Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 22, N° 3  - juillet 1999
p. 315
Doi : JFO-04-1999-22-3-0181-5512-101019-ART5
Facteurs pronostiques du mélanome malin de la conjonctiveFacteurs pronostiques du mélanome malin de la conjonctive : étude anatomo-clinique sur 56 patients
 

COMMUNICATION DE LA SFO

JFO
1999; 22: 315-321
© Masson, Paris, 1999

Étude anatomo-clinique sur 56 patients

L. Desjardins(1), , P. Poncet(1), , C. Levy(1), , P. Schlienger(1), , B. Asselain(1), , P. Validire(1)
(1)Institut Curie, 26 rue d'Ulm, 75005 Paris.

SUMMARY

Pronostic factors in primary malignant melanoma of the conjunctiva. A clinicopathological study opf 56 cases

L.Desjardins, P.Poncet, C.Levy, P.Schlienger, B.Asselain, P.Validire

We have reviewed a serie of 56 patients treated in our Institute for malignant melanoma of the conjunctiva between 1980 and 1992.

We selected cases where histology had been reviewed.

Patients and method

The median follow up is 96 months. The age varies from 13 to 88 years with a mean age of 56 years. There were 22 men and 34 females. In 29 cases (51 %) the melanoma appeared de novo, ten cases (17 %) it derived from a naevus and in 14 cases (25 %) on a precancerous melanosis. The tumour was localized at the limbus and bulbar conjunctiva in 57 % of cases.

The mean diameter was 6.1 mm and the mean thickness was 2.3 mm.

The treatment consisted in surgical excision of the tumour followed by external beam radiothérapy in 49 cases.

Histological examination showed invasion of the chorion in 44 cases (78 %) and of the sclera in 6 cases (1 %).

Results

38 patients are alive and 29 without disease.

2 with disease, 7 lost follow-up.

18 patients died (32 %) and among them 14 (25 %) died of metastatic disease.

22 patients (39 %) have presented local recurrence and among them 10 have had multiple recurrences.

The mean delay for recurrence was 56 months.

The overall survival was 77 % at 5 years and 64 % at 10 years.

Tumours appeared de novo have a worse prognosis.

If we consider the localization tumour located at the limbus or on bulbar conjunctiva have less metastasis.

Conclusion

Malignant melanoma of conjunctiva is a tumour that can frequently recur.

Metastasis are not infrequent and follow up must be prolonged.

Key words : Conjunctival melanoma. , radiotherapy. , recurrence. , survival.

RÉSUMÉ


Facteurs pronostiques du mélanome malin de la conjonctive : étude anatomo-clinique sur 56 patients

Nous avons revu une série de 56 patients traités à l'Institut Curie pour mélanome malin de la conjonctive entre 1980 et 1992 en sélectionnant les patients dont l'histologie initiale a pu être revue à l'Institut Curie (un certain nombre de patients ayant été opérés ailleurs).

Patients et méthode

Le suivi médian est de 96 mois. L'âge varie entre 13 et 88 ans avec un âge médian de 56 ans. Il y avait 22 hommes et 34 femmes. Dans 29 cas (51 %), le mélanome est survenu de novo, dans 10 cas (17 %), par dégénérescence de naevus et dans 14 cas (25 %) sur une mélanose de Reese.

La tumeur était localisée au limbe et à la conjonctive bulbaire dans 57 % des cas.

Le diamètre moyen était de 6,1 mm et l'épaisseur tumorale moyenne de 2,3 mm.

Le traitement a consisté en une exérèse chirurgicale de la tumeur suivie dans 49 cas d'une radiothérapie.

Histologiquement, la tumeur était épithélioïde dans 28 cas (50 %), fusiforme dans 7 cas (12 %) et mixte dans 21 cas (37 %). La tumeur était in situ dans 3 cas (5 %). Elle envahissait le chorion dans 44 cas (78 %) et la sclère dans 6 cas (10 %). L'exérèse est considérée comme histologiquement incomplète dans 32 cas (57 %).

Résultats

18 patients sont décédés soit 32 % dont 14 soit 25 % de métastases. 38 patients sont vivants dont 29 sans évolution, deux en évolution et 7 perdus de vue dont 4 sans évolution et 3 en évolution.

Au total, 19 patients sont non guéris (34 %). Parmi les patients métastatiques, 41 % ont présenté une métastase cérébrale et 23,6 % une adénopathie.

22 patients soit 39 % ont présenté une récidive locale, 10 patients ont eu plusieurs récidives.

La survie globale est de 77 % à 5 ans et de 64 % à 10 ans.

Nous avons étudié l'influence des caractères cliniques et histologiques de la tumeur sur les récidives, les métastases et la survie.

Conclusion

Le mélanome malin de la conjonctive est une tumeur qui récidive fréquemment. Les métastases ne sont pas exceptionnelles et le suivi doit être prolongé.

Mots clés : Mélanome conjonctival. , radiothérapie. , récidive. , survie.


INTRODUCTION

Le mélanome malin de la conjonctive est une tumeur rare représentant seulement 2 % des tumeurs de l'Sil. C'est une tumeur qui donne parfois des récidives qui peuvent se situer soit sur le site de la tumeur initiale, soit à distance (par exemple dans le cul de sac inférieur ou dans les fosses nasales) du fait de migration de cellules tumorales dans les larmes.

Pour les mélanomes conjonctivaux développés sur une mélanose de Reese, de nouvelles localisations tumorales peuvent survenir à distance alors que la tumeur initiale est guérie car c'est souvent la totalité de la conjonctive qui est atteinte par la mélanose précancéreuse.

C'est donc une tumeur de traitement difficile qui met en jeu le pronostic vital.

Nous avons étudié sur une série de 56 patients, les facteurs influençant le pronostic.

PATIENTS ET MÉTHODE

Nous avons revu les dossiers cliniques et l'examen anatomopathologique initial de 56 patients traités à l'Institut Curie entre 1980 et 1992 pour mélanome malin de la conjonctive.

Pendant cette même période, 70 autres patients ont été traités à l'Institut Curie mais exclus de l'étude car ils avaient eu des interventions multiples avant d'être adressés et nous n'avions pas pu récupérer l'examen histologique initial.

Les 56 patients étudiés ont, soit été opérés à l'Institut Curie, soit été adressés après la chirurgie initiale. Dans tous les cas, les lames ont été revues à l'Institut Curie.

L'âge des patients varie de 13 à 88 ans avec un âge médian de 56 ans. Il y a 22 hommes et 34 femmes, 28 yeux droits et 28 yeux gauches ; aucun des patients n'avait d'antécédent de mélanome.

Le délai médian entre le premier symptôme et la date du diagnostic est de 4,5 mois.

10 patients présentaient une dégénérescence de naevus, 29 une tumeur survenue de novo et 14 une mélanose primitive acquise. Dans 3 cas, l'origine n'est pas précisée.

La localisation au limbe et à la conjonctive bulbaire représente 32 patients, soit 57 %.

Le diamètre tumoral varie de 1 à 35 mm avec un diamètre médian de 4 mm.

En ce qui concerne la classification TNM, la tumeur est inférieure ou égale à 1 quadrant dans 27 cas, supérieure dans 5 cas. Elle atteint le cul de sac ou la caroncule dans 22 cas. Elle s'étend dans la paupière dans 2 cas.

Un patient présentait déjà des métastases au moment du diagnostic.

Le traitement local initial a consisté en une exérèse chirurgicale simple dans 7 cas, une exérèse chirurgicale complétée par une radiothérapie dans 49 cas.

Le type de chirurgie utilisé a été l'exérèse de la tumeur sous anesthésie générale et microscope opératoire dans 48 cas, complétée dans 6 cas par une cryoapplication. Dans 2 cas, nous avons dû faire une exentération d'emblée.

La radiothérapie utilisée a été la radiothérapie de contact au 50 KV dans 20 cas, la radiothérapie externe au 200 KV dans 27 cas et le disque de cobalt 60 dans 2 cas.

Pour la radiothérapie externe, la dose totale est de 56 grays en 19 séances sur 41 jours en moyenne.

L'examen histologique a retrouvé une forme nodulaire dans 24 cas, un mélanome à extension superficielle dans 18 cas, une forme SSM + nodulaire dans 2 cas. Dans 12 cas dont 2 tumeurs achromes, le mode d'extension n'est pas précisé.

Le type histologique est épithélioïde dans 28 cas, fusiforme dans 7 cas, mixte dans 21 cas.

L'extension en profondeur intéresse le chorion dans 44 cas et même la sclère dans 6 cas. L'exérèse est considérée comme complète dans 16 cas et incomplète dans 32 cas. Dans 8 cas, la qualité de l'exérèse n'a pu être précisée. L'épaisseur tumorale médiane est de 1,75 comprise entre 1 et 10 mm.

La méthodologie statistique a été la suivante.

La survie était calculée depuis la date de début de traitement à la date de dernières nouvelles.

Les courbes ont été tracées par la méthode de Kaplan Meïer.

Le test du Log Rank était utilisé pour comparer entre elles plusieurs courbes de survie. Les différences ont été considérées comme significative si le « p » < 0,05.

Le modèle de Cox n'a pu être utilisé en raison du faible effectif de cette série, et surtout du faible nombre d'événements (nombre de décès : 18, nombre de métastases : 17, nombre de récidives locales : 22) qui ne permettait pas de s'assurer des conditions de validité du modèle.

RÉSULTATS

Le suivi varie entre 5 et 17 ans avec un suivi médian de 96 mois.

18 patients, soit 32 % sont décédés.

Parmi ces patients décédés, 14 sont décédés de leur cancer, 2 de maladie intercurrente et 2 pour cause non précisée.

38 patients sont vivants dont 29 sans évolution, 2 en évolution et 7 perdus de vue.

Parmi les 7 perdus de vue, 4 étaient sans évolution et 3 en évolution.

Au total, la maladie a été guérie dans 37 cas, et non guérie dans 19 cas (dont 14 décès, 2 en évolution et 3 perdus de vue en évolution).

Il y a eu 17 cas de métastase, soit 30 %. Il s'agissait le plus souvent d'adénopathie locorégionale (23,5 %) ou de métastase cérébrale (41 %).

Le traitement des adénopathies a consisté en une radiothérapie ou une chirurgie suivie de radiothérapie avec une survie prolongée pour certaines adénopathies prétragiennes isolées.

5 patients ont développé un deuxième cancer dont 2 mélanomes.

22 patients, soit 39 %, ont présenté une récidive locale traitée par chirurgie seule ou chirurgie + radiothérapie. Parmi ceux-ci 10 patients ont présenté une deuxième récidive, 5 une troisième, 3 une quatrième, 2 une cinquième, 1 une sixième et 1 une septième.

Le délai de récidive varie entre 3 et 96 mois (délai moyen de 56 mois). Parmi les 10 patients qui ont présenté des récidives multiples, l'exentération de l'orbite a été nécessaire dans 4 cas.

La survie globale est de 77 % ± 11 à 5 ans, 64 % ± 14 à 10 ans (figure 1).

L'intervalle libre sans récidive locale est de 60 % ± 13 à 5 ans et 52 % ± 15 à 10 ans (figure 2).

L'intervalle libre sans métastase est de 75 % ± 12 à 5 ans et de 68 % ± 14 à 10 ans (figure 3).

L'intervalle libre sans rechute est de 49 % ± 13 à 5 ans et de 40 % ± à 10 ans (figure 4).

Les facteurs influençant ces pourcentages ont été étudiés.

Les mélanomes survenus de novo ont un pronostic plus péjoratif pour la survie globale que ceux développés sur une mélanose de Reese ou un naevus p 0,02 (figure 5).

La localisation au limbe + bulbe est un facteur favorable pour la survie dans métastases par rapport aux autres localisations p 0,01 (figure 6).

La classification TNM semble influencer la survie sans métastase p 0,03 (figure 7).

L'intervalle libre sans récidive paraît nettement influencé par la qualité du traitement.

Le pronostic est meilleur après l'association chirurgie + radiothérapie qu'avec la chirurgie seule p 0,001 (figure 8).

Les autres facteurs étudiés en particulier le sexe, l'âge, le diamètre, l'épaisseur, le type histologique ou la qualité de l'exérèse ont été retrouvés comme non significatifs. L'influence du caractère uni ou multifocal de la tumeur n'a pas été étudiée car toutes les tumeurs étaient au départ unifocales. L'existence d'une récidive locale considérée habituellement comme de mauvais pronostic n'a dans cette étude pas d'influence sur la survenue de métastases ou le pronostic vital. Ceci est peut être la conséquence d'un suivi attentif et régulier des patients qui permet de dépister très précocément les récidives.

DISCUSSION

Les patients atteints d'un mélanome conjonctival ont un pronostic meilleur que ceux atteints d'un mélanome muqueux des sinus ou des fosses nasales.

Ceux-ci sont en général découverts tardivement à un stade où ils sont volumineux et la survie à 5 ans ne dépasse pas 30 %.

Les mélanomes de la conjonctive sont en général visibles beaucoup plus tôt et leur traitement précoce explique vraisemblablement le taux de survie à 5 ans qui est dans cette étude de 77 %. Ce taux est comparable à celui observé par Paridaens [1] dans une étude portant sur 256 patients (83 % de survie à 5 ans).

Etudiant les mélanomes cutanés, Clark et Mc Govern ont défini les critères histologiques du pronostic [2, 3]. Ces critères sont d'une part le type histogénétique et d'autre part l'extension en profondeur. Il existe trois types histogénétiques de mélanomes malins cutanés :

  • Le mélanome nodulaire invasif d'emblée sans prolifération épithéliale superficielle préexistante, c'est celui dont le pronostic est le plus péjoratif.
  • Le mélanome développé à partie d'une SSM ou mélanome à extension superficielle. La composante horizontale se présente histologiquement sous forme de cellules épithélioïdes groupées en thèques le long de la basale de l'épithélium avec une tendance à envahir l'épithélium donnant un aspect pagetoïde. Après une phase d'extension superficielle, l'extension en profondeur survient et a un pronostic nettement défavorable avec dissémination sanguine et lymphatique.
  • Le mélanome développé à partir d'une mélanose précancéreuse de Hutchinson Dubreuilh ou mélanose primitive acquise. Celle-ci se présente histologiquement comme une prolifération de mélanocytes atypiques le long de la basale de l'épithélium avec excrétion de pigment dans le derme sous-jacent. La transformation maligne sous forme de prolifération verticale avec effondrement de la base n'apparaît qu'après une longue évolution.

Les critères histologiques des mélanomes malins cutanés peuvent être appliqués aux mélanomes conjonctivaux comme l'ont montré Bernardino [4], Jacobiec [5] et Henkind [6].

Certains auteurs s'accordent pour attribuer un meilleur pronostic aux mélanomes développés sur une mélanose primitive acquise. Wayte et Helwig en 1968 [25] ont rapporté seulement 4 cas de métastases sur 45 cas de mélanomes malins cutanés développés sur une mélanose d'Hutchinson cutanée. Bernardino [4] n'a trouvé aucun décès par métastase en huit à vingt ans chez 5 patients ayant présenté des mélanomes conjonctivaux développés à partir de mélanose acquise contre cinq décès par métastase sur dix patients ayant présenté des mélanomes à extension superficielle (SSM). Barthélémy [8] n'a trouvé aucun décès par métastase en sept à quinze ans d'évolution chez six malades ayant présenté des mélanomes conjonctivaux développés à partir de mélanose précancéreuse. Par contre, Liesegang et Campbell n'ont pas atteint les mêmes conclusions dans leur étude [9]. De même, Paridaens retrouverait plutôt sur 256 patients un pronostic moins favorable pour les mélanomes développés sur mélanose primitive acquise [1], en tout cas pour ceux situés au niveau du cul de sac.

Dans notre étude, l'analyse statistique est difficile à réaliser du fait du petit nombre de cas et l'analyse multivariée n'est pas possible. La figure no 5 semble cependant montrer un meilleur pronostic pour les mélanomes développés sur mélanose primitive acquise ou naevus par rapport à ceux survenus de novo.

Le deuxième critère histologique défini par Clark et Mc Govern comme condition essentielle pour le pronostic des mélanomes cutanés est l'extension en profondeur.

Malheureusement, les différences histologiques entre la peau et la conjonctive rendent inapplicables à la conjonctive les méthodes de Clark d'appréciation de cette extension.

Il est plus facile, pour la conjonctive, d'utiliser la mesure de l'épaisseur de la tumeur comme le conseille Breslow pour les mélanomes cutanés [10], celui-ci a montré que l'épaisseur de la tumeur au point le plus profond conditionne le pronostic.

Jakobiec a appliqué cette mesure de l'épaisseur de la tumeur aux mélanomes de la conjonctive et a trouvé des résultats similaires avec un pronostic très péjoratif pour des mélanomes dont l'épaisseur dépasse 3 mm [11].

Dans l'étude de Paridaens [1], l'épaisseur n'a d'influence significative pour le pronostic que dans le groupe de tumeurs situé dans un site défavorable (cul de sac, paupière ou caroncule).

Dans notre étude, l'épaisseur n'apparaît pas comme un facteur significatif vraisemblablement du fait du petit nombre de patients ou peut-être du fait du traitement radiothérapique complémentaire qui est loin d'être systématique dans tous les centres.

L'un des facteurs que nous avons étudié et qui paraît influencer de façon significative le pronostic est la localisation de la tumeur avec un meilleur pronostic pour les tumeurs du limbe ou de la conjonctive bulbaire par rapport aux tumeurs des culs de sas, de la caroncule ou des paupières. Ceci a déjà été mis en évidence dans l'étude de Paridaens [1], de Fuchs [12] et de De Wolff-Rowendal [13], surtout lorsqu'il s'agit de mélanomes multifocaux [13, 14].

Le troisième facteur qui paraît dans notre étude très significatif pour le pronostic est l'association d'une radiothérapie au traitement chirurgical (figure 8).

La technique chirurgicale d'exérèse des mélanomes a été bien décrite par Shields [15]. Cependant, les mêmes auteurs font état d'un taux de récidive locale de plus de la moitié des cas habituellement dans les 5 ans qui suivent l'intervention. Ils soulignent le fait que certains patients dont l'exérèse a été jugée incomplète ne récidivent pas alors que d'autres dont l'exérèse était complète font des récidives multiples [16].

Le mélanome conjonctival reste donc une tumeur déroutante de traitement difficile comme le souligne Seregard dans une récente revue de littérature [17].

Étant donné que l'on ne peut pas au niveau de la conjonctive enlever le mélanome avec des marges de sécurité aussi grandes que celles que l'on respecte au niveau cutané, il paraît logique de traiter les berges d'exérèse et le plan profond épiscléral.

La radiothérapie a été d'abord décrite par Lederman en 1964 comme alternative à l'exentération dans le traitement de ces mélanoses acquises [18]. Récemment, plusieurs auteurs ont essayé avec succès des traitement conservateurs par une association chirurgie et radiothérapie. Lommatzsch a obtenu d'excellents résultats avec des disques de strontium radioactif [19]. Haye et coll. [20, 21] ont montré l'efficacité de l'association chirurgie radiothérapie (50 ou 200 kW).

Hungerford utilise une βcuriethérapie avec des disques de ruthénium [1].

Brovkina a été l'une des premières à décrire l'utilisation d'un faisceau de protons [22].

Les séquelles de la radiothérapie sont en général acceptables au niveau de la conjonctive bulbaire (télangiectasies, cataracte), parfois plus problématiques au niveau de la conjonctive palpébrale supérieure (syndrome sec lié à l'irradiation de la glande lacrymale). Il serait néanmoins utile de compléter les études déjà réalisées par une étude randomisée qui pourrait démontrer l'efficacité de la radiothérapie. Le petit nombre de patients rend cette étude difficile à réaliser.

Récemment, il nous a paru intéressant d'utiliser dans certains cas les disques d'iode 125 qui permettent d'irradier en avant du disque en respectant les tissus situés en arrière. Les résultats sont cependant préliminaires.

La cryothérapie a été recommandée en association avec la chirurgie ou parfois utilisée seule par de nombreux auteurs [23, 24, 25, 26, 27].

Pour De Potter, elle permettrait, en association avec la chirurgie de diminuer le taux de récidives de façon significative [16].

Dans notre expérience, la cryothérapie est efficace dans la mélanose primitive acquise qu'elle fait régresser, diminuant de ce fait la fréquence des dégénérescences [26].

Plus récemment, les traitements chimiothérapiques locaux par collyre à la Mitomycine ont été suggérés et semblent avoir une certaine efficacité en tout cas transitoire [28, 29].

L'exentération, fortement recommandée au début du siècle, n'est plus utilisée qu'en cas d'échec des traitements précédemment décrits ou en cas de tumeur massive. Elle ne permet pas toujours d'éviter les métastases à distance [30].

On remarque dans notre étude une prédominance féminine. La possibilité d'une influence hormonale a déjà été soulevée par Paridaens. Des récepteurs à l'Sstrogène ont été détectés dans le mélanome de la conjonctive en utilisant des anticorps monoclonaux [31].

CONCLUSION

Le mélanome malin de la conjonctive reste une tumeur grave de traitement difficile. Du fait de la rareté de ces tumeurs, des études randomisées multicentriques sont souhaitables afin de mieux définir en fonction de la taille et de la localisation de la tumeur la stratégie thérapeutique qui donnera les meilleurs résultats (faible taux de récidive et séquelles acceptables).

Figure 1. Survie globale.

Figure 2. Intervalle libre sans récidive.

Figure 3. Intervalle libre sans métastase.

Figure 4. Intervalle libre sans rechute.

Figure 5. Survie globale en fonction de l'étoilogie [1].

Figure 6. Intervalle libre sans métastase en fonction du siège tumoral.

Figure 7. Intervalle libre sans métastase en fonction du T (TNM).

Figure 8. Intervalle libre sans récidive en fonction du traitement.



REFERENCE(S)

[1] Paridaens ADA, Minassian DC, Mc Cartney ACE, Hungerford JL. Prognostic factors in primary malignant melanoma of the conjunctiva : a clinicopathological study of 256 cases. Br J Ophthalmol. 1994;78:252-9.

[2] Clark WH, Goldman L, Mastran Gelo MJ. Human malignant melanoma. Oncology monographs Grune and Stratton, Editors, 1979.

[3] Mc Govern VJ, Shaw H, Milton G. Prognosis significance of the histological features of malignant melanoma. Histopathology, 1979;3:385-93.

[4] Bernardino VB, Naidoff MA, Clark WH. Malignant melanoma of the conjunctiva. Am J Ophthalmol, 1976;82:383-94.

[5] Jakobiec FA. Conjunctival melanoma ­ unfinished business. Arch Ophthalmol 1980;98:1378-84.

[6] Henkind P, Benjamin JV. Conjunctival melanosis lesions ­ natural history. Trans Ophthalmol Soc UK 1977;97:373-8.

[7] Wayte DM, Ramc M, Helwig EB. Melanotic Freckle or Hutchinson. Cancer 1968;21:893-911.

[8] Barthelemy F, Saragoussi JJ, Guimaraes MF. Que peut-on attendre des critères histologiques actuels de Clarck et Mc Govern concernant les mélanomes malins. Bull Mem Soc Fr Ophtalmol 1981;93:179.

[9] Liesegang TS, Campbell RJ. Mayo Clinic experience with conjunctival melanomas. Arch Ophthalmol 1980;98:1385-9.

[10] Breslow A. Thickness cross sectional areas and depth of invasion in the prognosis of cutaneous melanoma. Ann Surg 1970;172:902-8.

[11] Jakobiec FA. Conjunctival melanomas in Jakobiec FA. Ocular and adnexal tumors. Aesculapius publishing edit. Birmingham Alabama 1978.

[12] Fuchs U, Kivela T, Liesto K, Tarkkanen A. Prognosis of conjunctival melanomas in relation to histopathological features. Br J Cancer 1989;59:261-7.

[13] Jeffrey IJM, Lucas DR, McEwan C, Lee WR. Malignant melanoma of the conjunctiva. Histopathology 1986;10:363-78.

[14] Zimmerman LE. The histogenesis of conjunctival melanomas. In : Jakobiec FA, ed. Ocular and Annexal tumors. Birmingham, anesthésie locale : Aesculapius 1978;572-82.

[15] Shields JA, Shields CL, De Potter. Surgical Management. Arch Ophthalmol 1997;115:808-15.

[16] De Potter P, Shields CL, Shields JA and all Clinical predictive factors for development and recurrence of metastasis in conjunctival melanoma. A review of 68 cases. Br J Ophthalmol 1993;77:624-30.

[17] Seregard S et al. Review of conjunctival melanoma. Surgery of Ophthalmology 1998;42:4.

[18] Lederman. Treatment of conjunctival melanoma. In Ocular and adnexal tumors Boniuk M. New and controversial aspects Mosby 1964.

[19] Lommatzch P. β irradiation of conjunctival melanomas. Trans Ophthalmol Soc UK 97:378-80.

[20] Haye C, Saragoussi JJ, Asselain B, Schlienger P, Calle R. Le pronostic des mélanomes malins de la conjonctive et des paupières : étude statistique sur 56 patients. J Fr Ophtalmol 1982;5:159-66.

[21] Saragoussi JJ. Mélanomes malins de la conjonctive et des paupières. Thèse médecine, Paris VI, 1980.

[22] Brovkina AF, Zarubei GD, Khoroshkov US. Results of protonbeam irradiation therapy of conjunctival malignant tumors proceedings of international symposium or intraocular and epibulbor tumors. Florence Italy 3-5 march 1994 Bologna Monduzzi Editore 1994;175-6.

[23] Jakobiec FA, Brownstein S, Wilkinson D, Katzin HM. Adjuvant cryotherapy for focal nodular melanoma of the conjunctiva. Arch Ophthalmol 1982;100:115-8.

[24] Jakobiec FA, Brownstein S, Albert W, Schwarz F, Anderson R. The rôle of cryotherapy in the management of conjunctival melanoma. Ophthalmology 1982;89:502-15.

[25] Brownstein S, Jakobiec FA, Wilkinson RD, Lombardo J, Jackson B. Cryotherapy for precancerous melanosis (atypical melanocy-tic hyperplasia) of the conjunctiva. Arch Ophthalmol 1981;99:1224-31.

[26] Desjardins L, Shields JA. Mélanome malin de la conjonctive développé à partir d'une mélanose précancéreuse, pronostic et traitement. J Fr Ophtalmol 1983;5:515-20.

[27] Offret H, Quillard J, Badarani N. Mélanome malin et mélanose de la conjonctive. Excision chirurgicale limitée et cryoapplication. J Fr Ophtalmol 1993;16:11:628-31.

[28] Finger PT, Milner MS, Mc Cormick SA. Topical chemotherapy for conjunctival melanoma. Br J Ophthalmol 1993;77:751-3.

[29] Frucht Pery J, Rozenman Y. Mitomycin C therapy for corneal intraepithelial neoplasia. Am J Ophthalmol 1994;117:164-8.

[30] Paridaens AD, Mc Cartney AC, Minassian DC, Hungerford JL. Orbital exenteration in 95 cases of primary conjunctival malignant melanoma. Br J Ophthalmol 1994;78:520-8.

[31] Paridaens AD, Alexander RA, Hungerford JL, Mc Cartney AC. Sstrogen receptors in conjunctival malignant melanoma : immunocytochemical study sing formalin fexed paraffin wax sections. J Clin Pathol 1991;44:840-3.


© 1999 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline
You can move this window by clicking on the headline
@@#110903@@