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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 25, N° 9  - novembre 2002
pp. 940-943
Doi : JFO-11-2002-25-9-0181-5512-101019-ART11
Anthrax cutané palpébral
À propos d'une observation
 

M. Munteanu, Gh. Munteanu, S. Giuri
[1]  Clinique ophtalmologique, 3 rue du 1er Mai, 1900,Timisoara, Roumanie.

Tirés à part : M. Munteanu

[2]  , 26 Bv. Revolutiei 1989, 1900, Timisoara, Roumanie.

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Anthrax cutané palpébral : à propos d'une observation

L'intérêt soulevé par l'anthrax est permanent à cause de la difficulté du diagnostic, du pronostic sévère et de la possibilité de sa dissémination dans la guerre biologique ou dans le bioterrorisme.

L'anthrax cutané est une maladie infectieuse causée par le Bacillus anthracis . Les localisations palpébrales sont rares et posent des problèmes de diagnostic différentiel.

Nous présentons le cas d'un homme âgé de 21 ans, avec anthrax palpébral. Le diagnostic a été précisé à la suite de l'évolution des lésions palpébrales (vésicule sérohémorragique, escarre nécrotique noire), oedème palpébral étendu et données épidémiologiques positives. Dans la période de début de la maladie il a été difficile de déterminer le diagnostic différentiel à cause des symptômes atypiques, des tests bactériologiques négatifs (antibiothérapie antérieure) et de l'absence des données épidémiologiques.

La traitement à la pénicilline G a eu comme résultat la guérison du malade.

Abstract
Cutaneous palpebral anthrax

The interest for anthrax is permanent because of its difficult diagnosis, its severe prognosis, and the possibility of its dissemination during biological war and bioterrorism.

Cutaneous anthrax is an infectious disease caused by Bacillus anthracis . Palpebral localizations are rare, raising problems of differential diagnosis. The case of a 21-year-old male with palpebral anthrax is presented. The diagnosis was established by the progression of the palpebral lesions (serohemorrhagic vesicle, black necrotic eschar), extended palpebral edema, and positive epidemiological data. During the onset period, the differential diagnosis was difficult because of uncharacteristic symptoms, negative bacteriological tests (previous antibiotic treatment), and the absence of epidemiological data. Treatment with G penicillin led to the patient's cure.


Mots clés : Anthrax cutané , Bacillus anthracis , bioterrorisme

Keywords: Cutaneous anthrax , Bacillus anthracis , bioterrorism


INTRODUCTION

L'anthrax est une maladie zoonotique causée par les spores de la bactérie Bacillus anthracis .

L'affection est due au contact avec les animaux malades ou avec leurs produits contaminés. L'anthrax cutané (AC) connaît la fréquence la plus grande. Les localisations palpébrales sont rares dans la pratique clinique et posent des problèmes de diagnostic différentiel.

Nous allons présenter, dans ce qui suit, un cas d'anthrax à localisation palpébrale, chez un jeune homme de 21 ans, cas dont le diagnostic a été difficile pendant la période du début de la maladie à cause de la symptomatologie atypique, des tests biologiques négatifs et de l'absence des données épidémiologiques.

L'intérêt porté à l'anthrax s'accroît en permanence, vu les difficultés de diagnostic, le pronostic sévère et la possibilité de sa dissémination dans la guerre bactériologique ou dans le bioterrorisme.

OBSERVATION CLINIQUE

Nous présentons le cas d'un jeune homme de 21 ans, hospitalisé d'urgence pour état toxico-infectieux grave, lésions palpébrales à l'oeil gauche et oedème palpébral étendu aux zones limitrophes.

L'affection avait débuté trois jours avant et s'était manifestée par des frissons, des douleurs musculaires, des arthralgies et oedème palpébral. Les consultations ambulatoires ont mis en évidence des étiologies diverses : abcès dentaire, érysipèle, cellulite préseptale après piqûre d'insecte. Un traitement avec antibiotiques a été institué et l'on a recommandé l'hospitalisation dans un service médical de spécialité.

L'examen ophtalmologique a mis en évidence, au niveau de l'oeil gauche, des vésicules (ampoules) sérosanguinolentes, avec oedème prononcé, pâle, non douloureux, étendu sur la moitié gauche du visage et descendant vers le cou et la région supérieure du thorax. L'oeil droit présentait un aspect normal dans tous les paramètres. L'examen bactériologique des produits raclés des vésicules ainsi que l'examen par hémoculture ont donné des résultats négatifs.

Pendant le deuxième jour d'hospitalisation de notre patient, ont été hospitalisés encore 4 malades qui présentaient un état toxico-infectieux grave et des pustules malignes localisées sur les mains et les avant-bras. Les tests bactériologiques ont été positifs pour le Bacillus anthracis . On a pu établir, par l'enquête épidémiologique, que notre patient avait aidé les 4 ouvriers malades, cinq jours avant, à sacrifier un animal malade (une vache) et à trancher sa viande.

Nous avons pu déterminer le diagnostic d'anthrax cutané en nous fondant sur l'évolution des lésions des téguments, sur l'examen bactériologique positif chez les personnes en contact avec les malades ainsi que sur les données épidémiologiques.

Le traitement intensif à la pénicilline G, à la cortisone et le traitement visant à obtenir l'équilibre hydroélec trolytique ont mené à la guérison du patient. L'oedème s'est résorbé en trois semaines, tandis que les lésions palpébrales ont suivi un cycle évolutif caractéristique, les vésicules se sont transformées en excoriations nécrotiques noires Figure 1Figure 2et se sont détachées 30 jours après, en laissant une cicatrice dépigmentée et non rétractile. À l'examen ophtalmologique effectué après 6 mois d'évolution clinique, il n'a pas été constaté de modifications fonctionnelles ou organiques au niveau de l'oeil gauche.

DISCUSSION

L'anthrax ou le charbon est une maladie infectieuse aiguë qui, par sa gravité et sa possibilité de dissémination, impose une préoccupation soutenue et permanente dans le monde entier [1].

L'agent pathogène est le Bacillus anthracis . Sa forme végétative est repérable chez l'homme ou l'animal malade ou sur les cadavres récents (non encore ouverts). Cet agent pathogène est sensible aux antibiotiques, disparaissant des vésicules ou du sang des malades 24 heures après le traitement. Les spores du Bacillus anthracis se forment en présence de l'oxygène ou pendant l'exposition à l'air. Ils sont extrêmement résistants, pouvant rester tels quels dans les produits animaux ou en terre pendant des dizaines d'années. Et c'est juste cette particularité qui leur donne la qualité d'être préférés lors de la guerre bactériologique ou dans le bioterrorisme [2].

La morbidité due à l'anthrax est faible en Europe de l'ouest et aux États-Unis et accrue dans les pays agricoles ou dans les pays qui exploitent les produits animaux (l'anthrax industriel). La contamination se produit par contact direct, par voie respiratoire ou digestive.

L'anthrax cutané est la forme clinique la plus fréquente, présente dans plus de 95 % des cas. L'incubation dure entre 1 et 7 jours. La localisation a lieu au niveau des téguments exposés [3], [4]. Parmi les 21 cas d'anthrax cutané, Caksen et al . [5]observent les localisations suivantes : mains et doigts (15 cas), visage (3 cas), visage et doigt (1 cas), thorax et doigt (1 cas), paupière (1 cas). Les localisations palpébrales sont plus rares. Parmi les 300 cas d'anthrax cutané, Farpour et al . [6]observent 47 cas de localisation palpébrale : paupière supérieure (26 cas), paupière inférieure (19 cas), l'angle palpébral extérieur (2 cas). L'anthrax cutané se manifeste sous trois formes cliniques : la pustule maligne, l'oedème malin et la forme bulleuse. La pustule maligne, la plus fréquente, a une évolution clinique particulière aux lésions tégumentaires : tache érythémateuse, papule prurigineuse, vésicule sérohémorragique et escarre nécrotique noire, entourée d'une couronne vésiculaire (zone Chaussier). Les téguments présentent un oedème pâle, gélatineux, non douloureux, tandis que l'état général est altéré. Dans le cas de certains bacilles virulents, les symptômes peuvent être plus graves encore : fièvre, prostration, oligurie et septicémie. Notre cas appartient, par sa symptomatologie locale et générale, à cette forme clinique. L'oedème malin est sa forme la plus grave qui se manifeste par un oedème étendu, septicémie et décès par intoxication générale ou complications secondaires (méningo-encéphalite).

L'anthrax pulmonaire, produit par l'inhalation des spores, a une évolution dramatique caractérisée par l'état de choc septique et le décès qui survient en 24 heures au maximum [8]. L'anthrax des méninges survient isolé ou associé à l'anthrax interne, menant au décès [9]. L'anthrax digestif se produit par le charbon des amygdales ou par le charbon intestinal et le décès se produit par le collapsus hypothermique [10].

Il faut prendre en considération le diagnostic d'anthrax cutané chez les patients à ulcère plan, escarre noire et présentant un historique de contact avec les animaux malades [7]. Les examens bactériologiques sont nécessaires pour identifier l'agent pathogène. À côté des techniques habituelles (le frottis, l'hémoculture), des tests plus nouveaux sont encore proposés : le test cutané avec anthraxin [11], le test des plasmides pXO1, pXO2 et du chromosome DNA [12], le biotest rapide de détection [13].

Dans notre cas, pendant la période du début de la maladie, il a été difficile de déterminer le diagnostic à cause des valeurs négatives des tests biologiques (antibiothérapie antérieure) et de l'absence des données épidémiologiques. Cela a eu une influence négative sur le diagnostic différentiel, ce qui a retardé le traitement.

La physiopathogénie de l'anthrax est bien complexe, car elle est en relation avec sa capacité antiphagocytaire et toxicogène. Le Bacillus anthracis secrète trois protéines qui, se combinant d'un certaine manière, produisent deux toxines : la toxine létale qui entraîne le décès du malade, toxine formée de l'antigène protectif (AP), et du facteur létal (FL), et la toxine oedémateuse qui produit l'oedème, toxine formée de l'antigène protectif et du facteur oedémateux (FOE). La toxine létale représente le facteur de virulence responsable de la majeure partie des aspects de l'infection systémique. Les deux toxines agissent par l'intermédiaire de l'antigène protectif [14].

Le traitement de l'anthrax est fondé sur l'administration de la ciprofloxacine et de la pénicilline G (par voie intraveineuse). Dans les cas résistants à la pénicilline, on a administré du chloramphénicol ou de la griséofulvine. On a pu observer aussi la résistance aux céphalosporines de la troisième génération. La corticothérapie est indiquée dans le cas d'oedème malin. Le traitement chirurgical des complications palpébrales est effectué par greffe tégumentaire [15]. On recommande aussi la vaccination prophylactique.

CONCLUSION

L'anthrax cutané présente rarement des localisations palpébrales. Le diagnostic doit être pris en considération chez les patients à ulcère plan, escarre nécrotique noire, oedème tégumentaire, patients qui ont aussi un historique de contact avec les animaux malades. Les difficultés de diagnostic apparaissent dans la période de début de la maladie, dans les cas sporadiques et sont dues à l'absence des symptômes caractéristiques et aux données épidémiologiques.

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