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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 23, N° 5  - juin 2000
p. 459
Doi : JFO-05-2000-23-5-0181-5512-101019-ART4
ARTICLES ORIGINAUX

Causes spécifiques de cécité et de déficiences visuelles dans une région ruraledu Sud-Togo
 
ARTICLES SCIENTIFIQUES

ARTICLES ORIGINAUX

Journal Français d'Ophtalmologie2000; 23: 459-464
© Masson, Paris, 2000

P.-K. Balo (1), J. Wabagira (1), M. Banla (1),R.-K. Kuaovi (1)

(1)Service d'Ophtalmologie, CHU de Lomé, Togo.

J. Fr. Ophtalmol., 2000 ; 23, 5 : 459-464



SUMMARY

Blindness and visual impairment in a rural area of Southern Togo.

P.-K. Balo, J. Wabagira, M. Banla, R.-K. Kuaovi

Purpose: To determine prevalences of specific causes of blindness and visualimpairment in a rural area of Southern Togo.

Method: A transversal exhaustive screening was conducted. The sample consistedof the inhabitants aged 5 years and over. From the census, 2293 persons wereexpected, however, 1738 (75.80%) responded and underwent screening. Each participant hadcomplete ocular examination, and data collected were processed for analysis.

Results: The mean age of all participants was 28.02 years, men werepredominant. The prevalence of bilateral visual impairment was 2.13%, prevalence ofunilateral impairment was 1.15%. Bilateral blindness prevalence was 2.47%, whileunilateral blindness prevalence was 2.65%. Main ocular blinding diseases and theirprevalences were as follows: cataracts (8.34%), glaucoma (1.90%), corneal opacities(1.09%). Women were more affected by bilateral visual impairment, bilateral blindness andcataract.: p = 0.0106 Men were more affected by glaucoma, corneal opacities andunilateral blindness.Participants aged 55 years and over were at high risk ofblindness and visual impairment; p = 0.0104.

Conclusion: This study demonstrated that prevalence of blindness is high, andits major causes are cataract, glaucoma and corneal opacities. A prevention strategy istherefore needed and targeted to these diseaeses.

Key words : Prevalences. , blindness. , visual impairment. , cataract. , glaucoma. , ruralarea. , Togo.

RÉSUMÉ

Causes spécifiques de cécité et de déficiences visuelles dans une régionrurale du Sud-Togo

Objectif : Le but de travail est de rapporter les prévalences desprincipales affections oculaires cécitantes observées lors d'une enquête transversalemenée au village de Danyi-Elavanyo au Togo.

Méthode : L'échantillon est exhaustif et comprend la population de5 ans et plus. Sur 2 293 sujets prévus pour l'étude,1 738 personnes, soit 75,80 %, se sont présentées. Chaque patient a subiun examen ophtalmologique complet et les données ont été recueillies sur un formulaired'enquête pré-codé.

Résultats : L'âge moyen des patients est de 28,02 ans. Le sexemasculin prédomine dans notre échantillon. La prévalence de la baisse de visionbilatérale est estimée à 2,13 % et celle de la baisse de la vison unilatérale à1,15 %. La prévalence de la cécité bilatérale est estimée à 2,47 %, cellede la cécité unilatérale à 2,65 %. Les différentes affections oculairescécitantes rencontrées et leurs prévalences respectives sont : la cataracte(8,34 %) ; le glaucome (1,90 %), les opacités cornéennes (1,09 %) etles autres causes diverses (1,44 %). Le sexe féminin semble être plus touché tantpar la baisse de vision, la cécité bilatérale que par la cataracte (p = 0,0106).Le sexe masculin est plus atteint par le glaucome, les opacités cornéennes et lacécité unilatérale. Les personnes de plus de 55 ans constituent le groupe à hautrisque de cécité et de baisse de vision (p = 0,01014).

Conclusion : Cettte enquête a montré une prévalence relativementélevée de cécité et de baisse de vision ; par ailleurs les prévalences descauses spécifiques que sont la cataracte, le glaucome ou les opacités cornéennes sontaussi importantes. Une stratégie de prévention orientée prioritairement vers cesétiologies devrait être mise sur pied.

Mots clés : Prévalence. , cécité. , baisse de vision. , cataracte. , glaucome. , milieurural. , Togo.


INTRODUCTION

Les déficiences visuelles uni ou bilatérales et les cécités constituent desproblèmes majeurs de santé oculaire notamment dans les pays en développement. En effet,selon les données disponibles de l'OMS, la prévalence moyenne de cécité est de0,7 % dans le monde soit environ 38 millions d'aveugles. Cette prévalence estinégalement répartie : elle est par exemple estimée à 0,2 % en France,0,7 % dans les pays d'Europe de l'Est, elle est comprise entre 0,2 % et0,4 % aux USA, tandis qu'en moyenne, cette prévalence de cécité est de 1,4 %en Afrique sub-saharienne. La baisse de vision ou déficience visuelle profonde qui sembleaffecter 110 millions de personnes dans le monde a une prévalence estimée entre1,4 % et 3,6 % en Afrique sub-saharienne, [1]. Il semble que ces taux soienten accroissement continu dans certains pays d'Afrique. Au Togo, selon les résultats d'uneenquête réalisée en 1986, la prévalence de cécité etait comprise entre 0,5 % et1,4 % selon les régions de l'étude, soit une moyenne de 0,82 %. La prévalencede la baisse de vision était estimée entre 0,8 et 1,4 % selon les régions. Lesprincipales causes de cécité retrouvées étaient la cataracte (44,21 % decas) ; le glaucome (6,22 % de cas) ; l'onchocercose (11,55 % decas) ; les séquelles de rougeole (4,83 % de cas) et le trachome (2,30 % decas) [2]. La région desplateaux où est située la zone de notre présente enquête n'avait pas été concernéepar ces enquêtes. Depuis cette période, aucune étude nationale ni locale n'a plus étéconsacrée aux déficiences visuelles ni à leurs causes spécifiques. Le présent travaila été conduit dans une région rurale située à 170 km de Lomé (la capitale etville côtière), c'est une région montagneuse, sans infrastructure ophtalmologique etn'ayant jamais fait l'objet d'une enquête de cécité.

Les objectifs assignés à cette étude étaient :

  1. de déterminer les prévalences respectives de cécité et de baisse de vision dans la localité,
  2. d'évaluer les prévalences de cécité selon les classes d'âge et le sexe,
  3. d'identifier les causes spécifiques de cécité et de baisse de vision.
MATÉRIEL ET MÉTHODE

Notre objectif était de mener cette enquête dans une zone rurale, relativementenclavée et sans infrastructures de soins oculaires ; en plus il nous fallait unezone géographique n'ayant pas fait l'objet des enquêtes précédentes de 1986. Pour celanous avons choisi le village de Danyi-Elavanyo, bien connu de plusieurs membres del'équipe d'enquête. L'étude s'est déroulée au mois de mars 1998. Elle devaitporter sur la population de 5 ans et plus estimée à 2 293 habitants selonle dernier recensement. Pour éviter des problèmes liés à la représentativité del'échantillon nous avons opté pour l'examen d'une grande portion de la population. Notreétude etait transversale et exhaustive. Sur 2 293 sujets prévus, nous avonsexaminé 1 738 personnes soit 75,80 % de la population. L'équipe s'estdéplacée et a examiné sur place presque toute la population. Toutes les personnesprésentées ont subi un examen ophtalmologique simple mais complet ; lesinformations suivantes ont été recueillies sur un formulaire d'enquête précodé :l'identification du malade, l'interrogatoire, l'examen physique comprenant la mesure del'acuité visuelle, de la pression intra-oculaire, l'étude du segment antérieur avec desloupes et un examen systématique du fond d'oeil.

Définitions

Selon la 10e classification internationale des maladies de l'OMS, lacécité correspond aux catégories 3, 4, 5 et 6 de perte de vision, soit une acuitévisuelle pour le meilleur oeil inférieure à 1/20 ou l'incapacité de compter les doigtsà 3 m (ou 20/400 pour les optotypes anglo-saxons).

La baisse de vision correspond à une acuité visuelle comprise entre 1/20 et 3/10(soit 20/60 ) ; elle correspond aux catégories 1 et 2 de perte de vision.

Il faut cependant observer que les critères de cécité et de baisse de vision sontplus stricts aux USA et correspondent à une acuité inférieure à 20/200 soit 1/10 avecl'échelle de Monoyer pour la cécité ; et une acuité comprise entre 20/200 et20/40 pour les baisses de vision.

Nous avons utilisé pour cette étude la classification OMS.

Étaient considérés comme glaucomateux tous les sujets ayant une pression supérieureà 21 mmHg et une excavation verticale de la papille supérieure à 0,5, ce critèreest celui utilisé par de nombreuses enquêtes épidémiologiques de population enAfrique. Les données obtenues ont été analysées à l'aide du logiciel EpiInfo 6,0 ; les tests de probabilités du χ2 et les tests deStudent utilisés pour les comparaisons.

RÉSULTATS

Au total, 1 738 sujets soit 3 476 yeux ont été examinés.L'échantillon est composé de 892 hommes (51,33 %) et 846 femmes(48,67 %) soit un sex-ratio de 1,2 H/F tableau I. La populationexaminée a une moyenne d'âge de 28,02 ans avec une déviation standard de20,60 ans ; les extrêmes sont 5 ans et 93 ans. L'acuité visuellemoyenne aux 2 yeux est de 0,902 +/- 0,27 ; elle varie de l'absence deperception lumineuse à 10/10.

Prévalences de cécité et de baisse de vision

La prévalence de la cécité unilatérale est en moyenne de 2,65 % ; cetteprévalence varie selon les classes d'âge ; ainsi on obtient 0,47 % entre5-14 ans, 0,62 % dans la classe 15-24 ans, 1,15 % dans la classe25-34 ans, 3,05 % entre 35-44 ans, 4,30 % entre 45-54 ans et11,01 % après 55 ans.

La cécité bilatérale a une prévalence de 2,47 % ; elle semble moinsélevée que la cécité unilatérale. Les taux ajustés à l'âge donnent :0,16 % entre 5-14 ans, 0,31 % entre 15-24 ans, 0,57 % entre25-34 ans, 0,51 % entre 35-44 ans, 2,15 % entre 45-54 ans, et16,06 % au-delà de 55 ans, il y a une différence entre les groupes d'âge (p= 0,01014).

Les baisses de vision correspondent aux catégories 1 et 2 de perte de vision de l'OMS,soit une acuité visuelle comprise entre 1/20 et 3/10. La prévalence de la baisse devision unilatérale est en moyenne de 2,13 % ; cette prévalence ajustée àl'âge donne 1,09 % entre 5-14 ans, 0,62 % entre 15-24 ans,1,15 % entre 25-34 ans, 3,05 % entre 35-44 ans, 3,23 % entre45-54 ans et 6,42 % après 55 ans. Quant à la baisse bilatérale devision, sa prévalence moyenne est de 1,15 % ; les taux ajustés à l'âgesont : 0,31 % entre 5-14 ans, 0 % entre 15-24 ans, 0 % entre25-34 ans, 0,51 % entre 35-44 ans, 2,69 % entre 45-54 ans et5,5 % au-delà de 55 ans. Comme pour les prévalences de cécité, on observeune augmentation des taux avec l'âge. La baisse de vision touche essentiellement lesfemmes avec des prévalences de 1,77 % (15 cas) contre 0,56 % (5 cas)chez les hommes pour la baisse de vision bilatérale et de 2,36 % (20 cas) chezles femmes contre 1,91 % (17 cas) chez les hommes pour la baisse de visionunilatérale ; on observe dans les 2 sexes un accroissement des taux deprévalences (p = 0,03).

La prévalence moyenne de la cécité unilatérale est estimée à 2,65 % et cellede la cécité bilatérale à 2,47 %.Sont plus touchées par la cécité bilatéraleles tranches d'âge de 45-54 ans et de 55 ans et plus. Les tranches d'âge de25-34 ans, 35-44 ans, 45-54 ans, et 55 ans ou plus sont plus touchéespar la cécité unilatérale. L'âge semble représenter un facteur important de risque decécité (p = 0,01014) tableauII.

On observe une prévalence de cécité bilatérale plus élevée chez les femmes quechez les hommes soit 3,43 % (29 cas) chez le sexe féminin contre 1,57 %(14 cas) chez les hommes. La prévalence de la cécité unilatérale est légèrementplus élevée chez les hommes, 26 cas soit 2,91 % que chez les femmes,20 cas soit 2,36 %.

Les principales affections oculaires cécitantes retrouvées et leurs prévalencesrespectives sont : la cataracte 8,34 % ; le glaucome 1,90 %, lesopacifications cornéennes 1,09 % et les causes diverses : 1,44 % tableau III.

La cataracte

La prévalence de la baisse bilatérale par cataracte est estimée à 1,55 %(27 cas) et celle de la baisse de vision unilatérale à 0,29 % (5 cas). Laprévalence de la cécité bilatérale par cataracte est évaluée à 2,13 %(37 cas) et celle de la cécité unilatérale à 0,63 % (11 cas). Lestranches d'âge les plus touchées sont celles de 45-54 ans et 50 ans ou plus (p= 0,0008). Le sexe féminin semble plus exposé avec une prévalence de 10,76 %contre 6,051 % pour les hommes (p = 0,0106).

Le glaucome primitif à angle ouvert (GPAO)

Dans notre étude, la prévalence de la baisse de la vision par le GPAO est nulle alorsque celle de la cécité est estimée à 0,12 %. Les tranches d'âge les plustouchées par le GPAO sont celles de 5-14 ans, 15-24 ans, 25-34 ans et54 ans et plus tableau III.

La prévalence est plus élevée chez les hommes (1,15 %) que chez les femmes(0,75 %). Les hommes semblent plus exposés que les femmes. Dans 18,2 % des cas,une notion de cécité familiale a été retrouvée chez les personnes présentant unglaucome.

L'opacification cornéenne

La prévalence de la baisse de vision par opacification cornéenne est estimée à0,18 % (2 cas) pour la baisse de vision unilatérale et à 0,12 %(2 cas) pour la baisse de vision bilatérale. La prévalence de la cécité paropacification cornéenne est estimée à 0,12 % (2 cas) pour la cécitébilatérale et 0,4 % (8 cas) pour la cécité unilatérale. Les opacificationscornéennes sont essentiellement représentées dans la tranche d'âge de 25-34 anset 55 ans et plus tableauIII. Le sexe masculin est le plus touché avec des prévalences de 0,63 %(11 cas) chez les hommes contre 0,46 % (8 cas) chez les femmes. La notionde traumatisme oculaire n'a été observée que dans 31,6 % des cas ; celle derougeole a été observée dans 21,05 % des cas.

Nous n'avons pas retrouvé dans la population étudiée des stigmates voire des signesavérés de complications de trachome tels les entropions trichiasis, les pannustrachomateux ou des cicatrices fibreuses conjonctivales. De façon globale, le trachomeest plutôt endémique dans les régions septentrionales du Togo, alors que la localitéétudiée est située dans la partie méridionale du territoire.

Autres affections cécitantes

Les prévalences des autres affections oculaires cécitantes trouvées àDanyi-Elavanyo sont : les choriorétinites toxoplasmiques 0,57 %(5 cas) ; la rétinite pigmentaire 0,29 % (5 cas) ; leschoriorétinites onchocerquiennes 0,12 % (2 cas) ; décollement derétine : 0,06 % (1 cas) ; les maculopathies 0,13 %(3 cas) ; les névrites optiques rétro bulbaires 0,12 %(2 cas) ; et l'atrophie optique : 0,06 % (1 cas).

DISCUSSION

Les prévalences élevées de cécité, de baisse de vision et des affections oculairescécitantes constituent un grave problème de santé publique au village deDanyi-Elavanyo. De nombreuses études épidémiologiques effectuées dans différents paysen développement montrent que la prévalence de la cécité au lieu de se stabiliser oude diminuer ne fait qu'augmenter. L'enquête menée à Danyi-Elavanyo révèle uneprévalence de la cécité qui semble avoir triplé si on se réfère à la moyenne dupays estimée à 0,82 % par Balo et Negrel en 1989 [2]. Il en est de même pour laprévalence de la baisse de vision. Il faut néanmoins observer que le site de l'enquêteest montagneux, relativement enclavé et ne dispose pas d'infrastructure de soinsoculaires. Par ailleurs, bien qu'il s'agisse d'une enquête exhaustive, l'extrapolationdes résultats à l'ensemble du pays doit être prudente.

Des prévalences élevées de baisse de vision ont été observées ailleurs enAfrique ; 1,4 % pour Faal en Gambie ; 2,1 % pour Negrel auCongo ; tandis que Piechulek trouve 3,9 % pour la baisse de vision unilatéraleet 7,3 % pour la baisse de vision bilatérale au Cameroun [3] [4] [5]. Au Niger Kabo estime laprévalence générale de la cécité à 1,67 % avec des extrêmes allant de 0,45 à4,94 % selon les régions [6].Dans une étude faite à Baltimore, Bahram et coll. estiment que la prévalence de laperte de vision bilatérale (acuité visuelle < 1/10 ) est de 2,7 % chez lessujets de race blanche et de 3,3 % chez les Africains américains [7]. Le rôle joué par l'âgeavancé, comme facteur majeur de baisse de vision et de cécité a fait l'objet deplusieurs publications. Les travaux africains de Balo et Negrel au Togo, [2], Negrel et Kaya au Congo [4] d'une part ; ceux deTielsch à Baltimore [8] del'autre concluent qu'une grande majorité des aveugles se rencontre après les tranches50-60 ans. Dans un travail consacré à la situation épidémiologique observée enInde [9], il a été trouvéune prévalence de cécité de 1 % ; et 4,8 % de prévalence de baisse devision. Ce taux de baisse de vision paraît plus élevé que les nôtres. Il sembleexister une différence selon le sexe dans nos résultats ; en effet la cécité etla baisse de vision sont plus prévalentes chez les femmes de notre étude ; cela aégalement été observé par Negrel au Congo et Faal en Gambie [3], [4] tandis que les travaux deMoussala et ceux antérieurs de Balo ont noté des prévalences plus fortes chez leshommes [1], [10]. Néanmoins, Tielsch àBaltimore ne trouve pas de différence entre les sexes [8].

La cataracte représente 65 % des causes de cécité ; elle est la 1re causede cécité unilatérale et bilatérale ; l'étude antérieure de 1986 avait trouvé44,21 % [2]. Le taux de65 % est en hausse par rapport à celui de 1986, cela pourrait s'expliquer par lesproblèmes de prise en charge chirurgicale qui sont en déphasage avec la pressionépidémiologique. En effet, l'absence de structure hospitalière de soins oculaires danscette zone rurale explique le nombre important de cataractes, par ailleurs il faut yajouter les arriérés de cataractes non opérées ou backlog. Bahram [7] a trouvé 35,8 % ; enTunisie Ayed [11] l'estime à51 % des causes de cécité. L'âge avancé et le sexe féminin constituent descofacteurs importants de risque de cécité par cataracte dans notre étude ; celasemble retrouvé par d'autres auteurs comme Tielsch à Baltimore, Balo et Negrel au Togo [2], Faal en Gambie [3] ou Queguiner au Bangladesh [12]. Comme dans notre étude, onnote une survenue précoce de la cataracte au Bangladesh selon Queguiner [12] où les cataractes ditespréséniles ont été observées dans la tranche 35-40 ans. Dans notre travail,elles ont été constatées dans les tranches d'âge de 35-44 ans et 45-54 ansavec des prévalences respectives de 4,14 % et 17,93 %. Il faut néanmoinsrappeler que la prévalence globale de cataracte est de 8,34 %.

Le glaucome primitif à angle ouvert est la 2e cause de cécitébilatérale dans notre étude soit 15 %. Dielemans trouve une prévalence de glaucomede l'ordre de 1,10 % aux Pays-Bas [13] ; Daghfous en Tunisie anoté 1,82 % [14]. Laprévalence de glaucome dans cette étude est estimée à 1,90 %. La prévalencemoyenne de 6,22 % trouvée par Balo et Negrel en 1989 au Togo paraît 2 foisplus élevée que celle trouvée dans ce présent travail ; par contre, la survenuedu glaucome chez les jeunes a été retrouvée, ce qui vient confirmer les précédentesétudes menées au Togo [15].Dielemans [13] et Leske [16] ont noté des prévalencesplus fortes de glaucome à partir de 55 ans-60 ans. Nous notons une atteinteplus importante chez les hommes ; cela semble se retrouver dans les travauxhollandais de Dielemans où la prévalence du glaucome est de 1,9 % chez les hommescontre 0,6 % chez les femmes et de Leske [16] à Barbade qui a trouvé uneprévalence de 8,3 % chez les hommes contre 5,7 % chez les femmes. Pour ce quiest de la pression intra-oculaire, plusieurs auteurs pensent qu'elle ne permet pas deconfirmer ni d'infirmer le glaucome mais elle constitue un facteur de risque important deglaucome si les valeurs sont trop élevées [10], [12], [15].

Les opacités cornéennes représentent 9 % des causes de cécité et constituentla 3e cause de cécité bilatérale et la 2e cause decécite unilatérale ; elles sont surtout non trachomateuses compte tenu desséquelles et de l'environnement géographique de la localité. Moussa Ag au Mali [17] ; Daghfous en Tunisie [14] et Faal en Gambie [3] estiment que les opacitéscornéennes constituent la 2e cause de cécité avec des fréquences de14 % au Mali, 25 % en Tunisie et 20 % en Gambie. Faal et Daghfous ont desrésultats similaires aux nôtres ; la cécité bilatérale par opacificationscornéennes est plus prévalente chez les sujets à partir de 50 ans en Tunisie et àpartir de 55 ans en Gambie. La cécité par opacités cornéennes unilatéralesatteint avec prédilection les jeunes. Les travaux de Daghfous et Negrel ont trouvé desatteintes plus élevées chez les hommes avec 61 % des garçons dans une étude faiteau Sénégal [14].

Les autres affections oculaires cécitantes diagnostiquées ne représentent pas desprévalences élevées à Danyi-Elavanyo alors que dans d'autres études elles semblentimportantes ; par contre on est étonné de la fréquence des choriorétinitescicatricielles retrouvées.

CONCLUSION

L'enquête transversale portant sur 1 738 sujets de 5 ans et plus d'unelocalité rurale montagneuse du Sud-Togo montre une prévalence de cécité bilatérale de2,47 % contre 2,65 % pour la cécité unilatérale, une prévalence dedéficience visuelle bilatérale de 1,15 % contre 2,13 % pour la déficienceunilatérale. Les prévalences de cécité et de baisse de vision sont plus élevées chezles femmes ; les étiologies majeures de cécité et leurs fréquences respectivessont la cataracte (65 %), le glaucome (15 %) et les opacités cornéennes(9 %).

Ces résultats démontrent que la cécité demeure un problème important de santéoculaire à Danyi-Elavanyo et au Sud-Togo, ils indiquent que les priorités dans lesstratégies de lutte doivent concerner la cataracte, le glaucome et les atteintescornéennes.

Tableau I.

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).

Tableau II.

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).

Tableau III.

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).



REFERENCE(S)

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