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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 41, n° 1
pages e31-e33 (janvier 2018)
Doi : 10.1016/j.jfo.2017.03.026
Lettres à l'éditeur

Leishmaniose palpébrale simulant un chalazion : à propos d’un cas
Leishmaniasis of the eyelid masquerading as a chalazion: Case report
 

Y. Hanafi , A. Oubaaz
 Service d’ophtalmologie, hôpital militaire Mohamed V, faculté de médecine et de pharmacie Rabat, université Mohammed V Rabat, avenue des Nations-Unies, 10000 Rabat, Maroc 

Auteur correspondant.
Introduction

Les leishmanioses cutanées sont des affections ulcéreuses parasitaires dont l’agent responsable est un protozoaire flagellé du genre Leishmania de la famille des Trypanosomidae, dont la circulation dans la nature se fait par passage alternatif hôte vertébré/insecte vecteur et inversement.

C’est une parasitose qui peut présenter une atteinte viscérale et cutanée. La localisation palpébrale est exceptionnelle, ceci peut être expliqué par les mouvements des paupières qui empêchent le vecteur de piquer la peau de cette région.

Nous rapportons le cas d’une leishmaniose cutanée révélée par une atteinte palpébrale.

Observation clinique

Il s’agit d’un homme de 26 ans, originaire du sud-est du Maroc qui consulte initialement pour une lésion inflammatoire de la paupière inférieure de l’œil gauche diagnostiquée et traitée en tant qu’un chalazion. L’évolution sous traitement s’est faite vers une aggravation rapide avec aspect d’une paupière papulonodulaires érythémateuse et œdématiée (Figure 1). L’apparition une semaine après de nodules ulcérocroûteux de la jambe (Figure 2), permis d’évoquer en s’aidant d’un avis dermatologique le diagnostic de leishmaniose cutanée sans atteinte viscérale associée.



Figure 1


Figure 1. 

Lésion inflammatoire de paupière inférieure simulant un chalazion.

Zoom



Figure 2


Figure 2. 

Nodules ulcérocroûteux de la jambe à disposition sporadique.

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Un examen parasitologique réalisé après raclage des bordures des lésions cutanées et palpébrales a confirmé la présence de corps de leishmanie sur frottis colorés au May Grunwald Giemsa (MGG) (Figure 3).



Figure 3


Figure 3. 

Les corps de leishmanie objectivés par coloration MGG.

Zoom

Le traitement a consisté en des injections intralésionnelles des dérivés d’antimoine (Glucantime®) à la dose de 1mL/lésion, 2 fois/semaine pendant 2 semaines puis 1 fois par semaine pendant 3 mois. L’évolution post-thérapeutique était favorable avec disparition quasi-complète des lésions palpébrales et persistance des cicatrices pigmentées rétractiles des lésions de la jambe.

Discussion

Constituant toujours une endémie au Maroc, on distingue principalement trois types de leishmanioses :

la leishmaniose cutanée : faisant l’objet de notre cas clinique. Souvent causée par Leishmania tropica , Leishmania mexicana , Leishmania major , avec atteinte exclusive de la peau, sans extension aux organes profonds ni aux muqueuses ;
la leishmaniose cutanéomuqueuse. Elle se distingue de la précédente par une ulcération plus extensive, plus profonde et d’évolution plus torpide ;
la leishmaniose viscérale : la forme la plus grave de la maladie mais la plus rare.

Sur le plan clinique, la leishmaniose cutanée dans sa localisation palpébrale est caractérisée par 2 formes :

la forme sèche courante en milieu urbain, d’abord constituée d’une papule un peu indurée, très prurigineuse évoluant soit vers un kyste contenant de nombreuses leishmanies [1], soit le plus souvent vers une ulcération d’où s’écoule un liquide jaunâtre qui finit par former une croûte sous laquelle, l’ulcération s’étend sans jamais adhérer au plan profond ;
la forme humide est plus fréquente dans les milieux ruraux ; caractérisée par une incubation plus courte de quelques semaines, et son évolution s’accompagne souvent de réactions lymphangitiques.

L’infiltration par le parasite des tissus sous-jacents péri-oculaires est exceptionnelle, il ne se voit que lors d’un état d’immunodépression sévère.

Les lésions palpébrales peuvent prêter à confusion avec d’autres pathologies telles que la syphilis, la tuberculose ou les épithéliomas des paupières. L’aspect clinique permet d’évoquer le diagnostic mais sa confirmation repose sur les données biologiques des leishmanioses. Le diagnostic de LC est évoqué cliniquement, la confirmation repose sur la mise en évidence du parasite. L’examen direct sur le frottis ou la ponction colorée au MGG semble être le meilleur examen pour le diagnostic car économique, facile, rapide et sans danger.

Le traitement curatif comprend : les médications classiques représentées par les dérivés de l’antimoine, le Glucantime® et le Pentostam® utilisés en IM en cures de 15jours. Leur toxicité est cardiaque, neurologique, rénale et hépatique [2]. Les médicaments récents : sont nombreux, moins toxiques et donnent des résultats comparables [2]. Nous ne ferons que citer la 8 aminoquinoleine, la rifampicine, l’allopurinol, le métronidazole et l’amphotéricine B associé à l’arabinogalactan [3, 4]. Le traitement local utilise les agents physiques : l’électrocoagulation, la cryoapplication, [5], l’excision chirurgicale et les infiltrations intralésionnelle.

Conclusion

Le diagnostic de leishmaniose palpébrale est délicat mais ne doit pas rester méconnu, la confirmation se fait par la mise en évidence du parasite. Les indications thérapeutiques dépendent de la forme clinique ainsi que l’importance et l’étendue des lésions. Les dérivés de l’antimoine administrés par voie intralésionnelle et parentérale restent le traitement standard. Leur toxicité nécessite une vigilance et un suivi du traitement.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

Morgan G. Case of cutaneous leishmaniasis of the lid Br J Ophthalmol 1965 ; 542-546 [cross-ref]
Mortemousque B., Verin P.H., Cantiniau-Verin H., Poirier L., Williamson W., Dorot N. Épidémiologie de leishmaniose cutanéomuqueuse en Colombie Lesions Ophtalmol BSOF 1996 ; 41-43
Buffet P., Caumes E., Gentilini M. Traitement des leishmanioses cutanées localisées Ann Dermatol Venereol 1994 ; 503-511
Golenser J., Frankenburg S., Ehrenfreund T., Domb A.J. Efficacious treatment of experimental leishmaniasis with amphotericin B – arabinogalactan water-solubles derivatives Antimicrob Agents Chemother 1999 ; 2209-2214
El Darouti M.A. Cutaneous leishmaniasis: treatment with combined cryotherapy and intralesionnal stibogluconale infection Int J Dermatol 1990 ; 56-59



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