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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 41, n° 3
pages 255-261 (mars 2018)
Doi : 10.1016/j.jfo.2017.09.009
Received : 10 June 2017 ;  accepted : 16 September 2017
Communications de la SFO

La chirurgie de la cataracte à petite incision manuelle : experience d’un service régional de soins oculaires au Togo
Manual small incision cataract surgery: Experience of a regional eye care service in Togo
 

K.B. Nonon Saa
 Service d’ophtalmologie du centre hospitalier régional de Sokodé, BP : 176, Sokodé, Togo 

Résumé

En vue de lutter contre la cécité dans la région centrale du Togo, un projet a été mis en œuvre dans un cadre partenarial entre le ministère de la Santé et une organisation non gouvernementale internationale : la Croix-Rouge Suisse. La chirurgie de la cataracte qui y est pratiquée a bénéficié tous les ans d’un audit à type de recherche action, en vue d’améliorer les résultats fonctionnels des patients. L’une des recommandations de ces audits était l’introduction de la petite incision manuelle en remplacement de la classique technique extracapsulaire. La présente étude s’est fixée pour objectif, d’évaluer les résultats fonctionnels et le suivi des patients opérés par la nouvelle technique en se référant aux normes de qualité de la chirurgie de la cataracte selon l’Organisation mondiale de la santé. Cette étude a procédé par l’analyse rétrospective des dossiers et comptes rendus opératoires des patients de plus de vingt ans opérés de la cataracte selon la technique de la petite incision manuelle de juin 2012 à juin 2015. Sur un total de 1292 opérés de cataracte dans les cinq districts concernés par le projet durant la même période, 1003 patients avaient répondu aux critères d’inclusion (77,63 %). Parmi les 1003 cas, 504 (50,25 %) étaient de sexe masculin tandis que 499 (49,75 %) étaient de sexe féminin. La moyenne d’âge totale était de 62 ans. La cataracte était totale dans 84,65 % des cas et partielle dans 15,35 % des cas où les acuités visuelles étaient chiffrables. Les complications postopératoires ont été dominées par les œdèmes cornéens (22 %). Au premier jour postopératoire, les bons résultats (acuité visuelle3/10), les résultats moyens (acuité visuelle entre 3/10 et 1/10) et les mauvais résultats (acuité visuelle<1/10) étaient respectivement de 41,2 %, 50,60 % et 8,2 % sans correction optique, passant respectivement à 64,40 %, 28,90 % et 6,70 % après correction optique. Entre la première et la troisième semaine, 855 patients (85 %) ont été revus. Les bons, les moyens et les mauvais résultats étaient respectivement de 61,90 %, 35,70 % et 2,40 % sans correction, passant respectivement à 85,30 %, 12,70 % et 2 % après correction optique. Parmi les 85,30 % des bons résultats, 53 % présentent une acuité visuelle5/10. Les amétropies résiduelles restent la principale cause de la médiocrité des résultats fonctionnels et l’introduction de la biométrie pourra contribuer à les améliorer. La chirurgie de la cataracte à petite incision manuelle bien maîtrisée est une alternative prometteuse face à la technique de choix qu’est la phacoémulsification qui reste encore peu accessible dans nos pays à faibles revenues.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary

In order to fight against blindness in the central region of Togo, a project was implemented in a partnership between the Ministry of Health and an international Non-Governmental Organization: the Swiss Red Cross. Cataract surgery underwent an annual audit of the research-action type, in order to improve the functional results of patients. One of the recommendations of these audits was the introduction of manual small incision surgery in place of the classic extracapsular technique. This study had for its objective to evaluate the functional results and follow-up of patients undergoing the new technique compared with quality standards of cataract surgery according to the World Health Organization. This study was carried out by retrospective analysis of records and operative reports of patients over twenty years of age undergoing manual small incision cataract surgery from June 2012 to June 2015. Out of a total of 1292 patients undergoing cataract surgery in the five districts covered by the project during the same period, 1003 patients met the inclusion criteria (77.63 %). Among the 1003 cases, 504 (50.25 %) were male, while 499 (49.75 %) were female. The overall mean age was 62 years. The cataract was total in 84.65 % of cases and partial in 15.35 % of cases where visual acuities were quantifiable. Postoperative complications were dominated by corneal edema (22 %). On the first postoperative day, the good results (visual acuity3/10), the average results (visual acuity between 3/10 and 1/10) and the poor results (visual acuity<1/10) were respectively 41.2 %, 50.60 % and 8.2 % without optical correction, changing to 64.40 %, 28.90 % and 6.70 % after optical correction. Between the first and third week, 855 patients (85 %) were seen again. The good, average and poor results were respectively 61.90 %, 35.70 % and 2.40 % without correction, going to 85.30 %, 12.70 % and 2 % after optical correction. Among the 85.30 % good results, 53 % had a visual acuity5/10. Residual ametropias are the main cause of poor functional results and the introduction of biometry can contribute to their improvement. Cataract surgery through a well-controlled manual small incision is a promising alternative to the technique of choice, phacoemulsification, which is not yet widely accessible in our low-income countries.

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Mots clés : Cataracte, Chirurgie, Petite incision manuelle, Résultats fonctionnels

Keywords : Cataract, Surgery, Manual small incision, Functional results


Introduction

La cataracte demeure la première cause de cécité dans le monde et en particulier dans les pays à faibles revenus, où elle pose un véritable problème de santé publique [1, 2, 3, 4]. En vue de lutter contre cette cause de cécité dans la région centrale du Togo, un projet a été mis en œuvre dans un cadre partenarial entre le ministère de la Santé et une organisation non gouvernementale internationale : la Croix-Rouge Suisse.

Le défi du projet était d’assurer une couverture chirurgicale suffisante en opérant de grands volumes sans compromettre la qualité des résultats fonctionnels et à moindre coût.

La chirurgie de la cataracte qui y est pratiquée a bénéficié tous les ans d’un audit à type de recherche action, en vue d’améliorer les résultats fonctionnels des patients.

L’une des recommandations de ces audits était l’introduction de la chirurgie de la cataracte à petite incision manuelle (CCPIM) en remplacement de la classique technique extracapsulaire avec implant de chambre postérieure, qui répondait au mieux à ce défi dans notre contexte [5].

La présente étude s’est fixée pour objectif, d’évaluer les résultats fonctionnels et les complications retrouvées au cours du suivi des patients opérés par la nouvelle technique (CCPIM) progressivement introduite, en se référant aux normes de qualité de la chirurgie de la cataracte selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette étude a procédé par l’analyse rétrospective des dossiers et comptes rendus opératoires des patients répondant aux critères d’inclusion, opérés de la cataracte selon la technique de la petite incision manuelle de juin 2012 à juin 2015.

Méthode et cadre d’étude

L’étude a été menée dans la région centrale du Togo où est mis en œuvre un projet de lutte contre la cécité par le ministère de la Santé soutenu par la Croix-Rouge Suisse dans un cadre partenarial. La zone du projet dont le centre hospitalier régional est le centre de référence, couvre un total de 194 villages pour une population estimée à environ 350 000 habitants.

Cette étude a procédé par l’analyse rétrospective des dossiers et comptes rendus opératoires des patients de plus de vingt ans opérés de la cataracte selon la technique de la petite incision manuelle de juin 2012 à juin 2015.

N’étaient pas inclus les dossiers des patients âgés de moins de 20 ans, ceux présentant une comorbidité oculaire avérée par l’examen ou l’interrogatoire (affections cornéennes, uvéites, glaucomes, affections rétiniennes, cataractes traumatiques), les perceptions lumineuses négatives, ceux opérés en dehors de la période d’étude et ceux opérés par la classique technique extracapsulaire. Une cataracte était dite opérable lorsque l’acuité visuelle (AV) était inférieure ou égale à compte les doigts à moins de 4 mètres. Certains malades ont été opérés en poste fixe dans le centre de référence régional et d’autres en stratégie avancée dans les quatre districts sanitaires périphériques de l’aire du projet.

La technique chirurgicale

La technique décrite par Hennig et al. [6] a été pratiquée par l’équipe chirurgicale résident au centre de référence régionale et composée d’un ophtalmologiste et de deux techniciens supérieurs d’ophtalmologie (TSO) jouant le rôle d’aide opérateur et d’instrumentiste. Seule l’anesthésie locale (péribulbaire) a été pratiquée. La technique qui a été pratiquée, inspirée de celle de Hennig et al. [6] s’est déroulée en plusieurs étapes :

désinsertion conjonctivale au limbe sclérocornéen ;
cauthérisation soigneuse de l’aire où se fera l’incision ;
incision sclérale curviligne inverse à la courbure cornéenne d’une largeur de 6,5 à 7mm en fonction de la grosseur du noyau cristallinien à extraire, le centre de l’incision se situant à 2 ou 3mm du limbe et intéressant la moitié de l’épaisseur sclérale ;
construction d’un tunnel en entonnoir à l’aide d’un créscent, la grande base de l’entonnoir située en cornée claire à 1 à 1,5mn du limbe tandis que sa petite base sclérale, représente l’entrée du tunnel ;
création d’une porte de service à 2h ou 10h à l’aide d’un couteau 15° permettant l’injection du visqueux et l’aspiration des masses cristalliniennes résiduelles de midi ;
ouverture de la chambre antérieure à l’aide d’un kératome après injection du visqueux par la porte de service ;
capsulotomie à l’aide d’un kystitome (timbre-poste ou capsulorhexis curviligne continu) ;
hydrodissection et mobilisation du noyau dans la chambre antérieure ;
extraction du noyau par le tunnel à l’aide d’une anse de snellen après protection de la capsule postérieure et de l’endothélium cornéen par du visqueux ;
lavage des masses cristalliniennes résiduelles à l’aide d’une canule à double courant de simcoe ;
mise en place d’un implant après injection du visqueux et rotation de l’implant dans le sac capsulaire ;
lavage du visqueux, hydro-suture de la porte de service, vérification de l’étanchéité des ouvertures, injection sous-conjonctivale d’un mélange à base de gentamycine et dexaméthasone.

Des implants standard rigides type PMMA d’Aurolab® ou autre ont été utilisés, d’une puissance de 20 à 22 dioptries selon la disponibilité pour la chambre postérieure et de 19 dioptries pour la chambre antérieure lorsqu’il s’avérait impossible de placer un implant en chambre postérieure.

La biosécurité

Des mesures de biosécurité selon les normes instituées par le partenaire du projet dans tous les pays où il intervient dans la lutte contre la cécité ont été systématiquement appliquées à tous les niveaux de la chirurgie en pré- comme en per- et en postopératoire (isolation du patient, isolation du personnel du bloc, isolation du bloc opératoire, désinfection cutanée à la polyvidone iodée à 10 %, lavage des cul-de-sac conjonctivaux de l’œil à opérer à la polyvidone iodée diluée au sérum salé à 5 %, autoclavage systématique du matériel restérilisable, décontamination des instruments avant la stérilisation). Tous les acteurs du projet ont été formés à ces normes de biosécurité avant leur mise en œuvre et ont été régulièrement supervisés.

Le suivi des patients opérés

Tous les TSO de la zone du projet ont été formés sur un protocole de suivi standardisé des opérés de cataracte de même que la conduite à tenir en cas de complications. Les patients étaient informés sur les signes d’alarme qui devaient nécessiter une consultation en urgence : douleurs anormalement intenses de l’œil opéré accompagnées ou non d’une baisse de la vision. Il était recommandé de référer les cas compliqués à l’ophtalmologiste. Un système de recherche des opérés perdus de vue avait été mis en place, dans une collaboration TSO–infirmiers des localités et agents de santé communautaire (ASC).

Variables étudiées

Les variables étudiées ont été :

épidémiologiques : âge, sexe ;
cliniques : acuité visuelle (AV) préopératoire, AV postopératoire sans correction (AVSC), acuité visuelle postopératoire avec correction (AVAC) obtenue par l’usage du trou sténopéïque (TS). Examen à la lampe à fente du segment antérieur y compris la prise de la pression oculaire, examen du fond d’œil quand la cataracte est partielle. Seuls les E de Snellen disposés à 6 mètres ont été utilisés pour la prise des AV, la majorité de la population étant analphabète. Le suivi postopératoire a été effectué depuis le premier jour (j1) aux jours et semaines suivants, de la première semaine (S1 : entre le 2e jour et le 7e jour postopératoire) à la troisième semaine (S3 : entre le 14e jour et 21e jour postopératoire) avec un examen systématique à la lampe à fente de toutes les structures oculaires à la recherche d’anomalies ou de complications. Les AV ont été comparées aux normes de l’OMS : bons résultats (AV3/10), résultats moyens (AV entre 3/10 et 1/10), mauvais résultats (AV<1/10). Le fond d’œil n’a été fait que pour des cas ou sans aucune raison évidente les AV postopératoires étaient restées<1/10. Les données recueillies sur des fiches d’enquête ont été saisies et analysées dans le logiciel Epi Info version 7, avec une valeur de signification statistique p <0,05.

Résultats
Aspects épidémiologiques

Sur un total de 1292 opérés de cataracte dans les cinq districts concernés par le projet durant la période de l’étude, 1003 patients avaient répondu aux critères d’inclusion, soit 77,63 %. Parmi eux, 504 (50,25 %) étaient de sexe masculin. Le Tableau 1 résume la répartition des patients opérés par tranche d’âge et par sexe. La moyenne d’âge générale était de 62,04±14,8 ans avec 62,64±16,25 ans pour le sexe féminin et 61,43±13,35 ans pour le sexe masculin, les âges extrêmes étant de 20 et 88 ans. La tranche d’âge la plus représentative était celle des 50–69 ans et 68,19 % des patients étaient âgés de plus de 60 ans. Environ 73 % des patients provenaient du milieu rural, 81,65 % étaient agriculteurs et ou éleveurs et 18,24 % étaient fonctionnaires de l’état ou commerçants. Parmi les 1003 cas opérés, 564 (56,24 %) étaient opérés en stratégie avancée dans 4 districts sanitaires et 439 (43,76 %) en poste fixe au centre de référence régional.

Aspects cliniques

L’examen à la lampe à fente des patients retrouvait une cataracte totale dans 84,65 % des cas (cataracte blanche totale et parfois hyper mûre ou morgagnienne), les patients présentant une AV limitée à la perception lumineuse. On retrouvait 15,35 % de cas de cataractes partielles (corticales, nucléaires ou sous-capsulaires postérieures) avec des AV qui permettaient de compter les doigts à des distances variables, mais n’excédant pas 4 mètres.

Résultats fonctionnels

Ils sont résumés dans les Tableau 2, Tableau 3. Au premier jour postopératoire, sur les 1003 dossiers examinés, les AV postopératoires sans correction réparties en bons, moyens et mauvais résultats étaient respectivement de 41,17 % ; 50,64 % et 8,16 %. Après correction, les bons résultats étaient à 64,40 % ; les résultats moyens à 28,90 % et les mauvais résultats à 6,67 %.

Entre la première et la troisième semaine postopératoire, 855 patients ont pu être revus et examinés, soit 85,24 % de l’échantillon. Parmi eux les bons, les moyens et les mauvais résultats sans correction étaient respectivement de 61,87 % ; 35,67 % et 2,45 %. Après correction, les bons résultats remontaient à 85,26 %, les résultats moyens à 12,75 % et les mauvais résultats à 1,99 %. Il faut noter que parmi les 85,26 % des bons résultats, 53 % avaient une AV5/10.

Les complications

Les complications per- et postopératoires réparties selon le sexe sont résumées dans le Tableau 4. Elles étaient de natures diverses et ont été retrouvées chez 340 des 1003 patients opérés, soit un taux de 33,90 %. Les œdèmes cornéens de tout degré représentaient 65,88 % des complications, suivis de la rupture de la capsule postérieure avec ou sans issue de vitrée (13,82 %) et de l’hypertonie postopératoire (10 %). Les femmes représentaient 52,65 % des cas de complications et les hommes 47,35 %. Un cas d’endophtalmie a été retrouvé chez une patiente, soit 0,29 % des complications, mais représentant un cas sur 1003 opérés, soit 0,099 % de notre échantillon.

Discussions
Limites de l’étude

Dans cette étude, les patients n’avaient pas bénéficié de bilan préopératoire en raison des coûts élevés de ces bilans alors même qu’ils avaient des difficultés à honorer le coût de la chirurgie de la cataracte déjà subventionné par le projet. Pour éliminer les comorbidités générales non contrôlées, tels que l’hypertension artérielle ou le diabète, qui ont des incidences certaines sur la vision, il a fallu juste faire confiance à l’interrogatoire des patients et de leurs accompagnants avec les limites que cela suppose. De même, aucune réfraction objective n’avait été faite par manque d’outils adaptés (autoréfractomètre), et en raison des difficultés de communications posées par des patients en majorité analphabètes à plus de 80 % et opérés en masse dans des structures très modestes en personnel et équipement (56,24 % des patients opérés en stratégie avancée). Tous ces constats constituent des limites certes pour l’étude, mais n’altèrent en rien l’essentiel de ses résultats à notre avis.

Aspects épidémiologiques

La moyenne d’âge de nos patients a été d’environ 62 ans et plus de 68 % ont au-delà de 60 ans ; ceci nous permet de suggérer qu’il s’agisse de cataractes majoritairement séniles. L’âge moyen chez Venkatesh et al. en Inde [5] était de 59,57 ans dans leur étude rétrospective chez 593 patients et donc légèrement inférieur à la présente étude. Gogate et al., toujours en Inde [7] en 2003 sur 741 patients, avaient retrouvé un âge moyen supérieur à celui de la présente étude (64,04 ans) de même que Guirou et al. (65 ans) [8]. Nirmalan et al. [9], en Inde chez 5411 patients, avaient trouvé une moyenne d’âge similaire à la nôtre. Le sex-ratio de la présente étude est proche de 1. Mais que ce soit chez Hennig et al. [6], Gogate et al. [7], Gurung et al. [4] ou Venkatesh et al. [5], il y a une prédominance féminine allant de 52 à 54 %. Remarquons que toutes ces études sont soit pakistanaises soit indiennes, soit népalaises et menées dans des territoires voisins en Asie. Cette différence au niveau du sex-ratio avec notre étude qui présente une légère prédominance masculine, pourrait s’expliquer par le problème d’accessibilité financière qu’éprouvent plus les femmes dans nos milieux africains moins médicalisés et peut-être plus pauvres. Les disparités liées à l’âge chez les différents auteurs pourraient s’expliquer par les disparités au niveau des échantillons.

Aspects cliniques et fonctionnels

Sur les 1003 cas opérés, environ 85 % présentaient une cataracte totale avec une AV limitée à la perception lumineuse et les 15 % restant avaient des cataractes partielles, mais avec des AV inférieures à 1/10. Au premier jour postopératoire, les AV inférieures à 1/10 après correction étaient de 6,65 % et à la troisième semaine postopératoire, elles chutaient à moins de 2 %. Venkatesh et al. [5] dans son étude rétrospective notaient que 88,5 % des patients avaient une AV préopératoire entre la perception lumineuse positive et 5/60 et Hennig et al. [6] pour leur étude prospective sur 500 cas sélectionnés, retrouvaient 84, 4 % de patients avec une AV limitée à la perception lumineuse, résultat similaire à notre étude. Nous pouvons conclure à un bénéfice certain chez au moins 98 % de nos patients après la chirurgie.

Après 3 semaines de suivi, sur les 855 patients retrouvés 85,26 % avaient une AV supérieure ou égale à 3/10e après correction (bons résultats) ; 12,75 % entre 2/10e et 1/10e (résultats moyens) ; et 1,99 % inférieure à 1/10e (mauvais résultats). Balent et al. [10] rapportaient 60,10 % de bons résultats après correction optique dans son étude en 2001, résultats qui sont inférieurs à la présente étude. Mais Chez Gogate et al. [7] en 2003 dans une étude prospective dans un hôpital indien chez 344 patients ayant bénéficié d’une CCPIM, 89,8 % avaient de bons résultats après correction et 1,7 % de mauvais résultats après 6 semaines de suivi. Hennig et al. [6] en 2003 sur une étude prospective de 500 cas, retrouvaient 96,2 % de bons résultats après la meilleure correction faite avec le concours d’un autorefractomètre et les mauvais résultats dans moins de 2 % des cas après 6 semaines de suivi. Karki et al. [11] en 2009 au Népal ont effectué une étude prospective comparative (entre l’extracapsulaire classique et la CCPIM) et sur 41 patients ayant bénéficié de la CCPIM 90,5 % avaient de bon résultats ; 4,9 % des résultats moyens, et 4,6 % de mauvais résultats. Venkatesh et al. [5] sur une étude rétrospective chez 593 patients notaient 43,9 % de bons résultats ; 51 % de résultats moyens et 5,3 % de mauvais résultats après 40jours de suivi postopératoire, résultats qui remontaient respectivement à 94,4 % ; 4 % et 1,6 % après correction. La légère supériorité au niveau des bons résultats de toutes ces études précitées par rapport à la présente étude serait due probablement à la différence méthodologique car il s’agit d’études prospectives pour la plupart ; le temps du suivi est plus long (au moins 6 semaines au lieu de 3 comme la présente étude) ; les malades ont bénéficié d’un bilan préopératoire pour exclure les comorbidités générales par un bilan préopératoire, ce dont nos patients n’ont pas bénéficié ; la chirurgie dans ces différentes études est faite exclusivement en poste fixe dans des hôpitaux conventionnés et bien souvent il s’agit de chirurgiens expérimentés (2 à 5 ans d’expérience en CCPIM) des chirurgiens opérant « de grands volumes » c’est-à-dire plus de 80 cas par jour et en 6heures [5, 7]. Il faut remarquer aussi que les mauvais résultats de notre étude sont similaires au moins, si non meilleurs que ceux des études précitées (moins de 2 %). Néanmoins, afin d’améliorer nos résultats, il s’avère nécessaire d’introduire la biométrie avec le calcul de la puissance d’implant pour éviter de mettre des implants standard, un bilan préopératoire et un examen général en vue d’exclure les comorbidités générales, telles que le diabète et l’hypertension artérielle, dont les prévalences sont élevées à ces âges de la vie, et qui ont des incidences certaines sur la vision. Les résultats s’améliorent souvent après la correction dans la grande majorité des études. Ceci s’explique par les amétropies résiduelles au rang desquelles l’astigmatisme est le plus souvent incriminé [4, 6, 7]. Dans notre étude, les patients n’ont pas bénéficié d’autoréfractométrie, mais il est très probable que ce soient les amétropies résiduelles qui expliquent l’amélioration du taux de bons résultats à l’usage du trou sténopéïque.

Les complications

Vingt-deux pour cent de nos patients avaient un œdème cornéen de différents degrés à la sortie, représentant environ 66 % des complications. Il s’agit d’une complication courante survenant par différents mécanismes lors des manipulations intempestives dans la chambre antérieure touchant l’endothélium cornéen, lors de l’extraction des noyaux durs et gros, dans des mains non expérimentées, lors des lavages incomplets du visqueux [4, 12]. Mais bien souvent les œdèmes disparaissent dès la première semaine, ce qui est le cas dans la présente étude. Gurung et al. [4] dans leur étude prospective au Népal notaient 48 % d’œdèmes cornéens chez 50 patients opérés par la CCPIM à leur sortie, mais tous les œdèmes avaient disparu à la 6e semaine postopératoire. Les kératopathies bulleuses sont plus rares et nous n’en avons pas retrouvé dans notre étude. Dans la série de Pune en inde, Gogate et al. [13] retrouvaient 12 cas de kératopathies bulleuses sur 8000 opérés et la plupart survenaient en phase d’apprentissage. Pour éviter ces œdèmes, il est recommandé chez les apprenants de construire des tunnels larges et de préférence trapézoïdaux surtout lorsque le noyau est dur et gros, de faire un usage abondant de visqueux, et ceci d’autant plus que le patient est âgé avec une cornée fragile.

La rupture de la capsule postérieure avec ou sans issue de vitré a concerné 13, 82 % des complications, mais représente 47 cas sur les 1003 cas opérés, soit 4,68 %. Chez Gogate et al. [7], on retrouve un taux presque similaire (5,02 %). Il est un peu plus élevé chez Parikshit [12] qui retrouvait 6 % chez 200 opérés, mais ce taux est plus bas chez Venkatesh et al. [5] où aucun cas sur 100 opérés n’a été retrouvé. Pour contribuer à réduire ce taux, il est recommandé de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer de bonnes dilatations pupillaires avant la chirurgie et de construire des tunnels de préférence trapézoïdaux et dont la largeur tient compte de la grosseur du noyau à extraire.

L’endophtalmie qui est une complication redoutée conduisant fréquemment à la cécité était survenue une fois sur les 1003 opérés, soit 0,099 %. Zaidi et al. [14], en Angleterre sur un audit de 1000 cas opérés par phacoémulsification, ont trouvé un taux plus élevé que le nôtre (0,1 %). En la matière, nous sommes bien loin des études suédoises qui sont à des taux révolutionnaires : Lundström et al. [15] ont trouvé 109 cas sur 225 471 (0,048 %) et Friling et al. [16] ont trouvé 135 cas sur 464 996 opérations (0,029 %). Notons que dans les études suédoises, il y a une utilisation prophylactique systématique de la céfuroxime en intracamérulaire. La pratique universelle de cette prophylactie contre l’endopthtalmie dans les pays sous-développés devient un impératif.

Conclusion

Les résultats de cette première expérience sont très encourageants et nous permettent de suggérer que, la chirurgie de la cataracte à petite incision manuelle bien maîtrisée est une alternative prometteuse face à la technique de choix qu’est la phacoémulsification qui reste encore peu accessible dans nos pays à faibles revenues.

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.


 Communication orale au cours du 122e Congrès de la Société française d’ophtalmologie tenu du 7 au 10 mai 2016.

Références

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