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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 22, N° 2  - juillet 1999
p. 209
Doi : JFO-03-1999-22-2-0181-5512-101019-ART9
La prédictibilité du calcul de la puissance de l'implant dans le traitement de la cataracte chez l'enfantLa prédictibilité du calcul de la puissance de l'implant dans le traitement de la cataracte chez l'enfant
 

COMMUNICATION DE LA SFO

JFO
1999; 22: 209-212
© Masson, Paris, 1999

L. Lesueur(1), , J.L. Arne(1), , E. Chapotot(1)
(1)Service d'Ophtalmologie, Hôpital Purpan, Toulouse.

SUMMARY

Predictability of intraocular lens power calculation in pediatric cataract

L.Lesueur, J.L.Arne, E.Chapotot

Purpose

To evaluate the predictability of intraocular lens (IOL) power calculation taking in account the changing refraction in children operated on for congenital cataract with primary posterior chamber IOL implantation.

Methods

We compared the predicted (PR) and objective (OR) refraction in 89 eyes of 70 children (1 month to 16 years) (1989 to 1995) at 1 month and 3 years after cataract surgery. The eyes were divided in 4 groups. Group A: < 1 year; Group B: 1 year to 3 years; Group C: 3 years to 5 years; Group D: > 5 years. For patients operated on before 3 years of age, we used a modified SRK II formula with the aim of achieving an undercorrection (85 % of SRK II value in group A, 95 % of SRK II value in group B).

Results

The average objective refraction (OR) and the average error (AE = (OR)-(PR)) were respectively at 1 month and 3 years after surgery for the Group A: (OR: + 3.5D/­ 1.8D) (AE: ­ 1D/­ 6.4D); Group B: (OR: + 1.3D/­ 1.3D) (AE: ­ 0.9D/­ 3.6D); Group C: (OR: ­ 0.2D/­ 1.4D) (AE: + 0.lD/­ 1.1D); Group D (OR: + 0.lD/­ 1D) (AE: + 0.8D/­ O.4D).

Conclusion

At 1 month after surgery, the predictability of IOL power calculation appears accurate with a refractive error between ­ 1 D and + 0.8 D in the four groups. However we noted an increase in refractive error at 3 years with a progressive myopic shift, specially in the eyes operated on before 1 year of life which had the greatest change in axial lenght.

Key words : Congenital cataract. , Children. , Intra-ocular lens. , Lens power calculation. , Refraction.

RÉSUMÉ


La prédictibilité du calcul de la puissance de l'implant dans le traitement de la cataracte chez l'enfant

Introduction

Les auteurs évaluent la prédictibilité du calcul de la puissance de l'implant en tenant compte des modifications de la réfraction chez l'enfant opéré de cataracte congénitale avec implantation primitive en chambre postérieure.

Méthodes

Nous avons comparé les réfractions prédictives (RP) et objectives (OR) de 89 yeux chez 70 enfants opérés entre l'âge de 1 mois à 16 ans de 1989 à 1995 ; à 1 mois et 3 ans après intervention pour cataracte. Les yeux ont été divisés en quatre groupes : Groupe A : âge < 1 an ; Groupe B : 1 an à 3 ans ; Groupe C : 3 ans à 5 ans ; Groupe D : > 5 ans. Chez les patients opérés avant l'âge de 3 ans, nous avons modifié la formule SRK II dans le but d'obtenir une sous-correction (85 % de la valeur SRK II dans le groupe A, 95 % de la valeur SRK II dans le groupe B).

Résultats

Les réfractions objectives moyennes (RO) et les erreurs réfractives moyennes (ER = (RO)-(RP)) étaient respectivement à 1 mois et 3 ans après intervention pour le groupe A : (RO : + 3.5D/­ 1.8D) (ER : ­ 1D/­ 6.4D) ; groupe B : (RO : + 1.3D/­ 1.3D) (ER : ­ 0.9D/­ 3.6D) ; groupe C : (RO : ­ 0.2D/­ 1.4D) (ER : + 0.1D/­ 1.1D) ; groupe D (RO : + 0.1D/­ 1 D) (ER : + 0.8D/­ 0.4D).

Conclusion

A un mois après intervention, la prédictibilité du calcul de la puissance de l'implant est bonne avec une erreur réfractive moyenne comprise entre ­ 1 D et + 0.8 D dans les quatre groupes. Toutefois, nous avons noté un accroissement des erreurs réfractives moyennes à trois ans après chirurgie, lié à une myopisation progressive spécialement pour les yeux opérés avant l'âge de trois ans, qui présentent les plus grandes modifications de la longueur axiale pendant la croissance.

Mots clés : Cataracte congénitale. , Implant intra-oculaire. , Enfant. , Puissance du calcul d'implant. , Réfraction.


INTRODUCTION

L'implantation intercapsulaire en chambre postérieure dans le traitement chirurgical des cataractes de l'enfant, soulève le problème de la puissance dioptrique de l'implant mis en place en fonction de l'âge de l'enfant. En tenant compte des modifications ultérieures de la réfraction liées à la croissance du globe oculaire, le but est d'atteindre l'emmétropie pour l'âge adulte.

A l'heure actuelle, la majorité des chirurgiens pratiquent l'implantation en chambre postérieure dans le sac capsulaire. Le matériau utilisé chez l'enfant est le polyméthyl méthacrylate (PMMA) qui est utilisé depuis les années 1950, et que d'autres biomatériaux n'ont pas été testés aussi longtemps avec la même sécurité à ce jour.

Dans cette étude rétrospective, nous nous proposons d'évaluer la prédictibilité du calcul de la puissance de l'implant chez les enfants opérés de cataracte congénitale unilatérale et bilatérale avec implantation primitive en chambre postérieure, en prenant en considération les modifications de la réfraction liées à la croissance du globe oculaire.

PATIENTS ET MÉTHODE

Dans cette étude rétrospective, nous avons évalué l'évolution de la réfraction de 89 yeux pseudophaques chez 70 enfants (âgés de 1 mois à 16 ans) opérés de cataracte entre 1989 et 1995. Les yeux ont été divisés en 4 groupes en fonction de l'âge des enfants lors de l'intervention (tableau I)

  • Groupe A : opérés avant 1 an,
  • Groupe B : opérés entre 1 et 3 ans,
  • Groupe C : opérés entre 3 et 5 ans,
  • Groupe D : opérés après l'âge de 5 ans (tableau I).

La technique chirurgicale pour tous les yeux comprenait une phako-aspiration par voie antérieure limbique avec capsulorhexis antérieur, mise en place d'un implant en PMMA monobloc en position intercapsulaire ; pour les enfants de moins de 5 ans, association systématique à un capsulorhexis postérieur avec vitrectomie antérieure.

Le calcul de la puissance de l'implant a été réalisé avec la formule SRK II.

La longueur axiale a été mesurée par biométrie en mode A, et la valeur de la kératométrie choisie était de 42,5 dioptries pour tous les yeux.

Nous avons volontairement pratiqué une sous-correction de la valeur du calcul d'implant de la façon suivante :

  • enfants opérés avant l'âge de 1 an (groupe A), la puissance était de 85 % de la valeur SRK II ;
  • enfants opérés entre 1 an et 3 ans (groupe B), la puissance était de 90 % de la valeur SRK II ;
  • enfants opérés après l'âge de 3 ans (groupes C et D), la puissance était de 100 % de la valeur SRK II.

Nous avons comparé les réfractions prédictives (RP) et objectives (RO) moyennes à 1 mois postopératoire et à 3 ans postopératoire pour tous les yeux. Nous en avons déduit l'erreur réfractive moyenne (ER = RO ­ RP).

Les réfractions postopératoires ont été mesurées par skiascopie et/ou réfractométrie automatique.

RÉSULTATS

Évolution des réfractions objectives moyennes (RO) (figure 1)

Les résultats montrent une évolution différente dans chacun des groupes.

En ce qui concerne les enfants opérés entre 1 mois et 1 an (groupe A), il existe une myopisation significative. En effet, à 1 mois la réfraction objective moyenne était de + 3,56D (écart-type : 2,25) et à 3 ans de ­ 1,83D (écart-type : 6,47). Pour les enfants opérés entre 1 an et 3 ans (groupe B), on retrouve une myopisation plus modérée puisqu'à 1 mois la réfraction objective moyenne était de + 1,33D (écart-type : 2,15) et à 3 ans de ­ 1,35D (écart-type : 3,42).

Enfin, en ce qui concerne les enfants opérés entre 3 ans et 5 ans (groupe C), et les enfants opérés après l'âge de 5 ans (groupe D), on retrouve peu de modifications de la réfraction, avec à 1 mois une réfraction objective de ­ 0,2D (écart-type : 2,10) (groupe C) et + 0,1D (écart-type : 1,39) (groupe D), et à 3 ans postopératoire de ­ 1, 38D (écart-type : 2,92) (groupe C), et - 1,03D (écart-type : 2,30) (groupe D).

Au total, l'évolution de la réfraction objective moyenne retrouve à trois ans en postopératoire une réfraction objective moyenne de ­ 1,39D +/­ 0,4D pour les quatre groupes.

Évolution de l'erreur réfractive moyenne (ER) (figure 2)

L'erreur réfractive moyenne décroît en fonction de l'âge.

A 1 mois postopératoire, nous retrouvons une erreur réfractive moyenne de +/­ 1D dans les quatre groupes.

A 3 ans postopératoire, nous retrouvons dans les groupes A et B, une augmentation importante de l'erreur réfractive (­ 6,42D (groupe A), ­ 3,59D (groupe B)). Enfin dans les groupes C et D, nous avons noté peu de modifications puisque l'erreur réfractive moyenne est de ­ 1,12D (groupe C) et de ­ 0,37D (groupe D).

Évolution de la valeur SRK II (figure 3)

Les résultats montrent qu'avec une erreur prédictive du calcul de la puissance de l'implant à 85 % de la valeur SRK II (groupe A), 91 % (groupe B), 101 % (groupe C), 103 % (groupe D), nous retrouvons à 3 ans postopératoire une valeur moyenne de 105 % de la valeur SRK II dans les quatre groupes.

DISCUSSION

De nos jours, l'implantation dans le traitement chirurgical des cataractes chez l'enfant est une technique de correction de l'aphakie utilisée par la grande majorité des chirurgiens ophtalmopédiatres [1]. La technique chirurgicale varie en fonction de l'âge des enfants, tout particulièrement en ce qui concerne l'ouverture de la capsule postérieure [2] ; le design des implants présente des caractères particuliers car il faut prendre en compte la taille du sulcus des yeux des enfants qui est légèrement inférieure surtout en très bas âge [3].

Enfin, les résultats fonctionnels montrent que l'implantation correctement réalisée apporte des bénéfices sur le plan visuel [4] et que les résultats définitifs ne sont pas nécessairement liés à l'âge de l'enfant lors de l'intervention mais à l'acquisition d'une fonction fovéolaire normale [5].

En ce qui concerne la puissance de l'implant qu'il faut choisir, Vasavada [6] sur une série de 21 yeux implantés entre 4 mois et 8 mois, recommande dans cette tranche d'âge une sous-correction de 60 % de la valeur SRK, en tenant compte de la longueur axiale mesurée le jour de l'implantation. Sinskey [7], dans une étude réalisée sur un enfant opéré à 17 jours de vie, a sous-corrigé de 25 % la valeur du calcul d'implant de façon à atteindre l'emmétropie.

Enfin, l'étude de Dahan [8] portant sur 156 yeux pseudophaques opérés de cataracte entre 1 mois et 8 ans, retrouve des résultats s'approchant de ceux de notre série. En effet, dans le groupe d'enfants opérés entre 1 mois et 18 mois, il recommande, à la vue de ses résultats, de pratiquer une sous-correction de 20 %, mais ceci avec un calcul utilisant une kératométrie moyenne de 44D. Les résultats réfractifs à long terme avec un suivi de 7 ans dans ce groupe retrouvent une réfraction moyenne de +/­ 1D. Ces données sont intéressantes car, par comparaison à celles de notre étude réalisée sur 89 yeux pseudophaques, nous voyons qu'il existe une concordance dans la réfraction finale si l'on tient compte de la croissance du globe oculaire qui est particulièrement rapide dans les deux premières années de vie. Les travaux de Lorenz [9] ont montré qu'un Sil normal mesurait 15 mm à la naissance, 19 mm à 1 an, 20,5 mm à 2 ans, 21,5 mm à 3 ans et 22,5 mm à 5 ans.

CONCLUSION

Les résultats de notre étude montre qu'il existe une bonne prédictibilité du calcul de la puissance de l'implant à 1 mois postopératoire pour les quatre groupes, car l'erreur réfractive moyenne est de +/­ 1D.

A 3 ans postopératoire, nous retrouvons également une bonne prédictibilité du calcul de la puissance d'implant initial puisque l'erreur réfractive est de ­ 1,39D + /­ 0,4D pour les quatre groupes approchant une valeur de 105 % de la formule SRK II.

Au total, dans le but d'approcher l'emmétropie à l'âge adulte et à la vue de nos résultats, nous recommandons de pratiquer une sous-correction de la valeur SRK II (pour une kératométrie moyenne de 42,5D) à 85 % pour les enfants opérés avant l'âge de 1 an, et à 90 % pour les enfants opérés entre 1 an et 3 ans. Après l'âge de 3 ans, la croissance du globe oculaire se stabilise et dans ce cadre, la valeur de la puissance du calcul d'implant devient celle utilisée chez l'adulte en privilégiant une légère myopisation.

Enfin, des études à plus long terme permettront d'approcher plus précisément les valeurs exactes de la puissance du calcul d'implant qu'il faudra utiliser en fonction de l'âge des enfants opérés de cataracte avec implantation primitive en chambre postérieure depuis leur naissance jusqu'à l'âge adulte.

Figure 1. Évolution des réfractions objectives moyennes dans les 4 groupes (RP = réfraction prédictive, RO = réfraction objective).

Figure 2. Évolution des erreurs réfractives moyennes dans les 4 groupes.

Figure 3. Évolution des valeurs SRK II dans les 4 groupes.


(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).



REFERENCE(S)

[1] Wilson ME. Intraocular lens implantation : has it become the standart of care of children ? Ophthalmology 1996;103:1719-20.

[2] Gimbel HV. Posterior capsulorhexis with optic capture in pediatric cataract and intraocular lens surgery. Ophthalmology 1996;103:1871-75.

[3] Wilson ME, Apple DJ, Bluestein EC, Wang XH. Intraocular lenses for pediatric implantation : biomaterials, design and sising. J Cataract Refrac Surg 1994;20:584-91.

[4] Lesueur L, Thouvenin D, Arne JL. Résultats visuels et sensoriels du traitement chirurgical des cataractes de l'enfant. A propos de 135 cas. J. Fr. Ophtalmol, 1995;18:667-77.

[5] Lesueur L, Arne JL, Chapotot E, Thouvenin D, Malecaze F. Visual outcome after paediatric cataract surgery : is age a major factor ? Br J Ophthalmology, 1998;82:1022-25.

[6] Vasavada A, Chauhan H. Intraocular lens implantation in infants with congenital cataracts. J Cataract Refrac Surg 1994;20:592-98.

[7] Sinskey RM, Amin PA, Lingua R. Cataract extraction and intraocular lens implantation in an infant with congenital cataract. J Cataract Refrac Surg 1994;20:647-51.

[8] Dahan E, Drusedau MUH. Choice of lens and diotric power in pediatric pseudophakia. J Cataract Refrac Surg 1997;23:618-23.

[9] Lorenz B, Worle J, Fried N, Hazenfratz G. Ocular growth in infant aphakia. Bilateral versus unilateral congenital cataracts. Ophtalmol Genet 1993;14:177-88.


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