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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 28, N° HS2  - juin 2005
pp. 9-12
Doi : JFO-06-2005-28-HS2-0181-5512-101019-200506342
Épidémiologie du Glaucome
 

M.-A. Villain
[1] Service d’Ophtalmologie, Hôpital Gui de Chauliac, CHU de Montpellier, 80 avenue Augustin-Fliche, 34295 Montpellier Cedex 5.

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Épidémiologie du Glaucome

L’épidémiologie du glaucome étudie l’incidence et la prévalence de la maladie, recherche les facteurs de risque, évalue les procédures de dépistage, compare les modalités thérapeutiques.

L’épidémiologie du glaucome est confrontée à plusieurs difficultés : la diversité des glaucomes, l’évolutivité différente selon les patients, le coût des études épidémiologiques.

Nous détaillons les données épidémiologiques utiles en pratique pour l’ophtalmologiste.

Abstract
The epidemiology of glaucoma

The epidemiology of glaucoma studies the incidence and prevalence of the disease, searches for risk factors, evaluates screening procedures, and compares therapies.

The epidemiology of glaucoma faces several problems: the diversity of glaucoma types, patient-dependent disease progression, and the cost of epidemiological studies.

We detail the epidemiological data useful for the ophthalmologist’s practice.


Mots clés : Glaucome , dépistage , épidémiologie

Keywords: Glaucoma , screening , epidemiology


INTRODUCTION

L’épidémiologie est la science qui étudie l’occurrence, la répartition et les déterminants des états de santé et des maladies dans les groupes humains et les populations, base essentielle de la médecine préventive et de la santé publique (Dictionnaire de Médecine Flammarion).

Le glaucome est, de fait, l’accélération d’un processus physiologique entraînant une disparition pathologique des axones (fig. 1,2).

Les données épidémiologiques sur le glaucome contribuent à une meilleure connaissance de la maladie que ce soit pour la fréquence et la répartition de la maladie, la recherche des facteurs de risque, l’identification des populations à risque, les causes de la maladie, l’évaluation des procédures de dépistage et leur faisabilité, la comparaison des traitements.

Nous détaillons dans cet article les principaux points à retenir pour notre pratique courante, en occultant les études thérapeutiques. Les résultats de l’enquête française glaucome et hypertonie 1 jour (EFGH1J), réalisée en partenariat avec le Comité de Lutte contre le Glaucome, les ophtalmologistes français et le laboratoire Pfizer le 25 novembre 2003 seront prochainement disponibles et illustrent l’intérêt d’une meilleure connaissance épidémiologique du glaucome.

RÉPARTITION DU GLAUCOME DANS LE MONDE

D’après Quigley [1] la répartition mondiale du glaucome à angle ouvert est identique à celle du glaucome par fermeture de l’angle, avec environ 33 millions de patients atteints pour chacun. La répartition est différente selon les ethnies. Pour les caucasiens, la répartition est de 1 patient atteint de glaucome par fermeture de l’angle pour 11 atteints de glaucome à angle ouvert. Pour les africains, la fréquence des glaucomes par fermeture de l’angle est d’environ 1 pour 150 glaucomes. Trois quart des chinois atteints de glaucome présentent un glaucome par fermeture de l’angle. Les japonais atteints de glaucome présentent surtout des glaucomes à angle ouvert [2], avec près de 70 % de glaucome à pression normale, alors qu’ils ne présentent pas des cornées particulièrement fines [3]. La proportion des glaucomes secondaires (traumatisme, inflammation, corticothérapie) serait de 20 % [1]. Parmi les 66 millions de patients atteints de glaucome près de 10 % auraient une cécité bilatérale [1].

La prévalence du glaucome augmente avec l’âge. Elle est variable chez les caucasiens selon les publications : de 1,8 % dans l’étude de Baltimore réalisée chez des caucasiens de plus de 60 ans [4], à 3,4 % dans l’étude de Beaver Dam chez des patients de plus de 65 ans [5]. Pour une définition moins restrictive du glaucome (glaucome défini ou probable), la prévalence passe à 4,2 % [4], et 7,0 % [5] dans ces 2 études.

L’EXISTENCE DE FACTEURS DE RISQUE

Le facteur de risque est une caractéristique individuelle ou collective, endo ou exogène, augmentant la probabilité de survenue d’une maladie. C’est une relation purement statistique qui ne préjuge pas d’un lien de causalité. En revanche, le facteur pronostique est l’état, la situation ou l’évènement qui, lorsqu’il est observé chez un sujet qui présente déjà un état pathologique, est associé à une conséquence de cet état pathologique.

Parmi les principaux facteurs de risque figurent l’hypertonie intra-oculaire, les antécédents familiaux de glaucome, l’âge élevé, l’appartenance à une ethnie africaine, la pseudo-exfoliation capsulaire [6]. Parmi les facteurs pronostiques figurent l’existence d’un anneau neuro-rétinien très aminci, des atteintes évolutives du champ visuel malgré un contrôle pressionnel apparent. L’hémorragie péri-papillaire est davantage un facteur pronostique qu’un facteur de risque, puisqu’elle s’associe dans près de 2/3 des cas à une perte axonale focale puis à une perte campimétrique [7].

LES PROBLÈMES POSÉS PAR LE DÉPISTAGE

Toutes les études épidémiologiques réalisées dans les pays industrialisés ont montré que près de 50 % des patients atteints de glaucome ne sont pas diagnostiqués, et donc non traités [8] [9] [10] [11]. Pour augmenter le nombre de patients diagnostiqués, il faut faire appel à des stratégies de dépistage à appliquer sur les populations à risque. Le glaucome est une maladie apparemment idéale pour le dépistage : maladie chronique lentement évolutive (hormis le glaucome aigu par fermeture de l’angle), le plus souvent asymptomatique dans sa phase initiale ; prévalence élevée dans certains sous-groupes de la population (mélanodermes, sujets de plus de 60 ans) ; existence d’un arsenal thérapeutique permettant de stabiliser la maladie pour une majorité de patients [12].

Du fait des caractéristiques du glaucome, on différencie 3 types de tests de dépistage : mesure de la pression intra-oculaire, exploration de la fonction visuelle, examen de la papille et/ou de la couche des fibres visuelles.

La tonométrie en dépistage a montré une sensibilité inférieure à 50 %, avec une bonne spécificité [12]. C’est le test diagnostique le plus utilisé, puisque la mesure de la pression intra-oculaire est intégrée à l’examen ophtalmologique de base. La faible sensibilité de la tonométrie peut être expliquée par 3 éléments : l’épaisseur cornéenne ; les fluctuations nycthémérales de la pression intra-oculaire ; l’existence avérée de glaucome à pression normale. Ainsi la pachymétrie permettrait de corriger la mesure de la pression intra-oculaire pour 30 % des hypertonies mesurées, et 40 % des glaucomes à pression normale, ce qui devrait augmenter à la fois la sensibilité et la spécificité [13] [14]. L’examen de référence de la tonométrie est le tonomètre de Goldmann qui nécessite l’instillation de collyres, et la réalisation par un ophtalmologiste. Les procédures automatisées à air pulsé semble moins précises et moins reproductibles, mais elles sont réalisées sans instillation de collyres par un personnel qui peut être moins qualifié.

L’examen de la papille optique a montré une faible valeur prédictive en stratégie de dépistage [15] [16] [17]. C’est particulièrement le cas pour les glaucomes précoces ou modérés, qui sont la population ciblée dans les campagnes de dépistage. L’examen de référence pour évaluer la papille optique est la photographie stéréoscopique qui nécessite une dilatation pupillaire et des procédures d’acquisition et d’interprétation relativement longues. Les nouveaux appareils utilisant des procédés laser facilitent les acquisitions et l’interprétation, mais ils ne peuvent pas être comparés entre eux et demeurent positionnés sur le suivi longitudinal [18].

Les explorations de la fonction visuelle dans le dépistage du glaucome reposent sur des procédures d’examen rapides, avec un minimum d’apprentissage. Ces conditions sont éloignées de la périmétrie automatisée de référence [19]. Les tests de fonction visuelle tel que le FDT (Frequencing Doubling Technology) semblent particulièrement destinés aux procédures du dépistage du glaucome du fait de leur rapidité (une minute par œil) sans apprentissage, avec une sensibilité et une spécificité supérieure à 90 % [20] [21].

En pratique, l’ophtalmologiste français en recherchant les facteurs de risque de glaucome, en examinant les patients qui le consultent, pallie en partie l’absence de procédure de dépistage. L’évaluation de nouvelles procédures de dépistage devraient permettre d’obtenir dans un avenir proche des programmes de dépistage à appliquer sur des populations ciblées, conduisant à diriger les sujets suspects vers l’ophtalmologiste qui confirmera ou infirmera le diagnostic de glaucome.

QU’ATTENDRE DE L’ÉPIDÉMIOLOGIE DU GLAUCOME DANS UN PROCHE AVENIR ?

À la naissance, un nerf optique humain contient en moyenne 1,2 millions axones provenant des cellules ganglionnaires rétiniennes [22]. Un individu sain perd 2 500 axones par an par nerf optique jusqu’à 50 ans, et 7 500 axones par an au delà [23]. Le glaucome est une augmentation pathologique de cette perte axonale. Le challenge des prochaines années est de pouvoir définir la perte axonale de façon relative (perte axonale physiologique ou pathologique) voire absolue (nombre d’axones dans le nerf optique) (fig. 1,2). Notre démarche diagnostique actuelle qui recherche l’évolutivité campimétrique des déficits et la perte d’axones constate les conséquences de la maladie. L’accumulation des données épidémiologiques et une meilleure connaissance de la maladie devraient nous permettre de nous situer davantage en amont, avec moins d’incertitudes et une plus grande capacité à prédire l’évolutivité attendue pour un patient donné.

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