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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 28, N° 6  - juin 2005
pp. 623-626
Doi : JFO-06-2005-28-6-0181-5512-101019-200504946
Le tonus oculaire chez les Béninois : dépistage du glaucome primitif à angle ouvert
 

S. Tchabi, C. Doutétien, A. Amoussouga, M. Babagbéto, R. Lawani, J. Déguénon, S.K. Bassabi
[1] Clinique d’ophtalmologie « La Lumière », 04 BP 0497, Cotonou (Bénin).

Tirés à part : S. Tchabi, à l’adresse ci-dessus.

[2]  Youftchabi@yahoo.fr

Communication présentée lors du 109e congrès de la SFO en mai 2003.


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Le tonus oculaire chez les Béninois : dépistage du glaucome primitif à angle ouvert

Objectif : Les auteurs ont voulu mettre en évidence les principales caractéristiques du tonus oculaire chez le Béninois, la fréquence des hypertonies oculaires (HTO) et du glaucome primitif à angle ouvert (GPAO).

Matériel et méthodes : Nous avons mené une étude rétrospective dans une clinique privée d’Ophtalmologie de Cotonou du 1er janvier au 30 juin 2001 (6 mois). Elle a concerné 4 159 patients âgés de 20 ans et plus, chez qui le tonus oculairea été mesuré systématiquement dans le cadre du dépistage du glaucome. Les paramètres étudiés étaient l’âge, le sexe et le tonus oculaire.

Résultats : Les patients ainsi recrutés étaient âgés de 20 à 85 ans. La tranche d’âge de 41 à 50 ans était la plus représentée (30,1 %). 56,4 % de l’échantillon étaient des femmes. Les valeurs de tonus oculaire s’étalaient de 8 à 60 mmHg, dont plus de la moitié (52,3 %) étaient inférieures ou égales à 13 mmHg. Quel que soit le sexe, la répartition des tonus oculaires suivait approximativement une courbe en « cloche », avec un pic entre 11-13 mmHg. La fréquence des HTO a été de 3,8 % avec une prédominance masculine et une augmentation régulière avec l’âge. Parmi les cas d’HTO, 41,6 % étaient des HTO isolées et 58,4 % des GPAO avérés. Seize pour cent des glaucomateux avaient moins de 40 ans, dont 25 % avaient moins de 30 ans.

Conclusion : De cette étude, il ressort une valeur basse entre 11-13 mmHg du pic moyen du tonus oculaire et la précocité d’apparition du glaucome chez leBéninois. Le dépistage du glaucome doit donc être institué dès l’âge de 20 ans et même plus tôt.

Abstract
Intraocular pressure in the Beninese: screening for primary open-angle glaucoma

Purpose: To describe the main characteristics of intraocular pressure (IOP) in Benin, the frequency of ocular hypertension (OHT) and primary open-angle glaucoma (POAG).

Material and methods: A retrospective study was conducted in a private ophthalmological clinic in Cotonou, Benin, between January 1 and June 30, 2001. It involved 4159 patients aged 20 years and over in whom IOP was systematically measured within a glaucoma screening program. The parameters studied were age, sex, and IOP.

Results: The patients recruited were between 20 and 85 years old. The age group from 41 to 50 years was the largest (30.1%); 56.4% of the sample were women. IOP values ranged from 8 to 60 mmHg: 52.3% were lower or equal to 13 mmHg. For both sexes, IOP followed a Gaussian distribution, with a peak between 11 and 13 mmHg. OHT frequency was 3.8%, with a male predominance and a regular increase with age. Among the OHT cases, 41.6% were isolated OHT and 58.4% of the POAGs turned out. Of the glaucoma patients, 16% were less than 40 years old, 25% were under 30 years old.

Conclusion: In this study, it was found that the IOP peak was low and glaucoma appeared prematurely in the Beninese population. Glaucoma screening must therefore be set up from the age of 20 years and even earlier.


Mots clés : Tonus oculaire , glaucome primitif à angle ouvert , dépistage

Keywords: Intraocular pressure , primary open-angle glaucoma , screening


INTRODUCTION

Le tonus oculaire normal varie de 10 à 21 mmHg. L’hypertonie oculaire (HTO) paraît être le premier facteur de risque du glaucome primitif à angle ouvert (GPAO), bien qu’il soit possible d’avoir un tonus oculaire très élevé et ne jamais développer de glaucome (HTO isolée), ou qu’à l’inverse, un glaucome authentique puisse exister avec un tonus oculaire apparemment physiologique (glaucome à pression normale).

Le GPAO est une maladie oculaire fréquente, évoluant à bas bruit pendant des années puis conduisant à la cécité en l’absence de dépistage et de traitement. Au Togo, il représente la deuxième cause de cécité bilatérale (15 %) après la cataracte [1]. Kaimbo et al. [2] au Zaïre rapportent 30 % de cécité chez les patients atteints de glaucome. Le GPAO constitue ainsi un problème majeur de santé publique en Afrique et dans le monde.

En Afrique, il est rare de voir en consultation des sujets venant spécialement pour le dépistage du glaucome. C’est dire l’importance de la mesure systématique du tonus oculaire par l’ophtalmologiste lors d’une consultation, soit pour des problèmes de la réfraction, soit pour tout autre problème oculaire n’ayant a priori aucun rapport avec le glaucome.

Des études ont déjà été faites sur le tonus oculaire dans des populations africaines, notamment sur sa valeur moyenne. Le but de ce travail est d’analyser le profil du tonus oculaire chez le béninois âgé au moins de 20 ans, d’étudier la fréquence des HTO et celle du GPAO, notamment chez le sujet jeune afin de savoir si la mesure du tonus oculaire doit encore être limitée aux sujets âgés de 30 ou 40 ans et plus, ou si elle doit être instituée plus tôt.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Cette étude rétrospective a été menée dans une Clinique d’Ophtalmologie privée de Cotonou, la Clinique « La Lumière », sur une période allant du 1er janvier au 30 juin 2001. Cette clinique reçoit des patients venant non seulement de la ville de Cotonou, mais aussi de presque toutes les autres régions du Bénin. Dans le cadre de cette étude, la mesure du tonus oculaire a été effectuée systématiquement chez tous les patients âgés de 20 ans et plus, quel que soit le motif de la consultation. Le tonus oculaire a été mesuré au tonomètre à air pulsé sans contact oculaire, type Topcon avec système à pression constante : si la cornée n’était pas aplanie après un premier jet d’air de 30 mmHg, un second jet avec une pression de 60 mmHg a été projeté pour obtenir la déformation. La mesure du tonus oculaire se fait à partir du temps nécessaire pour obtenir la déformation cornéenne avec un flux d’air à pression constante (30 ou 60 mmHg) [3]. Le chiffre de tonus oculaire est la moyenne de trois prises.

Les mesures du tonus oculaire ont été prises par le même manipulateur, essentiellement le matin, les Béninois étant habitués à se présenter en consultation dans la matinée, ce qui a d’ailleurs évité les écarts liés aux fluctuations nycthémérales.

Ont été exclus de cet échantillon, les cas d’yeux présentant les diverses pathologies (inflammation, traumatisme récent, glaucome déjà diagnostiqué). Ce travail a ainsi porté sur 6 728 yeux de 4 159 patients. Les paramètres étudiés étaient l’âge, le sexe, le tonus oculaire.

Tous les patients atteints d’HTO ont bénéficié d’un bilan complet à la recherche d’un GPAO : examen de la papille, gonioscopie et périmétrie automatisée. Ont été considérés comme glaucomateux les cas d’HTO ayant un cup disc supérieur à 0,5 et un déficit du champ visuel.

Le traitement des données ainsi recueillies a été informatique à l’aide du logiciel d’analyse statistique OPLUS.

RÉSULTATS
Âge et sexe (tableau I)

Quatre mille cent cinquante-neuf patients âgés de 20 à 85 ans ont fait l’objet de cette étude. La tranche d’âge de 41-50 ans était la plus représentée (30,1 %). Sur les 4 159 cas, 2 347 (56,4 %) étaient des femmes et 1 812 (43,6 %) des hommes, soit un sex ratio de 1,3 F/H.

Le tonus oculaire
Répartition globale des tonus oculaire (tableau II)

Les valeurs de tonus oculaire retrouvées ont été de 8 à 60 mmHg.

Sur un total de 6 728 yeux, 52,3 % des cas avaient un tonus oculaire inférieur ou égal à 13 mmHg. Les valeurs entre 11-13 mmHg prédominaient (36,2 %) ; celles se trouvant entre 14-16 mmHg arrivaient au deuxième rang (27,7 %). Le pourcentage des valeurs se trouvant dans la zone de tonus oculaire supérieur à 21 mmHg a augmenté avec l’âge, avec une nette prédominance chez les patients de plus de 60 ans.

Répartition des tonus oculaire selon le sexe (tableau IIIet fig. 1)

Les résultats sont résumés dans le tableau III. Le nombre de femmes ayant un tonus oculaireinférieur à 17 mmHg est légèrement supérieur à celui des hommes (81 %) contre 78,7 %. On a observé l’inverse pour les valeurs de tonus oculaire supérieures ou égales à 17 mmHg (21,3 % d’hommes contre 19 % de femmes).

La figure 1 montre que la répartition des tonus oculaire a suivi approximativement une courbe d’allure « gaussienne », avec un pic entre 11-13 mmHg.

Fréquence des hypertonies oculaires (tableau IV)

Deux cent cinquante-sept patients de cette série ont présenté une HTO (3,8 %), avec une prédominance masculine.

Les tranches d’âge où les fréquences ont été les plus élevées sont celles de 51-60 ans (0,7 %) et celle d’âge supérieur à 60 ans (1,8 %). Chez les patients d’âge compris entre 20-40 ans, la fréquence était de 0,6 %. Douze cas ont été relevés dans la tranche d’âge de 20-30 ans (0,2 %).

— HTO isolées et GPAO

Parmi les 257 cas d’HTO, on a recensé :

  • 107 cas d’HTO isolée (41,6 % des HTO et 2,6 % de tous les patients) ;
  • 150 cas de GPAO(58,4 % des HTO et 3,6 % de tous les patients), dont 1 cas de glaucome pigmentaire ; 24 glaucomateux (16 % des cas de GPAO) qui avaient moins de 40 ans ; 25 % de ces glaucomateux (4 % des cas de GPAO) avaient moins de 30 ans.

DISCUSSION

Bien que l’HTO ne permette pas de confirmer le diagnostic de glaucome, elle constitue son premier facteur de risque. Le tonus oculaire est un paramètre essentiel dont les principales caractéristiques chez les Béninois ont été étudiées dans ce travail. Des HTO ont été relevées ; il s’agit d’HTO isolées ou en rapport avec un glaucome avéré. Des cas de GPAO ont été recensés même chez des sujets de moins de 30 ans.

La tonométrie par aplanation au tonomètre de Goldmann reste la technique de référence pour une mesure précise du tonus oculaire [3]. Plusieurs études mettent en doute la précision des tonomètres à air pulsé pour les valeurs élevées de tonus oculaire et notent une tendance à sous-estimer les valeurs basses (de 3 mmHg en moyenne). Néanmoins, ils sont réputés être de bons tonomètres pour le dépistage de masse ; ils minimisent le risque de transmission d’agents infectieux [3].

Une étude réalisée par Bernardin et al. parmi une population Malgache « les Merina » retrouve un sex-ratio en faveur des hommes [4]. En revanche, dans cette étude, un sex-ratio en faveur des femmes a été noté. Ceci est certainement dû au fait que numériquement, il y a plus de femmes que d’hommes qui viennent en consultation. Quel que soit le sexe, la répartition des tonus oculaire a suivi approximativement une courbe « en cloche », avec une limite inférieure de tonus oculaire à 8 mmHg et un pic entre 11-13 mmHg. Le même aspect est décrit par Bernardin et al. [8], mais avec un pic entre 14-16 mmHg. Ntim-Amponsah [5] au Ghana note une limite inférieure de 5 mmHg.

Le tonus oculaire du Béninois est relativement bas. Plus de la moitié des patients (52,3 % des cas) ont un tonus oculaire inférieur ou égal à 13 mmHg, dont la majorité (36,2 %) se situe entre 11-13 mmHg ; cela résulte t-il de la notion de cornée mince chez les sujets de couleur noire, qui entraîne une sous-estimation du tonus oculaire ? La pachymétrie n’ayant pas été faite chez nos patients, nous ne pourrions répondre pour le moment à cette interrogation. D’autres auteurs rapportent aussi une valeur de tonus oculaire basse [4]. Une étude faite au Ghana sur 600 patients âgés de 16 à 77 ans retrouve une moyenne de tonus oculaire à 15,5 mmHg [5]. Balo et al. [6] rapportent un tonus oculaire moyen de 14,1 mmHg. Mais, notons que la mesure du tonus oculaire a été effectuée au tonomètre à aplanation de Goldmann, au Ghana et au Togo.

La fréquence des HTO de cette série (3,8 %) est plus élevée que celle rapportée par Balo et Talabe [7] chez les Togolais (1,5 %) et Bernardin et al. [4], chez les « Merina » d’Antananarivo (1,4 %). D’après Bernardin et al. [4], la fréquence des HTO augmente jusqu’à 50 ans et diminue après 60 ans. Dans cette étude, elle a augmenté régulièrement avec l’âge.

Balo et Talabe [7] rapportent que la prévalence du glaucome est plus élevée chez les noirs que chez les blancs. La littérature africaine abonde de données qui attestent d’une prévalence élevée chez les noirs. Le taux de 3,6 % rapporté dans cette étude est nettement supérieur à celui de 2,1 % trouvé par Ahnoux-Zabsonré en 1998 en Côte d’Ivoire [8]. En revanche, ce même taux est plus proche de celui de Ntim-Amponsah (3 %) en 1997 au Ghana [5]. Dans une étude menée sur 307 jeunes Camerounais, Bella-Hiag et al. [9] ont trouvé une forte prévalence de 5,8 %. Dans cette étude, 16 % des glaucomateux ont moins de 40 ans, dont 25 % ont moins de 30 ans. Le même phénomène a été signalé par de nombreux travaux effectués en Afrique [4], [7], [9].

CONCLUSION

L’étude de 4 159 patients dont le tonus oculaire a été mesuré systématiquement montre une valeur basse entre 11-13 mmHg du pic moyen et la précocité d’apparition du glaucome chez le Béninois : 16 % avant 40 ans, parmi lesquels 25 % avant 30 ans.

Le dépistage du glaucome ne doit plus être limité aux sujets âgés de 30 ou 40 ans et plus. Il doit être institué dès l’âge de 20 ans et même plus tôt, surtout si l’on sait que l’évolution du glaucome juvénile chez le sujet mélanoderme paraît particulièrement plus rapide et plus agressive et qu’il n’est pas rare de poser le diagnostic alors qu’un œil est déjà à un stade très évolué.

Une étude ultérieure sera consacrée aux cas de glaucome à pression normale.

RÉFÉRENCES

[1]
Balo KP, Wabagira J, Banla M, Kuaovi R. K. Causes spécifiques de cécité et de déficiences visuelles dans une région rurale du Sud Togo. J Fr Ophtalmol, 2000;23:459-64.
[2]
Kaimbo Wa Kaimbo D, Missoten L. Eye diseases and the causes of blindness in the southwestern Equator (equatorial forest) in Zaire, data from an eye camp in three rural centers. Bull Soc Belge Ophtalmol, 1997;265:59-65.
[3]
Renard JP. Mesures de la pression intra-oculaire.Pièges et limites. J Fr Ophtalmol, 1999;22,90-3.
[4]
Bernardin P, Rabeantoandro H, Ratsimbazafy J, Rasikindrahona E. Nouvelle approche épidémiologique de la tension oculaire dans une population d’Antananarivo. J Fr Ophtalmol, 2001;24:21-8.
[5]
Ntim-amponsah CT. Mean intraocular pressure in Ghanaians East. Afr Med J, 1996;73:516-8.
[6]
Balo KP, Kouadio N, Komlan A,Tendiane K. Le tonus oculaire dans une population togolaise. Bul Soc Pan Afr Ophtalmol, 1990;1:41-6.
[7]
Balo KP, Talabe M. Les jeunes glaucomateux togolais. J Fr Ophtalmol, 1994;17:668-73.
[8]
Ahnoux-zabsonréa, Keita C, Saafede K, Tanoe A. Prévalence du glaucome chronique à angle ouvert en Côte d’Ivoire. J Fr Ophtalmol, 1998;21:643-7.
[9]
Bella-Hiag AL, Ebana Mvogo C, Ngosso A, Ellong A. Pression intraoculaire dans une jeune population camerounaise. J Fr Ophtalmol, 1996;19:585-90.




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