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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 30, N° HS1  - mai 2007
pp. 62-64
Doi : JFO-02-2007-30-HS1-0181-5512-101019-200702944
Autofluorescence du fond d’œil dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge
 

C. Bellmann, J.-A. Sahel
L’ÉPITHÉLIUM PIGMENTAIRE DANS LA PATHOGÉNIE DE LA DMLA

L’épithélium pigmentaire (EP) est une couche de cellules située entre la rétine neurosensorielle et la choroïde. Ces cellules ont des fonctions multiples, y compris le maintien de la barrière sanguine - rétinienne, la participation au cycle visuel et la phagocytose des segments externes des photorécepteurs, essentielle pour le fonctionnement correct de la rétine [1], [2]. La lipofuscine est un composé fluorescent présent naturellement dans les cellules postmitotiques comme les cellules de l’EP. L’accumulation progressive de cette lipofuscine pourrait jouer un rôle important dans la pathogénie de la DMLA [3] [4] [5]. Ce matériel est le produit de la dégradation des segments externes des photorécepteurs qui doivent être renouvelés chaque jour par la synthèse de nouvelles protéines et par l’élimination au niveau de l’EP. Au cours de la DMLA et avec l’âge, ce renouvellement s’effectue de manière moins satisfaisante, à cause de l’accumulation progressive de lipofuscine dans le compartiment lysosomal des cellules de l’EP [7], [8]. En outre, l’A2E qui représente le fluorophore le plus important de la lipofuscine [8] peut empêcher la dégradation lysosomale des cellules de l’EP par ses propriétés phototoxiques [3], [9].

Principe de l’imagerie d’autofluorescence du fond d’œil

Le phénomène d’autofluorescence du fond d’œil provient en grande partie de la lipofuscine des cellules de l’EP [10], même s’il y a d’autres fluorophores et structures au fond de l’œil qui possèdent des caractéristiques fluorescentes [11] [12] [13] [14]. La visualisation de la lipofuscine est facilitée par sa qualité de fluorescence. La lipofuscine est excitée par une lumière bleue d’une longueur d’onde comprise entre 470 et 500 nm. Le spectre d’émission, lui, se trouve entre 550 nm et 600 nm [10].

Les ophtalmoscopes à balayage laser ou scanning laser ophthalmoscopes (SLO) ont l’avantage d’utiliser une lumière monochromatique qui permet d’éviter les aberrations chromatiques de l’œil. En combinaison avec une optique confocale, cela rend possible l’imagerie des couches fines de tissus à haut contraste [15]. En utilisant des longueurs d’onde d’excitation et des filtres adéquats, le SLO permet la visualisation de lipofuscine in vivo comme une variation de la distribution d’autofluorescence du fond d’œil [16] [17] [18]. Le Heidelberg Retina Angiograph (HRA, Heidelberg Engineering, Dossenheim, Allemagne) utilise une longueur d’onde d’excitation de 488 nm et un filtre qui passe les longueurs d’onde supérieures à 500 nm.

Il permet donc cette technique d’imagerie. Pour la visualisation d’AFO, il est recommandé d’enregistrer une série d’images. Dans le but de réduire le bruit présent dans les images individuelles et d’augmenter le signal d’autofluorescence du fond d’œil, il faut choisir au moins 9 images pour le calcul de la moyenne et ce, en utilisant un logiciel adéquat (Heidelberg Eye Explorer, Heidelberg Engineering, Dossenheim, Allemagne). Il faut tenir compte des opacités dans l’optique de l’œil, c’est-à-dire de la cornée, du cristallin ou du vitré, qui peuvent réduire la qualité des images. De plus, chaque mouvement d’œil a pour conséquence un déplacement du champ d’imagerie de sorte qu’une bonne fixation et une bonne coopération du patient sont nécessaires pour l’imagerie d’autofluorescence du fond d’œil.

Résultats

La distribution d’autofluorescence du fond d’œil, chez des personnes saines, est en accord avec les études histologiques [7]. Celle-ci coïncide avec la distribution des bâtonnets. L’autofluorescence du fond d’œil est maximale dans la région perifovéolaire et décroît en périphérie rétinienne (fig. 1). C’est pourquoi, on pense que l’autofluorescence du fond d’œil peut refléter la charge métabolique des cellules de l’EP en relation avec le renouvellement des segments externes des photorécepteurs. En outre, l’intensité d’autofluorescence du fond d’œil est minimale dans la région fovéale à cause de l’absorption de lumière bleue par le pigment maculaire. On observe le blocage d’autofluorescence du fond d’œil par les vaisseaux rétiniens et l’absence d’autofluorescence du fond d’œil sur la tête du nerf optique (fig. 1).

Dans les cas de DMLA, il existe un large spectre de modifications d’autofluorescence du fond d’œil [16], [17], [19], [20] [21]. Des modifications du signal d’autofluorescence du fond d’œil sont décrites, aussi bien aux stades précoces qu’aux stades tardifs [16], [17], [19], [22], [23] (figs. 2, 3, 4).

On trouve les modifications d’autofluorescence du fond d’œil dans environ la moitié des cas de stades précoces de DMLA, alors qu’elles sont présentes dans la plupart des cas où on observe des néovaissaux choroïdiens, cicatrices et atrophies géographiques [17]. Le signal d’autofluorescence du fond d’œil élevé est le résultat d’une accumulation excessive de lipofuscine [17], [19], [22], [23] et on suppose que ces modifications d’autofluorescence du fond d’œil possèdent une valeur prédictive. Une étude clinique prospective a montré le développement de nouvelles zones d’atrophie ou leur extension uniquement au niveau des zones où l’autofluorescence du fond d’œil était déjà élevée [22].

En outre, chez les patients avec les atrophies géographiques, on peut observer des « motifs » d’autofluorescence du fond d’œil différents. L’autofluorescence du fond d’œil peut être élevée d’une manière localisée ou fortement diffusée au bord de l’atrophie, mais elle peut être aussi normale en dehors de l’atrophie [19], [20]. De même, il y a des « motifs » différents chez les patients avec drusen [21]. Quelques patients ne présentent pas de modifications d’autofluorescence du fond d’œil, c’est-à-dire que leur autofluorescence du fond d’œil est normale. D’autres patients présentent des « motifs » d’autofluorescence du fond d’œil différents, même si l’aspect biomicroscopique est très homogène [19], [20]. En outre, il y a une symétrie entre les deux yeux en ce qui concerne le « motif » d’autofluorescence du fond d’œil [23]. Ces résultats renforcent l’hypothèse que la DMLA n’est que le résultat du processus de vieillissement avec une hétérogénéité au niveau cellulaire et moléculaire. De plus, les « motifs » d’autofluorescence du fond d’œil pourraient être significatifs pour l’identification des facteurs de risque de la DMLA.

Dans les zones où l’autofluorescence du fond d’œil est réduite, le complexe EP/photorécepteur est perdu, alors que dans les zones où elle est élevée, on suppose un dysfonctionnement précoce du complexe EP/photorécepteur avec un métabolisme augmenté au niveau de l’EP. Les résultats de la recherche clinique ont montré une perte de la sensibilité rétinienne, non seulement dans les zones avec un signal d’autofluorescence du fond d’œil réduite, mais aussi dans les zones avec un signal d’autofluorescence du fond d’œil élevée [25].

CONCLUSION

Les résultats cliniques de l’autofluorescence du fond d’œil sont en accord avec les résultats expérimentaux qui indiquent l’implication de l’accumulation de lipofuscine dans le dysfonctionnement cellulaire et la dégénérescence rétinienne au cours de la DMLA. Les modifications d’autofluorescence du fond d’œil pourraient nous aider à identifier les facteurs de risque pour les stades tardifs de la DMLA. Cette technique non invasive est facile à réaliser. Elle permet de mieux évaluer le complexe EP/photorécepteur, ce qui va dans le sens d’une meilleure compréhension des processus physiopathologiques des dégénérescences rétiniennes, nécessaire au développement des nouvelles approches thérapeutiques. En outre, l’observation d’un ou plusieurs « motifs » caractéristiques pourrait nous permettre une meilleure identification des facteurs héréditaires de la DMLA.

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