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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 27, N° 10  - décembre 2004
pp. 1150-1152
Doi : JFO-12-2004-27-10-0181-5512-101019-ART10
Uvéite antérieure et brimonidine
À propos d’un cas
 

L. Velasque, F. Ducousso, L. Pernod, R. Vignal, V. Deral
[1] Service d’Ophtalmologie, Hôpital d’Instruction des Armées Sainte Anne, Toulon Naval.

Tirés à part : L Velasque,

[2] Service d’Ophtalmologie, Hôpital d’Instruction des Armées Sainte Anne, Boulevard Ste Anne, 83800 Toulon Naval.

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Uvéite antérieure et brimonidine : à propos d’un cas

Nous rapportons le cas d’un patient de 66 ans traité depuis 13 mois par brimonidine et présentant de façon bilatérale une uvéite antérieure granulomateuse hypertensive associée à une allergie oculopalpébrale intense. Le bilan n’a retrouvé aucune étiologie et l’évolution a été rapidement favorable à l’arrêt de la brimonidine. Cette description montre qu’une uvéite antérieure peut survenir lors de l’utilisation de la brimonidine après environ 1 an de traitement. Les praticiens doivent être informés de cet effet secondaire malgré sa rareté, seuls 4 cas similaires ayant été décrits dans la littérature.

Abstract
Anterior uveitis and topical brimonidine: a case report

We report the case of a 66-year-old patient treated for 13 months with brimonidine, who presented granulomatous anterior uveitis associated with an increase in intraocular pressure, allergic conjunctivitis and blepharitis in both eyes. No ocular or general cause for uveitis was found. The uveitis responded rapidly to cessation of brimonidine. This report illustrates that anterior uveitis can occur when brimonidine is used after approximately 1 year of treatment. Physicians must be informed of this side effect even though it is rare, with only four similar cases having been described in the literature.


Mots clés : Brimonidine , uvéite antérieure , effet secondaire

Keywords: Brimonidine , anterior uveitis , side effect


INTRODUCTION

La brimonidine est une molécule α2-agoniste utilisée en collyre dans le traitement du glaucome pour son effet hypotonisant. L’effet secondaire le plus fréquent est une allergie oculaire imposant le plus souvent l’arrêt des instillations. Nous rapportons le cas d’un patient dont l’exemplaire observance du traitement a permis de constater un effet secondaire exceptionnellement décrit : une uvéite antérieure.

OBSERVATION CLINIQUE

Un patient âgé de 66 ans est adressé en juin 2003 pour la prise en charge d’une uvéite antérieure bilatérale hypertensive évoluant depuis 4 mois. Aucun traitement n’a apporté d’amélioration et le retentissement fonctionnel est majeur puisque le patient reste confiné chez lui dans l’obscurité. Il présentait un glaucome bilatéral découvert et traité depuis le mois de février 2002. La pression intra-oculaire au moment du diagnostic était de 24 mmHg à droite et de 23 mmHg à gauche. Le traitement initial fut une prostaglandine : le latanoprost.

Ce traitement est arrêté au bout de 6 mois en raison d’une efficacité incomplète sur la pression intra-oculaire et il est remplacé par 1 goutte 2 fois par jour de brimonidine 0,2 %. Des signes d’intolérance locale à type d’irritation apparaissent au bout de 4 mois et sont traités par des collyres antiallergiques sans interruption de la brimonidine. Cette situation persiste quelques mois puis une uvéite antérieure bilatérale hypertensive est diagnostiquée résistante à tous les collyres anti-inflammatoires et hypotonisants associés.

Cette uvéite est ainsi apparue 13 mois après le début du traitement à la brimonidine 0,2 % qui n’a jamais été arrêtée. À l’examen initial, le patient est très photophobe avec une blépharite et une hyperhémie conjonctivale majeure. L’acuité visuelle corrigée est de 5/10e P3 aux deux yeux. Nous retrouvons de façon bilatérale (fig. 1, 2 et 3) :

  • une conjonctivite folliculo-papillaire pétéchiale ;
  • une buée épithéliale ;
  • des précipités rétro-descémétiques en graisse de mouton ;
  • un tyndall camérulaire évalué à 3 croix ;
  • des synéchies postérieures avec une ébauche de membrane cyclitique à droite.

La pression intraoculaire est de 45 mmHg à droite et 42 mmHg à gauche. Le fond d’œil ne retrouve pas de hyalite ou de foyer rétinien. Les papilles sont discrètement excavées avec un rapport C/D évalué à 0,5. Le traitement du patient, outre la brimonidine, est constitué de collyres à la dexaméthasone, de timolol de dorzolamide et d’acétazolamide per os. Le timolol et le dorzolamide n’ont été débutés qu’une semaine auparavant. Devant ce tableau évocateur d’un mécanisme allergique associé, tous les traitements locaux sont interrompus hormis la dexaméthasone à laquelle nous associons une cycloplégie par atropine 1 % et un traitement général par acétazolamide.

L’évolution est rapidement favorable en une semaine avec la diminution des phénomènes allergiques et de l’inflammation intra oculaire, la pression intraoculaire se stabilisant à 22 mmHg. Le bilan étiologique de l’uvéite ne retrouve aucune orientation diagnostique. Après un mois, l’acuité visuelle est de 10/10e P2 à droite comme à gauche. Les conjonctives apparaissent normales, les précipités rétro-descémetiques ont disparu. Les chambres antérieures sont calmes et les synéchies postérieures se sont rompues. La pression intra-oculaire est de 16 mmHg sous timolol seul. L’étiologie retenue pour cette uvéite antérieure bilatérale est une allergie à la brimonidine dont 4 cas similaires ont été retrouvés dans la littérature. Une déclaration de pharmacovigilance a alors été réalisée.

DISCUSSION

Comme la clonidine et l’apraclonidine, la brimonidine est un α2-agoniste utilisée pour le traitement du glaucome. L’apraclonidine 1 % n’est pas destinée au traitement au long cours en raison d’allergies oculaires concernant près de 50 % des patients [1]. La brimonidine est en général bien tolérée. Les effets secondaires systémiques sont la sécheresse de la bouche et la fatigue, mais l’effet secondaire le plus fréquent est une allergie oculaire sévère nécessitant l’arrêt du traitement dans 7 à 15 % des cas [2]. La moindre fréquence d’allergie observée avec la brimonidine peut être expliquée par une plus grande stabilité oxydative en comparaison de celle de l’apraclonidine [3]. Ces allergies surviennent le plus souvent après 6 à 9 mois de traitement. Cette manifestation a été plus précoce chez le patient (4 mois). Un autre effet adverse décrit est une augmentation paradoxale de la pression intra-oculaire liée à une probable inflammation trabéculaire infraclinique [4].

Dans la littérature, 4 cas d’uvéites antérieures prouvées par la disparition des signes à l’arrêt de la brimonidine et leur réapparition lors de la réintroduction du traitement sont retrouvés [5]. Il s’agissait de patients présentant une uvéite antérieure granulomateuse avec des précipités rétro-déscémetiques en graisse de mouton survenant entre 11 et 15 mois après le début du traitement comme dans le cas présenté. Les uvéites ont cédé à l’arrêt du traitement et récidivé à la réintroduction de la brimonidine dans les 3 semaines.

En 1981, Naranjo et al. [6] ont proposé une méthode avec 7 critères pour établir la responsabilité de médicaments dans l’apparition d’effets adverses. Dans le cas de ce patient, tous les critères ne sont pas retrouvés pour la brimonidine, car nous n’avons pas réintroduit le traitement et ce type de réaction est exceptionnel. Cependant, l’amélioration des signes à l’interruption de l’administration, l’absence d’autre cause d’uvéite retrouvée, et la description de cas similaires sont fortement évocatrices.

Des uvéites iatrogènes ont été rapportées avec différents collyres :

  • corticoïdes [7] ;
  • métipranolol (b-bloquant non sélectif) [8] ;
  • inhibiteurs de la cholinestérase [9] ;
  • latanoprost [10], [11] ;
  • bimatoprost [12].

Les mécanismes physiopathogéniques de ces uvéites ne sont pas élucidés. Les différentes hypothèses évoquées sont le pH de la solution, une rupture de la barrière hémato aqueuse par vasoconstriction ou une réaction au produit actif lui-même. En ce qui concerne la brimonidine, une conjonctivite allergique précède l’apparition de l’uvéite, ce qui peut expliquer la rareté de description des uvéites car le traitement est le plus souvent interrompu avant l’apparition de l’inflammation intraoculaire. Chez ce patient, le seul traitement utilisé au long cours est la brimonidine, tous les autres collyres ayant été utilisés sur des périodes de un mois au maximum.

CONCLUSION

Cette description confirme qu’une uvéite antérieure peut survenir lors de l’utilisation de la brimonidine après environ 1 an de traitement. L’évolution est rapidement favorable à l’arrêt de la brimonidine et sous traitement spécifique. Les praticiens doivent être informés de cet effet secondaire malgré sa rareté.

Références

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[2]
Schuman JS, Horwitz B, Choplin NT, David R, Albracht D, Chen K. A 1 year study of brimonidine twice daily in glaucoma and ocular hypertension. A controlled, randomized, multicenter clinical trial. Chronic Brimonidine Study Group. Arch Ophthalmol, 1997;115:847-52.
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[5]
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