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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 21, N° 7  - août 1998
p. 495
Doi : JFO-08-1998-21-7-0181-5512-101019-ART79
Décollement de rétine après tentative de section deˆbrides vitréennes au laser YAG.
 

Aˆpropos de 3 cas.

N. BENHAMOU, 1A. GLACET-BERNARD, 1Y. LE MER, 1G. QUENTEL, 1F. PERRENOUD, 1G. COSCAS, 1G. SOUBRANE1(Créteil)

1Clinique Ophtalmologique Universitaire de CréteilCHI, 40, avenue de Verdun, F-94000 Créteil

Tirés à part :

20 avril 1998.10 juin 1998

Retinal detachment following Nd: YAG laser vitreolysis.

Purpose

Retinal detachment after Nd: YAG laser vitreolysis is rarely reported. The pathogenic role of Nd: YAG laser is analyzed from 3 cases of severe retinal detachment.

Methods

Three men aged (40 to 59 years old) had one or more risk factors for retinal detachment: myopia, complicated cataract surgery, personal or family history of retinal detachment. Nd: YAG laser treatment onto vitreous strand was performed because of: retinal traction, repeated vitreous hemorrhage, anterior vitreous strand in a aphakic patient with cystoid macular edema. Within six weeks following Nd: YAG laser vitreolysis, severe retinal detachment with several tears occurred, complicated with proliferative vitreoretinopathy in two patients, and with choroidal hemorrhage in one. In two cases, several surgical procedures with silicon oil were required and visual acuity remained under 20/1000. In the last case retinal reattachment was obtained with scleral buckling and cryopexy, the patient recovered a visual acuity of 20/100 with a macular pucker.

Discussion

Retinal detachment occurred shortly after laser YAG vitreolysis. We assumed Nd: YAG laser was possibly responsible and investigated the possible mechanisms: direct retinal tear, vitreous strand traction, side effect of intraocular shock wave.

Conclusion

Nd: YAG laser vitreolysis seems to be able to cause retinal detachment. Its use is therefore not recommended, particularly in patients at risk, especially since the efficacy of this treatment has not been proved.

Nd: YAG laser. Proliferative vitreoretinopathy. Retinal detachment. Vitreolysis. Vitreous strand

But de l'étude

A partir de l'observation de trois patients ayant présenté un décollement de rétine sévère après section de brides vitréennes au laser YAG, le rôle pathogène possible du laser YAG est analysé.

Malades étudiés

Les trois patients étaient de sexe masculin, âgés de 40 à 59 ans, et présentaient tous un ou plusieurs facteurs de risque de décollement de rétineˆ: myopie forte, chirurgie de la cataracte compliquée, antécédents personnels ou familiaux de décollement de rétine. La section de bride vitréenne a été réalisée pourˆ: traction sur la rétine,  dème maculaire cystoïde chez un patient pseudophake, hémorragies intra-vitréennes à répétition. Dans les six semaines suivant le traitement, les patients ont présenté un décollement de rétine compliqué de prolifération vitreo-rétinienne, avec déchirures multiples dans 2 cas et hémorragie choroïdienne massive dans un cas.

Discussion

La survenue d'un décollement de rétine sévère rapidement après le traitement au laser YAG suggère qu'il pourrait constituer un facteur aggravant ou déclenchant dont les mécanismes possibles sont étudiésˆ: déchirure directe de la rétine, rétraction d'une bride vitréenne, répercussion de l'onde de choc intra-vitréenne.

Conclusion

Le laser YAG sur brides vitréennes semble pouvoir être impliqué dans la survenue d'un décollement de rétine sévère, en particulier chez des patients à risque. Il doit donc être déconseillé, d'autant que son efficacité dans cette indication n'a pas été démontrée.

Bride vitréenne. Chirurgie, Décollement de rétine. Laser YAG. PVR. Vitrectomie. Vitréolyse

Le laser YAG est maintenant utilisé en pratique quotidienne dans de nombreuses indications comme la capsulotomie ou l'iridotomie [1-3]. Dans d'autres cas son utilisation est plus marginale et quelques auteurs ont suggéré, comme alternative à la chirurgie, l'utilisation du laser YAG pour la section de brides et membranes vitréennes [4-8].

Les complications du laser Nd: YAG dans les capsulotomies ont fait l'objet de nombreuses publications dans la littérature et la survenue de décollement de rétine (DR) après capsulotomie a été beaucoup décrite et commentée. Mais dans le traitement des brides vitréennes, la survenue de complications et leurs mécanismes n'ont que rarement été rapportés. A partir de trois observations de DR après tentative de section de bride vitréenne au laser YAG, le rôle possible du laser YAG dans le déclenchement du DR et ses mécanismes seront analysés.

MALADESˆETUDIES

Patient noˆ1

M. B. âgé de 57 ans a pour antécédent familial un décollement de rétine chez sa mère et chez sa s ur (Tableau†ˆI). Il est opéré de cataracte en avril 1987, selon la technique d'extraction intracapsulaire avec mise en place d'un implant de chambre antérieure. L'intervention se complique d'une issue de vitré peropératoire avec constitution d'une bride vitréenne tendue en chambre antérieure, incarcérée dans la cicatrice cornéenne. Les suites postopératoires sont marquées par un  dème maculaire cystoïde confirmé par l'angiographie à la fluorescéine (Fig. 1), associé à une hyalite modérée. La bride vitréenne de chambre antérieure est sectionnée au laser YAG en juin 1987. L'acuité visuelle s'améliore progressivement de 2/10 Parinaud 6 à 5/10 Parinaud 2, l'examen biomicroscopique constate la disparition de la bride vitréenne en chambre antérieure. Six semaines plus tard, le patient présente un décollement de rétine bulleux supérieur allant de 9ˆh à 4ˆh avec des déhiscences multiplesˆ: deux déchirures en fer à cheval de grande taille sur 9ˆh et 3ˆh à bords enroulées (PVR stade B) et deux trous à 11ˆh et à 1ˆh. L'intervention consiste en une vitrectomie antérieure et postérieure, une indentation circulaire et un tamponnement interne au C3F8. Les suites opératoires sont marquées par la réapplication totale de la rétine. Une récidive survient 2 mois plus tard avec décollement de rétine total et prolifération vitréo rétinienne antérieure dans 2 quadrants de type IV et VI, traitée par un complément de vitrectomie et une tamponnement interne par huile de silicone. L'examen postopératoire montre la persistance d'un décollement inférieur et l'acuité visuelle est réduite à compter les doigts.

Patient noˆ2

M. D. âgé de 40 ans, présente une myopie forte bilatérale (- 15 dioptries) et des antécédents de décollement de rétine de l' il droit opéré à plusieurs reprises sans succès. Son  il unique est opéré de cataracte en 1988 selon la technique d'extraction extracapsulaire sans implant. Une

Fig.ˆ1. ­ Temps tardif de l'angiographie du patient noˆ1 montrant la coloration des logettes d' dème maculaire cystoïde, dans le cadre d'un syndrome d'Irvine-Gass.

photocoagulation circulaire prophylactique au laser Argon avait été réalisée préalablement apparemment sans lésions focales individualisables. Une capsulotomie postérieure au laser YAG est réalisée en 1990. Lors de la consultation avec un nouvel ophtalmologiste, la constatation de brides vitréennes tirant sur la rétine périphérique dans la région équatoriale, sans retentissement fonctionnel, a conduit à une tentative de section au laser YAG en mai 1995. Le lendemain, le patient présente un décollement de rétine total avec déchirure temporale supérieure traitée par indentation localisée longitudinale, cryoapplication et tamponnement interne par SF6. Les suites postopératoires sont marquées par l'apparition d'une PVR et de deux déchirures inférieures de grande taille. Cette première récidive est traitée par vitrectomie et injection de C2F6. Le patient présente une deuxième récidive avec décollement de rétine total et PVR antérieure de type VI (adhérences de la rétine à des reliquats cristalliniens) et postérieure. Plusieurs rétinotomies temporales et périphériques, une photocoagulation au laser Diode et un tamponnement interne à l'huile de silicone sont nécessaires pour permettre la réapplication de la rétine et la récupération d'une acuité visuelle à 1/20. L'évolution montre le développement d'une membrane épirétinienne (macular pucker) soulevant le pôle postérieur traitée par pelage et réinjection d'huile de silicone. L'acuité visuelle finale est de 1/50, avec un soulèvement modéré résiduel de la rétine postérieure.

Patient noˆ3

M. S., âgé de 59 ans, a pour antécédent en 1994 un décollement de rétine supérieur de l' il droit, en rapport avec une déchirure en fer à cheval sur le méridien 12h30, traité par rétinopexie pneumatique (cryoapplication transconjonctivale et injection de gaz expansif dans la cavité vitréenne). Une tentative de section de bride vitréenne au laser YAG est pratiquée en octobre 1996 sur une bride vitréenne s'insérant sur le clapet de la déchirure et responsable d'hémorragies intra-vitréennes récidivantes. Un décollement de rétine total survient 15 jours plus tard, avec deux nouvelles déchirures à 5h et à 7h, un décollement choroïdien annulaire majeur probablement hémorragique avec grosse poche temporale (Fig. 2), et une PVR antérieure de type IV dans 3 quadrants. Ce patient a été traité avec succès par indentation circulaire et cryoapplication qui a permis la réapplication totale du décollement de rétine (Fig. 3). Le décollement choroïdien s'est réappliqué plus lentement en un mois environ. L'acuité visuelle finale est de 2/10 P8ˆ; il existe un vitré dense et une membrane épimaculaire (macular pucker).

En résumé, les patients étaient tous des hommes âgés de 40 à 60 ans et présentaient des facteurs de risque de décollement de rétineˆ: antécédents personnels ou familiaux de décollement de rétine (les 3 cas), myopie forte (1 cas), chirurgie de la cataracte (2 cas), issue de vitré (1 cas), capsulotomie au laser YAG (2 cas). Le traitement au laser YAG a été réalisé à l'extérieur du service hospitalier et ses constantes (nombre d'impacts, puissance, verre utilisé pour la focalisation) n'ont pu être précisées. Dans le cas noˆ1, la tentative de section semble avoir été fructueuse car la disparition de la bride en chambre antérieure a été notée au cours de l'examen biomicroscopique post-laser et s'est accompagnée d'une amélioration transitoire des signes fonctionnels. Dans les autres cas, le DR est

Fig.ˆ2. ­ Patient noˆ3; échographie en mode B objectivant le DR avec plis fixés et un volumineux décollement choroïdien hémorragique.

Fig.ˆ3. ­ Photographie postopératoire couleur du patient noˆ3. La rétine est réappliquée. Le décollement choroïdien reste bien visible au niveau et en arrière de l'indentation en temporal. Persistance d'un fin plissement rétinien temporomaculaire en rétine à plat.survenu rapidement après le traitement au laser YAG et la réalité de la section n'a pu être affirmée.

Le délai d'apparition du DR après tentative de section de bride vitréenne au laser YAG allait de 24 heures à 6 semaines (moyenneˆ: 20 jours). Le délai entre l'opération de cataracte et la survenue du DR était de 4 mois pour le premier patient et de 7 ans pour le second patient. Dans deux cas, les déhiscences constatées lors de l'examen initial étaient multiples. Les trois patients ont présenté une inflammation du segment postérieur (hyalite) avec décollement choroïdien hémorragique pour le patient no 3. Une PVR postérieure importante a été constatée dans tous les cas, associée à une PVR antérieure chez deux patients. Le DR a été sévère chez les deux premiers patients nécessitant de nombreuses interventions avec rétinotomies et tamponnement interne par huile de silicone. L'examen final montre, dans ces deux cas, la persistance d'un soulèvement rétinien résiduel et une acuité visuelle basse (1/50). Le troisième patient présente une rétine à plat, malgré un macular pucker et une acuité visuelle à 2/10.

DISCUSSION

Chez ces trois patients, le DR est survenu rapidement après le traitement par tentative de section de bride vitréenne au laser YAG (1 à 45 jours) ce qui laisse penser que ce dernier pourrait jouer un rôle prépondérant dans la survenue du DR. Cependant, tous les patients présentaient par ailleurs au moins un facteur de risque de DR. L'indication du laser était la section d'une bride vitréenne en chambre antérieure pour  dème maculaire cystoïde postopératoire dans un cas, la section d'une bride asymptomatique chez un sujet myope monophtalme dans un autre cas, la section d'une bride responsable d'hémorragies intra-vitréennes à répétition dans le dernier cas. Le DR était en rapport avec des déhiscences multiples dans deux cas, situées dans des quadrants différents, évoquant une mobilisation brutale de la base du vitré. De plus, nos trois patients ont développé une prolifération vitréo-rétinienne importante associée à une inflammation du pôle postérieur avec à terme un résultat fonctionnel très médiocre. Le patient no 3 a développé une hémorragie choroïdienne majeure compliquant le traitement chirurgical du DR. Cette évolution anormalement grave pourrait être liée au traitement au laser YAG lui-même (processus inflammatoire, saignement, modifications mécaniques ou chimiques du vitré développées plus bas), ou à d'autres processus pathologiques associés (présence préalable d'une hémorragie intravitréenne dans le cas noˆ3, issue de vitré...).

L'utilisation du laser YAG a été proposé par plusieurs auteurs pour la section de brides vitréennes, antérieure ou postérieure. Au niveau du segment antérieur, Katzen et Fleischman [9] ont été les premiers à décrire la tentative de section de bride vitréenne au laser YAG sur une série de 14 yeux présentant une bride vitréenne de chambre antérieure compliquant une chirurgie de la cataracte et ayant développé un  dème maculaire cystoïde en postopératoire. Cette technique fut ensuite utilisée par de nombreux auteurs et a permis une amélioration de l'acuité visuelle dans 50 à 86ˆ% des cas avec souvent disparition de l' dème maculaire cystoïde [8, 10, 11].

L'utilisation du laser YAG a également été proposé au niveau du segment postérieur. Puliafito dès 1983 décrit la section au laser YAG de membranes vitréennes induites expérimentalement sur des yeux de lapin [7]. Dans la majorité des cas, les membranes sont sectionnées avec succès. De nombreux auteurs proposent alors l'utilisation du laser YAG au niveau du segment postérieur et dans des indications très variées. La rétinopathie diabétique a fait l'objet de nombreuses publications [4, 6, 8] et l'utilisation du laser YAG est souvent proposé comme alternative à la chirurgieˆ: traitement de fibrose pré-maculaire, d'opacités vitréennes après hémorragie intra-vitréenne, section de brides vitréennes responsables de soulèvement tractionnel de la rétine ou d'hémorragies vitréennes à répétition et traitement d'hémorragies rétro-hyaloïdiennes. Le laser YAG a été testé dans d'autres étiologiesˆ: traitement d'opacités vitréennes et de corps flottants responsables de baisse d'acuité visuelle, traitement de résidus d'hémorragie intra-vitréenne après occlusion veineuse, dissection de membranes pré-rétiniennes et section de brides vitréennes d'étiologies multiples (plaie pénétrante de l' il, chirurgie de la cataracte, pathologies inflammatoires vitréenne) [4-8, 12]. Les auteurs décrivent des résultats satisfaisants comme la réapplication de la rétine après section d'une bride, l'amélioration de l'acuité visuelle après dissection d'une membrane, l'éclaircissement du vitré évitant ainsi une vitrectomie, la régression partielle ou totale d'un  dème maculaire cystoïde après section d'une bride vitréenne.

La description dans la littérature des complications après utilisation du laser YAG sur brides ou membranes vitréennes est peu fréquente même si les auteurs insistent fréquemment sur les risques théoriques. Néanmoins, plusieurs complications ont été décritesˆ: hémorragies rétiniennes [6, 8, 12], hémorragies choroïdiennes [5-7], hémorragies intra-vitréennes [12], déchirures rétiniennes [6, 12], décollements de rétine [4, 8, 11].

Tchah [11] a décrit un DR survenu deux semaines après la vitréolyse d'une bride en chambre antérieure, sur un  il ayant subit deux mois auparavant un traumatisme important avec lacération cornéenne et issue de vitré. Little et Jack [8] ont provoqué un trou rétinien responsable d'un DR; l'utilisation d'un verre à trois miroirs ayant un angle de convergence faible a été incriminé. Tassignon [4] a décrit la survenue d'un cas de décollement de rétine total sur un  il déjà opéré et ayant développé des adhérences vitréo-rétiniennes antérieures multiples. Comme pour nos trois patients, les DR induits après traitement au laser YAG sont survenus principalement sur des yeux à risque et rapidement après le traitement par tentative de section de bride vitréenne. On peut penser que sur ces yeux à risque, le laser YAG a probablement représenté un facteur déclenchant du DR.

Le laser YAG présente des risques théoriques importants liés à son mécanisme d'action par micro-explosion. Il agit en délivrant une puissance considérable (106 watts) sur une durée très faible (10 nanosecondes). Au point d'impact du laser, la puissance atteint 1012 watts/cm2 responsable de la formation d'un plasma par claquage optique et d'une brusque élévation thermique de 105 degrés. Le claquage optique (optical breakdown) est responsable de l'onde de choc qui sectionne les tissus. La formation du plasma, associée à l'élévation thermique, provoque l'évaporation des tissus et la création d'une onde de pression acoustique dans le vitré [2, 3]. La bulle de cavitation formée par l'expansion du plasma provoque la rupture des tissus mais également une augmentation considérable de la pression. Ainsi le mécanisme d'action du laser YAG est doubleˆ: thermique par évaporation des tissus, mécanique par la création d'une onde de choc et par l'effet dynamique de la bulle de cavitation.

Ces mécanismes d'action du laser YAG lui confère une remarquable efficacité pour la section des tissus mais peuvent également représenter un danger dans une structure comme l' il. Le retentissement de cette action au niveau oculaire est encore imparfaitement connu. Lerman [13] dès 1984 a constaté des modifications du vitré à type de diminution de la viscosité avec liquéfaction sur des yeux de singe. Ces modifications seraient dues à un processus de dépolymérisation et entraîneraient un phénomène comparable à celui observé lors du vieillissement. Lors de la formation du plasma, Vogel [14] a estimé que la pression de l'onde acoustique créé était de 2ˆ700 bars à 0,1ˆmm du point d'impact, de 270 bars à 1 mm et restait de 15ˆbars à 18ˆmm soit 700 fois la pression intraoculaire statique. Schwartz et Fastenberg [15] avaient déjà émis l'hypothèse que les DR après capsulotomie au laser YAG pourraient être du à la transmission de l'onde choc au niveau du vitré provoquant des tractions rétiniennes au niveau de l'ora serrata. A travers l'onde de choc générée par la micro explosion, le laser YAG pourrait donc provoquer un ébranlement du gel vitréen responsable de mouvements du vitré et de la bride vitréenne avec traction sur la rétine [8]. D'après le "Committee on Ophthalmic Procedures Assessment" [16] l'onde de choc pourrait provoquer, lorsqu'elle survient à proximité d'une bride vitréenne, des vibrations importantes qui pourraient aussi entraîner des déchirures rétiniennes.

De plus, lors de la section d'une membrane pré-rétinienne, quelques millimètres en avant de la rétine, la déformation de la bulle de cavitation s'accompagnerait d'un jet de liquide dirigé vers la rétine [7]. Ce jet, dont la vitesse peut dépasser 100ˆm/s, concentre une grande énergie cinétique sur une petite surface. Associé à l'onde de choc et se dirigeant vers la rétine, il peut être responsable de lésions rétiniennes à distance du point d'impact. Le phénomène appelé "plasma shielding" (bouclier), correspondant à l'absorption d'une grande partie de l'énergie par le plasma, peut se trouver insuffisant si la puissance du faisceau est trop importante. Une partie de cette énergie sera donc transmise à la rétine pouvant causer un traumatisme direct [3]. D'autre part, si le seuil nécessaire à la création du plasma dans le vitré n'est pas atteint, l'énergie est transmise aux structures sous jacentes, c'est à dire la rétine. Pour l'ensemble de ces raisons, le laser YAG peut être responsable de lésions rétiniennes par un impact direct sur la rétine ou par transmission de l'onde de choc. Ainsi de nombreux auteurs [7, 8, 12, 17] décrivent des lésions à type d'hémorragies rétiniennes ou choroïdiennes ou même des trous rétiniens lorsque le faisceau est focalisé trop près de la rétine.

La constatation de ces complications rétiniennes a conduit à plusieurs recommandationsˆ: respect d'une distance de sécurité comprise entre 4 et 5ˆmm de la rétine, car la focalisation du faisceau au niveau du segment postérieur est plus délicate et moins précise et car la puissance nécessaire à la rupture de brides vitréennes nécessite plus d'énergie que la capsulotomie; utilisation de la puissance minimale; utilisation d'un verre de contact qui permet une meilleure convergence du faisceau laser au point d'impact et une divergence du faisceau au-delà de ce point; application uniquement sur des yeux ayant des milieux parfaitement transparents permettant une focalisation préciseˆ; opérateur entraîné.

Ainsi, malgré l'utilisation en routine du laser YAG, celui-ci apparaît être une technique agressive et dangereuse dans certaines de ses indications. On connaît déjà les risques de DR après capsulotomie au laser YAG en particulier sur des yeux à risques, et la survenue de DR après tentative de section de bride vitréenne au YAG semble actuellement un risque non négligeable. Il faut donc rester extrêmement prudent dans l'utilisation du laser YAG sur des brides vitréennes et ne pas soumettre les patients présentant déjà des facteurs favorisants de DR à un risque inconsidéré et parfois inutile. Il est par ailleurs intéressant de noter que la "vitréolyse" au YAG a disparu des actes de nomenclature générale de l'assurance maladie.

CONCLUSION

Le traitement au laser YAG au niveau du vitré semble induire des modifications chimiques et mécaniques du vitré non perceptibles cliniquement, dont les conséquences sont mal connues et peu documentées. La survenue de DR sévères chez trois patients dans les suites d'une tentative de section de bride vitréenne au YAG nous conduit à conseiller une extrême prudence dans l'indication de ce traitement, qui doit être proscrit sur des yeux à risque.



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