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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 28, N° 4  - avril 2005
pp. 443-446
Doi : JFO-04-2005-28-4-0181-5512-101019-200503708
Utilisation de la mitomycine C pour les interventions de la dacryocystorhinostomie
 

J.-P. Adenis [1], U. Sommer [2], P.-Y. Robert [1]
[1] Service d’Ophtalmologie, CHU Dupuytren, 87042 Limoges, France.
[2] Service d’Ophtalmologie, CHU Rostock, Allemagne.

Tirés à part : J.-P. Adenis, [3]

[3] à l’adresse ci-dessus. jp-adenis@wanadoo.fr

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Utilisation de la mitomycine C pour les interventions de la dacryocystorhinostomie

La mitomycine C (MMC) a été décrite comme pouvant avoir un effet positif dans la chirurgie de la dacryocystorhinostomie (DCR) quel que soit le type de la DCR : externe, endonasale et transcanaliculaire. La MMC, un antinéoplasique antibiotique, agit comme un agent alcylant par inhibition de la synthèse de l’ADN, de l’ARN cellulaire et des protéines. L’application topique peut avoir une influence sur le processus de la cicatrisation, ce qui est intéressant dans la chirurgie filtrante des glaucomes et dans la chirurgie des ptérygions. L’intérêt de la MMC dans les interventions de la DCR est la diminution des cicatrisations excessives et la prévention d’une occlusion de l’ostéotomie par influence sur les fibroblastes. Une augmentation du taux de succès à long terme a pu être observée par différents auteurs. Une augmentation de la taille de l’ostéotomie, une diminution de la densité et de la cellularité de la muqueuse sont constatées chez des patients opérés avec DCR et MMC. Aucune complication n’a été observée lors de l’usage topique correct de la MMC.

Abstract
Use of mitomycin C (MMC) for dacryocystorhinostomy interventions

Mitomycin C (MMC) has been described as having a positive effect in different types of dacryocystorhinostomy (DCR) surgery such as external DCR, endonasal and transcanalicular DCR. MMC, an antineoplastic antibiotic, acts as an alkylating agent by inhibiting DNA, RNA and protein synthesis. Topical use of MMC can modulate the scarring process, which is useful in glaucoma surgery and pterygium excision. In DCR, MMC is also useful because it reduces the scarring process and thus prevents the occlusion of the osteotomy site related to the fibroblast activity. An increase in the success rate for long-term results has been observed by different authors, resulting from a larger osteotomy size as well as a decrease in the density and cellularity of the mucosa. No complications have been seen with topical use of MMC.


Mots clés : Mitomycine C , dacryocystorhinostomie externe , dacryocystorhinostomie endonasale , dacryocystorhinostomie transcanaliculaire

Keywords: Mitomycin C , external dacryocystorhinostomy , endonasal dacryocystorhinostomy , transcanalicular dacryocystorhinostomy


INTRODUCTION

La mitomycine C (MMC) a été décrite (par différents auteurs) comme pouvant avoir un effet positif dans la chirurgie de la dacryocystorhinostomie (DCR) quel que soit le type de l’intervention : externe [1], [2], [3], [4], endonasale [5], [6], [7] et transcanaliculaire [8]. L’intérêt de la MMC dans les interventions de la DCR est la prévention d’une occlusion de l’ostéotomie via son action sur les fibroblastes et son influence sur le processus de cicatrisation excessif.

MITOMYCINE C (MMC)

La mitomycine C (MMC), isolée de Streptomyces caespitosus, est un antinéoplasique antibiotique qui agit comme un agent alcylant par l’inhibition de la synthèse de l’ADN, de l’ARN cellulaire et des protéines. Elle diminue la synthèse du collagène au niveau des fibroblastes par l’inhibition de la synthèse de l’ARN dépendante de l’ADN. Il peut supprimer la prolifération cellulaire dans chaque période du cycle cellulaire.

La MMC est de plus en plus utilisée parce qu’elle influe sur le processus de la cicatrisation. En ophtalmologie, elle est utilisée lors de la chirurgie filtrante des glaucomes comme thérapie adjuvante dans la prévention d’une cicatrisation excessive et lors la chirurgie des ptérygions pour la prévention d’une rechute.

INTÉRÊT DE LA MMC DANS LA DACRYOCYSTORHINOSTOMIE

La DCR a pour objectif la reperméabilisation des voies lacrymales avec une ostéotomie.

Les interventions les plus souvent pratiquées sont la DCR externe avec une incision cutanée, la DCR endonasale par voie endoscopique et la DCR au laser soit par voie endonasale soit par voie transcanaliculaire. Le taux de succès par la voie externe est environ de 90 % [9], [10] ; par la voie endonasale il est compris entre 59 % et 100 % [7], [11] et par la voie transcanaliculaire entre 50 % et 65 % [8], [12] selon différents auteurs. Les raisons majeures d’échec de la DCR sont une obstruction du canalicule commun et la cicatrisation excessive de l’ostéotomie [13], [14]. L’intérêt de la MMC au niveau de la chirurgie des voies lacrymales comme la DCR externe et endonasale par endoscopie et laser est la diminution de la cicatrisation et la prévention d’une occlusion de l’ostéotomie par prolifération des fibroblastes.

EFFET DE LA MMC DANS LA CULTURE CELLULAIRE ET EN HISTOPATHOLOGIE

Un effet cytotoxique variable et une induction de l’apoptose après une exposition courte à la MMC (d’une concentration de 0,1 à 0,4 mg/ml pendant 1 à 5 minutes) de fibroblastes humains de la muqueuse nasale en culture cellulaire peuvent être observés [15]. Les études de la morphologie suggèrent que l’effet de la MMC est limité au côté de l’application [5] ; cet effet peut être mis en corrélation avec le changement de couleur de la muqueuse qui passe de rouge à gris-blanc après l’application de la MMC [10]. En histopathologie, une diminution de la densité et de la cellularité de la muqueuse a été observée après application de la MMC [5]. Ces observations peuvent expliquer un effet complexe et, en conséquence, l’augmentation du succès dans l’intervention de la DCR.

RÉSULTATS CLINIQUES DE LA MMC DANS LA DCR EXTERNE (tableau I)

Une taille de l’ostéotomie statistiquement plus large après la DCR avec application de MMC après une période de 6 mois était observée par Kao et al. [1]. Quinze yeux de 14 patients étaient randomisés entre un groupe avec application de MMC et un groupe témoin. L’application de la MMC contre l’ostium, au moyen d’un coton tige à la concentration de 0,2 mg/ml, était effectuée pendant 30 minutes. Les voies lacrymales étaient intubées avec un tube de Silicone. Après l’ablation de l’intubation, 100 % des patients du groupe MMC étaient asymptomatiques pendant une période de 6 mois versus 87,5 % des patients pour le groupe témoin.

Dans une étude de You et Fang [2], un taux de succès de 94 à 100 % contre 83 % dans le groupe témoin était observé après l’application peropératoire de la MMC dans la DCR externe. La période d’observation était de 35,2 mois en moyenne ; 50 patients étaient randomisés dans 3 groupes. Dans les 2 groupes avec utilisation de la MMC, l’intervention était réalisée avec application de MMC à la concentration de 0,2 et 0,5 mg/ml pendant 5 minutes au moyen d’un coton tige à la muqueuse nasale et à la muqueuse du sac lacrymal. La différence était statistiquement significative.

Dans une autre étude [3], un taux de succès de 95,5 % chez les patients traités avec MMC sans symptôme après une période de 10 mois et un taux de 70,5 % dans le groupe traité par l’intervention conventionnelle étaient observés. Le but de l’étude était l’observation à long terme de l’application de la MMC peropératoire (application de MMC contre l’ostium au moyen d’un coton tige à la concentration de 0,2 mg/ml pendant 30 minutes, n = 44) comparée aux résultats des investigations conventionnelles (n = 44).

Des observations encourageantes ont aussi été décrites par Yalaz et al. [4] après l’application topique de MMC contre l’ostéotomie pendant 5 minutes chez 20 patients à la concentration de 0,4 mg/ml ou 1,0 mg/ml avec un échec (à la concentration de 0,5 mg/ml).

Les résultats cliniques de la MMC dans les DCR externes de première intention sont favorables pour le taux de succès (94-100 % comparé avec 70,5-83 % dans le groupe de témoin) et la taille de l’ostéotomie à long terme. L’application topique de la MMC était effectuée en peropératoire avec une concentration de 0,2-1,0 mg/ml pendant 5 à 30 minutes sans effet secondaire.

RÉSULTATS CLINIQUES DE LA MMC DANS LA DCR ENDONASALE

En général, les taux de succès dans la DCR endonasale sont moins élevés que dans les interventions par voie externe. La création d’une ostéotomie plus petite et l’absence d’une suture directe, ainsi que la stimulation d’une réponse inflammatoire provoquée par l’intubation nécessaire des voies lacrymales, sont des raisons d’échec. Les avantages sur la DCR externe sont la conservation de l’appareil musculo-ligamentaire, l’absence d’une cicatrice cutanée et le fait que ce soit une intervention peu traumatique.

Un effet favorable de la MMC (0,5 mg/ml pendant 2,5 minutes) peropératoire dans les interventions (n = 4) de la DCR endonasale de laser a été constaté par Urgubas et al. [5] lors d’une étude histopathologique menée durant 6 mois.

Cependant, une autre étude de la même équipe, ayant pour objectif d’évaluer le taux de succès après application de MMC (0,5 mg/ml pendant 2,5 minutes) peropératoire dans la DCR endonasale laser de première intention (n = 14) et dans la reprise après DCR externe (n = 8) avec des groupes témoin correspondants, ne montrait aucune différence significative [6] (période d’observation en moyenne de 18,2 mois).

RÉSULTATS CLINIQUES DE LA MMC DANS LA DCR TRANSCANALICULAIRE

Le principe de la DCR transcanaliculaire est la création d’une fistule lacrymo-nasale par l’introduction de la fibre laser dans les voies lacrymales. Le taux de succès par voie transcanaliculaire est moindre que par voie externe ou endonasale.

D’après Piaton et al. [8], l’utilisation de la MMC dans les DCR transcanaliculaires de première intention, quels que soient les lasers utilisés (YAG (Nd : YAG) et YAG (Ho : YAG)), n’apporte aucun bénéfice supplémentaire. Deux méthodes d’application de la MMC à la concentration de 0,5 mg/ml ont été testées chez 68 patients : application contre l’ostium au moyen d’un coton tige (n = 50) ou mise en place à demeure d’un pansement résorbable de cellulose régénérée oxydée imbibée de la MMC dans le sac lacrymal au moyen de fils intra-canaliculaires pendant 5 minutes (n = 17). Aucune différence entre ces deux protocoles n’a été constatée pendant 6 mois d’observation.

APPLICATION DE LA MMC DANS LES REPRISES D’ÉCHEC DE LA DCR

Pour les reprises d’échec, les résultats sont variables (tableau II). Yeats et Neves [16] n’ont observé aucun échec sur une période d’observation moyenne de 14,6 mois (avec une intubation des voies lacrymales pendant une période en moyenne de 16,5 semaines) chez des patients traités par des reprises de DCR. L’objectif de l’étude était l’évaluation de l’utilité d’une application peropératoire unique de MMC dans les reprises de DCR.

La MMC était appliquée à la concentration de 0,3 mg/ml pendant 3 minutes sur la zone d’anastomose entre le sac lacrymal postérieur et la muqueuse nasale (sur le côté de la fistulisation) chez 4 patients traités par DCR externe, et au niveau de la zone de l’ablation de laser chez 4 patients traités par DCR endonasale laser. Pendant une période de 14,7 mois en moyenne, aucun échec n’a été observé dans ce petit groupe ; un succès est probable.

En revanche, l’étude de Piaton [17] sur les reprises d’échec avec DCR transcanaliculaire ne montre pas d’amélioration (10 succès obtenus chez 19 patients traités) par rapport à l’application topique de la MMC (à la concentration de 0,5 mg/ml contre l’ostium pendant 5 minutes au moyen d’un coton tige).

EFFETS SECONDAIRES

D’importants effets secondaires sont décrits concernant l’utilisation de la MMC dans la chirurgie filtrante ou dans les ptérygions. Pour l’application topique lors de ptérygions, des complications comme le glaucome secondaire, la perforation cornéenne, la cataracte secondaire et une calcification de la sclérotique ont été observées [18]. Pour la chirurgie filtrante, une maculopathie liée à l’hypotonie, des infections ou une endophtalmie ont été constatées. À l’exception d’un cas avec une cicatrisation ralentie observée après un contact supposé de la peau avec la MMC [3], l’utilisation appropriée de la MMC n’a entraîné aucune complication [11], [12], [13], [14], [15].

CONCLUSION

La constatation de résultats positifs de l’usage de la MMC dans la chirurgie filtrante des glaucomes et des excisions des ptérygions, a permis de proposer l’usage de la MMC dans les cas difficiles de DCR et dans les reprises d’échec pour la prévention d’une occlusion de l’ostéotomie. Toutefois, ces bons résultats doivent être interprétés avec modération car plusieurs études ont été menées sur de petites cohortes de patients et ne permettent pas de conclusions statistiquement significatives.

Un résultat favorable a été observé pour la DCR externe et, dans certaines études, des reprises des échecs peuvent amener à la conclusion que la MMC augmente le taux de succès dans ces groupes [1], [2], [3], [4], [16]. Les études sur les voies transcanaliculaires étaient moins favorables ; elles n’ont pas montré une différence du succès avec ou sans application de l’anti-métabolite MMC [8], [17].

Au total, selon la littérature, l’application peropératoire de la MMC est encourageante. Son utilisation n’engendre ni augmentation excessive de la durée de l’intervention, ni complications à type d’effets secondaires.

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