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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 22, N° 2  - juillet 1999
p. 180
Doi : JFO-07-1999-22-2-0181-5512-101019-ART75
Annuaire français des centres de conservation de cornée
Bilan d'activité 1993-1997
 

B. Delbosc [1], F. Boissier [1]
[1] Clinique Ophtalmologique, CHU Jean Minjoz, 25030 Besançon Cedex.

Abstract
French eye bank directory: 1993-1997
Purpose

To describe the activity of the eye banks participating in the French Eye Bank Directory over the period 1993-1997.

Methods

Since 1993, the eye banks have answered annually a questionnaire concerning technical aspects (procurement procedures, microbiological testing, tissue evaluation and preservation procedures) and activity (number of corneas processed, preserved and issued). Data from these banks were collected and presented in the Directory each year.

Results

In 1997, a total of 2,432 eyes were processed. Most of the eye banks (84 %) used organ culture as the storage method. Thirty percent of the processed corneas were not used for transplantation. The main reasons for discarding corneas were inadequate endothelium before preservation (15.5 %) and positive serology (27 %), contamination during preservation (4,6-7.2 %), and inadequate endothelium after preservation.

Conclusion

Quality assurance, microbiological safety and tractability requirements are currently an integral part of the cornea transplantation circuit in France. Publication of eye bank activity has enabled and evaluation of the different procedures.

Abstract
Annuaire français des centres de conservation de cornée : bilan d'activité 1993-1997
Buts de l'étude

Présenter le bilan d'activité 1993-1997 des centres participants à l'annuaire français des centres de conservation de cornée.

Matériel

Depuis 1993, les centres de conservation de cornée remplissent un questionnaire qui porte sur les techniques de fonctionnement (procédés de prélèvement, sélection microbiologique, méthodes d'évaluation et mode de conservation) et les activités quantitatives (nombre de cornées traitées, taux de non conformité et nombre de cornées conservées et distribuées).

Les réponses aux questionnaires sont colligées dans un annuaire publié chaque année depuis 1993. Les valeurs présentées dans différents tableaux sont des moyennes pondérées.

Résultats

Pour l'année 1997, le nombre global de cornées traitées est de 2 432. La majorité des centres de conservation (84 %) utilise une conservation à moyen terme en culture d'organe à 31° ou 34°. 30 % des cornées réceptionnées sont écartées d'un usage clinique pour non-conformité. Les causes de non-conformité sont avant conservation (59 %) représentées par les lésions endothéliales (15,5 %) et les sérologies positives (27 %). Pendant la conservation, la contamination est la cause majeure de non-conformité (4,6-7,2 %). Après conservation, les lésions de l'endothélium cornéen forment la cause majeure de non-conformité.

Conclusion

Les obligations en matière d'assurance qualité, de sécurité sanitaire et de traçabilité imposées par les dispositions législatives font des centres de conservation de cornée des éléments à part entière de la transplantation cornéenne. L'harmonisation des procédures de fonctionnement des centres français avec les centres européens est souhaitable. Les bilans d'activités présentés permettent une évaluation des pratiques de sélection et montrent que pour satisfaire aux besoins, des efforts importants au niveau du prélèvement cornéen sont à entreprendre.


Mots clés : Conservation cornéenne. , Banque de cornée.

Keywords: Corneal preservation. , eye banks.


INTRODUCTION

Les dispositions législatives imposent à l'allogreffe de cornée des obligations en matière de bonnes pratiques, de sécurité sanitaire et de traçabilité [ [5]].

Ces impératifs sont au mieux assurés dans des centres de conservation de cornée spécifiques intégrés ou non à des ensembles plus larges. Afin d'harmoniser les procédures, de favoriser les échanges, de développer les collaborations techniques et scientifiques, certains centres ont décidé de publier leur activité au sein d'un annuaire, reprenant en cela un concept développé par l'Association Européenne des Banques d'Yeux.

Il est apparu intéressant de comparer l'expérience française à celle européenne en présentant le bilan d'activité des centres français de conservation de cornée des 5 dernières années.

MATÉRIEL ET MÉTHODES
Le centre de conservation

Sur la base du volontariat, certains centres de conservation de cornée participent depuis 1993 à un annuaire national dont les objectifs principaux sont ceux précisés dans l'introduction.

L'intitulé, la localisation et le nom du responsable de chacun des centres sont indiqués dans le tableau I

.

Le questionnaire

Établi en collaboration, il comporte des données techniques et scientifiques. Les données techniques évolutives avec les obligations législatives et les données scientifiques comprennent des renseignements sur : les procédures de prélèvement oculaire, les méthodes de décontamination, les méthodes d'évaluation du greffon au cours du processus, le bilan biologique de sélection, les méthodes de conservation et les méthodes de gestion du centre.

Les données scientifiques correspondent au bilan annuel d'activité et portent sur :

  • le nombre de cornées réceptionnées,
  • le nombre de cornées non conformes avant, pendant et après conservation,
  • le nombre et les caractéristiques des cornées transplantées.

Ce questionnaire est envoyé à chaque centre désirant participer à l'annuaire chaque fin d'année et publié au cours du premier semestre de l'année suivante.

Méthode d'analyse des données

Chaque centre a l'entière responsabilité des données fournies en particulier quantitatives. Un contrôle est toutefois réalisé une fois l'ensemble des données colligées et en cas de difficultés d'interprétation, chaque centre est directement contacté pour vérification. Les tableaux présentés dans ce bilan d'activité 1993-1997 sont issus des annuaires annuels correspondants et les valeurs représentent des moyennes pondérées [ [1], [2], [3], [4], [7]]

RÉSULTATS ET DISCUSSION
Méthode de conservation

Seules, deux méthodes de conservation sont utilisées : les milieux liquidiens nutritifs à + 4° et la culture d'organe. Le nombre de centres conservant à + 4° a progressivement diminué de 1993 à 1997 où l'on constate que la conservation en culture d'organe à + 31 ou 34° est devenue majoritaire (84 %). Certains centres ont déclaré utiliser les deux méthodes l'année où ils ont opté pour la culture à moyen terme (tableau II)

.

En 1997, seulement trois centres utilisent des milieux liquidiens nutritifs à + 4° pour des durées de conservation inférieures à 7 jours.

A quelques nuances près, les protocoles de contrôle et de conservation adoptés sont identiques.

Le nombre de centres participant à l'annuaire a nettement augmenté à partir de 1993 (délai de mise en route) pour se stabiliser de 16 à 19 les années précédentes.

L'annuaire 1998 regroupe 18 centres sur les 33 recensés dans le rapport d'activité de l'Établissement Français des Greffes [ [8]].

Bilan quantitatif d'activité

De 1993 à 1997, l'activité exprimée en nombre de cornées traitées par centre augmente progressivement et respectivement de 101,5, 107,7, 123,9, 129,2 et 135,11. Cette augmentation d'activité est liée pour une faible part à l'augmentation globale de l'activité de prélèvement de cornée constatée en France et pour une part plus importante à la concentration de cette activité au sein de centres de conservation importants confirmant en cela leur vocation régionale (tableau III)

.

Le tableau III

démontre la réalité de la sélection des cornées au cours du processus de conservation et surtout son incidence quantitative puisque globalement 30 % des cornées prélevées sont écartées d'un usage clinique. Le pourcentage de cornées non conformes est quelque peu inférieur à celui de l'Association Européenne de Banques d'Yeux qui de 1991 à 1996 a varié de 42 à 39 %. Ce constat est cependant un argument supplémentaire à l'impérieuse nécessité d'une augmentation quantitative du nombre de prélèvements oculaires pour répondre aux besoins estimés en greffons cornéens à 8 041 en 1996 et 8 303 en décembre 1997.

En volume d'activité, pour l'année 1997, la majorité des centres (61 %) traitent plus de 100 cornées par an et seuls deux centres plus de 250 cornées par an (tableau IV)

. Cette activité par centre relativement faible traduit une fois de plus le déficit en prélèvement cornéen. La répartition des centres sur l'ensemble du territoire national permettrait facilement de faire face à un surcroît d'activité si une politique de développement régional du prélèvement devait apparaître.

En 1997, les centres de l'annuaire ont assuré 76 % de l'activité de conservation de cornée déclarée au niveau national (2 432 pour 3155) [ [8]].

Caractéristiques des cornées traitées (tableau V)

Si l'âge moyen des donneurs se stabilise aux alentours de 60 ans, on constate une augmentation progressive de 1993 à 1997 du délai post-mortem de prélèvement d'une part et du délai de mise en conservation d'autre part. Ceci est vraisemblablement en rapport avec l'adoption de la méthode de conservation en culture d'organe qui autorise effectivement un allongement du délai de prélèvement et nécessite pour des raisons logistiques le plus souvent, un temps d'acheminement dans le centre de conservation.

L'augmentation de la durée de moyenne de conservation traduit le passage d'une méthode de conservation à court terme à une méthode à moyen terme. Par ailleurs, la définition d'une période de sécurité d'au moins 10 jours participe à l'allongement de la durée de conservation.

Les valeurs moyennes de densité cellulaire des greffons pré et post-conservation restent à peu près constantes, de 1993 à 1997, témoignant ainsi du respect des critères de sélection endothéliale fixée à 2 000 cellules par mm

2

et adoptés par la plupart des centres.

Le pourcentage de perte cellulaire endothéliale induit par la conservation a très nettement chuté à partir de l'année 1995, traduisant ainsi probablement le délai d'apprentissage de la méthode et le respect des critères endothéliaux de sélection pré-conservation.

Causes de non-conformité
La non-conformité avant conservation (tableau VI)

Exprimée en pourcentage du nombre de cornées non conformes, elle constitue l'élément principal de non-conformité des cornées traitées et atteint 59 % en 1997. Ce pourcentage a progressivement diminué depuis 1993 indiquant ainsi l'application progressive et stricte des critères de sélection généraux et anatomiques des cornées prélevées. Les lésions endothéliales (15,5 % en 1997) et les sérologies positives (27 % en 1997) en sont les facteurs majoritaires. En ce qui concerne le contrôle sérologique du donneur, les positivités se classent par ordre décroissant, de 1993 à 1997, en hépatite B (13,6-18,8 %), hépatite C (4,1-8,3 %), positivité VIH (1,9-4,2 %), positivité syphilis (1,2-5,1 %) et positivité HTLV (0,7-5 %) (figure 1)

. La recherche systématique du marqueur biologique de la syphilis a été rendu obligatoire pour tout prélèvement de tissu par le décret du 24 mai 1994 et maintenu dans le décret du 9 octobre 1997 relatif aux règles de sécurité sanitaire applicables à tout prélèvement d'élément ou toute collecte de produit du corps humain et à leur utilisation à des fins thérapeutiques.

La sécurité sanitaire par le biais d'une sélection « biologique » du donneur est donc une composante importante de la non-conformité (de 7 à 10 % des cornées traitées) qui justifie la mise en place d'arbre décisionnel au sein du centre de conservation et une actualisation permanente des techniques afin de réduire les faux résultats aussi bien positifs que négatifs. La mise en place d'une « tissu vigilance » évaluant la réalité et l'incidence d'une contamination du receveur à la suite de la greffe de cornée permettra sans doute d'adapter ces pratiques à la réalité clinique.

La non-conformité pendant la conservation (tableau VI)

La contamination demeure la cause majeure (4,6-7,2 %) au cours des 5 dernières années. Ce taux d'infection traduit bien la persistance d'une contamination résiduelle post-décontamination insensible aux antibiotiques des milieux de conservation. Ce taux d'infection qui fait partie intégrante de la modalité d'une conservation à moyen terme représente cependant un effet bénéfique éliminant d'un usage clinique des cornées potentiellement contaminées.

La non-conformité après la conservation (tableau VII)

Elle est presque exclusivement constituée par la « non qualité » endothéliale validant ainsi a posteriori les critères de sélection post-conservation.

En comparaison avec les données européennes pour la période 1993-1996, les causes de non-conformité apparaissent différentes en pourcentage du nombre de cornées traitées [ [6]] (tableau VII)

. En effet, le taux de contamination est plus faible et inférieur en moyenne à 5 %, le taux de sérologies positives est inférieur à 6 % et le taux de non-conformité cornéenne et/ou endothéliale est beaucoup plus élevé à 25 %. Ces différences peuvent s'expliquer soit par des pratiques de prélèvement beaucoup plus larges et systématiques où la sélection n'est opérée qu'à la réception des tissus et non lors du prélèvement, soit par des procédures de contrôle différentes d'un pays à l'autre. Les données présentées par les centres français ont l'avantage d'être issues de centres de conservation à fonctionnement homogène.

CONCLUSION

Le bilan d'activité des centres français de conservation de cornées reflète les conséquences pratiques des obligations législatives en matière de contrôle de qualité et de sécurité sanitaire. Ces objectifs fondamentaux ont des conséquences quantitatives importantes qui rendent indispensables une politique régionale du prélèvement pour satisfaire aux besoins et imposent par leur mise en Suvre une professionnalisation des centres de conservation de cornées.

RemerciementsRemerciement

Nous remercions tout particulièrement chacun des membres des centres participant à l'élaboration annuelle de l'Annuaire Français des Centres de Conservation de Cornée.

Figure 1. Causes de sérologies positives exprimées en % par rapport aux nombres de cornées non conformes

Références

[1]
Annuaire Français des Centres de Conservation de Cornées, 1993. Faculté de Médecine et de Pharmacie, Besançon. 1994, 100 p.
[2]
Annuaire Français des Centres de Conservation de Cornées, 1994. Faculté de Médecine et de Pharmacie, Besançon, 1995, 180 p.
[3]
Annuaire Français des Centres de Conservation de Cornées, 1995. Faculté de Médecine et de Pharmacie, Besançon, 1996, 160 p.
[4]
Annuaire Français des Centres de Conservation de Cornées, 1996. Faculté de Médecine et de Pharmacie, Besançon, 1997, 190 p.
[5]
Le prélèvement et la greffe au travers du droit actuel. Établissement Français des Greffes. Paris, 1997, 260 p.
[6]
Maas-Reijs J, Pels E, Tullo A. Eye banking in Europe 1991-1995. Acta Ophthalmol 1997;75:541-3.
[7]
Annuaire Français des Centres de Conservation de Cornées, 1997. Faculté de Médecine et de Pharmacie, Besançon, 1998, 190 p.
[8]
Le prélèvement et la greffe en France en 1997. Rapport du Conseil Médical et Scientifique de l'Établissement Français des Greffes. Établissement Français des Greffes. Paris, 1998.




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