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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 40, n° 9
pages 777-787 (novembre 2017)
Doi : 10.1016/j.jfo.2017.06.003
Received : 7 February 2017 ;  accepted : 30 June 2017
Évolution des déficits des fibres optiques dans les névrites optiques rétrobulbaires par le complexe ganglionnaire maculaire
Progression of nerve fiber layer defects in retrobulbar optic neuritis by the macular ganglion cell complex
 

D. Hong , C. Bosc, F. Chiambaretta
 Service d’ophtalmologie, CHU Clermont-Ferrand-Gabriel-Montpied, 58, rue Montalembert, 63000 Clermont-Ferrand, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Introduction

De récentes études avec les OCT SD auraient montré une atteinte précoce du complexe cellulaire ganglionnaire maculaire (comprenant le RNFL, les couches de cellules ganglionnaires, et la couche plexiforme interne) dans les pathologies du nerf optique. La névrite optique rétrobulbaire (NORB) souvent retrouvée dans les pathologies démyélinisantes conduit à une atrophie des fibres optiques déjà décrites dans la littérature au niveau des axones des cellules ganglionnaires. L’objectif de cette étude est d’étudier l’évolution des déficits des fibres optiques et du complexe ganglionnaire maculaire dans le temps avec l’OCT SPECTRALIS par une méthode reproductible à travers une moyenne d’épaisseur par quadrant dans le cadre de patients atteints de NORB.

Matériels et méthodes

Il s’agit d’une étude prospective observationnelle monocentrique au CHU de Clermont-Ferrand incluant 8 patients. Tous les patients ont eu un examen oculaire incluant une analyse maculaire et papillaire par le SPECTRALIS OCT et un champ visuel Goldmann au moment de l’inclusion (poussée de NORB ou récidive de NORB), à 3 mois, et à 6 mois.

Résultats

Les patients étaient âgés de 40 ans en moyenne lors de l’inclusion. Après 6 mois de suivi, on observait une progression de l’affinement sur le complexe ganglionnaire maculaire (11,5 % soit 11μm) prédominante en nasal inférieur (13,9 % soit 16μm) et nasal supérieur (12,9 % soit 14μm) alors que l’œil adelphe restait stable. La diminution d’épaisseur reposait principalement sur les 3 couches les plus internes de la rétine. En moyenne, la perte en épaisseur au niveau du RNFL péripapillaire prédominait en temporal inférieur (24,9 % soit 39μm) et temporal supérieur (21,8 % soit 28μm).

Discussion

La perte d’épaisseur des fibres optiques est perçue dès 3 mois d’évolution sur les OCT du nerf optique et maculaire après un épisode de NORB, Celle-ci prédomine en inférieur, malgré l’amélioration du champ visuel Goldmann, et de leur acuité visuelle. La segmentation par quadrant a été utilisée ici pour comparer l’évolution du déficit des différentes régions par rapport à la fovéa de manière globale et reproductible. La perte en nasal supérieur et nasal inférieur au niveau maculaire semble correspondre avec des pertes en régions temporales pour l’OCT du nerf optique d’après la littérature.

Conclusion

Le suivi de ces patients atteints de NORB est important comme montré par les différentes récidives et poussées provenant de leurs pathologies respectives, notamment la sclérose en plaque (SEP). La surveillance du complexe ganglionnaire maculaire par une méthode de calcul global pourrait contribuer à détecter et localiser une atteinte plus précoce après un épisode de NORB. Cela pourrait conduire à discuter d’une modification thérapeutique ou d’une surveillance accrue en cas de détection précoce d’atrophie des fibres optiques ou de montrer l’importance d’une surveillance, la surveillance d’une NORB n’étant pas standardisée.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Introduction

Recent studies with SD OCT had shown early axonal damage to the macular ganglion cell complex (which consists of the three innermost layers of the retina: Inner Plexiform Layer [IPL], Ganglion Cell Layer [GCL], Retinal Nerve Fibre layer [RNFL]) in optic nerve pathology. Retrobulbar optic neuritis (RBON), occurring frequently in demyelinating diseases, leads to atrophy of the optic nerve fibers at the level of the ganglion cell axons, previously described in the literature. The goal of this study is to evaluate the progression of optic nerve fiber defects and macular ganglion cell complex defects with the SPECTRALIS OCT via a reproducible method by calculating a mean thickness in each quadrant after an episode of retrobulbar optic neuritis.

Methods

This is a prospective monocentric observational study including 8 patients at the Clermont-Ferrand university medical center. All patients underwent ocular examination with macular and disc OCT analysis and a Goldmann visual field at the time of inclusion (onset or recurrence of RBON), at 3 months and at 6 months.

Results

Patients were 40-years-old on average at the time of inclusion. After 6 months of follow-up, there was progression of the atrophy of the macular ganglion cell complex in the affected eye on (11.5% or 11μm) predominantly inferonasally (13.9% or 16μm) and superonasally (12.9% or 14μm) while the other eye remained stable. The decrease in thickness occurred mainly in the most internal 3 layers of the retina. On average, the loss in thickness of the peripapillary RNFL was predominantly inferotemporal (24.9% or 39μm) and superotemporal (21.8% or 28μm).

Discussion

In 3 months of progression, the loss of optic nerve fibers is already seen on macular and disc OCT after an episode of RBON, especially in inferior quadrants in spite of the improvement in the Goldmann visual field and visual acuity. Segmentation by quadrant was used here to compare the progression of the defect by region compared to the fovea in a global and reproducible way. The loss of thickness, predominantly inferonasally and superonasally, appears to correspond to the temporal loss on optic nerve OCT according to the literature.

Conclusion

The follow-up of these patients with retrobulbar neuritis is important as shown by the possibility of relapse, especially in multiple sclerosis. Monitoring of the macular ganglion cell complex by a global method of calculation could contribute to the detection and localization of early damage after an episode of retrobulbar neuritis. This could possibly lead to a discussion of treatment modification or increased surveillance in cases of early detection of nerve fiber atrophy, or to showing the importance of monitoring, since monitoring of RBON is not standardized.

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Mots clés : Névrite optique rétrobulbaire, Complexe ganglionnaire maculaire, Fibres optiques, RNFL, Cellules ganglionnaires

Keywords : Retrobulbar optic neuritis, Macular ganglion cell complex, Optic nerve fibers, RNFL, Ganglion cells


Introduction

Depuis l’avènement de l’OCT SD avec des programmes comme l’étude du complexe cellulaire ganglionnaire maculaire qui permettent aussi la segmentation des différentes couches de la rétine, de nombreuses études ont été menées notamment dans le domaine du glaucome [1].

Des études ont révélé un intérêt à la surveillance par l’OCT maculaire par rapport à l’OCT péripapillaire jusque-là, utilisé. Dans les pathologies inflammatoires du nerf optique, comme les névrites optiques rétrobulbaires (NORB), les études ont montré une atrophie progressive de la couche des RNFL après ces épisodes pouvant évoluer jusqu’à plus d’un an [2].

Le complexe ganglionnaire comprend la couche du RNFL, la couche des cellules ganglionnaires et la couche des cellules plexiformes interne. La couche la plus interne (RNFL) est principalement composée d’axones des cellules ganglionnaires de la rétine (appelées fibres optiques) non myélinisées. Les fibres myélinisées débutent à la partie postérieure de la lame criblée. La portion prélaminaire, c’est-à-dire le trajet axonal intra rétinien est normalement non myélinisé [3].

Les études mesurant la perte d’épaisseur des fibres optiques par l’OCT péripapillaire ont permis de montrer l’intérêt du RNFL à travers la mesure du volume axonal seul [4].

Nous avons choisi d’étudier l’évolution dans le temps des fibres optiques par la mesure de l’épaisseur du complexe ganglionnaire rétinien en segmentant en 4 quadrants, après un épisode de névrite optique rétrobulbaire, pathologie souvent retrouvée lors d’affections démyélinisantes.

Matériel et méthodes

Il s’agit d’une étude prospective observationnelle menée au CHU de Clermont-Ferrand incluant 8 patients.

Les critères d’inclusion sont la découverte d’une NORB (1re poussée ou récidive de NORB) au décours d’une consultation ophtalmologique. L’acuité visuelle, le champ visuel Goldmann, et une analyse maculaire et papillaire par le SPECTRALIS OCT ont été effectués pour chaque patient. Les patients ont été suivis à 3 mois puis à 6 mois.

L’acuité visuelle a été réalisée à chaque visite, de la même manière qu’à l’inclusion. Le champ visuel Goldmann a été réalisé sur des pupilles non dilatées lors de l’inclusion, à 3 mois, et à 6 mois de l’épisode.

Les OCT maculaire et papillaire ont été réalisés par le SPECTRALIS OCT 1 avec le programme SPECTRALIS© Posterior Pole Asymmetry Analysis version 1.9.10.0 module Glaucome, permettant la segmentation des différentes couches de la rétine, et la mesure de l’épaisseur de ces différentes couches (30°×25° OCT volume scan, avec une grille du pôle postérieur à 8×8 centrée sur la fovéa) pour chaque œil. Chaque valeur des épaisseurs du pôle postérieur est calculée automatiquement par le logiciel. L’utilitaire « Follow-up » utilisé a permis une meilleure reproductibilité à chaque examen. L’OCT du nerf optique selon le même programme est centrée sur la papille par un cercle de diamètre de 3,5mm et les épaisseurs par région du RNFL sont automatiquement calculées en 6 régions (nasal supérieur, nasal inférieur, temporal supérieur, temporal inférieur, temporal et nasal). Après chaque OCT, l’examen a été validé par un ophtalmologue pour s’assurer de la qualité des images et de la bonne fixation du patient.

Pour calculer l’épaisseur du complexe ganglionnaire maculaire, nous avons choisi d’utiliser la grille maculaire d’épaisseur du logiciel. Les différentes épaisseurs des couches du complexe ont été additionnées manuellement dans chacun des 4 quadrants et correspondent à 16 cellules de la grille (temporal supérieur, temporal inférieur, nasal supérieur, nasal inférieur). La moyenne d’épaisseur a ensuite été calculée pour chacun des 4 quadrants ainsi que leur écart-type (Figure 1).



Figure 1


Figure 1. 

On calcule la moyenne en additionnant toutes les valeurs du quadrant sélectionné.

Zoom

Résultats

Huit patients ont été inclus au CHU de Clermont-Ferrand durant une période allant de juin 2015 à juin 2016. Huit patients ont atteints les 6 mois de suivi (Tableau 1).

Les patients étaient âgés de 40 ans en moyenne lors de l’inclusion avec un ratio de 1,8 femmes pour 1 homme. Sept patients présentaient une première poussée, alors qu’une patiente présentait une récidive de NORB (déjà connue pour une sclérose en plaques). Aucun patient parmi les 8 suivis n’a eu de récidive pendant la durée de l’étude.

Les résultats sont présentés dans le Tableau 2.

À l’inclusion, les épaisseurs pour chaque couche rétinienne sont légèrement plus élevées pour l’œil adelphe. Les moyennes d’épaisseurs rapportées par quadrant ont des valeurs plus importantes et plus variables au niveau des régions nasales pour chaque couche (écart-type plus élevé).

Après 3 mois de suivi, la perte d’épaisseur est nette entre l’œil atteint et l’œil adelphe :

la perte totale pour la couche RNFL est de 14 % (5μm) pour l’œil atteint, avec une prédominance de perte en nasal inférieur (16,2 % soit 9μm) et nasal supérieur (15,4 % soit 8μm). Perte totale pour l’œil adelphe : 0,2 % ;
la perte totale pour la couche des cellules ganglionnaires est de 9 % (3μm) pour l’œil atteint, avec une prédominance de perte en nasal inférieur (9 % soit 3μm) et nasal supérieur (9 % soit 3μm). Perte totale pour l’œil adelphe : 0,4 % ;
la perte totale pour la couche des cellules plexiformes interne est de 7 % (2μm) pour l’œil atteint, avec une prédominance de perte en nasal inférieur (8,8 % soit 2μm) et nasal supérieur (7 % soit 2μm). Perte totale pour l’œil adelphe : 0,2 % ;
la perte totale pour la couche du complexe ganglionnaire est de 10,5 % (10μm) pour l’œil atteint, avec une prédominance de perte en nasal inférieur (12,6 % soit 14μm) et nasal supérieur (11,6 % soit 12μm). Perte totale pour l’œil adelphe : 0,1 % ;
la perte totale pour l’épaisseur rétinienne totale est de 2,4 % (7μm) pour l’œil atteint. Perte totale pour l’œil adelphe : 0,1 % ;
on constate que la perte pour l’œil atteint est principalement située sur les couches du complexe ganglionnaire ;
en ce qui concerne la région 4×4 centrale, la perte à 3 mois est de 13,2 % (13μm).

Après 6 mois de suivi par rapport à l’inclusion, la perte d’épaisseur entre l’œil atteint et l’œil adelphe ralentit :

la perte totale pour la couche RNFL est de 15,4 % (6μm) pour l’œil atteint, avec une prédominance de perte en nasal inférieur (17,6 % soit 10μm) et nasal supérieur (17,3 % soit 9μm). Perte totale pour l’œil adelphe : −0,3 % ;
la perte totale pour la couche des cellules ganglionnaires est de 9,8 % (3μm) pour l’œil atteint, avec une prédominance de perte en temporal supérieur (10,6 % soit 3μm) et nasal supérieur (10 % soit 3μm). Perte totale pour l’œil adelphe : −0,6 % ;
la perte totale pour la couche des cellules plexiformes interne est de 7,6 % (2μm) pour l’œil atteint, avec une prédominance de perte en nasal inférieur (10,4 % soit 3μm) et nasal supérieur (7,8 % soit 2μm). Perte totale pour l’œil adelphe : −0,7 % ;
la perte totale pour la couche du complexe ganglionnaire est de 11,5 % (11μm) pour l’œil atteint, avec une prédominance de perte en nasal inférieur (13,9 % soit 16μm) et en nasal supérieur (12,9 % soit 14μm). Perte totale pour l’œil adelphe : −0,5 % ;
la perte totale pour l’épaisseur rétinienne totale est de 3,4 % (10μm) de plus pour l’œil atteint. Perte totale pour l’œil adelphe : −0,6 % ;
la perte pour l’œil atteint est toujours située sur les couches du complexe ganglionnaire ;
en ce qui concerne la région 4×4 centrale, la perte à 3 mois est de 16,5 % (16μm).

Les valeurs sont beaucoup plus variables entre patients (Tableau 3). Les écarts-types sont élevés et variables pour les 6 régions.

Au niveau de l’œil atteint la perte en épaisseur à 3 mois est plus importante au niveau de la région temporale inférieure (21,7 % soit 34μm) et nasale inférieure (21,3 % soit 26μm). À 6 mois, pour le RNFL péripapillaire, la perte d’épaisseur prédomine en temporal inférieur (24,9 % soit 39μm) et en temporal supérieur (21,8 % soit 28μm).

Les couches du complexe ganglionnaire maculaires subissent une diminution surtout au cours des 3 premiers mois (Figure 2).



Figure 2


Figure 2. 

Évolution des épaisseurs du complexe ganglionnaire maculaire en fonction du temps. IPL : cellules plexiformes internes ; GCL : cellules ganglionnaires.

Zoom

Tous les patients présentant à 6 mois soit une baisse d’acuité visuelle persistante, soit un défect au niveau du champ visuel, ou soit une anomalie de l’aspect du nerf optique présentaient des épaisseurs situées en dessous de la moyenne, hormis le patient 6 (Tableau 4).

Discussion

La majorité des NORB s’intègre le plus fréquemment dans les pathologies démyélinisantes représentées en majorité par la sclérose en plaque.

La différenciation en 4 quadrants utilisée pour distinguer les régions atteintes précocement retrouve dans cette étude un affinement au niveau maculaire en nasal inférieur et nasal supérieur.

L’affinement prédominant au niveau de la partie temporale du nerf optique a été montré par plusieurs études [5, 6, 7]. On retrouve dans cette étude par l’OCT péripapillaire, la perte d’épaisseur des fibres prédominante sur les régions inféro et supérotemporales.

La localisation de la perte au niveau du complexe ganglionnaire par rapport au RNFL péripapillaire semble différer en fonction de la pathologie initiale : pour la pathologie glaucomateuse, plusieurs études mentionnent un lien entre une perte au niveau du RNFL péripapillaire en temporal inférieur et supérieur et une perte au niveau du complexe maculaire en temporal inférieur et supérieur également. Il est évoqué des lésions arciformes périphériques initiales associées à l’anatomie du trajet des fibres optiques comme décrites dans plusieurs études [8, 9]. Dans les névrites optiques rétrobulbaires, il a été retrouvé des lésions en temporal voire en temporal inférieur pour le RNFL péripapillaire mais associées à des lésions en nasal au niveau du complexe ganglionnaire maculaire [10, 11, 12]. Une hypothèse avait été formulée : dans la sclérose en plaque, la voie parvocellulaire (composée d’axones de petits diamètres et responsables de la vision des couleurs) serait la plus atteinte [13, 14]. On aurait une atteinte centrale (car les axones de la voie parvocellulaire se retrouve dans le faisceau inter papillomaculaire) [15].

Cependant, d’autres études ont plutôt mentionné une atteinte temporale maculaire après un épisode de NORB. Concernant les régions nasales sur l’OCT maculaire, on note que dans certaines études menées sur la symétrie des épaisseurs rétiniennes [16], l’épaisseur est plus importante en périphérie de la macula surtout au niveau de la région nasale où la grille 8×8 englobe les arcs vasculaires supérieur et inférieur. Pour l’instant le SPECTRALIS SD-OCT prend en compte ces arcs vasculaires [17]. Ici, on constate que les épaisseurs recueillies concernant le quadrant nasal sont plus variables et moins fiables que les valeurs situées sur le quadrant temporal (la différence d’épaisseur vasculaire en fonction du patient ne serait pas prise en compte dans le calcul). Une étude utilisant le SPECTRALIS pour démontrer la reproductibilité des mesures fovéales montrait des épaisseurs plus importantes situées à partir des 5° de la fovéa en nasal (et beaucoup moins dans les 2°) en partie mis sur des erreurs de logiciel [17].

L’analyse par ce logiciel ne prend pas en compte le placement symétrique des fibres neuronales autour du raphé temporal mais plutôt selon un axe fovéa-nerf optique [18]. Les fibres rétiniennes sont systématisées [19]. Une étude a montré que le raphé temporal n’était pas forcément symétrique par rapport à l’axe fovéa-nerf optique et pouvait varier avec un certain angle [20]. La densité et le nombre d’axones varient aussi également selon les individus [6].

Nous avons choisi dans cette étude de se baser sur plusieurs valeurs d’épaisseur additionnées quadrant par quadrant à partir de la grille du logiciel et centrée sur la fovéa. Une étude s’est basée, pour permettre une standardisation sur une seule mesure à 3mm en temporal à partir du centre fovéolaire pour chaque œil [21]. Ici nous essayons d’obtenir une mesure globale et reproductible à la place d’une mesure unique, et ce en comparant entre un même individu.

Au niveau anatomique, la plus grande densité de cellules ganglionnaires est retrouvée jusqu’à 2mm autour de la fovéa [6]. Ici, la perte au niveau de la région 4×4 centrale est conséquente montrant un affinement du complexe ganglionnaire maculaire. Mais diviser cette région centrale en 4 quadrants nous aurait donné des moyennes faites sur 4 cellules par quadrants.

Au niveau du nerf optique, le logiciel segmente automatiquement le cercle en 6 régions. Ayant choisi arbitrairement de conserver cette segmentation, il est vrai que la comparaison paraît difficile avec notre segmentation en 4 quadrants de la région maculaire. Cependant, on note une variation de valeur beaucoup plus importante entre patients par la méthode de l’OCT péripapillaire seule que par la mesure du pôle postérieur. Cette variation peut s’expliquer au départ par la présence ou non d’un œdème papillaire. Cette étude a montré que les épaisseurs recueillies sur les yeux atteints au niveau du nerf optique étaient plus importantes malgré l’absence clinique de la présence d’un œdème papillaire [22]. Le suivi concernant le nerf optique devrait être ainsi plus long. Cette étude a montré que les valeurs obtenues dans les 8 premières semaines voire à 3 mois pourraient être encore l’effet d’une NORB aiguë importante (œdème) et que les effets délétères ne s’installeraient qu’après 2 à 3 mois après le suivi ; les auteurs notent aussi que la perte d’épaisseur en temporal inférieur surviendrait précocement [7].

Par ailleurs, il existe des biais :

le faible nombre de patients inclus. Avec une plus grande base de données, la différenciation aurait alors pu être faite entre les premières poussées de NORB et les récidives ;
comparer strictement les yeux adelphes de l’épisode aiguë avec celui atteint manque de précision. Autant le programme « Follow-up » permet de reprendre la même fenêtre de coupe entre les différentes acquisitions pour le même œil, autant il n’est pas possible d’acquérir la même « fenêtre » de coupe entre l’œil droit et l’œil gauche surtout lorsque les premières OCT sont faites avec une acuité visuelle très faible rendant difficile la fixation. Le programme Posterior Pole Asymmetry Analysis centré sur la fovea permet de limiter une trop grande différence ;
certaines NORB peuvent se présenter avec un œdème papillaire associé. La mesure lors de l’inclusion et à 3 mois peut ainsi être faussée avec le RNFL péripapillaire.

L’acuité visuelle récupérée au décours de l’épisode aiguë malgré la perte des fibres optiques pourrait être expliquée par le fait est que les fibres optiques restantes pourraient être suffisantes pour permettre une récupération visuelle une fois que l’inflammation est passée [23]. Ici, les déficits persistants constatés à 6 mois concernent des valeurs d’épaisseur plus basses que la moyenne que nous avons obtenue.

Une étude a mentionné les différentes relations possibles et exploitables concernant la perte d’épaisseur sur le RNFL péripapillaire après la survenue d’une NORB dans le cas des scléroses en plaques [24]. Il est évoqué le risque évalué entre une perte d’épaisseur et la sévérité de la sclérose en plaques, et la notion d’un reflet de la perte axonale globale du système nerveux central (associées aux lésions cérébrales).

Le logiciel permet une comparaison de symétrie, entre les 2 yeux et entre les 2 hémisphères inférieur et supérieur pour l’épaisseur totale de la rétine et la couche des cellules ganglionnaires. Il serait intéressant de savoir si ces indices peuvent être calculés pour chaque couche séparée de la rétine ou pour le complexe ganglionnaire maculaire. À noter que le logiciel fournit actuellement une carte d’épaisseur avec un code couleur pour chaque couche rétinienne mais dont l’échelle diffère entre chaque couche. Une carte des changements par rapport à un examen de référence du patient existe, mais seulement couche par couche.

Le logiciel permet la segmentation des différentes couches de la rétine mais ne possède pas de données normatives facilitant la comparaison. Les autres OCT (notamment le CIRRUS© et le RCT-VUE© possèdent des bases normatives, la première ne prenant pas en compte la couche RNFL) [25, 26]. Cependant, les bases normatives sont difficiles à mettre en œuvre [27]. Nous nous sommes basés sur la base de données dans l’étude de 2009 réalisée avec l’OCT RT-VUE car les 3 couches internes sont prises en compte. L’étude montrait une épaisseur moyenne pour le complexe chez les caucasiens de 95,2μm chez des yeux sains [28]. Nous obtenons ici une valeur moyenne de 84μm pour les yeux atteints et 100μm pour les yeux adelphes.

Reposant sur des examens de plus en plus reproductibles [15, 29, 30], l’OCT du complexe ganglionnaire se révèle intéressante dans le suivi. Le but de notre étude était de trouver un calcul global pouvant faciliter le suivi après un épisode de NORB et de détecter les zones précocement déficitaires. Les résultats concernés en premier par une atteinte après un épisode aiguë sont variables mais sont concordants en ce qui concerne une diminution d’épaisseur globale de l’œil atteint.

Dans le cas de la sclérose en plaques, le suivi ophtalmologique de cette pathologie n’est pour l’instant pas standardisé. Il n’existe pas de surveillance ophtalmologique précise après la survenue d’un épisode de NORB, les patients étant souvent transférés en service de neurologie après le diagnostic. Des examens ophtalmologiques sont souvent demandés en période aiguë, pour faire un point sur la récupération visuelle (souvent après des bolus intraveineux de corticoïdes). La survenue de l’affinement du complexe interviendrait dans les 3 mois suivants l’épisode de NORB [31] mais plusieurs études font état d’un affinement dès le premier mois [34, 32, 33]. Un contrôle 1 mois après semble être plus pertinent.

Conclusion

Cette étude observationnelle montre une diminution d’épaisseur sur les quadrants nasaux inférieur et supérieur sur la région maculaire par le complexe ganglionnaire maculaire et une diminution en temporal inférieur et supérieur sur l’OCT du nerf optique atteignant ainsi les 3 couches les plus internes de la rétine.

Les études futures menées en comparaison avec des yeux témoins et disposant d’un plus grand nombre de patients pourraient être amenées à établir un lien important entre la perte d’épaisseur au niveau du complexe ganglionnaire et l’évolution de pathologies neurologiques associées. Les résultats ici plus variables pour l’OCT péripapillaire indiqueraient une meilleure fiabilité des résultats en couplant les examens avec celui du complexe ganglionnaire. Une segmentation par quadrant pourrait rendre les résultats encore plus précis traduisant alors une atteinte précoce d’une région dans les 3 premiers mois après un épisode de NORB. Ces résultats pourraient donner lieu à des recommandations sur le suivi par l’OCT du complexe ganglionnaire en association avec les neurologues et les ophtalmologues. La découverte d’un affinement du complexe ganglionnaire par rapport à l’œil controlatéral pourrait amener à rediscuter du traitement neurologique actuel du patient.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.


 Communication orale présentée lors du 122e Congrès de la Société française d’ophtalmologie en mai 2016.

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