Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 23, N° 4  - mai 2000
p. 321
Doi : JFO-05-2000-23-4-0181-5512-101019-ART66
ARTICLES ORIGINAUX

Forage osseux protégé lors des dacryocystorhinostomies (DCR) par voie endo-nasale
 

B. Fayet [1], E. Racy [2], M. Halhal [1], J.-A. Bernard [3], G. Renard [1]
[1] Service d'Ophtalmologie, Hôtel-Dieu de Paris, 1, place du Parvis Notre-Dame, 75181 Paris Cedex 04.
[2] Service d'ORL, CHU Kremlin Bicêtre, Paris.
[3] Fondation Ophtalmologique de Rothschild, Paris.

Abstract
Endonasal dacryocystorhinostomy (DCR) with protected drill
Purpose

To analyze the interest of protected drills to perform endoscopic endonasal DCR.

Materiel and methods

Fifty patients suffering from chronic epiphora were operated successively. None of those patients had had prior nasal surgery. The same surgeons (BF and ER) did the surgical procedure for all the cases. The technical steps were: endoscopic visualization of the middle meatus and evaluation of the anatomic variations of the nose; identification of the lacrymal bag with a 1 mm light in the canaliculus; unciformectomy; the maxillary bone was drilled with a 3.2 mm bit (straightshot Xomed), protected and irrigated; the lacrymal bag was opened by cissors and the flap was pushed in the ethmoid and coagulated.

Results

The suction-irrigation system was efficient to clean the surgical site, with a good endoscopic control. The protected bit didn't damage the 4-mm optics and the septal wall mucosa, even in narrow noses. The staightshot bit (Xomed) was tough enough to drill the maxillary bone in only 68 % of the surgical cases. In 28 % the drilling was unsatisfactory and in 4 % it was inefficient. The functional results at 6 month were good in 85 %. There was no difference between normal and narrow noses.

Conclusion

The concept of protected bits perfectly matches the endoscopic endonasal DCR. The visual comfort and security of the surgical procedure are increased. Short term results are equivalent to external DCR, but are rather inefficient and expensive.

Abstract
Forage osseux protégé lors des dacryocystorhinostomies (DCR) par voie endo-nasale
But

Analyser l'intérêt du forage protégé pour réaliser, mécaniquement et par voie endo-nasale, l'ostéotomie au cours des DCR.

Matériel et méthode

50 sténoses lacrymo-nasales chroniques ont été opérées par DCR. Tous les cas sont consécutifs. Aucun des patients n'avait eu une chirurgie nasale antérieurement. Les interventions ont toutes été effectuées par les deux même opérateurs. Les différents temps ont été systématisés et identiques : visualisation du site opératoire sous guidage endoscopique ; diaphanoscopie du canalicule d'union ; l'ostéotomie réalisée mécaniquement par forage (drill) avec l'appareil XPS de Xomed. La tige du foret est protégée par une chemise métallique périphérique. Elle comporte une irrigation qui assure le refroidissement de la fraise et un système d'aspiration qui élimine les copeaux osseux ; ouverture du sac lacrymal aux ciseaux ; suture thermique du lambeau muqueux ; intubation bi-canaliculonasale durant un mois.

Résultats

La chemise d'irrigation-aspiration a aspiré correctement les copeaux osseux, ainsi qu'une partie du saignement dans tous les cas. Ceci améliorant la visualisation du site de forage. Cette chemise a protégé l'endoscope d'une part et la muqueuse nasale d'autre part. La rotation du foret n'a donné lieu ni à une abrasion du matériel de visualisation, ni à une brûlure muqueuse, y compris dans les fosses nasales étroites. Le matériel testé est efficace pour réaliser la partie maxillaire de l'ostéotomie dans 68 % des cas. Il est tout juste suffisant dans 28 % et nettement insuffisant dans 4 % des cas. Les résultats fonctionnels, avec un recul supérieur à 6 mois, sont bons dans 85 %. Il ne semble pas y avoir de différence de résultat que la fosse nasale soit étroite ou non.

Conclusion

Le concept du forage protégé est parfaitement adapté à la DCR par voie endo-nasale. Le confort visuel et la sécurité du geste sont augmentés. Les fosses nasales étroites ne constituent plus une contre-indication à cette voie d'abord. Les résultats fonctionnels sont identiques que la fosse nasale soit étroite ou non. A court terme, ils semblent identiques à ceux obtenus avec les autres méthodes d'ostéotomie mécanique. L'efficacité du matériel testé est insuffisante dans 40 % des cas. Le prix des fraises à usage unique, augmente considérablement le coût de la dacryocystorhinostomie.


Mots clés : Voies lacrymales. , sténose lacrymo-nasale. , dacryocystorhinostomie. , chirurgie endo-nasale. , endoscopie. , forage.

Keywords: Lacrimal apparatus. , surgery. , dacryocystorhinostomy. , endoscopy. , drill. , lacrimal duct stenosis. , endonasal surgery.


INTRODUCTION

La DCR est l'intervention chirurgicale qui marsupialise le sac lacrymal et la fosse nasale homolatérale pour traiter les sténoses lacrymo-nasales irréductibles. Ce court-circuit définitif du canal lacrymo-nasal est obtenu en supprimant la portion d'os interposée entre ces deux cavités naturelles, puis en favorisant, avec plus ou moins de bonheur, le rétablissement de la continuité muqueuse. Cette marsupialisation aboutit à une « nasalisation » du sac lacrymal dont il ne persiste plus, « d'origine », que la paroi externe.

La DCR par voie endo-nasale est la plus ancienne des méthodes de DCR. Elle est attribuée à Caldwell à la fin du 19

e

siècle [ [1]].

Au cours de la première moitié du 20

e

siècle, cette voie d'abord est tombée progressivement en désuétude, progressivement supplantée par la voie externe. Celle-ci est la référence universelle. Toutefois, on lui reproche une cicatrice potentiellement inesthétique dans 5 % des cas [ [2]], et surtout un taux d'échec qui oscille autour de 15 % [ [3]]. Le taux de ces deux complications semble assez stable au cours des décennies. La dernière est conditionnée, en partie au moins, aux pathologies et variations de l'anatomie nasale.

La voie transcanaliculaire, que l'ostéotomie soit réalisée mécaniquement [ [4]] ou par vaporisation [ [5]] supprime le problème de cicatrice inesthétique. Cependant la gestion des pathologies nasales est malaisée en raison des contraintes anatomiques imposées par la voie transcanaliculaire. De plus, les indications sont plus réduites que pour les deux autres voies d'abord [ [6]], et enfin les résultats à long terme semblent encore inférieurs à cette date.

La voie endo-nasale supprime également le problème de cicatrice, mais à l'inverse de la voie d'abord précédente, est idéal pour une gestion rationnelle du temps nasal. Cependant, l'accès à la zone d'ostéotomie n'est pas simple lorsque la fosse nasale est étroite, qu'elle qu'en soit la raison. A moins de n'opérer par cette voie que des patients dont la fosse nasale est large ou élargie, la rotation de la tige du foret est susceptible d'entraîner une brûlure des muqueuses nasales [ [7], [15]].

A priori,

le forage protégé par une gaine périphérique devrait permettre d'étendre les indications de la voie endo-nasale indépendamment de la largeur de la fosse nasale.

Nous rapportons 50 cas consécutifs de DCR par voie endo-nasale, sous guidage endoscopique, couplée à la transillumination canaliculaire simultanée

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Soixante-seize patients ont été opérés par les auteurs (BF & ER) entre juillet 97 et avril 99.

L'indication opératoire était portée comme traitement d'une sténose lacrymo-nasale chronique (signes fonctionnels permanents et évoluant depuis au moins un an).

Les 76 DCR par voie endo-nasale correspondent à des interventions consécutives de cas non sélectionnés.

L'intervention est systématisée

  • Visualisation du site opératoire par guidage endoscopique. L'endoscope rigide de 4 mm est couplé à une chemise lavante-aspirante. L'image est recueillie par une micro-caméra et projetée sur un moniteur.
  • Repérage de la projection du canal d'union en détectant sa transillumination. Une fibre optique à usage unique est introduite dans le canicule supérieur et guidée jusqu'au contact osseux [ [8]].
  • Résection de la partie antérieure du cornet moyen, lorsqu'il handicape l'accès à la zone idéale d'ostéotomie.
  • Fenêtre muqueuse dessinée à la pointe coagulante et unciformectomie à la pince.
  • Ostéotomie mécanique. Nous avons employé un Micro-tour avec une irrigation-aspiration autonome (XPS Straighshot™, XOMED). Le foret est incorporé dans une gaine métallique. Son diamètre externe est identique à celui de l'endoscope (4 mm). La gaine ne laisse dépasser latéralement que la fraise. L'irrigation continue refroidit le forêt et contribue à l'élimination instantanément des vapeurs et projections de fragments d'os. Le diamètre de la fraise à pans est de 3,2 mm chez l'adulte et chez l'enfant 2,9 mm.
  • Ouverture verticale à la lame du sac lacrymal avec une charnière postérieure. Ce temps s'effectue à 4 mains.
  • Suture thermique de la muqueuse lacrymale qui est refoulée vers l'arrière.
  • Intubation. En fin d'intervention la face interne du canalicule d'union devait se présenter comme une fleur de liseron.

RÉSULTATS

Nous avons exclu 26 cas de cette série de DCR par voie endo-nasale, parce que leur fosse nasale avait été chirurgicalement élargie au préalable (Chirurgie sinusienne fonctionnelle ou tumorale, septoplastie, DCR antérieure.).

Cinquante patients ont été opérés par cette méthode entre juillet 97 et avril 99. Aucun de ces patients n'a fait l'objet d'une publication sur le même thème. Les 50 cas sont totalement consécutifs, sans aucun autre critère d'exclusion.

a) L'accès au site opératoire a été aisé spontanément dans 31 cas (62 %). A l'inverse, l'accès au site opératoire a été handicapé dans 19 cas (38 %). Dans 9 cas (18 %) les instruments étaient au contact de la muqueuse sur un long trajet. Aucun geste chirurgical n'a cependant été nécessaire. Il s'agissait d'une déviation arciforme majeure du septum (1 cas) ou d'éperon de cloison volumineux (8 cas). Dans 10 cas (20 %), une résection partielle du cornet moyen s'est révélée indispensable pour pouvoir atteindre le site opératoire. Il s'agissait de 6 cas de volumineuse concha bullosa (12 %) et de 4 cas de cornet en « bulbe d'étrave de bateau » (8 %).

Dans aucun de ces 50 cas, nous n'avons constaté de brûlure muqueuse, que la fosse nasale soit laissé en l'état (80 %) ou qu'elle soit élargie, juste avant le forage, par une turbinectomie moyenne partielle.

b) Le système d'irrigation-aspiration a été efficace dans cette série. Nous n'avons jamais été gênés par l'accumulation de copeaux osseux. Le contrôle visuel du site opératoire n'a jamais été gêné par les vapeurs du forage. Les seuls problèmes de visualisation du site opératoire l'ont été par le saignement. Celui-ci a été traité par les mesures classiques (Méchage temporaire avec une méche imbibée de naphazoline, sauf chez l'enfant ; Surgicel® ; Coagulation). L'irrigation-aspiration du foret épargnait d'autant l'optique de souillure. Il nous a semblé qu'il était même moins nécessaire de solliciter l'irrigation aspiration de l'optique.

c) L'appareillage employé s'est révélé assez adapté à la DCR par voie endo-nasale. L'ostéotomie du maxillaire supérieur a été facile à réaliser dans 68 % des cas. Dans ces cas la durée du forage osseux était inférieure à 3 minutes. Chaque fois que la fraise était posé contre la branche montante du maxillaire se produisait une ablation osseuse. Dans 14 cas le forage a été laborieux. La durée du forage était supérieure à 5 minutes. Le contact même appuyé entre la fraise et la branche montante du maxillaire amincissait péniblement l'os. Dans 2 cas, l'ostéotomie a nécessité des recours successifs à plusieurs forets à usage unique, et enfin dans un de ces deux cas le recours au moteur Bien Air pour mener à bien l'intervention.

d) Les résultats fonctionnels postopératoires sont bons dans 85 % des cas globalement. Les difficultés d'accès à la zone d'ostéotomie semble sans influence sur le résultat fonctionnel, à court terme. Le recul moyen est supérieur à 6 mois.

e) Le surcoût de l'intervention est 1 000 FF (environ 160 Euros) lié à l'emploi du matériel à usage unique, fibres optiques (200 FF environ), et foret Xomed (800 FF environ).

DISCUSSION

Lors des DCR, l'ostéotomie est la partie technique la plus maîtrisable, alors que le rétablissement de la continuité muqueuse est sujet à plus de paramètres, en particulier l'aléa des phénomènes cicatriciels.

La DCR par voie externe s'est imposé universellement depuis un siècle. Par la voie externe, l'ostéotomie peut être réalisée en fragmentant l'os grâce à des emporte-pièce ou par forage. Chaque méthode à ses adeptes et tout le monde s'accorde pour reconnaître que l'une ou l'autre n'a aucun effet sur le résultat fonctionnel.

Nous apprécions le confort du Micro-tour Bien Air™. Ce moteur extrêmement diffusé dans le monde présente plusieurs avantages. Une fiabilité exemplaire : plus de 700 DCR externes consécutives, avec deux exemplaires, sans la moindre panne. Les deux même exemplaires sont encore en service à cette date. Le coût de l'appareil autoclavable est abordable (4 000 Euros environ). Les fraises sont re-stérisables. La gamme (diamètre, taille des pans, longueur de la tige variable...) est presque infinie. L'appareil accepte des fraises provenant d'autres fabricants. En 15 ans d'utilisation, la puissance de ce moteur n'a jamais été prise en défaut, y compris pour forer la partie maxillaire de la gouttière lacrymale.

C'est logiquement que nous l'avons réemployé pour la chirurgie par voie endo-nasale. Cependant, l'emploi du « bien air » dans sa version standard avec fraises longues, n'était pas exempt de reproches.

La tige du foret n'étant pas protégée, le contact avec l'endoscope ou sa chemise lavante-aspirante provoque une abrasion du matériel de visualisation.

Durant les phases de forage, la projection de copeaux osseux handicapait la visualisation du site opératoire. L'emploi simultané d'une sonde d'aspiration s'est révélé encombrant (troisième instrument) et peu efficace.

Surtout, nous avons déploré un cas de brûlures de la muqueuse nasale occasionné par la rotation de la tige du foret [ [7]], comme l'ont observé également Cunningham et Woog [ [15]].

Et pourtant, nous n'avions selectionné que des patients dont la fosse nasale était large. Cette complication n'a pas été soulignée par les auteurs réalisant leur ostéotomie par forage [ [9], [10], [11], [12], [13], [14], [15], [16]].

Il semblait nécessaire de régler tous ces problèmes techniques avant d'opérer les patients ayant une fosse nasale étroite. Les brûlures muqueuses sont préjudiciables car elles augmentent le risque de synéchie postopératoire, qui est un facteur d'échec.

Pour toutes ces raisons nous nous sommes tournés vers un appareil dévolu à la chirurgie naso-sinusienne, XPS Straighshot™, distribué par la société XOMED Micro-France.

Ce concept du forage protégé s'est révélé totalement adapté à la DCR par voie endo-nasale pour plusieurs raisons.

1) L'ergonomie de la pièce à main est satisfaisante (poids, longueur, prise...). Le diamètre externe de la fraise, 3,2 mm, est raisonnable. Dans aucun de nos cas, il fut surdimensionné par apport à la fosse nasale opéré. Chez l'enfant, le diamètre de 2,9 mm n'a pas constitué un obstacle (4 cas ; âge entre 4 et 5 ans).

2) Nous n'avons plus constaté d'usure de la chemise lavante-aspirante de l'endoscope, à la différence de notre première série, où une abrasion nette existait menaçant à terme la longévité du matériel.

3) Le système d'irrigation-aspiration améliore indiscutablement le confort visuel de l'opérateur. Il évite parfaitement les projections générées par le forage. De plus, il élimine une bonne partie du saignement muqueux libérant d'autant le travail de la chemise lavante-aspirante de l'endoscope.

4) Le forage protégé augmente la sécurité du geste. Aucun cas de brûlure muqueuse n'a été observé dans cette série, alors que les fosses nasales étaient étroites dans 34 % des cas, et que les instruments entraient en contact avec la muqueuse nasale pendant la durée de l'intervention. Le concept du forage protégé a permis de ne plus sélectionner sur des critères anatomiques, les patients candidats à une DCR par voie endo-nasale. Avec un recul supérieur ou égal à 6mois, nous n'avons pas constaté de différence significative dans les résultats, que la fosse nasale soit initialement large ou non.

LIMITES

Si le concept de forage protégé nous semble constituer un progrès indiscutable dans le domaine de la chirurgie endo-nasale, l'appareil testé n'est cependant pas exempt de critiques dans l'application que constitue la DCR par voie endo-nasale.

1) Les broches du connecteur assurant la liaison entre le cordon d'alimentation et le moteur sont un peu fragiles pour un appareil destiné à un usage fréquent.

2) L'efficacité mécanique de l'appareil est insuffisante.

Certes, nous n'avons jamais rencontré de problème au niveau de la partie postérieure de la gouttière lacrymale. L'ablation de l'unguis, des cellules ethmoïdales ou de l'unciforme ne pose strictement aucun problème. A cet endroit le fraisage n'est pas vraiment indispensable. Une simple pince type Kocher, ou Blackesley suffit très largement (et plus rapidement). L'efficacité du forage au niveau du maxillaire a toujours été suffisante chez l'enfant (4 cas) non tant en raison du diamètre des fraises (2,9 mm), qu'en raison de l'épaisseur et de la densité osseuse à cet âge.

Il n'en est pas de même pour ce qui concerne la partie antérieure de la gouttière lacrymale, qui est parfois extrêmement épaisse et dense chez l'adulte.

Dans notre série, chez l'adulte, l'efficacité du forage au niveau maxillaire n'a pas été toujours suffisante. Dans 4 % le matériel s'est révélé totalement insuffisant : trois fraises 3,2 mm pour un même patient, et enfin le recours au « Bien air™ » pour terminer les ostéotomies ; Une fraise 3,2 mm puis une fraise cylindrique pour un autre, (en marge, signalons que nous avons essayé par inadvertance une fois une fraise pédiatrique chez un adulte, sans aucun succès. La DCR à été achevée sans difficulté avec une fraise 3,2 mm).

Dans 28 % des cas le forage à été laborieux, allongeant considérablement la durée de l'intervention. Nous n'avons pas l'impression que la courbe d'apprentissage intervienne dans cette appréciation, car ces cas étaient répartis dans cette série. Les fraises ne faisaient pas parties du même lot. Nous n'avons pas eu l'impression que l'épaisseur de la gouttière intervienne beaucoup : parfois un maxillaire très épais se laisse ronger très facilement.

La densité osseuse est peut-être un facteur non négligeable, mais réaliser une densitométrie prèopératoire avant une DCR ne semble pas raisonnable.

Notre impression est que la qualité des dents des fraises, pourtant à usage unique, est perfectible. La profondeur et le tranchant des pans sont insuffisants lorsque le maxillaire est épais. Dans ces cas plus difficiles, un meilleur couple du moteur et/ou une vitesse de rotation (maximum 6 000 t/mn) plus élevée seraient appréciés. L'allongement de la durée de l'intervention s'accompage d'un autre inconfort pour le chirurgien. Le moteur se met à chauffer, jusqu'à contraindre à interrompre l'intervention, pour laisser la pièce à main se refroidir.

Signalons que nous n'avons jamais observé de telles limites techniques (qualité des pans, couple, vitesse de rotation) avec le moteur Bien air™ ORL (40 000 tours/minutes), que ce soit en voie endo-nasale [ [7]] ou par voie externe.

3) Le forage protégé avec le XPS augmente considérablement le coût de l'intervention. La console et la pièce à main coûtent environ 60 000 FF. Mais surtout s'ajoute un lourd budget de consommables. Les forets à usage unique sont vendus (mai 1999) par boite de 5, au prix de 3 800 FF (600 Euros environ).

Cet aspect financier est un handicap à prendre en compte.

Actuellement la société Xomed Micro France détient de fait l'exclusivité pour ce type d'appareil. Les sociétés concurrentes (Olympus, Stortz, Striker, Wolf) vont commercialiser des appareil similaires destinés à la chirurgie des sinus. Nous ne les avons pas encore testés à cette date dans l'application de la DCR.

Le marché captif présente deux inconvénients : l'obsolescence technique de l'appareil en cas de rupture de fournitures et surtout une absence de maîtrise des coûts. Dans notre expérience, le prix unitaire des fraises a augmenté de 300 F (50 Euros) à près de 800 F (135 Euros) en moins de deux ans.

L'avènement du matériel restérilisable solutionnera en partie ce problème. Depuis nos premiers essais en 1997 avec l'XPS, la société Xomed a annoncé qu'elle commercialiserait très prochainement des fraises restérilisables. L'exemplaire qu'elle nous a fait tester (2 patients, qui n'apparaissent pas dans les 50 suscités) était de bonne qualité. Le prix de commercialisation n'est pas connu, ni la longévité prévisible de la fraise.

La société Pouret (Paris) a développé à notre demande, une gaine métallique restérilisable, comportant un système d'irrigation-aspiration. Elle se fixe sur la pièce à main du Bien air™ ORL classique, sans aucune autre modification. Le test que nous venons d'effectuer s'est révélé concluant. La gaine d'irrigation-aspiration doit recevoir encore quelques modifications.

Le prix unitaire ne devrait pas excéder 2 000 FF (350 Euros). La date de commercialisation de cette gaine n'est pas connue.

Le forage n'est pas, bien sûr, le seul moyen d'effectuer l'ostéotomie lors d'une DCR par voie endo-nasale.

L'ostéotomie par pulvérisation au Laser a été préconisé depuis quelques années.

Certes par voie externe [ [17], [18]] pour en apprécier l'impact, mais également par voie transcanaliculaire [ [5]].

Les premiers essais rapportés ont étés très encourageants [ [19], [20], [21], [22], [23]], puis quelques réserves, notamment dans les indications, ont été signalées [ [24], [25], [26]]. Notre expérience, très inférieure aux séries rapportées, n'a jamais dépassé 50 % de bons résultats. Peut-être parce que par cette voie, pour notre part, nous n'avons jamais réussi à centrer de façon satisfaisante l'ostéotomie autour du canalicule d'union. Ce qui anatomiquement est impossible par voie transcanaliculaire.

Par voie endo-nasale, il n'y plus aucune impossibilité à diriger le faisceau laser, là où l'opérateur le choisit [ [27], [28], [29], [30], [31], [32], [33], [34]]. Cependant les auteurs rencontrent des difficultés pour vaporiser la partie maxillaire de la gouttière lacrymale. Il faut recourir alors à une ostéotomie mécanique classique. Ceci réduisant (pour l'instant) l'intérêt médical des Laser disponibles actuellement dans cette application.

L'ostéotomie à l'aide emporte-pièce, type Kerisson, Citelli, Codman... est pratiquée par voie externe mais également par voie endo-nasale [ [1], [8], [24], [35], [36], [37]]. Il est aisé de trouver des modèles dont le diamètre externe est identique ou même inférieur, à celui de la chemise lavante-aspirante. Nous n'avions par le passé fait une tentative qui ne nous avait pas convaincus. Dans les fosses nasales étroites, il est plus facile d'apposer la partie latérale de la fraise contre le maxillaire à forer, que de faire pénétrer celui-ci dans les mors de l'emporte-pièce. Plus l'opérateur donne d'angle à l'emporte-pièce, plus son geste sera rapide et efficace. Il risque cependant d'être traumatisant, si l'angle ne peut être donné qu'en s'appuyant sur la cloison jusqu'à la déformer. Or toute érosion muqueuse est préjudiciable. Il faut souligner que l'ostéotomie faite à l'emporte-pièce se fait sans aucun échauffement du site opératoire.

Il est vrai que notre intervention était moins systématisée qu'elle ne l'est maintenant. A noter que l'emporte-pièce est l'outil de prédilection de F. Codère, qui rapporte plus de 200 cas de DCR par voie endo-nasale (communication personnelle). Cette expérience mérite réflexion, et ce d'autant plus que l'instrument est pratiquement inusable.

CONCLUSION

Le concept du forage protégé nous semble idéal pour la DCR par voie endonasale.

Le forage protégé améliore indiscutablement le confort de l'opérateur lors des DCR par voie endo-nasale grâce à l'irrigation-aspiration. La gaine améliore la sécurité du geste, car elle protège efficacement la muqueuse nasale lors de la rotation du foret. Ceci permet d'étendre les indications de DCR par voie endo-nasale aux patients ayant une fosse nasale étroite.

Le seul matériel disponible en pratique sur le marché actuellement n'est pas assez performant. L'augmentation du coût de l'intervention est très importante, et sans rapport avec la qualité du matériel testé.

Les auteurs souhaitent remercier les sociétés Chibret-MSD et FCI.

Références

[1]
Rouvier P, Vaille G, Garcia C, Teppa H, Freche C, Lerault P. La Dacryo-cysto-rhinostomiepar voie endo-nasale. Ann Oto-Laryn 1981;98:49-53.
[2]
Tarbet KJ, Custer HL. External Dacryocystorhinostomy. Ophtalmologie 1995;102:1065-70.
[3]
Emmerich KH, Büsse H, Meyer-Rusenberg HW. Hörstenmeyer CG. External Dacryocystorhinostomy : Indications, method, complications and results. Orbit 1997;16:25-9.
[4]
Royer J, Adenis JP, Bernard JA, Métaireau JP, Rény A. In l'appareil lacrymal. Masson Editeur Paris 1991.
[5]
Christenburry JD. Translacrimal Laser Dacryocystorhinostomy. Arch Ophthalmol 1992;110,2:170-1
[6]
Adenis JP, Robert PY, Dourlhes N, Mayeras A. Dacryocystorhinostomie au laser par voie transcanaliculaire : rôle de l'intubation par tube de silastic et facteurs pronostiques. Ophtalmologie 1996;10:255-9.
[7]
Fayet B, Vericel R, Racy E, Al Aouni A, Bernard JA, Renard G. La DCR par voie endo-nasale couplée à la transillumination canaliculaire. Bull Soc Fr 1998;4:223-7.
[8]
Von Bueren M, Forrer A, Fiebach A. Endonasal Dacryocystorhinostomie under Transillumination of the lacrimal sac. Klin Monastsbl Augenheilkd 1994;204,5:394-7.
[9]
Aguirre Vila-Coro A. Technique fo endonasal dacryocystorhinostomy. J Ocul Ther Surg 1985;4:39-43.
Weidenbecher M, Hosemann W, Buhr. Endoscopic endonasal DCR : Results in 56 patients. Ann Otol Rhinol Laryngol 1994;103:363-7.
Eloy Ph, Bertrand B, Martinez M, Hoebeke M, Watelet JB, Jamart J. Endonasal dacryocystorhinostomy : indications, technique and results. Rhinology 1995;33:229-33.
Guttierrez-Ortega A, Valverde Espallardo JA, Valles San L, Miralles De IJ. Dacryocystorhinostomie endo-nasale. Technique chirurgicale et évolution en trois ans. Ophthalmologie 1996;10:447-9.
Sprekelsen MB, Barberan MT. Endoscopic DCR surgical technique and results. Laryngoscope 1996;106:187-9.
Gaven-Rognon I, Gaven M, Guilbot-Chauvin C. Comparaison des techniques de dacryocystorhinostomie par voie endo-nasale et par voie externe. Ophtalmologie 1197;11:67-70.
Cunningham MJ, Woog JJ. Endonasal endoscopic dacryocystorhinostomy in children. Arch Otolaryngol head neck surg 1998;124:328-33.
Friedrich JP, Tritten JJ. La DCR par voie endo-nasale, un exemple de collaboration multidisciplinaire. Revue Médicale de la Suisse Romande 1998;118:235-9.
Fison P, Frangoulis M. Dacryocystorhinostomy using the continous-wave contact Neodymium : Yag laser. Laser and Light in Ophthalmolgy 1989;2:193-4.
Dourles N. Dacryocystorhinostomie au laser par voie transcanaliculaire. Thèse Médecine. Limoges, 1993.
Piaton JM, Limon S, Ounnas N, Keller P. Endodacryocystorhinostomie transcanaliculaire au laser Néodymium : Yag J Fr Ophtalmol 1994;17:555-67.
Piaton JM, Limon S, Ounnas N, Keller P. Endodacryocystorhinostomie translacrymale au laser. Bull Soc Opht France, 1993;1,XCIII.
Mickelson SA, Kim DK. Endoscopic Laser-assisted dacryocystorhinostomy. Am J Ophthalmo 1997;18(2):107-11.
Pearlman SJ, Michalos P, Leib ML, Moazed KT. Translacrimal transnasal laser-assisted DCR. Laryngoscope 1997;107:1362-5.
Shapiro A, Dan JA. Restoration of thé patency of thé nasolacrimal drainage system. Ophtalmic Plast Reconstruct Surg 1997;13:210-5.
Adenis JP, Robert PY, Bertin Ph, Rivas M. La DCR endo-nasale. A propos d'une série de 26 cas. Ophtalmologie 1998;12:29-31.
Hashomer I. Transcanalicular laser assisted DCR. Ophthalmic Surgery and lasers 1997;28:723-6.
Dalez D, Lemagne JM. Transcanalicular DCR by pulse Holmium-YAG Laser. Bull Soc Belge Ophtalmol 1996;263:139-40.
Reifler D. Results of Endoscopic KTP Laser-Assisted Dacryocystorhinostomy. Ophthalmic Plastic and Reconstryctive Surgery 1993; Vol 9, N o 4:291-6.
Woog JJ, Metson R, Puliafito CA. Holmium : Yag endonasal laser dacryocystorhinostomy. Am J Ophthalmol 1993;116,1:1-10.
Boush A, Lemke B, Dortzbach R. Results of Endonal Laser-assisted Dacryocystorhinostomy. Ophtalmology 1994;101:955-9.
Kong YT, Kim TI, Kong BW. A Report of 131 cases of endoscopic laser lacrimal surgery. Ophthalmology 1994;101,11:1793-800.
Seppae H, Grenman R, Hartikainen J. Endonasal CO2-Nd : YAG laser dacryocystorhinostomy. Acta Ophthalmol 1994;72:703-6.
Tutton MK, O'donnel NP. Endonasal Laser Dacryocystorhinostomy under direct vision. Eye 1995;9:485-7.
Sadiq SA, Hugkulstone CE, Jones NS, Downes RN. Endoscopic Holmium : Yag laser dacryocystorhinostomy. Eye 1996;10:43-6.
Sadiq SA, Ohrlich S, Jones NS, Downes RN. Endonasal laser dacryocystorhinostomy- medium term results. British Journal of Ophthalmology 1997;81:1089-92.
Whittet A, Shum-Shin G, Awdry P. Functional endoscopic transnasal DCR. Eye 1993;7:545-9.
Zhou Wenguang, Zhou Mei, Li Zeqin, Wang Tingfang. Endoscopic intranasal dacryocystorhinostomy in forty-five patients. Chinese Medical Journal 1996;109,10:747-8.
Chevalier E, Hazan A, Gerard B, Bodard-Rickelman E, Le Roy A, Cymbalista M, Peytral C. DCR par voie endo-nasale endoscopique : techniques chirurgicales et résultats à propos d'une série de 24 cas. Rev Soc Fr ORL 1997;44:37-45.




© 2000 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline