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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 23, N° 8  - octobre 2000
p. 781
Doi : JFO-10-2000-23-8-0181-5512-101019-ART7
Communications de la SFO

Chirurgie de membranes épirétiniennes idiopathiques et secondaires
 
ARTICLES SCIENTIFIQUES

COMMUNICATIONS DE LA SFO

Journal Français d'Ophtalmologie2000; 23: 781-787
© Masson, Paris, 2000

Résultats fonctionnels et complications



M. D'Khissy (1) (2), A. Péchereau (1), M. Weber (1)

(1)Service d'Ophtalmologie, Hôtel-Dieu, CHU Nantes.
(2)Service d'Ophtalmologie, Hôpital du 20 Août 1953, Casablanca, Maroc.

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).





J. Fr. Ophtalmol., 2000 ; 23, 8 : 781-787.

SUMMARY

Surgery for idiopathic and secondary epiretinal membranes: visual outcome and complications

M. D'Khissy, A. Péchereau, M. Weber

Purpose: To evaluate visual outcome after epiretinal membrane surgery.

Material and method: Retrospective study of 50 consecutive epiretinal membranes (ERM) (23 idiopathic and 27 secondary) with 12 to 42-month follow-up (mean 24 months). Functional evaluations were performed before and after surgery according to the idiopathic or secondary nature of the epiretinal membranes.

Results: For idiopathic ERM, vision improved by more than two lines in 43% of the eyes (33% after ERM surgery alone and 55% after ERM followed by cataract surgery) with final visual acuity of 4/10 for 66% of the patients (58% and 82% respectively); there was visual degradation for the two ERM on highly myopic eyes. For the secondary ERM, vision improved by more than 2 lines for 41% of the eyes and final visual acuity of 4/10 for 33% of the patients; visual degradation for almost all ERM secondary to uveitis was associated with preoperative cystoid macular edema.

Conclusion: After surgery for idiopathic or secondary ERM, visual acuity is good with the exception of the idiopathic ERM on highly myopic eyes and of the uveitic ERM with preoperative cystoid macular edema. Progression of cataract often perturbs visual outcome analysis.

Key words : Epiretinal membranes. , surgery. , visual outcome.

RÉSUMÉ

Chirurgie de membranes épirétiniennes idiopathiques et secondaires

Objectif : Évaluer les résultats fonctionnels de la chirurgie de membranes épirétiniennes (MER) primitives et secondaires.

Matériel et méthodes : Étude rétrospective d'une série consécutive de 50 MER (23 primitives et 27 secondaires) suivies pendant 12 à 42 mois (moyenne : 24 mois). Suivi de l'acuité visuelle de loin, des métamorphopsies et des données angiographiques en préopératoire et dans les suites du pelage de la MER selon sa nature primitive ou secondaire.

Résultats : Pour les MER primitives : gain de plus de 2 lignes d'acuité visuelle logarithmique pour 43 % des patients (33 % pour les opérés de la seule MER et 55 % pour les opérés de la MER puis de la cataracte) avec niveau d'acuité visuelle finale >= à 4/10 pour 66 % des patients (58 % et 82 % respectivement) ; aggravation fonctionnelle pour les deux MER primitives sur forte myopie. Pour les MER secondaires, gain de plus de 2 lignes d'acuité visuelle logarithmique pour 41 % des patients et niveau d'acuité visuelle finale >= à 4/10 pour 33 % des patients ; dégradation visuelle pour les MER secondaires à une uvéite accompagnées d'un oedème maculaire cystoïde préopératoire.

Conclusion : Le pelage des MER primitives et secondaires donne de bons résultats fonctionnels en dehors du sous-groupe des MER sur forte myopie ou survenant sur uvéite avec oedème maculaire cystoïde préopératoire. L'aggravation fréquente de la cataracte perturbe l'analyse fonctionnelle de cette chirurgie.

Mots clés : Membrane épirétinienne. , chirurgie. , résultats fonctionnels.


INTRODUCTION

Les membranes épirétiniennes (MER) ou épimaculaires sont une prolifération fibrogliale, se développant à la surface de la rétine. On distingue, selon leur survenue spontanée ou secondaire à divers processus pathologiques (vasculaire, inflammatoire, tumoral,...), des MER primitives encore appelées idiopathiques et des MER secondaires. Ces proliférations fibrogliales sont capables par leur capacité rétractile, de plisser la région maculaire et donc de retentir sur la fonction visuelle. Les patients se plaignent essentiellement d'une baisse d'acuité visuelle, de métamorphopsies, de micropsies, plus occasionnellement d'une diplopie. Le traitement chirurgical des MER par voie de vitrectomie a été préconisé pour la première fois par Machemer en 1978, sur des membranes secondaires à un décollement de rétine. Cette pathologie a bénéficié depuis une dizaine d'années, des progrès thérapeutiques de la chirurgie maculaire et est ainsi devenue l'une des principales indications de chirurgie vitréo-rétinienne. De nombreuses publications évoquent les résultats fonctionnels de cette chirurgie ainsi que les facteurs pronostiques et les complications potentielles [1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9]. Nous rapportons ici, dans un travail rétrospectif, les résultats anatomiques et fonctionnels de la chirurgie de 50 membranes épirétiniennes primitives ou secondaires consécutives.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Nous avons colligé tous les dossiers des patients opérés de MER primitives ou secondaires, de janvier 1994 à décembre 1995, par un seul opérateur. L'indication opératoire a été posée lorsqu'il existait une baisse d'acuité visuelle et/ou des métamorphopsies gênantes. La même technique chirurgicale a été adoptée pour l'ensemble des patients. Elle a consisté à pratiquer une vitrectomie par 3 voies d'abord (ablation du vitré central et postérieur) puis à cliver la membrane par aspiration passive à l'aide d'une canule « back-flush » à embout siliconé de Charles puis à la retirer par une pince soit simple soit aspirante de Gaudric. Pour tous les patients de cette étude, un examen ophtalmologique préopératoire précisait l'ancienneté des troubles fonctionnels, la présence ou non de métamorphopsies et la meilleure acuité visuelle corrigée. L'acuité visuelle était mesurée, dans les mêmes conditions de distance et de luminosité, avec une échelle de Monoyer. Tous les patients ont bénéficié d'une angiographie fluorescéinique préopératoire, permettant d'apprécier le degré de déformation et de plissement de la région maculaire, et de rechercher la présence ou non d'un oedème maculaire, cystoïde ou non. Au cours de l'évolution postopératoire, nous avons réévalué la meilleure acuité visuelle corrigée ainsi que les symptômes dont se plaignaient les patients en préopératoire. Quelques patients ont bénéficié d'une phako-exérèse en raison de la gène occasionnée par l'aggravation de l'opacification cristallinienne.

Nous avons ainsi analysé les résultats fonctionnels selon la nature primitive ou secondaire des MER, l'incidence de la cataracte (de façon indirecte par évolution de l'équivalent sphérique) et ses répercussions fonctionnelles, enfin l'influence des étiologies des MER secondaires et de l'existence ou non d'un oedème maculaire cystoïde sur le pronostic visuel.

L'analyse statistique a été réalisé par le « test des signes appariés » à l'aide du logiciel « Statview ».

RÉSULTATS

L'étude rétrospective porte sur 50 yeux de 50 patients parmi lesquels 31 hommes et 19 femmes. L'âge moyen de nos patients est de 63 ans (14-87 ans). Le suivi a été en moyenne de 24 mois (22 mois pour les MER primitives et 25 mois pour les MER secondaires) avec un suivi minimal de 12 mois pour chacun des cas. Les MER sont réparties en 23 MER primitives et 27 MER secondaires. L'« étiologie suspectée » des MER secondaires est la pseudophakie dans 9 cas, traumatique dans 8 cas, uvéitique dans 6 cas, diabétique dans 2 cas et un décollement de rétine opéré dans 2 cas. La pseudophakie a été retenue comme facteur étiologique en l'absence d'autre facteur causal et lorsque la MER n'avait pas été identifiée avant ou dans les suites immédiates de la chirurgie de la cataracte. La durée de la symptomatologie, autant qu'on en puisse l'apprécier, variait de 3 mois à 5 ans (moyenne de 20 mois). Les métamorphopsies, recherchées par l'interrogatoire préopératoire, sont retrouvées dans 70 % des cas.

MER primitives (n = 23)

L'acuité visuelle préopératoire moyenne est de 0,37 (± 0,21 (déviation standard)), l'acuité visuelle postopératoire moyenne est de 0,54 (± 0,31) figure 1, cette différence est statistiquement significative (p = 0,007). Cette évolution globale est directement influencée par l'incidence et l'importance de l'opacification cristallinienne apparaissant dans les suites de cette chirurgie vitréorétinienne ainsi que du nombre de patients secondairement opérés de la cataracte. Afin d'apprécier indirectement cette opacification cristallinienne, nous avons suivi l'évolution de l'équivalent sphérique. Pour les 16 patients non opérés de la cataracte, l'équivalent sphérique moyen a évolué de - 1,4 dioptries (± 5,5) en préopératoire de la MER à - 2,7 dioptries (± 5,5) au dernier examen réalisé, ce qui correspond à une myopisation moyenne de 1,3 dioptries. Pour les 7 patients opérés de la cataracte, leur équivalent sphérique moyen est passé de - 0,1 dioptrie (± 2,8) avant la chirurgie de la MER à - 1,7 dioptries (± 2,2) en préopératoire de la cataracte, ce qui correspond à une myopisation moyenne de 1,6 dioptries.

Pour les patients non opérés de la cataracte, l'acuité visuelle moyenne pré-chirurgie de la MER est de 0,36 (± 0,21) et l'acuité visuelle moyenne postopératoire de 0,46 (± 0,31), différence statistiquement non significative (p = 0,286).

À l'inverse pour les patients opérés de cataracte, l'acuité visuelle moyenne pré-chirurgie de la MER passe de 0,40 (± 0,23) à 0,77 (± 0,16) après chirurgie de la MER puis de la cataracte, ce qui représente une différence statistiquement très significative (p = 0,0009) figure 2.

Pour l'ensemble des MER primitives, le nombre moyen de lignes d'acuité visuelle gagnées, en échelle logarithmique, est de 1,20 (0,56 pour les yeux opérés de la MER et 1,89 pour les yeux opérés de MER puis de cataracte) tableau I. 43 % des patients ont un gain d'acuité visuelle supérieur à 2 lignes ; 33 % des opérés de la seule MER et 55 % des patients opérés de MER puis de cataracte obtiennent un tel gain visuel. Pour 9 yeux sur 23 (39 %), il y a stabilité de l'acuité visuelle (± 2 lignes d'acuité visuelle logarithmique). Quatre yeux (17 %) présentent une dégradation de leur acuité visuelle (de plus de 2 lignes en échelle logarithmique) ; dans deux cas, il s'agit de patients « fort myope » de - 13 et - 17 dioptries sans anomalie clinique ni angiographique maculaire postopératoire, le troisième cas est consécutif au développement d'un trou maculaire apparu dans les semaines postopératoires, chez un patient présentant par ailleurs un trou maculaire sénile sur l'oeil adelphe, le quatrième cas est une MER accompagnée d'un OMC en préopératoire et persistant en postopératoire.

L'acuité visuelle de loin est supérieure ou égale à 4/10 dans 66 % des cas en postopératoire (47 % des cas en préopératoire) : 58 % des patients opérés de la seule MER et 82 % des patients opérés de la MER puis de la cataracte présentent ce niveau d'acuité visuelle postopératoire.

Deux patients sur les 23 (9 %) présentent un oedème maculaire cystoïde clinique et angiographique préopératoire : dans ces deux cas, l'un s'améliorant de moinsde 2 lignes, l'autre se dégradant de plus de deux lignes, l'acuité visuelle préopératoire et postopératoire finale est restée inférieure à 4/10.

La capacité de lecture corrigée préopératoire est de Parinaud 4,96 (± 2,55), la capacité de lecture postopératoire moyenne est de Parinaud 3,47 (± 2,84), cette différence est statistiquement significative (p = 0,043).

MER secondaires (n = 27)

L'acuité visuelle moyenne de loin pré-chirurgie de la MER est de 0,23 (± 0,18) passant en postopératoire à 0,30 (± 0,26), différence non statistiquement significative (p = 0,09) figure 3.

L'évolution de l'acuité visuelle moyenne en fonction des étiologies des MER secondaires retrouve surtout un gain d'acuité pour les MER traumatiques et sur pseudophakie, bien que ce gain ne soit pas statistiquement significatif (p = 0,07 et p = 0,21 respectivement) figure 4.

Pour les 7 patients sur 27 (26 %) présentant un oedème maculaire cystoïde angiographique préopératoire, l'acuité visuelle moyenne chute de 0,25 (± 0,18) en préopératoire à 0,11 (± 0,08) en postopératoire correspond à une perte moyenne de 3,20 lignes en échelle logarithmique d'acuité visuelle. À l'inverse les patients sans oedème maculaire voient leur acuité visuelle moyenne progresser de 0,21 (± 0,18) en préopératoire à0,37 (± 0,27) en postopératoire, différence statistiquement significative (p = 0,01) figure 5. Ce gain correspond à une amélioration moyenne de 2,33 lignes.

Pour l'ensemble des MER secondaires, le nombre moyen de lignes d'acuité visuelle logarithmique gagnées est de 0,90 tableau II. Le gain moyen est de 3,41 pour les MER traumatiques, 2,39 pour les MER diabétiques et 0,64 pour les MER sur pseudophakie. Onze patients sur 27 (41 %) ont un gain d'acuité visuelle supérieur à 2 lignes dont 1 des 6 patients à MER post-uvéite, 1 des deux patients diabétiques, pour 3 des 9 patients à MER sur pseudophakie (33 %), et pour 6 des 8 patients à MER traumatiques (75 %). Pour 11 yeux sur 27 (41 %), il y a stabilité de l'acuité visuelle (± 2 lignes d'acuité visuelle logarithmique). Cinq yeux (18 %) présentent une dégradation de leur acuité visuelle (de plus de 2 lignes en échelle logarithmique) dont 4 des 6 (66 %) MER sur uvéite (OMC préopératoire dans 3 des 4 cas) et 1 sur pseudophakie.

L'acuité visuelle moyenne est supérieure ou égale à 4/10 dans 33 % des cas en postopératoire (18 % des cas en préopératoire) pour l'ensemble des MER secondaires : 1 des 6 patients à MER post-uvéitique (16 %), 2 des 9 patients à MER post-pseudophaquie (22 %) et 6 des 8 patients à MER post-traumatique (75 %). Tous les patients avec oedème maculaire préopératoire (7 cas) voient leur acuité visuelle se dégrader après chirurgie de la membrane épirétinienne.

La capacité de lecture corrigée préopératoire moyenne est de Parinaud 7,85 (± 4,12), la capacité de lecture postopératoire est de Parinaud 8,00 (± 5,26), différence non statistiquement significative (p = 0,842). Cette capacité de lecture a une tendance non significative vers une amélioration pour les MER secondaires à un traumatisme ou à un décollement de rétine, vers une stabilisation pour les MER sur pseudophakie et vers une aggravation pour les MER postuvéitiques ou sur diabète.

MER primitives et secondaires

Les métamorphopsies ont, d'après les données de l'interrogatoire, disparu dans 40 % des cas et ont diminué dans 20 % des cas.

Les complications de cette chirurgie, en dehors de la cataracte, que l'on peut considérer comme un effet indésirable plutôt que comme une véritable complication, sont pour les patients opérés de MER primitives : un cas de trou maculaire avec décollement de rétine, réappliqué après chirurgie mais avec amblyopie séquellaire, 2 cas d'hypertonie oculaire résolutive sous traitement médical, un cas de décollement de rétine réappliquée après un temps chirurgical, et 1 cas de résidu et/ou récidive de MER ; pour les patients opérés de MER secondaires : 2 cas de déhiscence rétinienne maculaire parafovéaire iatrogène liée à la très forte adhérence rétinienne de la MER mais sans conséquence anatomique ou fonctionnelle du moins en terme d'acuité visuelle, 2 cas d'hypertonie oculaire résolutive sous traitement médical hypotenseur, 2 cas de décollement de rétine réappliqués après un temps chirurgical et 2 cas de résidu et/ou récidive de MER.

DISCUSSION

Concernant la répartition des formes primitives ou secondaires des membranes épirétiniennes, celle-ci est très variable selon le type d'étude réalisé et surtout selon le mode de recrutement concerné. Nous avons pour notre part, dans cette série consécutive, retrouvé un peu plus de membranes secondaires (54 %) que de membranes primitives. Parmi les étiologies des membranes secondaires, nous avons retrouvé les causes les plus fréquemment décrites dans la littérature telles que la pseudophakie, le traumatisme oculaire, la chirurgie du décollement de rétine, et les uvéites [7], [10]. Nous n'avons en revanche pas observé pendant cette période d'autres causes de membranes telles que la photocoagulation au laser [11] les vasculopathies [12] ou le syndrome de Terson [13]. Nous n'avons par ailleurs pas identifié parmi nos cas de MER congénitales [14].

Concernant les membranes épirétiniennes primitives, nous avons retrouvé un gain d'acuité visuelle de plus de 2 lignes en échelle logarithmique dans 43 % des cas (33 % des opérés de MER et 55 % des opérés de MER puis de la cataracte) une acuité visuelle finale supérieure ou égale à 4/10 dans 65 % des cas (58 % des opérés de MER et 82 % des opérés de MER puis de la cataracte). Cette évolution est comparable aux données de la littérature [1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9] avec cependant quelques différences :

  • ce gain (43 %) est plus faible comparé aux gains rapportés dans la littérature (58 % à 87 %). Cette différence peut probablement en partie s'expliquer d'une part par le fort pourcentage d'acuité visuelle préopératoire supérieure ou égale à 4/10 (47 %) comparé au niveau d'acuité visuelle préopératoire dans les autres séries (seulement 18 % des patients avaient une acuité visuelle supérieure ou égale à 3/10 dans la série de Gaudric et coll. [6]) qui pourrait témoigner d'un plus grand nombre de membranes débutantes par rapport à des formes évoluées. D'autre part, l'influence de la cataracte rend la comparaison entre les différentes études extrêmement délicate. La variabilité de l'incidence de la cataracte selon l'âge des patients opérés et selon la longueur de suivi des patients pénalisent les études incluant des sujets plutôt âgés et à suivi prolongé de quelques mois par rapport à des suivis plus courts (peu de cataractes) ou plus longs (cataractes souvent opérées). Dans notre étude, 11 des 23 patients ont été opérés de la cataracte ; la myopisation moyenne de 1,3 dioptries observée chez les patients non opérés de la cataracte constitue un témoin indirect de la progression de l'opacification cristallinienne venant ainsi dévaluer le résultat fonctionnel. Enfin cette différence peut également en partie refléter les mauvais résultats fonctionnels observés notamment sur les deux yeux « fort myope » de la série ;
  • le fort pourcentage d'acuité visuelle finale supérieure à 4/10 (65 %) comparé aux 37 à 54 % rapportés dans la littérature [4] [5] [6] [7] [8] : cela est en rapport avec le meilleur niveau d'acuité visuelle préopératoire, précité.

Les résultats fonctionnels de notre étude sont comparables aux données de la littérature avec une amélioration fonctionnelle significative pour une majorité de patients. Notre série révèle néanmoins que malgré une amélioration fonctionnelle pour un niveau d'acuité initiale >= à 4/10, le gain visuel est d'autant moins conséquent que le niveau d'acuité initiale est plus élevé.

S'il n'est pas possible, en dehors de toute considération concernant les autres symptômes, de donner un seuil visuel à partir duquel l'opération est justifiée, on peut cependant retenir que l'intervention ne devrait pas être proposée lorsque le niveau d'acuité visuelle initiale est trop élevée, probablement au-dessus de 6/10 (compte tenu du faible gain visuel obtenu et des complications potentielles), mais ne doit pas être retardée trop longtemps lorsque l'acuité visuelle décroît progressivement en dessous de 4 à 5/10 de façon à éviter une certaine irréversibilité du plissement rétinien et l'apparition d'un OMC. Il faut sans doute comme le propose Pesin et al. [7], intervenir dans les semaines qui suivent une dégradation de la symptomatologie (baisse d'acuité visuelle ou métamorphopsies). Enfin il faut rappeler l'influence de l'aggravation de la cataracte sur le devenir fonctionnel, nécessitant qu'on en informe les patients et qu'on en tienne compte dans l'analyse des publications présentées. Enfin, Il faut rappeler que, comme dans toutes les études, 1/4 à 1/3 des patients n'ont pas d'amélioration significative de leur vision centrale et qu'exceptionnellement, il peut y avoir, en dehors de toute complication per ou postopératoire, une dégradation visuelle comme ceci a été le cas chez nos deux « fort myope ».

Certains auteurs ont suggéré que l'existence d'un oedème maculaire était de mauvais pronostic visuel [2], [15]. Dans notre étude, seulement 2 patients présentent un oedème maculaire cystoïde préopératoire ; leur acuité visuelle postopératoire est restée inférieure à 4/10 en rapport avec la persistance de l'oedème. Cette évolution, sur un échantillon certes très réduit, semble moins favorable que celle rapportée par d'autres auteurs [4], [8] qui retrouvent une résorption dans respectivement 77 % et 92 % des cas avec une acuité visuelle postopératoire supérieure ou égale à 5/10 dans 30 % des cas [4] et peu différente des MER sans OMC préopératoire [8]. Il semble cependant que si les résultats ne semblent pas initialement défavorables, les résultats fonctionnels à distance semblent moins probants étant donné la très fréquente réapparition d'un OMC chronique dans les suites de la chirurgie de la cataracte. L'analyse de l'interface vitréorétinienne et de l'épaisseur rétinienne maculaire par tomographie en cohérence optique (OCT) [16] permettra sans nul doute d'apporter des éléments pronostics prédictifs de la chirurgie des MER.

Concernant la réduction ou la disparition des métamorphopsies, il nous est difficile, du fait du caractère rétrospectif et subjectif de notre évaluation (absence de quantification par un scanning laser ophtalmoscope), de comparer la disparition des métamorphopsies chez 40 % de nos patients par rapport aux différentes données de la littérature.

Dans le cadre des membranes épirétiniennes secondaires, nous avons retrouvé globalement un gain d'acuité visuelle de plus de 2 lignes pour 41 % des patients et une acuité finale supérieure ou égale à 4/10 dans 33 % des cas. Ce pourcentage est comparable au 37 % d'acuité visuelle supérieure ou égale à 5/10 retrouvé par Gaudric et coll [6]. Dans notre série, les yeux avec une membrane secondaire à une uvéite, ou à une pseudophakie ont un moins bon pronostic visuel : la part respective de l'étiologie ou de l'OMC souvent présent dans ces étiologies (4 cas d'OMC sur 6 MER post-uvéitique et 3 cas d'OMC sur 9 MER sur pseudophakie) est difficile à établir. La publication de Dev et al. [17], sur l'amélioration visuelle substantielle observée après chirurgie de 7 MER sur uvéite sans OMC préopératoire plaide en faveur du rôle délétère de l'OMC préopératoire. À l'inverse les yeux traités pour MER post-traumatique ont une évolution fonctionnelle comparable à celui des membranes idiopathiques.

Dans le cadre de nos MER secondaires, 26 % seulement d'entre elles s'accompagne d'un OMC préopératoire, alors que son incidence a été objectivé jusqu'à 55 % dans la littérature [7]. Dans notre série, l'OMC est manifestement un facteur de moins bon pronostic, ne disparaissant dans aucun des cas et étant à l'origine le plus souvent d'une dégradation visuelle (4 cas sur 7), au mieux d'une stabilisation fonctionnelle (3 cas sur 7). Sa disparition dans 56 % des cas [4], n'a pas pu être retrouvé dans notre étude, peut-être en rapport avec une ancienneté plus importante ou une origine inflammatoire plus fréquente. Ces mauvais résultats fonctionnels en présence d'un oedème maculaire cystoïde préopératoire ne doivent pas être ignorés lors d'une décision opératoire.

Certaines complications peuvent survenir au cours de cette chirurgie. Les complications peropératoires les plus fréquemment rencontrées sont les déhiscences iatrogènes maculaires et périphériques, retrouvées, selon les données de la littérature [4], [10], [13], dans respectivement 1 à 5 % des cas (6 % dans notre série) et 1à 6 % des cas. Le décollement de rétine rhegmatogène et les résidus ou récidives de MER sont rapportés respectivement dans 4 à 6 % (6 % dans notre étude) et dans 2,5 à 7 % (6 % dans notre étude) [2], [7], [15].

CONCLUSION

Nous rapportons les résultats fonctionnels de la chirurgie de 23 MER primitives et de 27 MER secondaires. Dans notre série, d'un suivi moyen de 24 mois, nous retrouvons un gain visuel pour respectivement 43 % et 41 % des patients et un niveau d'acuité visuelle finale >= à 4/10 chez respectivement 66 % et 33 % des patients. Ces chiffres différent des données de la littérature par un gain plus faible et un niveau d'acuité visuelle finale plus élevé qui sont la conséquence d'un meilleur niveau d'acuité visuelle initiale. Compte tenu de ces données, de l'absence d'amélioration significative pour 1/4 à 1/3 des patients, d'éventuelles complications de cette chirurgie, il parait souhaitable d'opérer les yeux, en dehors des considérations concernant l'importance des métamorphopsies, dont le niveau d'acuité visuelle est abaissé en dessous de 5 à 6/10, mais, si possible, dès les premières semaines qui suivent cette détérioration visuelle. L'évolution d'une cataracte nucléaire en postopératoire conditionne les résultats fonctionnels et ne facilite pas la comparaison entre les différentes publications.

Pour le groupe des MER secondaires, les résultats fonctionnels sont globalement satisfaisants à l'exception des MER secondaires à une uvéite accompagnées d'un OMC préopératoire.

Tableau I.Évolution de l'acuité visuelle, en échelle logarithmique, pour l'ensemble des MER primitives et selon la réalisation ultérieure ou non de la chirurgie de la cataracte.

 MER primitivesMER non op cataracteMER op cataractegain moyen1,200,561,89
  • amélioration
  • (> 2 lignes)
  • 10/23
  • (43 %)
  • 4/12
  • (33 %)
  • 6/11
  • (55 %)
  • stabilisation
  • 9/23
  • (39 %)
  • 6/12
  • (50 %)
  • 3/11
  • (27 %)
  • dégradation
  • (< 2 lignes)
  • 4/23
  • (17 %)
  • 2/12
  • (16 %)
  • 2/11
  • (18 %)

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).

Tableau II.Évolution de l'acuité visuelle, en échelle logarithmique, pour l'ensemble des MER secondaires, selon la présence ou non d'un OMC préopératoire et selon « l'étiologie ».

 M.E.R. IIM.E.R. avec OMCM.E.R. sans OMCM.E.R. uvéitiqueM.E.R. pseudophakeM.E.R. traumatiquegain moyen0,90- 3,202,33- 2,110,643,41
  • amélioration
  • (> 2 lignes)
  • 11/27
  • (41 %)
  • 0/7
  • 11/20
  • 1/6
  • 3/9
  • 6/8
  • stabilisation
  • 11/27
  • (41 %)
  • 3/7
  • 8/20
  • 1/6
  • 5/9
  • 2/8
  • dégradation
  • (< 2 lignes)
  • 5/27
  • (18 %)
  • 4/7
  • 1/20
  • 4/6
  • 1/9
  • 0/8

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).


Figure 1.Évolution de l'acuité visuelle décimale de loin de patients opérés de MER primitives.


Figure 2.Influence de la chirurgie de la cataracte dans les suites de la chirurgie des MER primitives sur l'acuité visuelle.


Figure 3.Évolution de l'acuité visuelle décimale de loin de patients opérés de MER secondaires.


Figure 4.Évolution de l'acuité visuelle décimale de loin de patients opérés de MER secondaires selon les différentes étiologies.


Figure 5.Influence de l'oedème maculaire cystoïde sur l'évolution fonctionnelle après chirurgie des MER secondaires.

REFERENCE(S)

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