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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 28, N° 4  - avril 2005
pp. 343-352
Doi : JFO-04-2005-28-4-0181-5512-101019-200503676
Analyse du segment antérieur de l’œil avec un tomographe à cohérence optique
Étude statique et dynamique
 

G. Baikoff [1], E. Lutun [1], C. Ferraz [1], J. Wei [2]
[1] Clinique Monticelli, 88, rue du Commandant Rolland, 13008 Marseille, France.
[2] Carl Zeiss Meditec Inc, Dublin, USA.

Tirés à part : G. Baikoff,

[3] à l’adresse ci-dessous. g.baik.opht@wanadoo.fr

Traduit par l’auteur et reproduit avec autorisation des Éditions Elsevier d’après la publication « Static and dynamic analysis of the anterior segment with optical coherence tomography ». J Cataract Refract Surg, 2004;30:1843-50 (adaptation au Journal Français d’Ophtalmologie).


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Analyse du segment antérieur de l’œil avec un tomographe à cohérence optique. Étude statique et dynamique

Introduction : Le tomographe à cohérence optique de 1 310 nm de longueur d’onde permet d’étudier la biométrie de la chambre antérieure de façon très simple. L’appareillage comprend une mire de fixation qui peut être focalisée ou défocalisée par des lentilles négatives de façon à stimuler l’accommodation naturelle. La chambre antérieure du sujet humain a donc été étudiée à l’état de repos, puis à l’état dynamique lors de l’accommodation.

Matériel et méthode : Cent quatre yeux de 56 patients, âgés de 7 à 82 ans, ont été étudiés. La réfraction était comprise entre + 5 D et – 5 D sans astigmatisme. Toutes les mesures ont été faites par le même opérateur. Le diamètre horizontal de la chambre antérieure, la profondeur de la chambre antérieure, le diamètre pupillaire horizontal et le rayon de courbure horizontal du pôle antérieur du cristallin ont été évalués à l’état de repos ou après stimulation de l’accommodation.

Résultats : Les différentes mesures à l’état statique ou à l’état dynamique ont été corrélées à l’amétropie, à l’âge et à l’état accommodatif. À l’état de repos, le diamètre antérieur moyen est de 12,33 mm, la profondeur de chambre antérieure moyenne de 3,11 mm et le diamètre pupillaire de 4,26 mm. Pour 10 D d’accommodation, le pôle antérieur du cristallin avance de 300 µm, le rayon de courbure diminue de 3 mm et la réduction du diamètre pupillaire est de 1,5 mm. De nombreuses autres mesures sont rapportées sur des courbes.

Conclusion : L’AC OCT est un instrument d’évaluation du segment antérieur facile à manipuler qui permet d’explorer la chambre antérieure (cornée, iris, cristallin, angle irido-cornéen). Le rayon infrarouge de 1 310 nm est bloqué par les pigments si bien qu’il n’est pas possible d’explorer en arrière de l’iris. Néanmoins, l’AC OCT est susceptible de donner des images de bonne qualité et de préciser les relations anatomiques même en arrière d’une cornée opaque.

Abstract
Analysis of the eye’s anterior segment with optical coherence tomography. Static and dynamic study

Purpose: To study the biometric modifications of the anterior segment depending on accommodation and age. To try and define their possible applications in certain fields of anterior segment surgery, in particular in refractive implants.

Material and method: Anterior chamber biometry can be very easily studied with 1310-nm wavelength optical coherence tomography. The equipment has a fixation target that can be focused and defocused with negative lenses in order to stimulate natural accommodation. The human anterior chamber was therefore studied during accommodation. We studied 104 eyes of 56 patients aged between 7 and 82 years. Refraction was between +5D and – 5D. A single operator carried out all the measurements. The anterior chamber’s horizontal diameter, the anterior chamber’s depth, the horizontal pupil diameter and the horizontal radius of curvature of the crystalline lens’ anterior pole were measured unaccommodated or after stimulating accommodation.

Results: The different static or dynamic measurements were compared to ametropia, age and accommodation. At rest, the average AC diameter was 12.33mm, the average AC depth was 3.11mm and the average pupil diameter was 4.26mm. On average, for 1 D of accommodation, the crystalline lens anterior pole moved forward by 30µm. There was a 0.3-mm reduction in its radius of curvature and a 0.15-mm reduction in pupil diameter. Severalother measurements are illustrated on graphs.

Conclusions: The AC OCT is a user-friendly instrument to evaluate the anterior segment and explore the anterior chamber (cornea, iris, crystalline lens, irido-corneal angle). The 1310-nm light wavelength is blocked by pigments preventing exploration behind the iris. However, the AC OCT is capable of providing good-quality images and a better visualization of the anatomical relationships of the anterior segment, even behind an opaque cornea.


Mots clés : OCT , anterior chamber , phakic IOLs , accommodation , biometry , crystalline lens , pupil diameter

Keywords: OCT , implants phaques , accommodation , biométrie , cristallin , diamètre pupillaire


INTRODUCTION

L’analyse et la biométrie du segment antérieur sont actuellement pratiquées avec des techniques optiques biomicroscopiques ou avec des systèmes ultrasoniques. Tous ces systèmes permettent d’obtenir des images objectives qui peuvent être enregistrées et dont les différents paramètres peuvent être mesurés à des degrés de précision divers.

Nous avons eu récemment à notre disposition un tomographe à cohérence optique pour l’étude de la chambre antérieure (AC OCT) (Carl Zeiss Meditec Inc, Dublin, USA). Cette technique est un développement nouveau dans le domaine du segment antérieur d’une technologie déjà utilisée pour le segment postérieur. Lors d’études récentes, la simplicité de cet appareil a été appréciée, ainsi que la grande qualité des images et son intérêt dans l’étude de l’accommodation [1], [2], [3]. L’examen est sans contact et très rapide dans son acquisition. Le logiciel de l’appareil est équipé d’un système de mesure qui permet d’apprécier les distances, les angles et les rayons de courbure. Deux études ont été conduites avec l’AC OCT :

  • une étude statique de la biométrie du segment antérieur de l’œil au repos accommodatif pour réévaluer les données biométriques connues du segment antérieur et apprécier leurs modifications avec le vieillissement de l’œil ;
  • une étude dynamique pour analyser les modifications du segment antérieur au cours de l’accommodation naturelle de l’œil durant les différents âges de la vie.

MATÉRIEL ET MÉTHODES
Système d’acquisition

Le tomographe à cohérence optique (OCT) de longueur d’onde de 820 nm est maintenant bien connu en imagerie du segment postérieur [4], [5]. Dès 1994, il avait été proposé par Izatt et al. [6] pour l’imagerie du segment antérieur. C’est l’introduction de l’AC OCT à grande vitesse en 2001 [7] et l’utilisation d’une longueur d’onde à 1 310 nm qui autorisent aujourd’hui la capture d’images de bonne qualité et simples à interpréter.

L’analyse d’un œil est une procédure non-contact, le patient fixant une mire. La focalisation de cette mire est ajustable par des lentilles positives ou négatives qui permettent de compenser l’amétropie sphérique du sujet et de saisir des images à l’état de repos. Il est également possible de défocaliser la mire à l’aide de lentilles négatives pour provoquer une accommodation physiologique de l’œil considéré.

L’absence de contact évite toute pression intempestive sur le segment antérieur et l’acquisition des clichés dure quelques secondes. Ainsi les modifications de l’œil ne sont étudiées que dans des conditions physiologiques. Cet examen est donc différent des explorations ultrasoniques qui obligent à stimuler l’œil adelphe ou bien encore de la technique de Scheimpflug où il est nécessaire de dilater la pupille pour obtenir des images de l’ensemble du cristallin.

Le système d’acquisition d’images permet d’obtenir une image vidéo de la zone étudiée et de sauvegarder les sept derniers clichés qui ont été pris à une fréquence de 8 images/s. À la fin de l’examen, les images sont étudiées par l’examinateur et seules les meilleures sont sauvegardées.

L’image choisie est ensuite exploitée avec un logiciel spécifique qui permet de recalibrer les dimensions en compensant les déformations induites par les différences de transmission optique au sein de la cornée. Après reconstruction de l’image, il est alors possible d’effectuer toutes les mesures de la chambre antérieure souhaitées par l’examinateur : diamètre de la chambre antérieure, profondeur de la chambre antérieure, pachymétrie cornéenne, diamètre pupillaire, rayon de courbure du cristallin, épaisseur du cristallin, ouverture de l’angle irido-cornéen.

Les infrarouges utilisés sont arrêtés par les pigments ; il n’est donc pas possible d’avoir une visualisation satisfaisante des structures situées en arrière de l’épithélium pigmentaire, de l’iris ou de l’uvée antérieure. Cet écueil limite donc le nombre de paramètres mesurables dans le segment antérieur au cours de l’accommodation chez le sujet normal. C’est pourquoi nous avons conduit chez l’albinos une étude qui nous a permis de visualiser de façon satisfaisante la presque totalité du cristallin et le corps ciliaire durant l’accommodation [3].

Population étudiée

Pour cette étude, 186 yeux de 93 patients, âgés de 7 à 82 ans et consultant pour des raisons diverses, ont été étudiés. Il s’agissait d’yeux normaux n’ayant bénéficié d’aucune chirurgie préalable. En outre, 82 yeux ont été exclus pour les raisons suivantes : réfraction supérieure à + 5 D ou inférieure à – 5 D, astigmatisme supérieur à 1 D, réponse du patient jugée non fiable.

Les 104 yeux restant correspondent à 56 patients dont l’âge est compris entre 7 et 82 ans (âge moyen : 39 ± 15,2 ans). La population étudiée comprend 46 yeux myopes (de – 0,25 D à – 5 D), 34 yeux emmétropes et 24 yeux hypermétropes (de + 0,25 D à + 5 D).

Mesures et exploitation des mesures

Tous les yeux ont été étudiés au repos et avec différents degrés d’accommodation. Toutes les mesures ont été effectuées selon l’axe horizontal de l’œil de façon à ne pas être gêné par les paupières. Pour les sujets les plus jeunes, l’accommodation a été étudiée avec une stimulation de 0,5 et 10 dioptries. Si le sujet n’était pas capable de répondre à des stimulations fortes, les mesures étaient faites pour des stimulations allant de 2 en 2 dioptries, voire moins pour les sujets presbytes. Lors de chaque degré d’accommodation, plusieurs mesures ont été faites et la moyenne correspondante a été calculée en utilisant un tableur Excel®. Un seul observateur a pris l’ensemble des clichés de cette étude et toutes les mesures ont été réalisées par le même observateur. Pour l’étude biométrique et l’analyse des corrélations, les paramètres ont été appariés suivant différentes modalités ; les corrélations ont été établies avec le logiciel Excel®. Dans chaque cas, nous avons considéré les tendances de courbe, en retenant la courbe (linéaire ou polynomiale) dont le coefficient de corrélation était le plus élevé.

Dans ce travail, ont été mesurés le diamètre horizontal de la chambre antérieure (mesuré au fond de l’angle irido-cornéen de chaque côté de l’axe optique de l’œil), la profondeur de la chambre antérieure (mesurée entre la surface de l’épithélium de la cornée et la face antérieure du cristallin), le diamètre pupillaire horizontal et le rayon de courbure horizontal du pôle antérieur du cristallin.

Dans l’étude statique, chaque mesure biométrique a été analysée en fonction de l’âge et de l’amétropie.

RÉSULTATS DE L’ÉTUDE STATIQUE (REPOS ACCOMMODATIF)
Diamètre de la chambre antérieure

Dans cette étude, le diamètre moyen de la chambre antérieure est de 12,33 ± 0,57 mm.

Diamètre de la chambre antérieure en fonction de l’âge (fig. 1)

Sur le graphique, il est difficile d’afficher une courbe de tendance. Le diamètre de la chambre antérieure ne semble pas dépendant de l’âge du sujet. On note toutefois l’existence de diamètres plus petits avant l’âge de 15-20 ans, qui correspondent à des mesures réalisées chez l’enfant et l’adolescent. Après l’âge de 20 ans, le diamètre semble rester constant.

Diamètre de la chambre antérieure en fonction de l’amétropie (fig. 2)

Dans le cadre de cette étude, il n’a pas été possible de mettre en évidence une relation entre le diamètre de la chambre antérieure et l’amétropie quand celle-ci est comprises entre – 5,0 D et + 5,0 D.

Profondeur de la chambre antérieure

La profondeur moyenne de la chambre antérieure est de 3,60 ± 0,38 mm.

Profondeur de la chambre antérieure en fonction de l’âge (fig. 3)

En incluant les sujets jeunes, il est possible d’établir une courbe polynomiale de degré de corrélation élevé. La profondeur de la chambre antérieure croît dans les premières années de la vie pour apparaître maximum aux alentours de 15-20 ans. Ensuite, elle décroît progressivement jusqu’à 80 ans.

Si l’on éliminait de cette étude les sujets de moins de 20 ans, la courbe de décroissance de la chambre antérieure en fonction de l’âge serait pratiquement linéaire.

La première partie de la courbe correspond à la croissance de l’œil dans l’enfance, et il est logique que pendant cette période la profondeur de la chambre antérieure augmente. En revanche, à l’âge adulte, la profondeur de la chambre antérieure décroît progressivement à cause de l’augmentation de l’épaisseur du cristallin qui vient empiéter dans la chambre antérieure. Entre 20 et 80 ans, la profondeur moyenne de la chambre antérieure passe de 3,9 mm à 2,8 mm (fig. 4 et 5), ce qui correspond grossièrement à une diminution de profondeur de chambre antérieure d’environ 18,3 µm par an. Ce résultat ne traduit que l’avancée de la face antérieure du cristallin et ne préjuge pas de la variation d’épaisseur réelle du cristallin en fonction de l’âge.

Profondeur de la chambre antérieure en fonction de l’amétropie (fig. 6)

Une variation de la profondeur de la chambre antérieure en fonction de l’amétropie est observée. Elle correspond à la notion bien connue que plus le sujet est myope, plus la profondeur de la chambre antérieure est importante et plus la longueur axiale est grande.

Contrairement à une idée répandue, 80 % des yeux hypermétropes de cette étude ont une profondeur de chambre antérieure supérieure à 3 mm.

La profondeur et le diamètre de la chambre antérieure ont été comparés (fig. 7). Alors qu’il n’y avait pas de relation entre le diamètre de la chambre antérieure et l’amétropie, une corrélation très nette entre la profondeur de la chambre antérieure et le diamètre de la chambre antérieure est observée. Il y donc une relation géométrique entre le diamètre de la chambre antérieure et sa profondeur, qui ne serait pas totalement liée à l’amétropie.

Diamètre pupillaire

Dans les conditions de cette étude (éclairement mésopique), le diamètre pupillaire horizontal au repos est de 4,26 ± 0,87 mm.

Diamètre pupillaire au repos en fonction de l’âge (fig. 8)

Il existe une diminution très nette du diamètre pupillaire en fonction de l’âge, selon une courbe qui est presque linéaire. Ceci est la traduction du myosis sénile. De 20 à 80 ans, le diamètre pupillaire au repos diminue de moitié ; en moyenne, il passe de 5 mm à 2,5 mm. Le myosis sénile diminue l’éclairement rétinien, mais a un effet favorable sur la profondeur de champ (fig. 8).

Diamètre pupillaire au repos en fonction de l’amétropie (fig. 9)

Une courbe linéaire est affichée sur la figure 9. Son coefficient de corrélation est très faible. Aucune relation évidente n’a été observée entre le diamètre pupillaire et l’amétropie dans cette étude.

Rayon de courbure du pôle antérieur du cristallin au repos

Le rayon de courbure moyen du pôle antérieur du cristallin au repos est de 9,5 ± 1,3 mm. Cette étude ne porte que sur le rayon de courbure horizontal mesuré dans sa partie centrale. Chez un albinos de moins de 20 ans, nous avons trouvé un rayon de courbure beaucoup plus important comparable à ceux retrouvés chez les patients les plus jeunes de cette étude (première partie de la courbe, fig. 10) [3].

Rayon de courbure du pôle antérieur du cristallin au repos en fonction de l’âge (fig. 10)

Sur la figure 10, on observe très nettement une réduction du rayon de courbure du cristallin au repos avec l’âge. En vieillissant, le cristallin devient plus globuleux et son rayon de courbure antérieur se cambre. Ce phénomène s’accompagne également de la réduction de profondeur de la chambre antérieure. Cette modification du rayon de courbure avec le vieillissement ne s’accompagne pas de myopisation, contrairement à ce qui est observé durant l’accommodation du sujet jeune. Il y a donc, comme cela est connu, un paradoxe du cristallin : l’indice de réfraction se modifie avec l’âge pour compenser ses modifications anatomiques car son changement de forme voudrait que l’œil se myopise.

Rayon de courbure du pôle antérieur du cristallin au repos en fonction de l’amétropie (fig. 11)

Sur ce graphique, nous nous attendions à mettre en évidence une réduction du rayon de courbure quand on passe de la myopie à l’hypermétropie. En réalité, le coefficient de corrélation de cette courbe est très faible et ne permet pas dans cette étude d’affirmer une telle tendance.

RÉSULTATS DE L’ÉTUDE DYNAMIQUE (ACCOMMODATION PHYSIOLOGIQUE)

Les différents paramètres du segment antérieur ont été mesurés à différents niveaux d’accommodation. Cette évaluation a permis d’étudier le déplacement du pôle antérieur du cristallin, le rayon de courbure du pôle antérieur du cristallin et ses variations, et le diamètre pupillaire.

Lors de l’examen dynamique pour étudier l’accommodation, il est demandé au patient de préciser si la vision reste nette lorsque la mire est défocalisée à l’aide de lentilles négatives. Lorsque la vision nette n’est plus possible, il est estimé que la différence de puissance entre la lentille utilisée et l’amétropie initiale représente l’amplitude d’accommodation du sujet. Il s’agit donc d’une sensation subjective ; mais malgré cette réserve, les 2 résultats en démontrent tout l’intérêt (fig. 12 et 13).

Amplitude accommodative en fonction de l’âge (fig. 14)

L’accommodation maximum subjective est comparée à l’âge du sujet. Les résultats confirment les notions connues, à savoir que de 10 à 80 ans, l’amplitude d’accommodation maximum décroît de façon très nette pour passer de 10 D à l’âge de 10 ans à 1,5 D vers 60 ans. Néanmoins, le résultat obtenu peut être critiqué car il ne correspond pas à une accommodation objective réelle : il peut y avoir une influence de la variation de la profondeur de champ.

C’est pourquoi nous avons comparé les autres paramètres du segment antérieur, en particulier les modifications du cristallin, pour quantifier de façon objective les variations du segment antérieur pendant l’effort d’accommodation.

Variation de la profondeur de la chambre antérieure pendant l’accommodation

La profondeur de la chambre antérieure est fonction du déplacement de la face antérieure du cristallin pendant l’accommodation puisque la structure cornéenne est stable. Une autre façon d’exprimer la variation de la profondeur de la chambre antérieure est de mesurer au cours de l’accommodation le déplacement vers l’avant du pôle antérieur du cristallin.

Déplacement du pôle antérieur du cristallin en fonction de l’accommodation

Sur la figure 15, il apparaît clairement que le pôle antérieur du cristallin est susceptible d’avancer de 300 µm pour 10 D d’accommodation. La chambre antérieure est donc susceptible de diminuer de 300 µm lors d’une accommodation maximum en raison de la protrusion vers l’avant du pôle antérieur du cristallin.

Déplacement maximum du pôle antérieur du cristallin en fonction de l’âge

Nous avons vu que l’accommodation maximum diminuait avec l’âge. Pour illustrer la perte de souplesse cristallinienne liée à l’âge, nous avons mesuré le déplacement maximum du pôle antérieur du cristallin et comparé cette performance à l’âge du sujet (fig. 16).

Le déplacement maximum du pôle antérieur du cristallin qui peut atteindre 300 µm à l’âge de 20 ans décroît avec l’âge pour n’être plus que de 100 µm à 40 ans et pratiquement nul à 65 ans. Ceci correspond à la perte de plasticité du cristallin vieillissant, c’est un témoin objectif de la presbytie.

Variation du rayon de courbure du cristallin lors de l’accommodation

Les modifications de la puissance du cristallin peuvent être liées à des variations d’indice de réfraction et/ou une variation de ses rayons de courbure. L’AC OCT permet d’explorer facilement le rayon de courbure du pôle antérieur du cristallin.

Variation du rayon de courbure du pôle antérieur du cristallin en fonction de l’accommodation (fig. 17)

Le rayon de courbure antérieur du cristallin diminue en fonction de l’accommodation. La face antérieure devient plus cambrée et contribue à augmenter la puissance de la lentille cristallinienne. Cette réduction du rayon de courbure avec protrusion vers l’avant du cristallin est parfaitement en accord avec la diminution de profondeur de la chambre antérieure observée pendant l’accommodation.

La variation du rayon de courbure est le témoin de la déformation du cristallin au cours de l’accommodation. La variation de courbure antérieure du cristallin a été étudiée en fonction de l’accommodation (fig. 18). Pour 10 D d’accommodation, une diminution de rayon de courbure d’environ 3 mm est notée.

Variation maximum du rayon de courbure du pôle antérieur du cristallin en fonction de l’âge

Les possibilités de déplacement maximum du cristallin vers l’avant diminuent avec l’âge. Cette perte de plasticité est également confirmée par l’étude de la variation maximum du rayon de courbure antérieur en fonction de l’âge. Elle démontre qu’avec la sénescence la possibilité de déformations de la courbure antérieure du cristallin devient de plus en plus faible pour tendre vers zéro vers l’âge de 65 ans (fig. 19).

Variation de rayon de courbure du pôle antérieur du cristallin en fonction du déplacement du pôle antérieur du cristallin

Nous avons étudié les variations du rayon de courbure en fonction du déplacement antérieur du cristallin (fig. 20). La courbe de tendance est très révélatrice. Il y a une corrélation linéaire entre le déplacement vers l’avant du pôle antérieur du cristallin et la variation de son rayon de courbure. Quand le pôle antérieur du cristallin avance, le rayon de courbure diminue de façon inversement proportionnelle.

Variation du diamètre pupillaire en fonction de l’accommodation

Le myosis synkinétique lors de l’accommodation est un phénomène bien connu. Cependant, les variations du diamètre pupillaire ont été décrites essentiellement chez le sujet jeune qui a encore un pouvoir accommodatif. Les variations du diamètre pupillaire ont d’abord été étudiées en fonction de l’accommodation, puis secondairement le devenir du jeu pupillaire en fonction de l’âge et du développement de la presbytie.

Variation du diamètre pupillaire lors de l’accommodation

La diminution de diamètre pupillaire est à peu près de 1,5 mm pour 10 D d’accommodation (fig. 21).

Étude de la synkinésie pupillaire en fonction de l’âge

Nous avons étudié les variations du diamètre pupillaire en fonction de l’accommodation selon les tranches d’âge suivantes : 20-29 ans, 30-39 ans, 40-49 ans, 50-59 ans, 60-69 ans, et au-delà de 70 ans (fig. 22).

Chez le sujet jeune, il y a une diminution du diamètre pupillaire au cours de l’accommodation. En revanche, il est frappant de noter que ce phénomène s’éteint avec le vieillissement pour les tranches d’âge supérieures à 40 ans.

Il faut noter que les coefficients de corrélation sont forts pour les séries des 20-29 ans et des 30-39 ans et faibles pour les quatre décennies suivantes. Cependant, il s’agit d’un travail préliminaire qui demande à être reconfirmé. Mais, le caractère concordant des quatre courbes les plus âgées compense la faiblesse de leur coefficient de corrélation.

DISCUSSION

Le tomographe à cohérence optique pour l’analyse du segment antérieur a démontré lors de cette étude la simplicité de son utilisation. Les données recueillies concordent avec l’essentiel des travaux publiés [8], et ont permis de confirmer la qualité du travail de von Helmholtz [9] (1855) lorsqu’il a décrit les mouvements cristalliniens accompagnant l’accommodation humaine. Ces travaux ont été repris et confirmés de nombreuses fois par Koretz et al. [10], [11], [12], [13], Strenk et al. [14], Glasser et al. [16] et Foster et al. [17]. Nous avons pu confirmer tous ces phénomènes chez un patient albinos [3].

La technique de Scheimpflug permet d’obtenir des coupes obliques du segment antérieur [10], [11], [12], [13]. Sur les clichés, il n’est possible de faire des mesures que dans l’axe de la fente optique, et lors des reconstructions qui sont proposées l’effet prismatique de la cornée n’est pas pris en compte. Ces mesures sont donc imparfaites. D’autre part, la technique de Scheimpflug ne permet pas de faire accommoder l’œil étudié dans des conditions naturelles. L’étude de l’accommodation ne peut être réalisée que par la stimulation de l’œil adelphe. Au cours de cette stimulation, il y a déplacement des axes des globes oculaires et il est alors impossible de savoir si les clichés sont pris sur le plus grand diamètre ou selon un autre plus petit.

Les autres systèmes d’imagerie de routine du segment antérieur reposent sur la transmission des ultrasons : échographie A, échographie B, UBM et UBM à haute fréquence. Pour bien différencier la cornée, il est nécessaire d’interposer entre la sonde et l’œil, un gel ou un milieu liquide de densité optique différente. Ces artifices peuvent conduire à des déformations du segment antérieur par compression externe. Les études dynamiques de l’accommodation sont faites avec l’utilisation de collyres myotiques ou par stimulation de l’œil adelphe. Une étude du segment antérieur est donc souvent longue et inconfortable, car il est difficile pour le patient de garder avec constance la fixation de l’œil étudié en raison de la durée de l’examen. La qualité des images obtenue est souvent excellente, mais il est encore difficile aujourd’hui de préciser quel est le diamètre considéré. Par rapport aux procédés optiques, les ultrasons ont l’avantage de pouvoir visualiser les structures oculaires en arrière de l’iris.

À la lumière des différentes études, il apparaît que l’exploration du segment antérieur est bouleversée par ce procédé optique. Il est vraisemblable que dans un proche avenir, le clinicien pourra explorer systématiquement le segment antérieur avec l’AC OCT. En effet, le faisceau infrarouge traverse les tissus du segment antérieur en n’étant bloqué que par les pigments. Il est possible ainsi d’explorer l’iris et la face antérieure du cristallin derrière une cornée totalement opaque et de préciser avant l’acte chirurgical l’existence et le siège de synéchies antérieures ou postérieures. La stratégie chirurgicale peut alors être envisagée sur des documents objectifs.

L’étude des modifications dynamiques du segment antérieur et la faculté d’extrapoler son vieillissement trouvent tout leur intérêt dans la chirurgie des implants phakes. Au cours des actes ou des âges de la vie, les relations anatomiques de l’iris, du cristallin et d’un implant sont susceptibles de se modifier. Les coupes optiques du segment antérieur permettront de prédire avec un degré de précision satisfaisante ce qu’il adviendra des rapports anatomiques du segment antérieur après mise en place d’un implant phake de chambre antérieure à support angulaire ou à fixation irienne. Il sera ainsi possible de prédire au bout de combien d’années le cristallin naturel risque de venir heurter la face postérieure du cristallin artificiel ou bien encore au bout de combien d’années la propulsion vers l’avant du plan irien emmènera un implant à support irien en deçà des distances de sécurité normalement admises (fig. 23).

Le problème de l’étalonnage de ce procédé n’est pas résolu. Toutefois, les mesures observées sont concordantes avec toutes les mesures ultrasoniques publiées jusqu’à ce jour. Nous avons retrouvé, tout comme Foster et al. [17], une réduction de la chambre antérieure de 18 µm par an liée au vieillissement ; ces chiffres sont très proches de ceux rapportés par Koretz et Strenk [18] pour qui cette réduction est de 21 µm par an.

CONCLUSION

L’AC OCT laisse entrevoir d’énormes possibilités dans d’autres domaines du segment antérieur. On devrait pouvoir obtenir très rapidement une image de la cornée assez proche de celle obtenue avec les topographes, avec en plus, la possibilité d’apprécier la qualité des structures cornéennes (volet LASIK, interface LASIK, invasion épithéliale, qualité du stroma…). L’analyse objective de l’angle irido-cornéen est également à l’ordre du jour (fig. 24).

Enfin, l’utilisation de faisceaux de puissances et de longueurs d’ondes différentes permet d’entrevoir une exploration du segment antérieur encore plus fine, assez proche des coupes histologiques [19].

Références

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