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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 40, n° 9
pages 738-743 (novembre 2017)
Doi : 10.1016/j.jfo.2017.04.011
Received : 8 Mars 2017 ;  accepted : 20 April 2017
Validation de la version française d’un questionnaire de qualité de vie de l’adulte strabique (AS-20)
Validation of the French version of the health-related quality of life questionnaire for adult strabismus (AS-20)
 

P. Fossum a, , G. Le Meur a, C. Couret a, A. Pechereau a, F. Hode a, F. Albert a, E. Anthoine c, d, P. Lebranchu a, b
a Clinique ophtalmologique, CHU de Nantes Hotel-Dieu, 1, place Alexis-Ricordeau, 44093 Nantes, France 
b UMR 6597 CNRS, image & video communication team, institut de recherche en communications et cybernétique de Nantes, Polytech-Nantes, rue Christian-Pauc, 44300 Nantes, France 
c Département de santé publique, CHU de Nantes, Nantes, France 
d EA 4275 SPHERE « methods in patient-centered outcomes & health research », CHU de Nantes, Nantes, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Objectif

Un nombre croissant d’études rapporte l’impact négatif du strabisme sur l’image de soi, les relations avec autrui ou la situation professionnelle. L’AS-20 est un questionnaire anglais standardisé mesurant précisément le retentissement psychosocial du strabisme chez l’adulte. L’objectif de cette étude était sa validation en langue française.

Participants

Trois cent quatre vingt onze patients ont participé à l’étude, dont 131 strabismes (groupe 1), 128 autres pathologies oculaires (groupe 2) et 132 sujets normaux (groupe 3).

Résultats

L’échelle AS-20 présentait de bonnes propriétés psychométriques en 2 dimensions ou en 4 : la consistance interne était très bonne (coefficient alpha de Cronbach>0,9 pour chaque dimension et la dimension globale) et la reproductibilité était correcte (CCI>0,7). La comparaison des scores de l’échelle en 2 dimensions a permis de distinguer significativement chacun de nos groupes (p <0,001) : scores moyens les plus bas en cas de strabisme (63,9±18,3) par rapport aux autres pathologies oculaires (73,5±17,8) et aux sujets normaux (89,4±12,0) (validité discriminante). L’analyse psychométrique de l’échelle en 4 dimensions a été effectuée en retirant 2 items et en regroupant les 18 autres sur 4 dimensions. Elle a confirmé la validité discriminante et interne, la consistance interne et la reproductibilité du questionnaire. Les résultats de l’analyse factorielle confirmatoire ont été améliorés en utilisant un regroupement des items en 4 dimensions au lieu de 2 (coefficients d’ajustement du modèle aux données >0,9).

Conclusion

Nous disposons désormais d’un questionnaire validé en français pour quantifier le retentissement du strabisme et analyser l’efficacité des traitements proposés.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Introduction

A growing number of articles have shown the negative impact of strabismus on self image, relationships with others and professional life. The AS-20 is a standardized questionnaire in English measuring the psychosocial impact of strabismus in adults. The goal of this study is to validate the AS-20 in the French language.

Participants

Three hundred and ninety one patients took part in the study: 131 had strabismus (group 1), 128 other ocular diseases (group 2) and 132 “normal” patients (group 3).

Results

The AS-20 scale showed good psychometrical properties in 2 or 4 dimensions: internal consistency was very good (Cronbach's alpha coefficient>0.9 in all dimensions and overall) and the reproducibility was satisfactory (intra class coefficient>0.7). The comparison of the scores in the 2 dimension scale showed significant differences between the groups (P <0.001): lower score in strabismus (63.9±18.3) than in other ocular diseases (73.5±17.8) and normal group (89.4±12.0) (divergent validity). The 4 dimension psychometric analysis was performed by removing 2 items and grouping the 18 others in 4 groups. It confirmed the divergent and convergent validity, internal consistency and reproducibility of the scale. The results of the confirmatory factor analysis were better with the 4 dimension scale than the 2 dimension scale (adjustment coefficients>0.9).

Conclusion

We now have access to a health related questionnaire in French to quantify the impact of strabismus on quality of life and measure the results of treatment.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : AS-20, Qualité, Vie, Strabisme, Adultes, Français

Keywords : AS-20, Quality, Life, Strabismus, Adults, French


Introduction

Le retentissement psychosocial provoqué par un strabisme ne doit pas être sous-estimé. Un nombre croissant d’études rapporte son impact négatif sur l’image de soi, sur les relations avec autrui [1]. Une déviation importante peut diminuer les chances d’obtenir un emploi [2]. Les études manipulant numériquement la déviation angulaire sur photographie mettent en évidence la perception négative que nous avons d’une personne strabique, particulièrement en cas d’ésotropie importante [2, 3]. Loin de diminuer avec le temps, ces problèmes semblent s’aggraver à l’âge adulte [1]. L’importance de la déviation angulaire apparaît comme un des facteurs impactant la qualité de vie [4]. Le traitement chirurgical, et surtout la réduction angulaire, semblent au contraire améliorer l’estime de soi [5, 6, 7, 8].

La mesure de la qualité de vie est un outil utilisé de plus en plus fréquemment en médecine. Sur le plan médical, il permet d’évaluer le retentissement d’une pathologie sur le quotidien et d’évaluer ses thérapeutiques. D’un point de vue plus global, c’est un outil d’évaluation économique qui peut orienter la stratégie des politiques de santé. Les questionnaires généraux ne sont pas adaptés à l’évaluation du retentissement des pathologies ophtalmologiques [9]. Ces dernières années, un certain nombre de questionnaires spécifiques au strabisme et à l’amblyopie ont alors été développés : l’Amblyopia and Strabismus Questionnaire (A&SQ) [10], l’Amblyopia Treatment Index (ATI) [11], l’Adult Strabismus Quality of Life Questionnaire (AS-20) [12] et l’Intermittent Exotropia Questionnaire (IXTQ) [13]. Aucun de ces questionnaires n’est actuellement validé en langue française.

L’AS20 est un questionnaire spécialement développé pour mesurer l’impact du strabisme sur la qualité de vie du patient [12]. Parmi 181 items présélectionnés à partir d’interrogatoire avec les patients, 20 ont été retenus pour leur pertinence. Les dix premiers mesurent les conséquences psychosociales du strabisme (dimension 1), les 10 derniers évaluent son retentissement fonctionnel (dimension 2). Les études anglophones ont montré que les scores de l’AS20 sont significativement moins bons en cas de strabisme comparativement à des populations normales ou présentant un autre handicap visuel [12]. La diplopie apparaît comme un facteur aggravant le retentissement fonctionnel mesuré par l’AS20. Ce questionnaire apparaît plus sensible pour mesurer l’impact du strabisme sur la qualité de vie par rapport à d’autres questionnaires pré-existants : VFQ-25 (National Eye Institute Visual Function Questionnaire [VFQ-25]) mesurant l’impact d’un trouble de la fonction visuelle [14] ; DAS59 (Derriford Appearence Scale 59 ) relatif à tous les éléments médicaux modifiant l’apparence [15]. Il n’existe actuellement aucun questionnaire de qualité de vie relatif au strabisme en langue française. Le passage d’une langue à une autre d’un questionnaire de qualité de vie ne peut pas être réalisé par la simple traduction littérale mot à mot de chaque phrase. Il faut s’assurer que le concept représenté par chaque item soit respecté malgré le changement de langue. Nous proposons ici une traduction en français de l’AS-20, validée statistiquement sur un échantillon de patients strabiques.

Matériel et méthodes

Afin de s’assurer que le concept de chaque proposition soit respecté, une première traduction a été réalisée de l’anglais vers le français par un spécialiste du sujet de langue maternelle française, puis une rétro traduction a été réalisée par deux non-spécialistes (un anglophone et un francophone). Une synthèse a alors été proposée avant validation.

La passation du questionnaire a été standardisée. Quatre examinateurs référents ont fourni une explication orale concernant le questionnaire et accompagnaient le patient lors des réponses écrites au questionnaire. Le questionnaire était rempli anonymement, et un numéro spécifique permettait secondairement de faire correspondre les données cliniques. Le patient avait la possibilité de s’isoler pour répondre aux questions. Une aide chez les patients malvoyants était apportée en cas de difficultés de lecture. Pour chaque proposition du questionnaire, une valeur était attribuée aux 5 modalités de réponses selon l’échelle de Likert : « jamais » (score 100), « rarement » (score 75), « parfois » (score 50), « souvent » (score 25) et toujours (score 0). Un score moyen pouvait ainsi être attribué pour chaque dimension puis globalement (Tableau 1).

Afin d’évaluer la reproductibilité du questionnaire, une seconde passation sur la base du volontariat a été réalisée 15 à 30jours plus tard chez 112 patients (G1=30 %, G2=17 %, G3=53 %). La majorité a répondu par mail. Les questionnaires pouvaient également être recueillis au cours d’ une consultation de contrôle, par écrit ou par oral au téléphone.

Dans un premier temps, les effectifs et les fréquences de chaque modalité des items ont été calculés. Le but de la première analyse psychométrique était de vérifier la validité de l’échelle en 2 dimensions, selon la méthode recommandée par les auteurs [12]. La validité convergente et la validité divergente ont été évaluées afin de vérifier que chaque item était suffisamment lié avec sa propre dimension (coefficient de corrélation >0,4) et que chaque item était plus lié avec sa propre dimension qu’avec une autre. La consistance interne a été vérifiée pour s’assurer que les items étaient suffisamment liés entre eux et nombreux. Elle était jugée satisfaisante lorsque le coefficient α de Cronbach était>0,7. La reproductibilité a été calculée par l’indice ICC (Intra Class Coefficient ), et était considérée comme bonne si ICC>0,7. Enfin un modèle d’équations structurelles a été mis en œuvre pour confirmer la structure de l’échelle (validité de structure). Plusieurs indices permettant de vérifier l’ajustement du modèle aux données ont été calculés :

le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) (bon si <0,10 et très bon si <0,05) ;
le Normed Fit Index (NFI) (bon si >0,9 et très bon si >0,95) ;
le Comparative Fit Index (CFI) (bon si >0,9 et très bon si >0,95).

Dans un second temps, une deuxième analyse psychométrique a été réalisée afin de vérifier la validité de l’échelle en 4 dimensions, selon les recommandations faites par les auteurs anglophones à la suite d’une analyse de Rasch [16]. Les items 14 et 19 ont été écartés, conformément à l’étude de Leske [16], en raison de leur validité convergente et divergente insuffisantes, et les 18 items restant ont été regroupés en 4 dimensions : « perception de soi » (items 1, 2, 3, 4 et 6), « interaction » (items 5, 7, 8, 9 et 10), « fonction de lecture » (items 12, 13, 16 et 20) et « fonctions générales » (items 11, 15, 17 et 18). La même méthode précédemment décrite (validités convergentes et divergentes, consistance interne, reproductibilité, validité discriminante et validité de structure) a été mise en oeuvre. Finalement une recherche de corrélation a été effectuée entre les scores de qualité de vie obtenues et l’âge, le sexe ou l’importance de la déviation angulaire de loin (exprimée en valeur absolue).

Le seuil de significativité retenu était de 5 %. Les analyses statistiques ont été réalisées à l’aide du logiciel R 3.0.

Résultats

Cette étude a inclus de façon prospective 391 patients (sex-ratio =0,69, prédominance féminine) se présentant en consultation dans le service d’ophtalmologie du CHU de Nantes entre juin 2012 et juin 2015. Le consentement était recueilli, sur la base d’un libre choix éclairé pour participer à une recherche non interventionnelle. En fonction du motif de consultation, les patients étaient répartis en 3 groupes : trouble oculomoteur, (G1, n =131), autres pathologies ophtalmologiques (G2, n =128), sujets normaux (G3, n =132).

L’étiologie du trouble oculomoteur était variée : strabisme précoce (50 %), paralysie (24 %), strabisme divergent intermittent (4 %), basedow (4 %), syndrome de restriction (3 %), nystagmus (2 %), autres (13 %). La déviation oculomotrice était mesurée avec le port de la correction optique en fixation de loin (5 mètres), avec une barre de prisme au cover-test alterné (ou par la méthode de Krimsky en cas d’impossibilité). Trente-huit % se plaignaient de diplopie.

Les patients présentant une autre pathologie ophtalmologique consultaient pour pathologie palpébrale (7 %), atteinte cornéo-conjonctivale (19 %), atteinte cristallinienne (9 %), glaucome (7 %), uvéite (6 %), neuropathie optique (5 %), DMLA (9 %), atteintes rétiniennes diverses (26 %) ou une combinaison de pathologies (13 %). Ils étaient exclus en cas de troubles oculomoteurs surajoutés.

Les patients normaux consultaient pour une vérification de leur vue ou le renouvellement d’une ordonnance de lunettes. Ils étaient exclus en cas d’antécédent de pathologie ophtalmologique ou de la présence d’une anomalie autre que réfractive le jour de la consultation.

La meilleure acuité visuelle était mesurée en vision de loin après correction du trouble réfractif sur une échelle logarithmique, en monoculaire. L’acuité visuelle moyenne (Logmar) du meilleur oeil était de −0,02±0,08 (groupe 1), 0,05±0,17 (groupe 2) et −0,12±0,09 (groupe 3) (p <0,001). L’acuité visuelle de l’œil le plus mauvais était en moyenne de 0,07±0,28 (groupe strabisme), 0,25±0,36 (autres pathologies ophtalmologiques) et −0,10±0,07 (sujets normaux), sans différence significative entre G1 et G2.

L’analyse de la distribution des réponses aux items montrait une sur-représentation de la modalité « jamais » dans les groupes 2 et 3. Cet effet « plafond » disparaissait dans le groupe strabique, où la répartition des réponses apparaît plus homogène (« jamais » 30 %, « rarement » 17 %, « parfois » 26 %, « souvent » 21 %, « toujours » 5 %).

Structure de l’AS-20 en deux dimensions

Le score psychosocial est significativement plus bas (p <0,001) en cas de strabisme (66,6±24,5) (Figure 1, Figure 2). Le score fonctionnel est également abaissé en cas de strabisme (61,2±21,7) ou d’une autre pathologie ophtalmologique (64,1±21,5). Le score global ségrégue significativement (p <0,001) chacun de nos groupes avec un retentissement plus important en cas de trouble oculomoteur (63,9±18,3) par rapport aux autres pathologies ophtalmologiques (73,5±17,8) et aux sujets normaux (89,4,2±12) (Figure 1). La diplopie n’aggrave pas le score psychosocial, mais a un retentissement significatif sur le score fonctionnel (49,7±21,3 en cas de diplopie ; 68,3±18,8 en l’absence de diplopie, p <0,01) (Figure 2).



Figure 1


Figure 1. 

Comparaison des scores AS-20 entre les patients strabiques, autres pathologies et les sujets normaux. Comparaison des scores des dimension 1 (psychosociale ; en noir), dimension 2 (fonctionnelle ; en gris) et globale (en blanc). Les crochets représentent les valeurs maximum et minimum, la limite inférieure du rectangle le 1er quartile, la limite supérieure le 3e quartile et la ligne centrale du rectangle la médiane.

Zoom



Figure 2


Figure 2. 

Comparaison des scores AS-20 des patients strabiques avec ou sans diplopie. Comparaison des scores des dimension 1 (psychosociale ; en noir), dimension 2 (fonctionnelle ; en gris) et globale (en blanc). Les crochets représentent les valeurs maximum et minimum, la limite inférieure du rectangle le 1er quartile, la limite supérieure le 3e quartile et la ligne centrale du rectangle la médiane.

Zoom

La consistance interne était élevée pour la dimension psychosociale (coefficient α de Cronbach=0,93), pour la dimension fonctionnelle (coefficient α =0,91) et globalement (coefficient α =0,93). La reproductibilité du test était très bonne pour chacune des dimensions (respectivement ICC=0,78 et 0,87) et globalement (ICC=0,86). Les validités convergente et divergente étaient confirmées, avec pour chaque item des coefficients de corrélation plus élevés avec leur dimension d’appartenance qu’avec l’autre dimension. La modélisation a permis de confirmer une validation structurelle en 2 dimensions et les coefficients du modèles étaient tous significatifs (p <0,001) (RMSEA=0,080, NFI=0,913 et CFI=0,936).

Structure de l’AS-20 en quatre dimensions

Les scores sont significativement abaissés dans le groupe strabique pour les dimensions mesurant la perception de soi et les interactions (respectivement 56,3±30,6 et 76,9±22,6 ; p <0,001). Les scores des fonctions de lecture et générales sont abaissés en cas de pathologie ophtalmologique (avec ou sans déviation). Le score global permet une nouvelle fois de distinguer statistiquement nos 3 groupes : strabisme (64,4±18,7), autres pathologies ophtalmologiques (74,8±17,5) et sujets normaux (89,9±11,8). Parmi les patients strabiques (groupe 1), la diplopie impacte significativement les scores de lecture (50,6±27,4 versus 71,3±28,4 ; p <0,001) et de fonctions générales (50,5±21,0 versus 63,0±22,5 ; p <0,01). La fiabilité du test retrouve des indices de consistance interne et de reproductibilité satisfaisants pour chacune des dimensions : « estime de soi » (coefficient α=0,92 ; ICC=0,80), « interaction » (coefficient α =0,87 ; ICC=0,65), « fonction de lecture » (coefficient α =0,90 ; ICC=0,84) et « fonctions générales » (coefficient α =0,76 ; ICC=0,85). Les indices globaux confortent le modèle (coefficient α =0,93 ; ICC=0,85). Concernant la validité convergente, tous les items présentent une corrélation significative avec leur propre dimension. La validité divergente retrouve une corrélation plus importante avec une autre dimension dans 2 cas : l’item 10 présente une corrélation plus importante avec la dimension 1 (estime de soi) et l’item 11 avec la dimension 3 (fonction de lecture). L’analyse factorielle confirmatoire retrouve des indices de fit élevés (CFI=0,948) qui permettent de conforter le modèle.

Discussion

Les analyses psychométriques de la version française de l’AS-20 réalisées en 2 ou en 4 dimensions permettent de valider ce questionnaire. Le score global de qualité de vie discrimine statistiquement nos 3 populations, avec un retentissement plus important chez les patients strabiques. Un trouble oculomoteur abaisse le score psychosocial significativement. Le score fonctionnel est abaissé en cas de pathologie ophtalmologique (quelle qu’elle soit), la diplopie apparaissant comme un facteur aggravant. Nos résultats sont comparables aux données rapportées avec la version anglaise. Hatt et al. (Ophthalmology 2009) rapporte un score global identique dans leur population strabique (médiane 56), mais un score fonctionnel beaucoup plus abaissé (40). Cependant cette population était composée de 69 % de patients avec diplopie. Les scores fonctionnels en fonction du caractère « diplopie » ou non étaient respectivement de 38 et de 60, ce qui est comparable aux résultats de notre échantillon (49,7 et 68,3).

L’effet plafond observé lors de la réponse aux questions par les sujets normaux est attendu, ces patients ne présentant aucun retentissement fonctionnel ou social en rapport avec leurs yeux. Il n’apparaît pratiquement pas dans le groupe strabique. Une possibilité pour le diminuer serait de regrouper les modalités de réponse « souvent » (21 %) et « toujours » (5 %), utilisant une échelle de Lickert en 4 points répartissant de façon plus homogène les réponses dans ce groupe [16].

La reproductibilité du questionnaire est globalement bonne dans l’étude. Les indices ICC sont tous supérieurs à 0,7 dans l’analyse en 2 dimensions. Dans l’analyse en 4 dimensions, les ICC des 4 dimensions sont tous supérieurs à 0,7. Les ICC globaux des deux dimensions sont largement supérieurs à 0,7 (0,86 pour les 2 analyses). Notons que l’analyse de la reproductibilité de la version anglaise a été réalisée secondairement [16].

Quel que soit le nombre de dimensions, la consistance interne de notre questionnaire s’avère satisfaisante et comparable à la version anglaise : coefficient α de Cronbach respectivement de 0,95, 0,94 et 0,94 (dimension 1, 2 et globale) pour la version anglophone [12] et de 0,93, 0,91 et 0,92 pour la version francophone. La validité interne s’avère meilleure lors de l’utilisation du questionnaire en 2 dimensions. Par contre l’analyse factorielle confirmatoire est meilleure avec l’échelle en 4 dimensions, qui confirme une modélisation statistique plus robuste. L’ensemble de ces données permet de valider le questionnaire, sans trancher nettement entre l’utilisation de l’échelle en 2 ou 4 dimensions. Si les auteurs recommandent le questionnaire en 4 dimensions [16], toutes les publications internationales sont actuellement réalisées avec l’échelle en 2 dimensions [14, 15]. Il est par ailleurs, possible de transformer les réponses de l’échelle en 2 vers l’échelle en 4 dimensions, ce qui n’est pas possible dans l’autre sens. L’utilisation de l’échelle en 2 dimensions apparaît actuellement comme le meilleur outil comparatif aux standards anglo-saxons.

Conclusion

La version française de l’AS-20 est un outil supplémentaire dans la prise en charge des patients strabiques. Elle permet sur un plan individuel de mesurer le retentissement de la maladie, apportant une aide supplémentaire à la prise de décision thérapeutique. Les variations de la déviation angulaire, en particulier en cas de strabisme intermittent, compliquent la mesure de l’efficacité du traitement rééducatif ou chirurgical. Le questionnaire de qualité de vie apparaît comme un outil alternatif pour quantifier l’efficacité d’un traitement. Une amélioration significative des scores de qualité de vie est ainsi rapporté en cas de chirurgie, et d’autant plus que la réduction angulaire est significative [4]. La version française de l’AS-20 est un outil supplémentaire pour se comparer aux standards actuellement publiés dans la littérature scientifique, d’autant plus qu’il existe une émergence des questionnaires AS-20 traduits en anglais dans plusieurs pays [18, 17].

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

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