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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 28, N° 9  - novembre 2005
pp. 939-943
Doi : JFO-11-2005-28-9-0181-5512-101019-200504055
Surveillance, signalement et prévention des infections nosocomiales en ophtalmologie
Création de l’Observatoire National Des Endophtalmies (ONDE)
 

A. Salvanet-Bouccara, J.-L. Seegmuller et le Comité d’organisation de l’ONDE
[1] Service d’Ophtalmologie, CHI Villeneuve-St-Georges, 40, allée de la Source, 94195 Villeneuve-St-Georges Cedex.

Tirés à part : A. Salvanet-Bouccara,

[2] à l’adresse ci-dessus.

Communication orale présentée lors du 110e Congrès de la SFO en mai 2004.


@@#100979@@
Surveillance, signalement et prévention des infections nosocomiales en ophtalmologie. Création de l’Observatoire National Des Endophtalmies (ONDE)

Introduction : La lutte contre les infections nosocomiales (IN) est inscrite parmi les missions de tout établissement de santé (Décret n° 99-1034 du 6 décembre 1999 et circulaire n° DGS-DHOS-2000-645 du 29 décembre 2000). La mise en place d’une surveillance épidémiologique des IN est un élément essentiel pour leur prévention, et celle des infections du site opératoire (ISO), et fait partie des priorités définies par le Comité Technique National des Infections Nosocomiales (CTIN). Dans ce cadre est né l’Observatoire National Des Endophtalmies (ONDE) sous l’égide de l’Académie d’Ophtalmologie afin de coordonner une surveillance épidémiologique des ISO en ophtalmologie, essentiellement après chirurgie de la cataracte. Par ailleurs, le décret n° 2001-671 du 26 juillet 2001 et la circulaire DHOS/E2-DGS/SD/5C n° 2001-383 du 30 juillet 2001 ont introduit le signalement obligatoire de certaines IN aux Centres de Coordination de la Lutte contre les Infections Nosocomiales (CCLIN) et aux DDASS, dans un but d’alerte et d’aide aux établissements. Une articulation entre ces initiatives de professionnels et les obligations réglementaires est à définir.

Matériel et méthodes : Le projet de l’ONDE consiste en la mise en place d’une surveillance des endophtalmies post-opératoires par le recueil d’information sur les cas d’ISO et leurs circonstances de survenue grâce à un questionnaire standardisé et anonyme. Ce questionnaire est consultable en ligne sur le site click Here. Conjointement, il est essentiel comme le stipule le décret 671 du 26 juillet 2001 de mettre en place le signalement en continu des endophtalmies d’origine infectieuse dans chaque établissement de santé ; permettant ainsi la transmission des données de l’I.N. en ophtalmologie aux diverses instances sanitaires (C-CLIN, DDASS, In Vs). Ce signalement ne se substitue pas aux obligations de signalement liées aux vigilances. L’information au patient, autre aspect du dispositif réglementaire est indispensable à la relation de confiance patient-professionnel.

Résultats : Un courrier a permis d’annoncer début 2003 à l’ensemble des ophtalmologistes Français la création de l’ONDE et d’expliquer ses objectifs : 424 réponses ont été recueillies, 346 (82 %) ophtalmologistes se déclarant prêts à participer à ce projet. Malgré la longueur du questionnaire, les coordonnateurs du projet espèrent recueillir un nombre suffisant d’observations, répétant ainsi le succès de la première enquête prospective hexagonale pilotée par le GEEP en 1991. Ce projet a été présenté au Réseau d’Alerte, d’Investigation et de Surveillance des Infections Nosocomiales (RAISIN) qui associe les CCLIN et l’Institut de Veille Sanitaire. La démarche de l’ONDE a été reçue avec intérêt et le RAISIN a proposé son soutien méthodologique. La synergie potentielle entre le travail de l’ONDE et d’autres études du RAISIN a été soulignée. Les résultats du réseau de surveillance des ISO ont révélé un taux en chirurgie ophtalmologique pour 2002 de 0,27 ISO pour 100 actes opératoires. Les signalements d’endophtalmies reçus depuis 2001 participent pour 3 % des signalements reçus à l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), ce qui en fait un événement sentinelle justifiant des études spécifiques et la mise en place d’une étude cas-témoin pour mieux connaître les facteurs de risque de cette infection ; l’ONDE sera associé au groupe de travail du RAISIN sur ce dernier thème.

Discussion : L’instauration d’un dialogue entre les professionnels de l’ophtalmologie (chirurgiens, fabricants de dispositifs médicaux), de l’hygiène et de la surveillance des IN au niveau régional et national permettra de renforcer une coopération propice à la mise en place de procédures de qualité et à une meilleureconnaissance du risque infectieux en ophtalmologie. Si l’envoi de données à l’ONDE ne peut se substituer au signalement réglementaire, il permettra de recueillir des éléments complémentaires permettant d’améliorer cette connaissance. Le SENIC Project (Study of the Efficacy of Nosocomial Infection Control) américain avait prouvé dans les années 1970 que la mise en place d’une surveillance épidémiologique permettait de réduire de 30 % les IN.

Conclusion : La nécessité d’actualiser de façon régulière les données épidémiologiques de l’IN en chirurgie ophtalmologique justifie ce nouvel effort demandé à la profession et permet de s’inscrire dans une démarche d’évaluation permanente du risque infectieux multifactoriel. Les ophtalmologistes ont démontré depuis longtemps leurs implications historiques dans la mobilisation contre la lutte contre l’infection.

Abstract
Monitoring, reporting, and preventing nosocomial infections in ophthalmology. Creation of the National Endophthalmitis Observation Database (ONDE)

Introduction: Fighting against nosocomial infections (NI) is one of the missions of every healthcare institution (Decree No. 99-1034, 6 December 1999 and circular No. DGS-DHOS-2600-645, 29 December 2000). Setting up epidemiological surveillance for NI is an essential factor in preventing such infection as well as operation-site infections (OSI). It forms one of the priorities defined by the National Technical Committee for Nosocomial Infections (CTIN). In this context, the National Observation Endophthalmitis Database (ONDE) was born under the auspices of the Académie d’Ophtalmologie to coordinate epidemiological surveillance of OSI in ophthalmology, principally after cataract surgery. In addition, recent legislation (Decree N°2001-671 of 26 July 2001 and circular N°DHOS/E2-DGS/SD/5C n°2001-383 of 30 July 2001) introduced the obligatory reporting of certain NI through the coordination centers to fight nosocomial infections (CCLIN) and to the DDASS, with the aim of alerting and assisting medical institutions. The interaction between these professional initiatives and regulatory obligations remains to be defined.

Materials and methods: The ONDE project establishes surveillance of postoperative endophthalmitis by collecting information on cases of OSI and their circumstances of onset using a standardized, anonymous questionnaire. This questionnaire can be viewed online on the website click Here. In conjunction, and as stipulated in Decree 671 dated 26.07.2001, it is essential to install the continuous reporting of endophthalmitis of infectious origin in every health care institution, thereby enabling transmission of these NI data in ophthalmology to various healthcare bodies (C-CLIN, DDASS, In Vs). This reporting does not replace the reporting obligations associated with safety monitoring. Patient information, another aspect of the regulatory device, is essential to the patient-healthcare professional confidence relationship.

Results: The creation of ONDE and an explanation of its objectives were announced by mail at the beginning of 2003 to all French ophthalmologists: 424 answers were received, 346 (82%) ophthalmologists stating that they were ready to take part in this project. Despite the length of the questionnaire, the project coordinators hoped to recover a sufficient number of observations, thereby repeating the success of the first prospective national survey piloted by GEEP in 1991. This project was presented to the Network for Advancing and Investigating the Surveillance of Nosocomial Infections (RAISIN), which is an association of CCLIN and the Institute for Health Monitoring. The ONDE process was received with interest and RAISIN offered its methodological support. The potential synergism between the ONDE work and that of other RAISIN studies was highlighted. The results of the surveillance network for OSI identified an ophthalmological infection rate in surgery in 2002 of 0.27 OSI per 100 operative procedures. The endophthalmitis reports received since 2001 make up 3% of the reports received at InVs, making this a warning event and justifying specific studies and the need for a case-control study to better understand the risk factors for this type of infection: ONDE will be associated with the RAISIN working group on this subject.

Discussion: Setting up a dialogue between ophthalmology professionals (surgeons, manufacturers of medical devices), and those in hygiene, and the surveillance of NI on regional and national scales, will help to increase the cooperation specifically required to introduce quality procedures and improve the understanding of the risk of infection in ophthalmology. Although sending data to ONDE cannot substitute for regulatory reporting, it will help to obtain additional information and to improve this knowledge. The American SENIC Project (Study of the Efficacy of Nosocomial Infection Control) in the 1970s found that the introduction of epidemiological surveillance could reduce NI by 30%.

Conclusion: The need to regularly update epidemiological data on NI in ophthalmological surgery justifies this new effort required from the profession and will enable it to perform part of a permanent evaluation process for the multifactorial risk of infection.

Ophthalmologists have long shown their involvement in mobilizing forces to fight infection.


Mots clés : Infections nosocomiales en ophtalmologie , endophtalmies , Observatoire National Des Endophtalmies , obligations réglementaires

Keywords: Nosocomial infection in ophthalmology , endophthalmitis , National Endophthalmitis Observation Database , regulatory obligations


INTRODUCTION

La lutte contre les infections nosocomiales (IN) est inscrite parmi les missions de tout établissement de santé (Décret n° 99-1034 du 6 décembre 1999 et circulaire n° DGS-DHOS-2000-645 du 29 décembre 2000) [1], [2]. La mise en place d’une surveillance épidémiologique des IN (« nosos » = maladie, « coumein » = soigner) est un élément essentiel de leur prévention et de la surveillance des infections du site opératoire (ISO) ; elle fait partie des priorités définies par le Comité Technique National des Infections Nosocomiales (CTIN). Dans cet esprit, l’Observatoire National Des Endophtalmies (ONDE) a été élaboré sous l’égide de l’Académie d’Ophtalmologie afin de coordonner une surveillance épidémiologique des ISO en ophtalmologie, essentiellement après chirurgie de la cataracte. Par ailleurs, le décret n° 2001-671 du 26 juillet 2001 et la circulaire DHOS/E2-DGS/SD/5C n° 2001-383 du 30 juillet 2001 [3], [4] ont introduit le signalement obligatoire de certaines IN aux Centres de Coordination de Lutte contre les Infections Nosocomiales (CCLIN) et aux DDASS, dans un but d’alerte et d’aide aux établissements. Une articulation entre ces initiatives de professionnels et les obligations réglementaires est à définir.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Le projet de l’ONDE consiste en la mise en place d’une surveillance des endophtalmies post-opératoires par le recueil d’information sur les cas d’ISO et leurs circonstances de survenue grâce à un questionnaire standardisé et anonyme. Cet observatoire a reçu l’aval de l’Académie d’Ophtalmologie. Cette instance regroupe toutes les forces vives de l’ophtalmologie, la Société Française d’Ophtalmologie (SFO), le Collège des Ophtalmologistes Universitaires (COUF), le collège des ophtalmologistes des hôpitaux généraux (COHF) et le Syndicat des Ophtalmologistes (SNOF).

Parmi les multiples raisons qui ont justifié la création de cet observatoire, nous retiendrons les arguments suivants. Ce travail intéresse toutes les équipes chirurgicales ophtalmologiques. Les documents de travail émanant de l’ANAES concernant l’évaluation du traitement chirurgical de la cataracte de l’adulte [5] en février 2000 considéraient comme prioritaire, notamment sur le plan financier, les recherches et les actions visant à prévenir et à mieux traiter les complications qui posent un problème de santé publique. L’ANAES recommandait :

  • la mise en place d’une surveillance épidémiologique à long terme des endophtalmies afin d’apprécier le risque d’endophtalmie et d’identifier précocement les cas groupés d’endophtalmie ;
  • l’élaboration et la mise à jour régulière de recommandations minimales et d’un document informatif concernant la prévention des endophtalmies post-opératoires, notamment les règles d’asepsie des blocs opératoires en ophtalmologie, le traitement des endophtalmies et la conduite à tenir en cas de suspicion d’une micro épidémie et l’information systématique à délivrer au patient.

De nombreux travaux nous permettent de travailler avec de solides pré-requis, qu’il s’agisse de la connaissance des germes responsables d’endophtalmie, de leur sensibilité aux antibiotiques et de l’origine de ces germes. Cette surveillance épidémiologique à long terme se justifie par une recherche d’efficacité dans la gestion des soins.

Les données cliniques et les données microbiologiques des endophtalmies seront recueillies au moyen d’un questionnaire comprenant 175 items validés par un groupe d’ophtalmologistes et d’épidémiologistes. Le questionnaire est consultable en ligne sur le site click Here ou click Here. Ces observations seront centralisées et traitées par l’investigateur du réseau sous couvert d’une procédure d’anonymisation du patient et de l’origine géographique.

La durée totale prévisionnelle de la recherche est annuelle et reconductible en fonction de l’intérêt épidémiologique. Elle sera arrêtée si le recueil des observations est insuffisant du fait d’une absence de motivation des ophtalmologistes.

Un rapport annuel comportant la gestion des données et leurs études statistiques, la gestion des évènements indésirables graves en transversalité avec la matériovigilance, le CTIN et l’Institut de Veille Sanitaire (InVS), sera réalisé en fin d’année.

Ce travail épidémiologique passe par une incitation au recueil, la désignation d’une personne responsable de la coordination des déclarations des endophtalmies dans les établissements, des règles de fonctionnement garantissant la confidentialité des données par une gestion non punitive des éventuelles erreurs, la définition de stratégies pour réduire la survenue de ces incidents et une évaluation de l’efficacité de ces stratégies [6].

Cette étude pourrait permettre de rechercher les facteurs de risques, de promouvoir des standards de qualité, d’une part sur les précautionset les méthodes de prévention de l’endophtalmie, et d’autre part, sur les méthodes à mettre en route en cas de micro-épidémies d’endophtalmie, de suivre les modalités thérapeutiques à mettre en œuvre. Par ailleurs, elle assurerait aux différents ophtalmologistes un retour sur l’information grâce à la mise en place d’un réseau.

Concomitamment, la circulaire DHOS 2001 du 30 juillet relative au signalement des infections nosocomiales et à l’information des patients en matière d’infections nosocomiales dans les établissements de santé est venue compléter l’arsenal administratif concernant l’organisation de la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé. Ces réglementations visent à favoriser une homogénéisation des pratiques à partir de consensus nationaux.

Il est recommandé aux établissements de santé de mettre en œuvre des mesures de prévention et de surveillance des IN, de donner l’alerte pour les événements inhabituels ou sévères dont l’origine nosocomiales peut être suspectée, d’entreprendre la formation des professionnels de l’établissement en matière de lutte contre les infections nosocomiales, et d’informer ces mêmes personnels et d’informer les patients.

Ces différentes actions sont menées à travers les CLIN de chaque établissement. L’objectif du signalement conduit à déclarer par l’établissement de façon non nominative la survenue d’épisode d’IN dans le but d’alerter les autorités sanitaires et les centres inter régionaux (C-CLIN), de mettre en place les mesures correctives nécessaires, d’enregistrer, de suivre et d’analyser l’évolution des événements. Les informations ainsi transmises à l’InVS permettront une analyse nationale des données du signalement et d’élaborer de nouvelles mesures ou des recommandations à long terme. Ce signalement est un dispositif complémentaire des enquêtes épidémiologiques et de surveillance, dans le cadre du Réseau d’Alerte et d’Investigation et Surveillance des Infections Nosocomiales (RAISIN), réseau coordonné avec les C-CLIN et l’InVS. L’évaluation de ce dispositif de surveillance des ISO a été publiée à l’échelon national par le RAISIN ; les résultats regroupent les données françaises de 1999 à 2001 (RAISIN 26.03.2003 B. Grandbastien).

L’endophtalmie rentre dans les critères de signalement de ces infections nosocomiales. En effet au terme de cette circulaire, doivent être déclarés les épisodes ayant un caractère rare ou particulier par rapport aux données épidémiologiques locales, régionales ou nationales, correspondant par exemple, à des infections à germes rares, à des infections par germes présentant un profil de résistance inhabituelle, à des cas d’infections dont la localisation peut mettre en jeu le pronostic vital ou entraîner des séquelles fonctionnelles importantes, à des infections liées à l’utilisation d’un dispositif médical contaminé, des situations épidémiques…

Ainsi, tout professionnel de santé constatant un ou plusieurs cas d’infections nosocomiales en informe, d’une part, le médecin responsable du service et le médecin responsable du patient, et d’autre part, le praticien de l’équipe opérationnelle d’hygiène hospitalière. Ce dernier après avis du CLIN transmettra sans délai les signalements par écrit à la DDASS et au C-CLIN. Une fiche de signalement des infections nosocomiales est d’ailleurs fournie en annexe de cette circulaire. Cette obligation de signalement non nominatif ne remplace pas les obligations de signalements liés aux diverses vigilances. L’investigation et le suivi d’un tel épisode d’infection ISO sont mis en œuvre par le praticien de l’équipe opérationnelle d’hygiène hospitalière. Il peut s’assurer dans son expertise d’éventuelle coordination interne ou externe à l’établissement. Les conclusions de l’investigation seront d’ailleurs transmises au C-CLIN et à la DDASS. C’est dans ce cadre que l’ONDE souhaiterait recevoir les observations d’endophtalmie afin de coordonner à l’intérieur de notre spécialité l’enquête épidémiologique clinique et microbiologique permettant l’articulation entre les initiatives professionnelles et réglementaires.

Dans ce dispositif réglementaire, l’information du patient est un élément indispensable à la relation de confiance entre patient et professionnel, et contribue à la qualité de la prise en charge des patients. Elle doit être systématique, claire, adaptée, cohérente, à l’entrée du patient d’une part et elle doit être spécifique au moment lié à la survenue de l’infection ISO et son évolution d’autre part. Les ophtalmologistes qui ont déjà fait d’importants efforts quant aux fiches d’information à donner aux patients, fiches élaborées par la Société Française d’Ophtalmologie, devraient pour répondre à cette exigence élaborer à travers leurs instances représentatives une fiche d’information spécifique à la gestion du risque post-opératoire, et tout particulièrement de l’infection, fiche remise au patient lors de sa sortie post-opératoire, permettant une standardisation de l’information [7].

RÉSULTATS

Un courrier a permis d’annoncer début 2003 à l’ensemble des ophtalmologistes français la création de l’ONDE et d’expliquer ses objectifs : 424 réponses ont été recueillies, 346 (82 %) ophtalmologistes se déclarant prêts à participer à ce projet. Malgré la longueur du questionnaire, les coordonnateurs du projet espèrent recueillir un nombre suffisant d’observations, répétant ainsi le succès de la première enquête prospective hexagonale pilotée par le GEEP en 1991. À l’heure actuelle, 40 questionnaires ont été recueillis auprès d’équipes tant hospitalières que privées. L’entrée dans cette enquête reste ouverte à tout ophtalmologiste désireux de participer à cette initiative. Le site ( click Here ou click Here) est largement consulté, en moyenne 15 fois par jour. Il comporte outre la présentation de l’observatoire et les fiches d’observation mentionnées ci-dessus, des textes sur la prévention et la clinique des endophtalmies, des fiches de protocole de traitements, des textes législatifs sur l’organisation de la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé, des liens (la SFO, la SAFIR, le SNOF, le C-CLIN OUEST, l’ANAES). Les différents C-CLIN de l’hexagone ont été par ailleurs avertis par un courrier électronique. D’autres liens seront étudiés.

La démarche de l’ONDE a été reçue avec intérêt par l’InVS et le RAISIN a proposé son soutien méthodologique aux coordonnateurs. La synergie potentielle entre l’ONDE et d’autres études du RAISIN a été soulignée. Le résultat du réseau de surveillance des ISO en chirurgie ophtalmologique retenu en 2002 par le RAISIN est de 0,27 ISO pour 100 actes opératoires [8]. De nombreux signalements d’endophtalmies ont été reçus depuis 2001 par l’InVS, contribuant pour 3 % des signalements reçus des ISO, ce qui en fait un événement sentinelle justifiant des études spécifiques et motivant l’intérêt porté par le RAISIN à cette démarche collective. Cette instance met en place pour l’année 2005 une étude cas-témoin pour mieux connaître les facteurs de risque de cette ISO ; l’ONDE sera associé au groupe de travail du RAISIN sur ce thème.

DISCUSSION

L’endophtalmie est une complication relativement peu fréquente (0,3 % étude GEEP) [9], mais redoutable attachée à la morbidité post-opératoire de la chirurgie de la cataracte. Bien que la fréquence des ISO dans notre spécialité soit faible, le ressenti contemporain d’une complication est souvent perçu comme d’autant plus dangereux qu’elle est plus faible qu’auparavant. Ceci est dû à un niveau d’exigence plus élevé en rapport d’une part avec la médiatisation et d’autre part à la juridisation de l’aléa thérapeutique.

Il importe donc de dépasser la peur d’être coupable, grâce à la garantie de confidentialité, et de signaler réglementairement l’endophtalmie d’une part, et de remplir les observations destinées à l’ONDE d’autre part. Cette démarche permettra ainsi d’instaurer un dialogue et un climat de confiance entre les différents professionnels (chirurgiens, fabricants de dispositifs médicaux) et les divers organismes de santé publique pour une gestion positive d’éventuelles erreurs et du risque infectieux dans les établissements de santé. Cette coopération est propice à la mise en place de procédures de qualité et à une meilleure connaissance du risque infectieux en ophtalmologie. Il est donc souhaitable de faciliter et d’intégrer le recueil des données de ces infections dans l’organisation des soins d’une équipe chirurgicale ophtalmologique. Si l’envoi de données à l’ONDE ne peut se substituer au signalement réglementaire, il permettra de recueillir des éléments complémentaires permettant d’améliorer notre connaissance.

Le SENIC Project (Study of the Efficacy of Nosocomial Infection Control) [10] américain avait prouvé dans les années 1970 que la mise en place d’une surveillance épidémiologique permettait de réduire de 30 % les IN.

La complexité d’un système de production de santé même sur un acte aussi standardisé que la cataracte nécessite une grande capacité d’adaptation de la part des équipes médicales.

Une articulation entre les diverses initiatives est nécessaire : l’épidémiologie est un vain mot si elle se prive de ceux qui l’exercent en première ligne. De même, l’action des hygiénistes et des gestionnaires de risque serait vaine sans une prise de conscience collective des personnels et des patients.

Ainsi l’ONDE souhaite s’inscrire dans un rapport de collaboration étroite avec l’organisation en France de la lutte et de la prévention des infections post chirurgicales de l’InVS.

Ce même esprit de recherche d’étroite collaboration dans la prévention de la gestion des risques doit prévaloir afin de diminuer le nombre de patients victimes d’aléa thérapeutiques et garantir la pérénité des contrats d’assurance professionnelle. Ceci passe par une application éclairée du principe de précaution.

CONCLUSION

Associée à une meilleure évaluation des facteurs de risques, l’actualisation des données épidémiologiques françaises sur l’IN en chirurgie ophtalmologique permettra d’actualiser les recommandations de prévention et de concourir à une meilleure qualité et sécurité des soins en ophtalmologie. Elle justifie cette nouvelle collaboration demandée à la profession.

Les ophtalmologistes ont démontré depuis longtemps leurs implications historiques dans la mobilisation contre la lutte contre l’infection.

Ils ont montré leur savoir-faire et leur approche organisationnelle par des études épidémiologiques de l’infection, et l’engagement de tous les professionnels dans ce processus. L’ONDE a été créé afin de ne pas relâcher les efforts dans ce problème d’actualité. Nous nous engageons à une analyse et un traitement dont l’un des buts sera de valoriser la gestion dans la lutte et le traitement de ces infections et d’en limiter les conséquences.

« Le vrai risque d’opérer un patient est de le guérir »

Remerciements. Nous remercions le Docteur Bruno Coignard, Médecin épidémiologiste, Département Maladies Infectieuses à l’Institut de Veille Sanitaire, et le Docteur Muratet, Médecin ophtalmologiste.

Références

[1]
Décret n° 99-1034 du 6 décembre 1999 relatif à l’organisation de la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé et modifiant le chapitre Ier du livre VII du code de la santé publique et modifiant le code de la santé publique.
[2]
Circulaire DGS/DHOS/E2 n° 645 du 29 décembre 2000 relative à l’organisation de la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé.
[3]
Décret n° 2001-671 du 26 juillet 2001 relatif à la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé.
[4]
Circulaire DHOS/E2-DGS/SD/5C n° 2001-383 du 30 juillet 2001 relative au signalement des infections nosocomiales et à l’information des patients en matière d’infection nosocomiale dans les établissements de santé.
[5]
Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé. Évaluation du traitement chirurgical de la cataracte de l’adulte. Février 2000.
[6]
Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé. Surveillance, prévention et contrôle du risque infectieux. Manuel d’accréditation des établissements de santé — actualisation — juin 2003 : 105-112.
[7]
Loi N° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé.
[8]
Grandbastien B. Coordination RAISIN pour les infections du site opératoire (RAISIN, les C-CLIN, CTIN, InVs. Surveillance des infections du site opératoire en France (1999, 2000, 2001) — Rapport de résultats —) le 26.03.2003.
[9]
Salvanet-Bouccara A, Forestier F, Coscas G, Adenis JP, Denis F. Groupe d’Étude Multicentrique des Endophtalmies. Endophtalmies bactériennes. Résultats ophtalmologiques d’une enquête prospective multicentrique nationale. J Fr Ophtalmol, 1992;12:669-78.
Haley RW, Culver DH, White JW, Morgan WM, Emori TG, Munn VP. The efficacy of infection surveillance and control programs in preventing nosocomial infections in US hospitals. Am J Epidemiol, 1985;121:182-205.




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