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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 28, N° HS2  - juin 2005
pp. 41-44
Doi : JFO-06-2005-28-HS2-0181-5512-101019-200506348
Traitements médicaux. Attitudes pratiques.
Que faire en cas d’inefficacité d’une prostaglandine ?
 

J.-P. Nordmann
[1] Centre du glaucome, Hôpital des Quinze-Vingts, 28 rue de Charenton 75012 Paris.

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Traitements médicaux. Attitudes pratiques. Que faire en cas d’inefficacité d’une prostaglandine ?

Les prostaglandines sont de plus en plus utilisées en première intention dans le traitement du glaucome. Elles peuvent s’avérer d’efficacité insuffisante ou nulle, ou s’accompagner d’effets secondaires nécessitant l’arrêt du traitement initialement prescrit. L’inefficacité d’une prostaglandine est souvent liée à la classe thérapeutique et le remplacement d’une prostaglandine par une autre est rarement intéressant. Lorsqu’une efficacité notable mais insuffisante est constatée avec une prostaglandine, il est souhaitable d’associer une molécule appartenant à une autre classe thérapeutique. Il n’est jamais intéressant de prescrire deux prostaglandines en même temps. En revanche, les effets secondaires sont majoritairement en rapport avec la molécule elle-même et non pas avec la classe des prostaglandines en général. Dans cette situation, il peut être parfois préférable de changer de prostaglandine plutôt que d’avoir recours à un autre traitement en général moins efficace. D’une particulière efficacité, cette classe thérapeutique est à maintenir le plus possible, et le recours à une autre classe thérapeutique n’intervient que dans un 2e temps.

Abstract
Medical treatments and practices. What should be done when a prostaglandin proves ineffective?

Prostaglandin analogs are very frequently used as first-line therapy in the treatment of glaucoma. In some cases, they may be ineffective or insufficient or they may induce side effects. The absence of an ocular pressure-lowering effect of a prostaglandin is in general a class effect. Thus a switch to another prostaglandin will probably not be more effective. In such cases, it may be better to use another therapeutic class. On the other hand, the side effects of prostaglandin are more often directly related to the chemical structure of the drug used and may not occur with another prostaglandin. Consequently, considering the dramatic effect of prostaglandin on ocular pressure compared to other drugs, when one prostaglandin causes side effects, it may be useful to try another one before changing the drug family.


Mots clés : Glaucome , prostaglandine , pression intra-oculaire , efficacité , effets secondaires , traitement

Keywords: Glaucoma , prostaglandin analogs , intraocular pressure , therapeutic efficacy , side effects , therapy


INTRODUCTION

Le problème de la conduite pratique à suivre chez un patient pour lequel une première prostaglandine n’est pas d’efficacité satisfaisante devient un problème courant. En effet, les prostaglandines sont dorénavant utilisées en première intention, depuis qu’elles ont obtenu une autorisation de mise sur le marché dans cette indication l’année dernière. Trois situations sont possibles pour expliquer l’échec d’une prostaglandine : absence d’efficacité, insuffisance d’efficacité ou effets secondaires excessifs. Plusieurs options sont envisageables alors : changer de prostaglandine dans la même classe thérapeutique, changer de classe thérapeutique, ou encore associer un autre traitement en gardant la première prostaglandine (fig. 1).

ABSENCE D’EFFICACITÉ

La baisse de pression intra-oculaire (PIO) à attendre avec une prostaglandine est de l’ordre de 30 %. Au dessous de 10 % de baisse, l’inefficacité est probable ; entre 15 et 25 %, l’efficacité est insuffisante.

Toutes les études de phase III comparant différentes prostaglandines à un bêta-bloquant, en l’occurrence le timolol, ont montré une efficacité supérieure des prostaglandines à baisser la PIO : de 6-8 mmHg avec le latanoprost (Xalatan®) [1], 3-4 mmHg avec l’unoprostone (Rescula®) [2], 7-8 mmHg avec le bimatoprost (Lumigan®) [3] ou le travoprost (Travatan®) [4]. Enfin, Orzalesi et al., qui ont comparé l’effet du timolol, du latanoprost et de la dorzolamide sur le cycle circadien de la PIO, ont montré que cette prostaglandine permettait une meilleure régulation de la PIO par rapport aux valeurs de base que le bêta-bloquant, non seulement dans la journée, mais aussi la nuit [5].

Une autre prostaglandine a-t-elle une chance d’être plus efficace ?

Des études cliniques ont comparé les prostaglandines entre elles, en évaluant la baisse de la PIO et le taux de répondeurs pour chacune.

Noecker et al., en 2003, ont obtenu une baisse plus importante de la pression à 6 mois avec le bimatoprost qu’avec le latanoprost, à 8h, 12h, et 16h ; mais le latanoprost étant déjà utilisé depuis plusieurs années, les patients sélectionnés sont peut-être devenus moins bons répondeurs à ce médicament qu’à d’autres plus récents [6]. En comparant le latanoprost et le bimatoprost à 3 mois en termes de pourcentage de patients atteignant la PIO cible, Eisenberg et al. [7] et Gandolfi et al. [8] ont obtenu un taux plus élevé avec le bimatoprost. Ces données indiquent clairement que dans le cas où le résultat souhaité n’est pas obtenu avec une prostaglandine, il peut l’être avec une autre.

Dans une autre étude ayant comparé le latanoprost et le travoprost, les courbes d’évolution de la PIO (mesurée à 8h, 10h, 16h pendant plusieurs mois) restent longtemps superposables ; une différence entre les molécules était apparue initialement en ce qui concerne les mesures effectuées à 16h (p ≪ 0,02) [4].

Enfin, la seule étude ayant comparé les trois médicaments disponibles a montré une baisse pressionnelle équivalente dans les 3 groupes (de 25-26 mmHg en moyenne de PIO de base à 16-18 mmHg après 3 mois de traitement), aussi bien à un moment donné (8h, 12h, 16h, ou 20h) que sur la courbe diurne [11] (fig. 2 et 3).

En pratique, toutes les prostaglandines étant d’efficacité comparable, si un patient donné répond mal à l’une d’elles, il est donc légitime d’en essayer une autre en premier lieu. C’est seulement en cas d’échec avec cette nouvelle prostaglandine qu’un changement de classe thérapeutique pourra être envisagé. En comparant le latanoprost et le dorzolamide, Honrubia et al. ont en effet observé une réduction comparable de la PIO diurne depuis la valeur de base (respectivement – 4,3 et – 4 mmHg de baisse moyenne) [10].

INSUFFISANCE D’EFFICACITÉ

En cas d’efficacité insuffisante, le choix de changer de prostaglandine ou d’associer une autre molécule tient compte de la PIO cible. Si la baisse de PIO est inférieure à 20 % avec le premier traitement, il est envisageable de modifier la prostaglandine utilisée. Dans les autres cas, une association est préférable. Le plus souvent, elle se fait avec un bêta-bloquant, qu’il s’agisse d’une association fixe déjà disponible ou d’une association non fixe ; la prostaglandine peut aussi être associée avec les alpha 2 agonistes ou les inhibiteurs locaux de l’anhydrase carbonique. Le principe consiste en fait à associer une molécule qui augmente l’évacuation de l’humeur aqueuse (prostaglandine) et une molécule qui en diminue la synthèse (bêta-bloquants, inhibiteurs locaux d’anhydrase carbonique, alpha 2-agonistes).

PROSTAGLANDINE EFFICACE, AVEC EFFETS SECONDAIRES

De nombreuses études ont mis en évidence de nettes différences entre les effets secondaires potentiels induits par les prostaglandines (pigmentation irienne, allongement des cils et pigmentation palpébrale, rougeur oculaire et hyperhémie).

Ainsi, la pigmentation irienne s’avère plus fréquente avec le lanatoprost qu’avec les autres classes thérapeutiques ; mais il n’y pas eu d’études comparatives directes.

En revanche, concernant la pigmentation palpébrale et la pousse des cils, ils ont été observés moins fréquemment avec la latanoprost dans le cadre d’études comparatives directes : plus de 50 % des patients ont une pousse des cils avec le travoprost versus 25 % avec le latanoprost (p ≪ 0,001) dans le travail de Netland et al. [10] ; 20 % environ des patients recevant le bimatroprost inclus dans l’étude de Gandolfi et al. ont présenté une pousse des cils vs 5 % de ceux traités par le latanoprost [9].

Quant à l’hyperhémie conjonctivale, la plupart des études s’y intéressant l’ont précisément évaluée, en définissant des grades (néant, faible, trace, modérée, importante). Dans l’étude de Parrish et al, comparant directement les 3 prostaglandines, le latanoprost s’acompagnait de moins d’hyperhémie que le travoprost ou le bimatroprost (score d’hyperhémie moyenne de 0,40, 0,55 et 0,65 respectivement) [9].

CONCLUSION

En pratique, l’échec d’une prostaglandine n’impose pas de changer systématiquement de classe thérapeutique, celle-ci étant particulièrement intéressante par son efficacité et sa prise uni quotidienne. Il faut en revanche évaluer précisément la situation clinique de chaque patient, notamment en termes d’effets secondaires qui sont souvent différents d’une prostaglandine à l’autre, afin de choisir la plus appropriée. En cas d’insuffisance d’efficacité, il est le plus souvent souhaitable de conserver une prostaglandine au sein des traitements proposés au patient. Il faut néanmoins se rappeler qu’il existe un petit groupe de patients non répondeurs aux prostaglandines chez qui cette classe thérapeutique n’est donc pas adaptée.

Références

[1]
Watson P, Stjernschantz J, the Latanoprost Study Group. A six month, randomized, double masked study comparing Latanoprost with Timolol in open-angle glaucoma and ocular hypertension. Ophthalmology, 1996; 103: 126-237.
[2]
Nordmann JP, Mertz B, Yannoulis NC, et al. A double-masked randomized comparison of the efficacy and safety of unoprostone with timolol and betaxolol in patients with primary open-angle glaucoma, including pseudoexfoliation glaucoma or ocular hypertension. 6 month data. Am J Ophthalmol, 2002; 133: 1-10.
[3]
Sherwood M, Brandt J, Bimatoprost Study Groups. Six month comparison of bimatoprost once-daily and twice daily with timolol twice daily in patients with elevated intraocular pressure. Surv Ophthalmol, 2001; 45: 361-8.
[4]
Netland PA, Landry T, Sullivan EK, et al. Travoprost compared with latanoprost and timolol in patients with open-angle glaucoma or ocular hypertension. Am J Ophthalmol, 2001; 132: 472-84.
[5]
Orzalesi N, Rossetti L, Invernizzi T, Bottoli A, Autelitano A. Effect of timolol, latanoprost, and dorzolamide on circadian IOP in glaucoma or ocular hypertension. Invest Ophthalmol Vis Sci, 2000; 41: 2566-73.
[6]
Noecker RS, Dirks MS, Choplin NT. A six-month randomized clinical trial comparing the intraocular pressure-lowering efficacy of bimatoprost and latanoprost in patients with ocular hypertension or glaucoma. Am J Ophthalmol, 2003; 135: 55-63.
[7]
Eisenberg DL, Toris CB, Camras CB. Bimatoprost and travoprost: a review of recent studies of two new glaucoma drugs. Surv Ophthalmol, 2002; 47 Suppl 1: S105-15.
[8]
Gandolfi S, Simmons ST, Sturm R, Chen K, VanDenburgh AM; Bimatoprost Study Group 3. Three-month comparison of bimatoprost and latanoprost in patients with glaucoma and ocular hypertension. Adv Ther, 2001; 18: 110-21.
[9]
Parrish RK, Palmberg P, Sheu WP; XLT Study Group. A comparison of latanoprost, bimatoprost, and travoprost in patients with elevated intraocular pressure: a 12-week, randomized, masked-evaluator multicenter study. Am J Ophthalmol, 2003; 135: 688-703.
Honrubia FM, Larsson LI, Spiegel D; European latanoprost study group. A comparison of the effects on intraocular pressure of latanoprost 0.005% and the fixed combination of dorzolamide 2% and timolol 0.5% in patients with open-angle glaucoma. Acta Ophthalmol Scand, 2002; 80: 635-41.




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