toxicité cornéenne des agents décontaminants liée à leur poids moléculaire (PM). Plus le PM est faible, plus l’agent décontaminant pénètre le matériau et sera relargué à la surface cornéenne au cours du port de la lentille. (polyquad>PHMB>alexidine, chlorexidine>thiomersal). Plus l’agent décontaminant est efficace, plus il est cytotoxique, la difficulté pour les fabricants est de trouver le juste équilibre entre efficacité et tolérance. Les biocides ne sont pas, à eux seuls, responsables de la toxicité de la solution finale. La manifestation clinique de cette toxicité cornéenne est le « corneal staining  » ou piquetés cornéens appelés aussi solution-induced corneal staining (SICS) lorsqu’ils sont liés à la solution. Il s’agit de fluorescéine qui occupe les espaces intercellulaires de l’épithélium cornéen en cas d’anomalie au niveau des jonctions cellulaires. Toutes les solutions (y compris les solutions oxydantes) peuvent en donner mais l’incidence est plus fréquente dans l’association multifonctions et silicone hydrogels. De nombreuses polémiques existent sur l’origine et les conséquences de ces piquetés.

Le bon déroulement d’un entretien
Déroulement de l’entretien avec des SMF et base d’oxychlorite
Au retrait des lentilles

Le déroulement du retrait des lentilles :

laver les mains avec du savon et les sécher ;
masser les lentilles avec la solution d’entretien±un rinçage toujours avec la SMF ;
remplir l’étui avec la SMF renouvelée tous les jours et le fermer.

À la pose

Le déroulement à la pose des lentilles :

laver les mains avec du savon et les sécher ;
rincer les lentilles avec la solution multifonction±un massage ;
vider l’étui et le laisser sécher à l’air libre, retourner sur un mouchoir en papier (réceptacle et couvercle) vers le bas.

Le massage est préférable le soir pour décrocher les dépôts avant le trempage et préparer à la décontamination. Le rinçage, quant à lui, est préférable avant la pose pour retirer les débris en suspension. Faire les 2 est encore en mieux.

Déroulement de l’entretien avec les solutions oxydantes

Il est identique à celui de l’entretien des SMF mais sans le massage et le rinçage car le massage avec le peroxyde d’hydrogène peut altérer le matériau et le rinçage à la pose provoque des brûlures oculaires.

L’entretien des étuis

L’entretien des étuis se fait par un nettoyage avec la solution d’entretien, sans oublier le couvercle, et doivent être sécher et rester ouvert. Les étuis antimicrobiens doivent rester fermés car les ions d’argent sont libérés en présence d’humidité [20, 18, 19].

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Pour en savoir plus

Retrouvez cet article, plus complet, illustré et détaillé, avec des enrichissements électroniques, dans EMC-Ophtalmologie : Bloise L. Surveillance, hygiène et entretien des lentilles de contact. EMC - Ophtalmologie 2016;13(3):1–13 [Article 21-070-B-15].


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