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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 41, n° 3
pages 277-279 (mars 2018)
Doi : 10.1016/j.jfo.2017.06.026
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Toxocarose oculaire
Ocular toxocariasis
 

M. Elyadari , M. Zarrouki, H. Elorch, S. Azennoud, S. Harchali, S. Elmerrouni, T. Bouzoubaa, Z. Hajji, E. Abdallah, A. Boulanoir, A. Berraho
 Service d’ophtalmologie B, hôpital des spécialités, CHU Ibn Sina, quartier Souissi, 6220 Rabat, Maroc 

Auteur correspondant.
Introduction

La toxocarose oculaire est une parasitose liée à l’infection des tissus oculaires par la larve d’un nématode de la famille des Ascaridés : Toxocara canis ou plus rarement Toxocara catis , également responsable du syndrome de larva migrans viscéral. Cette pathologie transmise par les jeunes animaux est le plus souvent rencontrée chez les jeunes enfants. Le diagnostic de certitude repose sur l’étude immunologique des liquides intraoculaires.

Observation

Nous rapportons le cas d’une jeune patiente de 40 ans qui s’est présenté en consultation pour baisse d’acuité visuelle unilatérale progressive avec installation d’une ésotropie du même œil sans notion d’œil rouge ou douloureux. L’examen clinique à l’admission objectivait une acuité visuelle à l’œil gauche de 10/10, et à l’œil droit à mouvement des doigts non améliorable. L’examen à la lampe à fente ainsi que l’étude du fond de l’œil gauche ne retrouvaient aucune anomalie. L’œil droit présentait un strabisme convergent, œil gauche fixateur, cornée claire, bonne chambre antérieure, pas de synéchies. Le fond de l’œil retrouvait un granulome blanc périphérique qui apparaît comme une masse brumeuse, blanche, en relief associé à des plis rétiniens (Figure 1), qui s’étendent de la masse périphérique à la papille et la région maculaire, responsable de tractions vitréorétiniennes compliquées d’un décollement de rétine (Figure 2).



Figure 1


Figure 1. 

Photographie du fond d’œil montrant un granulome blanc périphérique en relief associé à des plis rétiniens, qui s’étendent à la papille et la région maculaire, responsable de tractions vitréo-rétiniennes compliquées d’un décollement de rétine.

Zoom



Figure 2


Figure 2. 

Photographie panoramique du fond d’œil montrant le granulome périphérique et la traction vitréo-rétinienne.

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Les bilans biologiques réalisés objectivaient une anémie hypochrome microcytaire, la radiographie thoracique était normale et l’intradermoréaction à la tuberculine négative. Les sérologies sanguines étaient négatives à la fois pour la toxoplasmose (IgG et IgM) et pour la toxocarose (Toxocara canis Technique Elisa=0,454). Sur le prélèvement d’humeur aqueuse, la recherche par réaction de polymérisation en chaîne (PCR) de l’ADN de toxoplasmose était négative, et l’immunodiagnostic de toxocarose par Elisa positive à 1,745 (valeur seuil à 0,623). Le WesternBlot a également confirmé cette positivité. Un traitement a été instauré à base d’albendazole minute, le traitement antiparasitaire a été réalisé en milieu hospitalier. Le traitement chirurgical a été jugé inutile vu l’ancienneté du processus, et la gravité de dommages rétiniens notamment le décollement de rétine tractionnel intéressant la macula.

Discussion

La toxocarose oculaire chez l’homme est une maladie reconnue seulement depuis cinquante ans, on doit l’identification de ces nématodes à Wilder en 1950, et c’est en 1960 qu’Ashton décrit le premier cas de granulome rétinien à Toxocara canis [1]. L’homme se contamine en absorbant les œufs embryonnés ou les larves [1], les jeunes enfants se contaminent en portant à la bouche la terre ou le sable souillés par les déjections.

Sur le plan clinique, cette parasitose peut se manifester par un granulome du pôle postérieur, un granulome périphérique, une endophtalmie chronique ou une pars planite. Il s’agit le plus souvent d’une uvéite postérieure unilatérale, mais des formes bilatérales ont été décrites [2], avec présence d’un granulome profond du pôle postérieur ou de la périphérie. Chez l’enfant, l’uvéite postérieure se présente volontiers avec un foyer choriorétinien maculaire ou interpapillo-maculaire, tandis que chez l’adulte le foyer est souvent plus périphérique, s’y associent typiquement des tractions vitréorétiniennes importantes, qui peuvent se compliquer de décollement de rétine. La moyenne d’âge est de 7,5 ans (entre 2 ans et 31 ans) et 80 % ont moins de 16 ans [3]. Le diagnostic repose sur l’anamnèse et la présentation clinique mais doit être confirmé par la présence d’immunoglobulines G spécifiques dans le sérum, l’humeur aqueuse ou le vitré par technique immunoenzymatique type Elisa, cette dernière offre une sensibilité et spécificité proches des 90 % [4]. Une sérologie négative n’élimine en rien le diagnostic [5]. Il est donc impératif devant toute suspicion clinique de toxocarose oculaire de rechercher les anticorps spécifiques par Elisa dans l’humeur aqueuse ou le vitré. Rappelons qu’une hyper-éosinophilie sanguine pourrait conforter un doute diagnostique. Les techniques d’imagerie permettent d’aider au diagnostic quand le fond d’œil est inaccessible, par la recherche de complications telles que le décollement rétinien tractionnel [6], et surtout d’éliminer l’hypothèse d’un rétinoblastome vue la gravité de cette pathologie chez l’enfant.

Le traitement médical comporte deux volets, l’administration d’un antiparasitaire spécifique en l’occurrence le thiabendazole en raison de sa diffusion intraoculaire, et le recours à une corticothérapie systémique qui permet à forte dose d’atténuer la réaction inflammatoire vitréenne qui est souvent dense. Les atteintes oculaires sévères nécessitent une association de traitement corticoïde agressif et d’albendazol (800mg/j pour les adultes et 400mg/j pour les enfants) pendant 2 à 4 semaines [7]. Le traitement chirurgical garde certaines indications notamment la vitrectomie par la pars plana en cas de chirurgie du décollement de rétine ou pour pelage de membrane épirétinienne. Dans d’autres cas la vitrectomie est motivée par la persistance de condensations vitréennes pouvant contenir des résidus granulomateux [8].

Conclusion

L’infection par Toxocara canis est une zoonose très répandue, responsable de malvoyance, dont le diagnostic est essentiellement dépendant de l’observation clinique. Les analyses immunologiques, les apports de l’imagerie ont été une aide précieuse ces dernières années pour éliminer le diagnostic différentiel de rétinoblastome. La prévention de la contamination des enfants est majeure puisque, dans nos pays, le chien est un animal de compagnie de plus en plus fréquent.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

Ashton N. Larva granulomatosis of retina due to toxocara canis Br J Ophthalmol. 1960 ;  44 (3) : 129-148 [cross-ref]
Benitez del Castillo J.M., Herreros G., Guillen J.L., Fenoy S., Banares A., Garcia J. Bilateral ocular toxocariasis demonstrated by aqueous humor enzyme-linked immunosorbent assay Am J Ophthalmol 1995 ;  119 (4) : 514-516
De Visser L., Rothova A., De Boer J.H., Van Loon A.M., Kerkhoff F.T., Canninga-van Dijk M.R., and al. Diagnosis of ocular toxocariasis by establishing intraocular antibody production Am J Ophthalmol 2007 ;  145 : 369-374
Schantz P.M., Meyer D., Glickman L.T. Clinical, serologic and epidemiologic characteristics of ocular toxocariasis Am J Trop Med Hyg 1979 ;  28 (1) : 24-28 [cross-ref]
Brasseur G., Charlin J.F., Brasseur P., Langlois J. Ocular toxocariasis: diagnostic and therapeutic attainments J Fr Ophtalmol 1984 ;  7 : 221-226
Wan W.L., Cano M.R., Pince K.J., Green R.L. Echographic characteristics of ocular toxocariasis Ophtalmology 1991 ;  98 : 28-32 [cross-ref]
Rubensky-Elefant G., Hirata C.E., Yamamoto J.H., Ferreira M.U. Human toxocariasis: diagnosis, wordwid seroprevalence and clinical expression of the systemic and ocular forms Ann Trop Med Parasitol 2010 ;  104 : 3-23
Amin H.I., Mcdonald H.R., Han D.P., Jaff G.J., Johnson M.W., Lewis H., and al. Vitrectomy update for macular traction in ocular toxocariasis Retina 2000 ;  20 : 80-85 [cross-ref]



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