Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 25, N° 2  - février 2002
pp. 223-226
Doi : JFO-02-2002-25-2-0181-5512-101019-ART18
Carcinome basocellulaire associé à un papillome de l'angle interne de la paupière
À propos d'une observation anatomo-clinique
 

F. D'Hermies [1], F. Behar Cohen [1], X. Morel [1], M. Halhal [1], A. Meyer [1], G. Elmaleh [1], G. Renard [1]
[1]  Service d'Ophtalmologie du Pr. Renard, Hôtel-Dieu, 1 place du parvis Notre-Dame, F-75181 Paris Cedex 04.

Tirés à part : F. D'Hermies [1] à l'adresse ci-dessus.

@@#100979@@
Carcinome basocellulaire associé à un papillome de l'angle interne de la paupière

Nombreuses sont les tumeurs cutanées qui peuvent atteindre les paupières. Elles peuvent survenir de façon concomitante dans certaines circonstances. Un patient de 36 ans porteur d'une double localisation tumorale, avec une lésion nodulaire et un papillome, toutes deux localisées dans la région du canthus interne gauche. Après ablation chirurgicale, un carcinome basocellulaire et un papillome purent être identifiés. Leur exérèse totale par la chirurgie a permis de guérir le patient.

Abstract
Basal cell carcinoma associated with a squamous cell papilloma at the inner part of the eyelid

There are numerous variants of cutaneous tumors involving the eyelids. Tumors of a different nature may at times be observed simultaneously in the same area of the eyelid. A clinicopathologic case of a 36-year-old male patient with 2 different cutaneous tumors at the nasal part of the left eyelid is reported. One was a nodular tumor on the inner canthus with a pearly appearance ; the other had a papillomatous pattern. After surgical removal, the histopathological study of the tumors disclosed a typical basal cell carcinoma and a squamous cell papilloma. Both tumors can be commonly observed on the eyelids and surgical excision cured the patient.


Mots clés : Tumeur palpébrale , carcinome basocellulaire , papillome épidermoïde palpébral

Keywords: Eyelid neoplasms , basal cell carcinoma , squamous cell papilloma


INTRODUCTION

Il existe de nombreuses variétés de tumeurs palpébrales, notamment celles développées à partir du revêtement cutané. Parmi les tumeurs épidermiques, le carcinome basocellulaire et le papillome sont des lésions assez fréquemment observées. La découverte d'une lésion tumorale ne doit pas faire méconnaître la possibilité d'une lésion associée, même dans un territoire très voisin. C'est pour souligner l'importance de cette possibilité que nous rapportons le cas suivant, bien illustré par une observation anatomoclinique.

HISTOIRE CLINIQUE

Un patient de 36 ans, vint consulter en 1990. Il avait remarqué une petite masse apparue depuis peu à l'angle interne de l'oeil gauche. À l'examen, on notait en effet d'une part une lésion nodulaire, rosée et perlée de l'angle interne des paupières à gauche. Cette anomalie s'accompagnait d'autre part d'une petite lésion arborescente, typique d'une architecture papillomateuse, et située un peu en dedans et en bas de la lésion précédemment décrite figure 1,figure 2. Les deux lésions étaient séparées par un intervalle de peau saine. Le reste du contour palpébral gauche et controlatéral était normal, de même que le reste de l'examen ophtalmologique. Il n'avait pas d'antécédents remarquables sur le plan général.

Peu de temps après, une résection chirurgicale portant séparément sur les deux lésions était réalisée sous anesthésie locale, permettant l'ablation en totalité des deux tumeurs. La taille des lésions permit de fermer la zone d'ablation sans difficulté majeure.

Les suites opératoires furent favorables et la cicatrisation se fit sans complications. Le suivi ne put être prolongé car le patient ne revint pas consulter.

DONNÉES ANATOMO-PATHOLOGIQUES

Les deux prélèvements furent fixés à part et donc facilement identifiés. Ils comportaient l'architecture normale de la peau, modifiée à leur partie centrale par la lésion en cause. Dans la lésion à cheval sur le canthus, l'épiderme était considérablement aminci au contact de quelques massifs tumoraux, peuplés d'éléments cellulaires assez basophiles, dont l'aspect rappelait celui des cellules basales de l'épiderme normal figure 3,figure 4. La disposition cellulaire en périphérie de ces nodules était typiquement palissadique en conformité avec le diagnostic de carcinome basocellulaire. Dans la lésion papillomateuse, l'architecture normale faisait place à une succession de replis épidermiques désorganisés avec une couverture d'hyperkératose figure 5,figure 6. Des travées d'épiderme aberrantes traversaient l'épiderme superficiel. Contrairement au carcinome, l'agencement des cellules dans l'épiderme était conservé. Il s'agissait bien d'un papillome distinct de la lésion canthale interne.

Pour les deux tumeurs, la résection passait à distance tant en profondeur que latéralement.

DISCUSSION

Les tumeurs palpébrales sont très diverses. Même si on se limite au versant cutané, les paupières cumulent en effet la possibilité de développement des différentes tumeurs épidermiques, sans compter les lésions plus profondes dermiques et les tumeurs développées des glandes de Meibomius. C'est un fait largement connu que les tumeurs malignes de la peau sont parmi les plus fréquentes des tumeurs malignes de l'organisme [1]. De plus, plus de 80 % des tumeurs malignes des paupières sont des carcinomes basocellulaires [2].

Le carcinome basocellulaire est donc de très loin la tumeur maligne palpébrale la plus fréquente. Elle est souvent facile à reconnaître dès qu'existe une composante perlée, présente même dans les formes de petite taille, comme dans le cas rapporté. Dans les formes plus étendues, elle devient plus souvent ulcérée. Si elle est souvent achromique, elle peut être pigmentée [3]et de diagnostic parfois moins facile.

Dans tous les cas, l'histologie permet son identification, habituellement facile [4].

Le papillome est une lésion très évocatrice au vu de sa simple apparence clinique. Il réalise en effet une arborescence cutanée recouverte de kératine. Il est habituellement sessile, contrairement à la verrue séborrhéique, qui est aussi une variété de papillome épidermique, a une base d'implantation large et est souvent brunâtre voire noire.

Son architecture clinique se retrouve histologiquement avec ses digitations dermiques habillées d'un épiderme hyperkératosique. Cet aspect explique l'appellation de papillome hyperkératosique employée pour le désigner.

Le carcinome basocellulaire est une tumeur maligne, dont l'évolution est surtout locale, mais pouvant devenir menaçante si son traitement est insuffisant. Il peut parfois prendre des proportions locales impressionnantes [5]. Ceci justifie une évaluation des limites de l'exérèse par l'histopathologie et la surveillance clinique indispensable qui doit suivre l'exérèse chirurgicale. Le patient doit aussi être informé qu'il doit surveiller lui-même sa cicatrice et consulter rapidement en cas d'anomalie. Plus le carcinome est enlevé précocement, comme dans le cas que nous rapportons, plus le risque de récidive est faible car une intervention très limitée et peu mutilante permet à elle seule d'éradiquer la tumeur.

La situation est totalement différente pour les papillomes qui sont bénins et n'ont pas tendance à récidiver après une ablation complète. L'assurance de la bénignité repose sur l'analyse histopathologique dont on ne peut se dispenser et qui a le mérite de donner un argument supplémentaire pour rassurer le patient. Ici, la surveillance est moins étroite que pour un carcinome et la guérison est pratiquement assurée d'emblée par une chirurgie d'exérèse complète.

La coexistence de deux lésions distinctes doit donc être prise en compte lors de l'exploration clinique des paupières. Une lésion découverte ne doit pas en faire méconnaître une autre. Chaque lésion doit bénéficier d'un traitement approprié et chacune a son propre pronostic.

CONCLUSION

L'exérèse chirurgicale complète permet la guérison définitive des deux tumeurs distinctes qui, lorsqu'elles sont de taille réduite, n'exposent pas à des pertes de substance étendues et permettent donc d'espérer un bon résultat cosmétique qui vient s'ajouter au bon résultat carcinologique local. À ce stade, il n'existe aucune implication vitale.

Références

[1]
Char DH. Clinical ocular oncology. Churchill Livingstone. New York, 1989, 3-20.
[2]
Font RL. Eyelid and lacrymal drainage system. In WH Spencer éd., Ophthalmic Pathology, Chap. 11, Vol. 4. Saunders W.B., Philadelphia, 1996, 2218-437.
[3]
D'Hermies F, Morel X, Meyer A, Elmaleh C, Wastl JP, Schwartz L, Renard G. Carcinome basocellulaire tatoué de la paupière. À propos d'une observation anatomoclinique. J Fr Ophtalmol, 1998; 21:462-3.
[4]
Zimmerman LE, Sobin LH. Tumeurs de la paupière. In Zimmerman LE, Sobin LH éd. Types histologiques des tumeurs de l'oeil et de ses annexes. Classification histologique internationale des tumeurs. OMS, Genève, 1980, 17-23.
[5]
D'Hermies F, Barraco P, Elmaleh C, Garnier-Fabre A, Lefranc D, Pouliquen Y. Carcinome basocellulaire géant palpébral. Planche anatomo-clinique. J Fr Ophtalmol, 1989 ; 12 : 240-3.




© 2002 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline