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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 26, N° 2  - février 2003
pp. 169-174
Doi : JFO-02-2003-26-2-0181-101019-ART9
Caractéristiques du glaucome dans 13 familles de 2 à 4 générations
 

E.K. Agla [1], K.P. Balo [1], A.K. Agamah [1], M. Banla [1], B.K. Koffi Gué [1]
[1]  Service d'Ophtalmologie, CHU Tokoin, BP 57, Lomé, Togo.

Communication présentée au 107 e congrès de la Société Française d'Ophtalmologie.


Tirés à part : A. Komlan [1]

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Caractéristiques du glaucome dans 13 familles de 2 à 4 générations

Objectif : L'hérédité un des facteurs de risque associé à la survenue du glaucome primitif n'a pas encore été étudiée chez les glaucomateux togolais. Nous rapportons dans ce travail les caractéristiques et les modes de transmission des formes familiales de glaucome dans 13 familles togolaises.

Matériel et méthodes : À partir de propositus glaucomateux et la présence de cécité non liée à la cataracte chez les ascendants, nous avons mené une enquête familiale, dressé 13 arbres généalogiques allant de 2 à 4 générations chez 190 participants. Un dépistage basé sur la tonométrie et l'ophtalmoscopie a permis après périmétrie de confirmer les cas de glaucome.

Résultats : La cécité glaucomateuse a été retrouvée chez 4,2 % tandis que 2,1 % présentaient une malvoyance sévère ce qui donne 6,3 % de malvoyants glaucomateux sur les 190 participants. Le glaucome a été confirmé chez 57 participants soit 30 % ; 24,2 % avaient un déficit bilatéral contre 5,8 % de déficit perimétrique unilatéral. Sur les 13 arbres généalogiques dressés, dans 8 cas nous avons pu reconstituer 4 générations, dans 4 cas 3 générations et 2 générations 2 fois. L'analyse des arbres fait suspecter une transmission autosomale dominante dans 6 familles, une forme récessive dans 5 familles et 2familles à formes sporadiques.

Conclusion : La présence des formes familiales héréditaires de glaucome dans 11familles sur 13 étudiées semble indiquer une forte suspicion de la présence d'un gène de la maladie ; ceci ne pourra être élucidé qu'avec une étude ultérieure incluant un séquençage génique.

Abstract
Glaucoma characteristics in 13 families of 2–4 generations

Objective: Heredity, one of the risk factors associated with primitive glaucoma, has not yet been studied in Togolese glaucoma patients. In this study, we report the characteristics and the modes of transmission of the family forms of glaucoma in 13 Togolese families.

Materiel and methods: From glaucomatous propositus and the presence of blindness unrelated to cataract in the ascendants, we carried out a family survey, drew up 13 family trees covering 2–4 generations in 190 participants. Screening based on tonometry and ophthalmoscopy made it possible, after perimetry, to confirm cases of glaucoma.

Results: Glaucomatous blindness was found in 4.2% of the subjects while 2.1% presented severe vision problems, for a total of 6.3% partially sighted persons due to glaucoma in the group of 190 participants.

Glaucoma was confirmed in 57 participants (30%); 24.2% had a bilateral deficit compared to 5.8% with a unilateral perimetric deficit.

Eight of the family trees covered four generations, four covered three generations, and two generations were covered in two family trees. Analysis of the trees led to the suspicion of a dominant autosomal transmission in six families, a recessive form in five families, and sporadic forms in two families.

Conclusion: The presence of the hereditary family forms of glaucoma in 11 studied families out of 13 indicate a strong suspicion for the presence of a glaucoma gene; this can only be elucidated with a further study that would include genetic sequencing.


Mots clés : Hérédité , glaucome , cécité

Keywords: Heredity , glaucoma , blindness


INTRODUCTION

Le glaucome regroupe plusieurs entités cliniques souvent différenciées les unes des autres par des variables morphologiques comme l'aspect de la chambre antérieure ou de l'angle, l'aspect de l'excavation glaucomateuse, l'existence de facteurs de risque prédisposant, l'hypertonie oculaire et sa cause, l'âge moyen de survenue, les différences entre hommes et femmes et groupes raciaux, la présence ou non des antécédents familiaux de glaucome. De nombreux travaux ont montré le lien entre certaines variables morphologiques et le type de glaucome. C'est ainsi que chez les mélanodermes il a été souvent décrit des prévalences plus élevées de glaucomes à angle ouvert souvent avancés et de cécité glaucomateuse mais aussi de grandes excavations. La présence des antécédents familiaux de glaucome est considérée comme un facteur de risque non négligeable dans le développement de la maladie. En effet, chez les proches parents de glaucomateux on note une fréquence plus élevée de glaucome comparée à la population générale [1]. On connaît le rôle de l'hérédité dans le glaucome, c'est un facteur de risque important dans sa survenue ; en effet, plusieurs études estiment que près de 20 à 50 % des cas de glaucome sont marqués par une hérédité [2]. La présence de glaucome chez les ascendants accroît le risque de survenue de la maladie chez les descendants ; ce risque semble même accentué en cas d'atteinte des deux parents. Plusieurs hypothèses expliquent l'hérédité glaucomateuse, soit une forme dominante, récessive ou même selon certains une pénétrance liée au chromosome X. Dans un travail récent portant sur 971 patients porteurs de glaucome primitif à angle ouvert, Budde et Jonas ont trouvé dans 24,5 % des cas la présence des antécédents familiaux de glaucome [3]. Selon les résultats d'une enquête épidémiologique conduite en 1989, la prévalence du glaucome primitif à angle ouvert est de 8 % dans la population togolaise [4]. Récemment une étude portant sur les causes spécifiques de cécité en milieu rural du Sud Togo a trouvé une prévalence de cécité glaucomateuse estimée à 0,12 % ; par ailleurs, chez les glaucomateux une notion de cécité familiale était rapportée dans 18,2 % [5]. Le glaucome est une maladie dont les populations semblent avoir peu de connaissance ; certains connaissent la maladie parce qu'un proche l'a, ou parce qu'un ami l'a, mais peu ou presque la plupart ne savent pas qu'il peut être héréditaire ou même familial. On sait l'existence de nombreux cas familiaux de cécité mais le lien direct avec le glaucome n'est pas fait.

Cette étude a pour objectif de rechercher les cas de glaucomes et de cécité glaucomateuse dans les familles à risque élevé de la Préfecture de Haho au Sud Est Togo ; puis dresser les arbres généalogiques, décrire les modes de transmission lorsqu'ils existent et avoir une base pour les conseils génétiques éventuels.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

L'enquête a été menée dans la Préfecture de Haho située au Sud Est du Togo. Ce site a été choisi car à la même période, une équipe mobile la sillonnait pour le dépistage des troubles scolaires en milieu rural. Au cours de ces dépistages nous avons été surpris de la présence de nombreux cas de glaucomes juvéniles avancés. À partir de ces cas, nous avons mené un interrogatoire à la recherche de cas familiaux de cécité non liée à la cataracte ou à une chirurgie oculaire. La cataracte leur était expliquée comme une tache opaque obstruant la pupille et entraînant la cécité, ceci facilitait la reconnaissance de la maladie ; par ailleurs compte tenu de l'absence de données médicales des parents, le diagnostic rétrospectif de cécité glaucomateuse était un diagnostic de déduction donc lié à l'absence de chirurgie de cataracte. À partir de ces informations, nous étions orientés vers une cécité glaucomateuse. Le premier patient qui remplit nos critères de diagnostic de glaucome avec histoire familiale était considéré comme le propositus et donc une porte d'entrée dans la famille. À partir de ce propositus, nous avons commencé notre démarche de diagnostic et de collecte des informations comportant les interviews à la recherche des liens de parenté, d'une histoire de cécité et ou de traitement antérieur, reconstitution des familles, examen systématique des membres et esquissé des arbres généalogiques. Dans notre étude les critères de diagnostics sont les suivants.

Glaucomateux

Était considéré glaucomateux tout membre des familles examinées présentant un angle irido-cornéen ouvert, une excavation verticale de la papille supérieure à 0,5, une hypertonie d'au moins 21 mm Hg, et ayant un déficit à la périmétrie automatisée (à l'intérieur des 30° centraux à partir d'une taille de 3° et à partir d'une profondeur de 5 dB).

Suspects de glaucomes

Nous définissions nos suspects de glaucomes comme toute personne membre des familles ayant une excavation verticale d'au moins 0,5, une hypertonie supérieure à 21 mm Hg. Tous les suspects ont eu un examen de périmétrie automatisée. La présence de déficit les incluait dans le groupe glaucome, en l'absence de déficit, ils étaient toujours considérés comme suspects.

Dans cette étude, les sujets ayant un glaucome par fermeture de l'angle ou un glaucome secondaire étaient étiquetés non éligibles. De même, tout sujet présentant une excavation inférieure à 0.5 était étiqueté non éligible et donc non convoqué pour périmétrie automatisée. Les hypertonies observées associées à une excavation papillaire inférieure à 0,5 étaient toutes d'origine secondaire et les sujets donc non enrôlés dans l'enquête.

Les liens de consanguinité n'ont pas été faciles à établir entre les conjoints et pour ne pas introduire plus de biais nous n'en avons pas tenu compte. C'est ainsi que nous avons reconstitué les différents arbres généalogiques en remontant selon les informations disponibles à 2 ou 4 générations (fig. 1).

Les critères de l'OMS ont été utilisés pour définir la cécité et la baisse de vision.

La cécité correspond à une acuité visuelle du meilleur oeil inférieure à 1/20. La baisse de vision correspond à une acuité visuelle du meilleur oeil inférieure à 3/10 mais supérieure ou égale à 1/20.

Les données retenues ont été saisies et analysées grâce au logiciel EPI Info de l'OMS.

RÉSULTATS

Nous avons examiné en tout 190 sujets au cours de cette enquête. Les âges sont compris entre 10 ans et 80 ans. Plusieurs personnes ont été convoquées et n'ont pas pu répondre aux rendez vous fixés. Bien que les sujets de plus de 30 ans soient plus à risque de présenter un glaucome nous avons inclus aussi les moins de 30 ans compte tenu de la fréquence anormalement élevée de glaucomes juvéniles et de cécités glaucomateuses chez les jeunes. De ce fait, notre moyenne d'âge est de 26,4 ans. Les deux sexes sont représentées dans les proportions suivantes de 60 % pour les femmes et 40 % pour les hommes. Malgré la forte proportion de jeunes nous avons noté une fréquence de cécité de 4,2 % tandis que la baisse de vision était estimée à 2,1 %. En observant les groupes d'âge, on note chez les moins de 45 ans un taux de cécité de 2,1 %. On comprend donc que ces derniers sont réellement handicapés par le glaucome. Le diagnostic de glaucome a été confirmé chez 30 % des personnes examinées. Cette fréquence est élevée et s'explique car ce sont seulement les familles à risque qui ont été recrutées. Les arbres généalogiques ont été reconstitués avec les informations disponibles pour 13 familles ; nous sommes remontés à quatre générations dans 8 familles ; dans 4 familles trois générations ont pu être reconstituées et dans 1 famille deux générations.

Dans la famille 1, le propositus atteint est de la deuxième génération, les époux 5 et 7 sont atteints, 4 de leurs descendants sur 6 sont atteints, par ailleurs chez les époux 7 et 8 seul le mari est atteint et 2 de leurs descendants sur 4 ont la maladie (fig. 2).

Dans la famille 2, le propositus est de la 3 e génération, son ascendant paternel est porteur de la maladie et 7 de ses cousins germains sont aussi atteints.

Dans la famille 3, le propositus est de la 4 e génération, tous ses frères sont porteurs de glaucome, ses deux parents sont aussi atteints, sa tante maternelle et sa grand-mère paternelle ainsi que 3 de ses arrières tantes maternelles sont porteurs de glaucome ; l'arrière-grand-mère maternelle aussi l'était. Ainsi dans cette famille dont 23 membres ont pu être reconstitués, 11 sont ou étaient glaucomateux (fig. 3).

La famille 4 reconstituée à la 4 e génération a été examinée à partir du propositions situé à la 3 e génération. Ce propositions a une soeur et un frère tous glaucomateux, 4 cousins glaucomateux et 4 autres cousins normaux. Par ailleurs, on trouve dans la 4 e génération 2 suspects non confirmés et 1sujet normal.

Dans la famille 5, le propositus est à la 2 e génération, il a un frère atteint, un autre suspect non confirmé et 2 soeurs normales. Dans la descendance de cette famille, on compte 3 glaucomateux, 2 suspects et 15 sujets normaux.

Dans la famille 6, le propositus est à la 3 e génération, il a 2 descendants porteurs de glaucome et 1 dernier suspect. De plus, son père était atteint ; un de ses oncles et une de ses tantes paternelles sont glaucomateux (fig. 4).

Dans la famille 7, le propositus de la 3 e génération a une soeur et un frère atteints, ainsi que 2 cousins germains. Par contre les membres de la lignée de 4 e génération sont indemnes. Dans la famille 8, le propositus malade était de la 2 e génération, ses parents sont indemnes, ses frères aussi ; par contre il existe parmi ses cousins 3 cas de glaucome et 2 dits suspects.

Nous n'avons reconstitué que 2 générations de la famille 9 où le propositus de la 2 e génération a 2 frères glaucomateux et un seul non atteint ; par ailleurs ses parents sont indemnes.

Dans la famille 10, le propositus est à la 3 e génération, elle a un une soeur atteinte, 2 frères sains, ses 8 cousins sont indemnes, ses parents sont indemnes ainsi que ses oncles et tantes paternels ; par contre son grand-père était glaucomateux. Dans la famille 11, le propositus est situé à la 4 e génération, sa soeur, ses cousins et ses parents sont sains, seul un de ses oncles paternels est atteint tandis que les parents de 2 e et 1 ère génération sont indemnes.

La famille 12 a été examinée à partir du propositus de la génération 3 dont les frères et soeurs sont indemnes ; son père est atteint ; pour les autres membres de la famille nous n'avons pas pu obtenir d'information. La dernière famille a été reconstituée après examen du propositus de la 3 e génération dont l'ascendant de 1 ère génération aurait eu la maladie. Par ailleurs, tous les membres de la lignée de 3 e génération ainsi que ceux de la 4 e génération sont indemnes. Les figures 2,3et 4représentent différents arbres généalogiques.

L'analyse des différents arbres reconstitués nous fait suggérer plusieurs modalités de transmission du caractère héréditaire dans ces familles ; nous sommes limités par l'absence de bilan biologique néanmoins il semble exister des formes à caractère dominant, d'autres à caractère récessif et enfin des formes apparemment sporadiques. En effet dans certaines familles, on trouve la maladie chez les ascendants et 50 % au moins des descendants sont glaucomateux, ce qui simule une forme dominante. D'autres familles sont observées avec l'un des ascendants porteur de glaucome et 25 % des descendants glaucomateux ce qui oriente vers une forme récessive. Enfin dans certains cas, on note un caractère sporadique.

DISCUSSION

Les résultats appellent plusieurs commentaires. L'âge des patients est relativement bas. Dans des études antérieures menées au Togo, les âges moyens des glaucomateux sont relativement bas aussi ; ces études ont aussi retrouvé de nombreux cas de cécité chez les jeunes glaucomateux. Les fréquences de cécité et de baisse vision (définies selon les critères de l'OMS) sont de 4,2 % et 2,1 % respectivement, ces chiffres sont élevés et peuvent s'expliquer car ils s'appliquent à un groupe à haut risque. Dans une enquête parue en 1989 [4], la prévalence moyenne de cécité au Togo était de 0,9 %. Le taux de cécité est 5 fois plus élevé comparé à la population générale. Dans les études de prévalence, on note classiquement un taux élevé de cécité dans les âges avancés. On est ici surpris du taux de cécité de 2,1 % observé chez les moins de 44 ans soit presque le double de la prévalence d'une population générale tous âges inclus.

On note 30 % de glaucomateux dans ces 13 familles à risque élevé. Malgré les limites de l'échantillonnage cette fréquence représente près de 5 fois la prévalence du glaucome dans la population générale. On conclut que les risques de cécité, de basse vision et de glaucome sont accrus dans ces familles. Les différentes familles ont pu être reconstituées avec les informations obtenues et les personnes disponibles pour les interviews et les examens. Tous les liens de consanguinité n'ont pas été clairement établis, cependant dans ce milieu rural c'est une pratique de se marier entre proches parents ou cousins. Il y a donc une forte probabilité de retrouver des liens de consanguinité dans ces lignées. Ces liens expliqueraient la transmission héréditaire de la maladie et donc le fort taux de glaucomes ainsi observés. Dans un travail portant sur le glaucome exfoliatif, Damji [6]a rapporté le caractère familial de la pseudoexfoliation dans 10 familles canadiennes dont 6 comportent 2 à 3 générations. Il note une prépondérance du sexe féminin ; cependant tous les membres des familles n'ont pas pu être examinés. L'enquête de Damji [6]s'est intéressée à 10 familles de 34 membres, il trouve 10glaucomateux, 3 suspects, 4 indemnes et 1 dont le statut est inconnu. Dans 6 familles de 2 générations, l'hérédité parait être du côté maternel. Chez des familles islandaises porteuses de glaucome exfoliatif, le caractère héréditaire a été noté dans les familles à 2 générations, ce caractère héréditaire semble être maternel selon les travaux de Andersen [7]. Pour Aasved [8], le glaucome pseudoexfoliatif est observé chez 10 % des parents de 25 familles soit 10 fois le taux observé dans la population générale.

On note donc que le caractère familial et héréditaire du glaucome exfoliatif semble ressortir de plusieurs études. D'autres études comme celles de Pohjanpelta et Hurskainen [9]retrouvent un glaucome ou une suspicion de glaucome chez 33 % de parents de patients porteurs d'un glaucome pseudoexfoliatif. Dans le travail de Ouhadj [10], 47 membres d'une famille de 3 générations comportant 84 sujets ont été examinés ; la fréquence du glaucome chronique à angle ouvert est de 32 %. L'arbre généalogique construit fait observer une transmission selon le mode autosomique dominant à forte pénétrance et une proportion égale d'hommes et de femmes atteints.

La présence des antécédents familiaux de glaucome a été retrouvée associée au glaucome primitif à angle ouvert dans 24,5 % dans l'étude de Budde et Jonas [3]; cette fréquence est plus élevée (35,8 %) chez les moins de 70 ans que chez les 70 ans et plus (25 %). Cette différence s'explique selon les auteurs par la difficulté des personnes âgées à répondre correctement aux enquêtes. Dans une étude à Baltimore, Tielsch [1]a démontré qu'en présence des antécédents familiaux de glaucome, le glaucome était présent dans 16 % des cas, alors qu'en absence de l'histoire familiale on ne le retrouve que dans 7 % des cas. Plusieurs pedigrees publiés font état de 2 modèles d'hérédité mendélienne dans le glaucome ; les formes dominante et récessive. La forme familiale de la maladie peut s'expliquer par l'hérédité et/ou l'environnement. Les descendants d'une famille ont en commun une partie de leur patrimoine génétique [1]. Récemment la mutation d'un gène ou GLC1A souvent lié à certaines formes de glaucome a été identifiée.

Nos résultats concordent avec les travaux de Budde, Damji et Ouhadj [3], [6], [10]qui trouvent plus de glaucome que dans la population générale et les taux notés sont dans les mêmes fourchettes (25 % à 35 %).

Globalement, on estime qu'entre 13 % et 50 % de glaucomes primitifs à angle ouvert sont héréditaires [11]. Dans plusieurs familles avec glaucome juvénile, le locus du gène GLC1A est du type 1q23-q25. Plusieurs mutations du gène TIGR [Trabecular Meshwork Induced Glucocorticoid Response] sont aussi responsables du glaucome dans certaines familles américaines. Dans 8 familles françaises, Adam et Belmouden [12]ont rapporté 5 nouvelles mutations. Brezin et Bechetoille [13]ont aussi décrit des cas d'hétérogénicité génétique lié au gène GLC1A 1q21-q31, avec des familles présentant soit simplement un glaucome chronique soit une hypertonie.

CONCLUSION

Les liens de famille et les formes familiales de glaucome n'ont pas encore fait l'objet de publication chez les patients togolais. Ce travail consacré à 13 familles de 2 à 4 générations a examiné 190 sujets et trouvé 30 % de glaucomateux ; il existe un taux élevé de cécité glaucomateuse dans ces familles ; de plus, l'analyse des arbres généalogiques suggère plusieurs modalités de transmission. Les faiblesses de l'étude semblent être l'absence d'identification de liens de consanguinité entre les parents ainsi que la non réalisation des tests de parenté biologique, en particulier de paternité, par analyse du DNA en présence des cas familiaux de glaucome. Cette étude nous semble confirmer le caractère héréditaire du glaucome familial. La forte suspicion de transmission dominante peut servir d'argument pour des travaux futurs utilisant la biologie et l'identification du gène.

Références

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