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Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction
Vol 28, N° 3  - juillet 1999
p. 245
Doi : JGYN-06-1999-28-3-0368-2315-101019-ART7
Interruption médicale de grossesse aux 2e et 3e trimestre
 


Journal de gynécologie obstétrique et de biologie de la reproduction1999; 28: 245
© Masson, Paris, 1999

À propos de 125 indications de 1992 à 1995



H. Marret(1), , F. Perrotin(1), , P. Descamps(1), , A. de Magalhaes(1), , J. Lansac(1), , G. Body(1)
(1)Département de Gynécologie­Obstétrique, Médecine fœtale et Reproduction Humaine, CHU Bretonneau, 2 boulevard Tonnellé, F­37044 Tours Cedex.

RÉSUMÉ

Objectif : Contrôler la bonne pratique de l'interruption médicale de grossesse sur les indications (évolution et limite) dans un centre de diagnostic anténatal.

Méthodes : Les auteurs ont repris les dossiers des 125 interruptions médicales de grossesse pratiquées entre 12 et 39 semaines d'aménorrhée (SA) au centre de médecine fœtale de Tours de janvier 1992 à décembre 1995. Le recensement des indications d'interruption médicale de grossesse a permis une comparaison évolutive avec la littérature.

Résultats : 70 % des indications d'interruption médicale de grossesse ont un point de départ échographique ; 84 % des indications sont fœtales, dominées par la découverte de malformations (43 %) ou d'aberrations chromosomiques (30 %). S'il existe encore quelques étiologies obstétricales (ruptures très prématurées des membranes et retard de croissance majeur), les indications maternelles deviennent exceptionnelles (3 %). Malgré l'absence de limitation de terme pour l'interruption de grossesse, nous n'avons pas observé de dérive eugénique, rares étant les indications pour des pathologies autres que létales ou de sombre pronostic néonatal. Ces indications ont été à chaque fois discutées avec les parents respectant leur souhait dans le respect de l'éthique médicale.

Conclusion : La généralisation de centres de diagnostic anténatal permet d'éviter les principales dérives des indications d'interruption médicale de grossesse, mais un cadre législatif plus précis et harmonisé sur le plan national et européen semble nécessaire.

Mots clés : Diagnostic anténatal. , Interruption médicale de grossesse, deuxième et troisième trimestres..

SUMMARY

Second and third trimester medical abortion. Indications of 125 pregnancy terminations (1992­1995).

Objective: To verify the indications of second and third trimester termination of pregnancy in a fetal medicine department.

Methods: The medical files of 125 patients who underwent medically­induced abortion between 12 to 39 weeks over a four years period (1992­1995) in the French university hospital of Tours, were studied. The medical termination of pregnancy indications inventory allowed us to compare our study to those from the French literature.

Results: Sonographic diagnosis was the main departure point for late abortion indications (70%). Fetal indications were predominant (43%), followed by chromosomal anomalies (30%). If obstetrical indications still existed, maternal indications were exeptional (3%). The reasons for termination were severe structural abnormalities which, in most cases, were not compatible with survival. All the decisions were taken by the physicians from the different specialties concerned by the pathology with respect of the parents opinion.

Conclusion: With generalization of fetal medicine departments with consulting committees for prenatal diagnosis, misguided abortions can be avoided; but an accurate law, standardized in all European countries, would be necessary.

Key words : Prenatal diagnosis. , Medical termination pregnancy, second and third trimester..


Depuis 1975, date de la loi Veil, la fréquence des interruptions médicales de grossesse (IMG) est en augmentation et ce type d'intervention fait partie intégrante d'un service d'obstétrique comportant une unité de diagnostic anténatal (DAN). Depuis 1989, existe au CHU de Tours un collège consultatif de référence pour le diagnostic anténatal et la médecine fœtale. Lors de réunions hebdomadaires, les différents participants émettent un avis objectif et concret sur toutes les indications d'IMG. L'évolution du diagnostic anténatal (DAN) et de la médecine fœtale reflète ce qu'ont pu être les progrès de la médecine depuis ces 20 dernières années. Les techniques d'exploration fœtale permettent actuellement de dépister ou de confirmer une anomalie fœtale dès la fin du 1er trimestre, de nombreuses maladies sont désormais accessibles au diagnostic anténatal, l'utilisation des analogues des prostaglandines et la découverte de la mifépristone ont permis de simplifier les techniques d'IMG. L'ensemble de ces améliorations a modifié la fréquence et la prise en charge des IMG. Le DAN tend à se généraliser en France or, l'encadrement juridique et le contrôle éthique, seuls garant d'une bonne pratique, demeurent assez réduits, c'est pourquoi nous avons voulu évaluer notre pratique en analysant principalement les indications des 125 dossiers d'IMG pratiquées entre 1992 et 1995 dans notre centre de DAN.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Sur une durée de 4 ans, s'étendant du 1er janvier 1992 au 31 décembre 1995, nous avons relevé tous les dossiers d'IMG pratiquées au CHU de Tours à partir de 12 semaines d'aménorrhée (SA). Les IMG pour mort fœtale in utero n'ont pas été prises en compte pour cette étude ; 125 dossiers ont été recensés, représentant 19 % des dossiers discutés par le collège consultatif pour le DAN durant cette période.

L'âge maternel s'échelonnait de 19 à 45 ans, avec une moyenne de 30 ans.

La gestité moyenne était de 2,6 et la parité de 1, 40 % des patientes étant nullipares.

Les explorations ont débuté en moyenne au terme de 20,9 SA avec des extrêmes de 11 et 36,5 SA et les IMG ont eu lieu entre 12 et 38,5 SA avec un terme moyen de 23,2 SA figure 1

Nous avons pratiqué une étude descriptive des indications et des techniques utilisées.

Nous avons séparé les indications en 4 groupes : indications maternelles, indications fœtales, indications obstétricales et causes exogènes. Lorsqu'une malformation fœtale était mise en évidence avec une possibilité d'IMG, un caryotype fœtal sur amniocentèse (PLA), ponction de villosités choriales (PVC) ou ponction de sang fœtal (PSF) était systématiquement pratiqué. Deux examens différents étaient parfois réalisés pour un même fœtus.

Pour la réalisation de l'interruption de grossesse, différents protocoles thérapeutiques ont été pratiqués en fonction de l'indication et du terme. Ces protocoles ont évolué avec le temps en fonction de l'apparition de nouvelles molécules. Ils utilisent de manière variée les prostaglandines de type PGE2, les analogues de la prostaglandines sulprostone (Nalador®), géméprost (Cervagème®), et misoprostol (Cytotec®). La mifépristone (RU486 ou Myfégyne®), ou la pose de laminaires (Dilapan®) ont été utilisées en préinduction.

Parmi les 125 femmes concernées, 118 ont accouché par voie basse, il y a eu 1 césarienne pratiquée à 34,5 SA en cours de travail, le fœtus était gêné dans sa progression par un gros fibrome praevia et la tentative de ventouse s'était soldée par un échec. Six dilatations/évacuations ont été pratiquées pour des IMG dont le terme était inférieur à 15 SA.

Le délai global entre l'induction et l'expulsion ou délai moyen nécessaire pour la réalisation des 118 IMG médicamenteuses a été de 16 h (extrêmes de 1 h 25 et de 80 h 30) ; 11 échecs du protocole prescrit en 1re intention ont obligé l'instauration d'une alternative thérapeutique ; 51,5 % des patientes ont expulsé dans les 12 premières heures et 83 % dans les 24 h.

Il n'y a pas eu de protocole concernant le type d'analgésie ou d'anesthésie employé.

Après l'IMG, le fœtus était envoyé pour un examen fœtopathologique. Cet examen a concerné la grande majorité des fœtus.

RÉSULTATS

Les circonstances ayant conduit à un diagnostic anténatal pour les 125 patientes de la série sont rapportées sur le tableau I  . L'échographie était de loin le 1er examen alertant le praticien sur une anomalie existante n = 88. Le dépistage d'anomalies chromosomiques ou de maladies héréditaires sur antécédents familiaux ou pour simple âge maternel constituait la 2e circonstance d'accès au diagnostic anténatal (n = 19). L'apparition d'anomalies majeures obstétricales ou de complications maternelles sévères au cours de la grossesse représentait le dernier groupe de patientes ayant accès à un diagnostic anténatal (n = 18).

Les indications

Nous avons séparé les indications en 4 groupes : maternelles, fœtales, obstétricales et exogènes tableau II  .

L'interruption de grossesse pour motif fœtal constituait la principale indication de cette série (n = 105) représentant 84 % de l'ensemble des patientes. Malformation fœtale sans anomalie du caryotype, anomalies chromosomiques et maladies héréditaires constituent ce type d'indication.

Cinquante­quatre malformations sans anomalie du caryotype ont donné lieu à une interruption de grossesse, elles sont rapportées tableau III   ; 19 d'entre elles peuvent être considérées comme létales, 31 concernent des pathologies graves dont le sombre pronostic a pu être évalué par les spécialistes des différentes pathologies consultés lors des réunions de diagnostic anténatal. Enfin, 4 malformations ne mettant pas en jeu le pronostic vital et dont le pronostic fonctionnel était tolérable ou mal appréciable avant la naissance ont conduit à une interruption de grossesse. Il s'agit de 3 malformations des membres et d'un laparoschisis.

Quatre­vingt­dix­sept caryotypes ont été pratiqués sur signe d'appel échographique, clinique ou anamnestique, par prélèvements de liquide amniotique, de villosités choriales ou de sang fœtal. Trois ponctions d'urines fœtales, une ponction de bassinet et une ponction d'ascite fœtale ont également été réalisées. Trente­sept aberrations chromosomiques ont été retrouvées (38 %) : 16 trisomies 21 représentant la première indication d'IMG pour anomalies chromosomiques avec 43 % des cas, 8 trisomies 18, 3 syndromes de Klinefelter, 2 syndromes de Turner, 2 trisomies 13 et 6 autres anomalies : 1 remaniement du bras long des 2 chromosomes 6, 1 triploïdie, 1 trisomie 8, 1 chromosome surnuméraire, 1 trisomie X et 1 trisomie 9.

Quatorze maladies héréditaires ont donné lieu à une interruption de grossesse. Elles sont détaillées sur le tableau IV  .

Les indications maternelles d'interruption médicales de grossesse étaient rares : 1 cardiopathie maternelle (maladie de Marfan) ; 1 cas de troubles psychiatriques importants ; 1 un cas pour état maternel non compatible avec la poursuite de la grossesse en raison d'une néphropathie tubulo­interstitielle associée à une hypertension artérielle sévère (HTA) d'origine rénale et à une maladie mitrale ; 1 cas pour antécédents de rupture utérine sur utérus cicatriciel contre­indiquant une nouvelle grossesse.

Treize indications obstétricales ont été recensées : 9 ruptures prématurées des membranes à un terme précoce (moyenne de 20,8 SA, extrêmes de 17 et 24 SA) et 4 retards de croissance in utero (RCIU) majeurs < 5e percentile avec altération des flux fœto­ placentaires, oligoamnios sévère ou anamnios, troubles du rythme cardiaque (de 23 à 30 SA).

Enfin, 3 indications pour des causes exogènes ont été retrouvées : 1 cas de toxoplasmose congénitale et 2 cas de prise de médicaments tératogènes chez des femmes épileptiques traitées l'une par Dépakine® avec spina bifida et l'autre par Dépamide®.

DISCUSSION

Notre objectif était de contrôler les indications actuelles d'IMG sur une période récente dans un centre de diagnostic anténatal en France. Après avoir contrôlé que notre population était comparable à celles des séries françaises publiées pour l'âge et la parité [1] [2] [3] [4] [5] [6], plusieurs réflexions nous ont semblé découler de ces résultats et prêter à discussion.

Le terme et les délais légaux de L'IMG

Le début des explorations a eu lieu au terme de 20,9 SA et la grossesse a été interrompue en moyenne à 23,2 SA. Ce délai de 15 jours est nécessaire à la réalisation d'un diagnostic anténatal précis et à la prise de décision d'IMG. Il constitue un temps de réflexion donné au couple pour prendre conscience de l'anomalie existante et choisir l'issue de la grossesse. L'absence de limitation de terme dans la législation française permet à juste titre d'éviter toute précipitation quant à la réalisation d'IMG. Ce délai de 2 semaines est constant pour la quasi­totalité des équipes [1] [2] [3] [4] [5]. Le terme moyen de 23 SA observé par notre étude demeure tardif pour la réalisation d'IMG mais comme Berger et al., nous avons exclu les IMG du 1er trimestre contrairement à l'étude de Frattini et al. [5]. Le non­respect des recommandations pour la pratique des 3 examens échographiques à 12, 22 et 32 SA est responsable de la grande variabilité du terme auquel est diagnostiquée l'anomalie fœtale. La transformation de la 1re échographie, autrefois une simple datation mais désormais une 1re analyse morphologique, devrait réduire le terme moyen de la prise en charge des malformations, en sachant que celles­ci, de part leur nature, ne peuvent pas toujours être diagnostiquées précocement. Le dépistage des anomalies chromosomiques par mesure de la nuque fœtale et par les double ou triple tests biologiques permet également de réduire le terme de la prise en charge. Cette notion est capitale car comme le démontre Henshaw [7], les complications maternelles augmentent avec le terme de réalisation de l'IMG, passant de 0,6/100 000 à 12 SA à 12,7/100 000 après 21 SA. L'interruption de grossesse doit donc être réalisée le plus précocement possible pour simplifier et minimiser le retentissement de la procédure. Rares sont les interruptions thérapeutiques au 3e trimestre de grossesse mais 8 % (n = 10) ont eu lieu après 30 SA. Il s'agissait toujours de malformations fœtales, de découverte tardive ou dont le pronostic s'était aggravé avec l'évolution. Il nous semble utile de rappeler que sur le plan législatif, aucune limite de terme n'existe pour la réalisation d'une IMG en France.

Certains pays européens ont imposé une date butoir légale pour limiter les conséquences et les débordements de l'interruption médicale de grossesse. Le terme de 24 SA ou de 180 jours constitue le plus souvent la limite accordée [8]. Cette limitation légale du délai d'IMG est restrictive pour le petit nombre d'anomalies de découverte tardive lors du 3e trimestre de la grossesse. Le développement de centres pluridisciplinaires de diagnostic anténatal permet, en France, le contrôle des indications d'interruption de grossesse dans le cadre de la législation. Il nous semble pour l'instant plus important de généraliser, voire d'imposer l'accès à de tels centres qui constituent un garde­fou pour les patientes et pour les praticiens que nous sommes. Ce moyen semble le meilleur garant du respect de l'éthique médicale, évitant toute dérive d'" euthanasie fœtale " tout en respectant la primauté de l'enfant à naître et le libre examen des parents [9]. L'étude hollandaise portant sur les IMG après 24 SA a permis de constater qu'il n'y avait pas de dérive sur les indications après ce terme, celles­ci étant essentiellement fœtales et non compatible avec une vie extra­utérine [10]. Soixante­dix­huit pour cent des décisions avaient été discutées par une équipe pluridisciplinaire.

La prédominance de l'indication fœtale et le risque de dérive eugénique

Nous avons retrouvé une prédominance des indications fœtales qui représentent 84 % des IMG. Un résultat similaire est rapporté dans les études antérieures de Frattini et al. [5], Roussey et al. [2], ou encore Schneider et al. [1] avec respectivement 81,7 %, 84,7 % et 83 % d'indications fœtales. Cette constatation est le reflet de la diffusion de l'échographie et de l'amélioration des techniques de DAN. Les indications d'IMG pour malformation fœtale se sont peu modifiées. Les malformations du système nerveux central (SNC) en sont le reflet avec 50 % d'anencéphalies, chiffres identiques à ceux des auteurs de la littérature française [1], [3] [4] [5]. La précocité du diagnostic échographique a permis pour cette pathologie de rendre exceptionnelle la naissance d'enfants anencéphales mais tous les diagnostics ne sont pas encore posés avant 20 SA [1], [5] et dans certains pays comme les États­Unis, seules 42 % des grossesses avec anencéphales ou spina bifida sont interrompues [11].

Il est important de différencier les indications de l'IMG en fonction de leur gravité. Les pathologies létales comme les malformations cardiaques complexes ou les anencéphalies prêtent peu à discussion en France [12], [13], en Europe [8] et même aux États­Unis [14], y compris au 3e trimestre. Les anomalies non létales mais dont le pronostic fonctionnel ou psychomoteur est lourd, nécessitent une discussion au cas par cas, le choix des parents et l'avis du praticien concerné ayant une importance capitale [8]. Par exemple, le pronostic chirurgical de la hernie diaphragmatique demeurant aléatoire, la décision d'IMG émane du comité consultatif et de l'avis parental. Enfin, certaines indications restent très discutables et posent de graves problèmes éthiques. Peuvent alors apparaître les problèmes de conflits entre les équipes et les experts quant à l'analyse du pronostic de l'enfant et ceux entre les équipes ou les experts et les parents. Confirmant les résultats de Gold et al. [15] dans une précédente analyse tourangelle, nous avons pu constater le faible nombre de situations éthiquement conflictuelles dans la réalisation d'IMG. L'exemple de l'amputation distale d'un membre fait partie de ces indications litigieuses d'IMG pour lesquelles un conflit est fréquent entre les différents médecins et/ou les parents. Belhassem et al. [16] ont rapporté leur expérience de refus d'IMG pour agénésie partielle d'un membre ayant conduit les patientes vers d'autres équipes plus conciliantes. Nous rapportons un cas d'hypoplasie fémorale droite isolée, ayant donné lieu à une IMG malgré l'avis du comité de diagnostic anténatal et malgré l'explication donnée aux parents concernant la prise en charge adéquate du handicap. Le simple respect de la législation française actuelle devrait permettre d'éviter toute dérive eugénique. Mais comme l'a très bien constaté l'équipe de Béclère [16], " la particulière gravité et l'incurabilité d'une lésion " peuvent être considérées de manière variable par les équipes et les experts. Il devient alors nécessaire d'harmoniser les décisions sur le plan national d'une part et européen d'autre part pour éviter ce que Soutoul appelle le " tourisme abortif " [17]. Les patientes se rendant vers les équipes françaises les plus permissives, ou vers les pays où le terme de leur grossesse autorise une IVG ou une IMG. Un cadre législatif plus précis et uniformisé sur l'Europe semble souhaitable.

Le dépistage des anomalies chromosomiques est responsable de 30 % des IMG. Durant la période de notre étude, ni la mesure de la nuque fœtale ni les dosages biologiques de BHCG et αfœtoprotéine n'étaient pratiqués. La trisomie 21 représente 43,2 % des aberrations chromosomiques. Elle apparaît comme la 1re aberration chromosomique conduisant à une IMG pour la plupart des auteurs représentant de 35 à 75 % des indications [1] [2] [3] [4] [5]. La littérature est partagée quant à l'acceptabilité de cette indication, si les Français sont très permissifs (80 % sont partisans de l'IMG pour T21 au 3e trimestre) [12], les autre pays le sont moins [8], [14], le pronostic vital n'étant pas engagé. La répartition des autres anomalies chromosomiques est, elle aussi, conforme à la littérature. Ici aussi les indications sont plus ou moins discutables, si les trisomies 13 et 18 sont d'un sombre pronostic et ne sont pas source de conflits même après 26 SA [8], [12], [13], les syndromes de Klinefelter et de Turner sont en revanche, différemment appréhendés selon les équipes. Schneider et al. [1], ne rapportent aucune IMG pour syndrome de Klinefelter : les 2 cas dépistés dans la période de référence ayant été conservés après de longues discussions. En revanche, dans cette même étude, 19 IMG ont été réalisées pour syndrome de Turner, contre 2 dans notre population. Ces 2 pathologies sont devenues, du fait des progrès de prise en charge et de l'évolution espérée pour ces enfants, compatibles avec la poursuite de la grossesse et elles constituent parfois une source de conflit entre les différents partis [12]. L'enquête danoise de 1997 montre bien que seul 1 gynécologue sur 2 conseillerait ou accepterait une ITG pour syndrome de Turner avant 22 SA et 10 % après 26 SA [8]. Certes les réunions collégiales n'ont à ce jour qu'un avis consultatif, et l'enquête de Gold et al. [18] a bien montré que les obstétriciens assurant la surveillance de la grossesse souhaitent conserver la co­responsabilité de la décision d'IMG avec les parents, mais cet avis appuyé sur l'actualité des progrès scientifiques et éthiques semble assez souvent respecté, évitant là aussi toute dérive [5].

Parmi les maladies héréditaires, la polykystose rénale (PKR) et la mucoviscidose sont les plus fréquentes. Dans cette série, nous n'avons interrompu qu'un seul cas de mucoviscidose. Cela est dû au fait que la mucoviscidose est plus rare dans notre région qu'elle ne l'est en Bretagne (région concernée par l'étude de Schneider et al. [1]). Ici aussi la précision diagnostique qu'apportent les progrès de la génétique, en sélectionnant les enfants atteints avec certitude, contrebalance l'augmentation numérique des IMG pour maladies héréditaires créée par un meilleur accès au dépistage. Là où autrefois une IMG était proposée devant une forte probabilité de maladie, il est désormais possible de la pratiquer avec une certitude diagnostique (hémophilie, maladie de Duchenne, mucoviscidose).

L'évolution des indications maternelles face aux progrès médicaux

Les indications maternelles nécessitant une IMG sont rares. On assiste à une diminution de ces indications [6] de part une prise en charge plus efficace mais aussi plus précoce des grossesses et des pathologies pouvant autrefois conduire à une IMG. Il en est ainsi des causes psychiatriques ou psychologiques, des risques iatrogènes (médicamenteux, radiologiques) souvent présents dans les séries plus anciennes [1], [2], [5], [6] ou des IMG pour viol ou inceste, au demeurant méconnues par la législation, qui sont souvent transformées en IVG car décidées avant 12 SA. Si Schneider et al. [1] rapportent 4 cas d'IMG après agression, il est intéressant de noter qu'étant centre de référence pour les agressions sexuelles dans le département, nous n'en rapportons aucune indication après 12 SA. Les maladies graves de la mère comme le lupus, le diabète, ou les cardiopathies sont mieux prises en charge et les grossesses plus souvent programmées lorsque le stade de la maladie et l'équilibre du traitement l'autorise [6]. Nous n'avons observé aucune ITG pour néoplasie chez la mère alors qu'elles représentent 10 % des indications maternelles pour Zimbris et al. [6], les grossesses ayant été diagnostiquées avant 12 SA ou ayant été prolongées jusqu'à terme. De même les indications pour toxoplasmose et rubéole maternelles ou patientes HIV+ ont presque disparu [1], [2], [4]. Elles sont actuellement considérées comme étiologie fœtale, l'ITG n'étant proposée que si le fœtus est atteint. Sept cas seulement de toxoplasmose ayant donné lieu à une ITG ont été rapportés par Zimbris et al. [6] sur 9 ans. Quinze ITG pour rubéole maternelle dont 5 sans DAN préalable ont été rapportées au réseau Renarub en 1994 en France [19]. L'apparition de la mono puis bi­thérapie chez les patientes HIV+ et la pratique de césariennes prophylactiques ayant fait diminuer notablement le risque de transmission in utero, les indications d'ITG devraient diminuer malgré l'augmentation de femmes enceintes HIV+. Cette pathologie est par ailleurs répartie de façon très variable sur l'hexagone, elle représentait 30 % des indications de Persch et al. [3] à Nice en 1992 au 2nd trimestre de grossesse ou de Zimbris et al. [6] à Montpellier alors qu'elle est inexistante dans notre région. Il est utile de rappeler que 40 % des femmes HIV+ le découvrent lors de la grossesse et 30 % de celles­ci après 12 SA.

Parmi les indications obstétricales, les ruptures prématurées des membranes (RPM) à un terme précoce de la grossesse (20,8 SA en moyenne) sont relativement importantes dans notre étude (69,2 % des indications obstétricales), comme dans la littérature [3] [4] [5]. Il s'agissait toujours de ruptures prématurées des membranes avant 24 SA avec un oligoamnios sévère et permanent pour lesquelles les chances de survie étaient de l'ordre de 10 %. L'amélioration de la prise en charge des grands prématurés nous a permis de réduire ces indications aux seules ruptures très précoces [20]. De même pour les 4 RCIU isolés, l'indication a été posée devant une souffrance fœtale chronique sévère avec une probabilité majeure de lésions irréversibles. La seule alternative étant de laisser mourir le fœtus in utero. Pour ces indications lorsque la vie de la mère n'est pas en danger il paraît raisonnable de satisfaire au choix des parents dûment informés de la situation et de posséder un dossier médical complet et documenté par un avis du groupe multidisciplinaire d'experts, afin d'éviter toute dérive.

CONCLUSION

Cette étude a permis de contrôler sur une période de 4 ans la fréquence et la réalisation d'IMG dans le centre de DAN de Tours. Sur les 20 000 accouchements de la période, environ 700 dossiers ont été discutés lors des réunions de diagnostic anténatal, et 125 IMG pratiquées. L'indication principale demeure fœtale et est basée sur le signe d'appel que constitue une malformation découverte lors de l'échographie du 2e trimestre.

Il est justifié de penser que cette constatation est le reflet du développement actuel du DAN en France, le dépistage étant sur cette période principalement échographique. La réalisation d'une échographie morphologique à 12 SA associée aux autres formes de dépistage en voie de développement amènera peut­être certaines modifications dans la pratique du DAN notamment quant à la réduction du terme de prise en charge.

La généralisation et l'accréditation de centres de diagnostic anténatal de référence permettent et permettront d'éviter toute dérive eugénique en respectant le libre­examen des parents. L'accomplissement de cet objectif pourra alors déboucher sur une modification de la législation afin d'harmoniser les différentes équipes entre elles [21], [22].

Figure 1. Distribution des patientes en fonction du terme de grossesse en semaine d'aménorrhée (SA) lors de l'interruption médicale au deuxième et troisième trimestre de grossesse.
Women distribution by weeks of pregnancy at the time of medical abortion.

Tableau I.
Tableau I.Distribution of prenatal diagnosis indications.

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).

Tableau II.
Tableau II.Indications of medical termination of pregnancy (n=125).

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).

Tableau III.
Tableau III.Fetal abnormalities: indications for medical termination of pregnancy (n=54).

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).

Tableau IV.
Tableau IV.Hereditary fetal diseases: indications for medical termination of pregnancy (n=14).

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).



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