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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 41, n° 3
pages e113-e115 (mars 2018)
Doi : 10.1016/j.jfo.2017.06.013
Lettres à l'éditeur

Corps étranger intraoculaire ou foyer chorioretinien toxoplasmique. À propos d’un cas
Case report: Intraocular foreign body masquerading as toxoplasma chorioretinitis
 

N. Saifaoui a, , b, c , H. Mnasri a, M. Dubiez a, M. El-Belhadji c, d
a Service d’ophtalmologie, centre hospitalier de Meaux, 6–8, rue Saint-Fiacre, 77100 Meaux, France 
b DFMS, université Paris-Diderot, 16, rue Henri-Huchard, 75018 Paris, France 
c Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, université Hassan II, 19, rue Tarik-Ibnou-Ziad, 9154 Casablanca, Maroc 
d Service d’ophtalmologie adulte, CHU 20 Août de Casablanca, 6, Rue Lahssen-Elaarjoun, 20250 Casablanca, Maroc 

Auteur correspondant.
Introduction

Les traumatismes oculaires perforants constituent une cause importante de perte visuelle fonctionnelle ; ils sont associés à la présence d’un corps étranger intraoculaire dans 18 à 41 % des cas [1]. Les patients se présentent généralement avec une notion de projection de corps étranger dans l’œil. Néanmoins, dans certains cas le traumatisme peut passer inaperçu et les corps étrangers intra-oculaires peuvent être méconnus, à fortiori s’ils sont de petite taille. Ils peuvent se présenter alors sous la forme d’une pseudo-uvéite pouvant facilement égarer le diagnostic. Nous rapportons le cas d’un corps étranger intra-oculaire (CEIO) révélé par une pseudo-uvéite mimant une panuvéite toxoplasmique.

Observation

Patient âgé de 64 ans, consulte en urgence pour baisse visuelle, rougeur et douleur de l’œil droit évoluant depuis une dizaine de jours. Dans ses antécédents on note une hypertension artérielle et une gammapathie monoclonale type IgG.

L’examen ophtalmologique de l’œil droit trouve une acuité visuelle chiffrée à 1/20e, une hypertonie oculaire à 40mmHg, des précipités rétrocornéens (PRC) granulomateux, un tyndall cellulaire à 2 croix dans la chambre antérieure et un cristallin clair. L’étude du segment postérieur retrouve une hyalite à 2 croix, un foyer blanc jaunâtre situé à 2 diamètres papillaires de la papille en rétine nasale, associé à une discrète hémorragie rétinienne et intravitréenne (Figure 1). Aucune porte d’entrée conjonctivale, cornéenne ou sclérale n’a été objectivée. L’examen de l’œil gauche est normal avec une AV chiffrée à 10/10e, un segment antérieur calme, tonus oculaire et fond d’œil normaux. L’angiographie à la fluorescéine montre une lésion hypofluoresente aux temps précoces qui s’imprègne par ses bords avec une diffusion tardive du colorant (Figure 2). Cette séquence angiographique « centripète » est hautement évocatrice d’un foyer choriorétinien de toxoplasmose oculaire. Devant ce tableau clinique fortement évocateur d’une panuvéite toxoplasmique, un traitement antiparasitaire (pyriméthamine+sulfadiazine) est instauré par voie générale suivi 48heures après, d’un traitement corticoïde per os, associé à un traitement local corticoïde, et hypotonisant. L’évolution sous-traitement est favorable avec disparition des PRC au bout d’une semaine et normalisation de la tension oculaire. Le fond de l’œil (FO) retrouve une discrète hyalite et met en évidence un foyer dont la cicatrisation ne rappelle pas celle d’un foyer de toxoplasmose. Par ailleurs, le bilan étiologique d’uvéite est négatif.



Figure 1


Figure 1. 

Photographie en couleurs (à gauche) et infrarouge (à droite) : foyer choriorétinien de l’œil droit avec hyalite à 2+.

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Figure 2


Figure 2. 

Séquence angiographique OD. Noter l’effet masque au temps précoce et l’imprégnation « centripète » du foyer avec une diffusion tardive modérée.

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En reprenant l’interrogatoire minutieusement, le patient déclare avoir ressenti une gêne à l’œil droit alors qu’il martelait un bloc de pierre quelques jours avant le début des symptômes. L’échographie en mode B montre alors une image hyperéchogène rétinienne avec un cône d’ombre postérieur (Figure 3), révélant un corps étranger intraoculaire incrusté dans la rétine nasale. La tomodensitométrie confirme la présence du corps étranger intraoculaire rétinien (Figure 4). Le traitement antiparasitaire est remplacé par un traitement antibiotique avec dégression progressive de la corticothérapie. L’extraction du corps étranger est programmée dans les jours qui suivent. L’acuité visuelle postopératoire est à 6/10e, l’œil est calme et la rétine est à plat.



Figure 3


Figure 3. 

Échographie en mode B : image hyperéchogène avec un cône d’ombre postérieur évoquant un corps étranger intraoculaire.

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Figure 4


Figure 4. 

Tomodensitométrie orbitaire confirmant la présence d’un corps étranger incrusté en rétine nasale.

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Discussion

L’incidence annuelle des plaies du globe est estimée à 3,5 pour 100 000 habitants. Les plaies et contusions oculaires concernent majoritairement les jeunes adultes de sexe masculin. Les CEIO sont retrouvés dans 16 à 29,6 % des cas de traumatisme oculaire à globe ouvert [2]. La présence de corps étranger intraoculaire se manifeste par des tableaux extrêmement variables en fonction de la nature du corps étranger (la taille, le site, la vitesse et la chaleur de pénétration) ainsi que des lésions associées au traumatisme. On rencontre deux types de situations : celle de la plaie pénétrante et CEIO avec réaction inflammatoire et risque infectieux majeur, et celle à distance d’un CEIO méconnu pouvant se manifester par des phénomènes inflammatoires, infectieux ou toxiques en fonction de la nature du corps étranger [3].

En effet les corps étrangers peuvent être méconnus et se manifester sous la forme d’uvéite antérieure et/ou postérieure chronique résistante au traitement médical constituant alors une pseudo-uvéite. Le diagnostic s’appuie dans ces cas sur la réalisation d’examens complémentaires d’imagerie telle que l’échographie en mode B, la tomodensitométrie orbitaire et l’imagerie par résonance magnétique [3, 4]. Le terme de pseudo-uvéites (masquerade syndromes) rassemble certaines affections oculaires bénignes ou malignes pouvant simuler une inflammation intraoculaire. Elles sont à différencier de l’uvéite où le mécanisme physiopathologique correspond à une véritable inflammation intraoculaire.

Chez notre patient, le tableau est fortement évocateur d’une panuvéite toxoplasmique. Aucune porte d’entrée n’a été retrouvée à l’examen clinique. Néanmoins l’hémorragie intravitréenne bien que minime oriente vers une cause traumatique. L’aspect angiographique est également trompeur avec une imprégnation du foyer par ses bords (centripète). Cette imprégnation, contrairement à ce que l’on peut observer en cas d’un véritable foyer de toxoplasmose, est lente et incomplète à cause de l’effet masque exercé par le CEIO. Par ailleurs, la diffusion aux temps tardifs est inhabituellement très discrète à cause de cet effet masque. Cette présentation clinique est la première rapportée dans la littérature, associant une uvéite antérieure granulomateuse hypertensive et un corps étranger enchâssé dans la rétine surmonté de fibrine et de condensation vitréenne mimant un foyer de toxoplasmose.

Conclusion

Toute inflammation intraoculaire, surtout d’allure atypique ou résistante au traitement, doit inciter à rechercher une notion de traumatisme et à réaliser au moindre doute une imagerie oculaire à la recherche d’un corps étranger intra-oculaire [6, 5].

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

Mester V., Kuhn F. Intraocular foreign bodies Ophthalmol Clin North Am 2002 ;  15 : 235-242 [inter-ref]
Baillif-Gostoli S., Paoli V. Plaies et corps étrangers du segment postérieur  EMC ophtalmologie :  (2011). 
Ducasse A. Corps étrangers intra-orbitaires J Fr Ophtalmol 2001 ;  24 : 758-764 [inter-ref]
Yevgeniy V., Sychev, and al. Occult nonmetallic intraocular foreign bodies presenting as fulminant uveitis: a case series and review of the literature Clin Ophthalmol 2013 ;  7 : 1747-1751
Steven Yeh, and al. Occult intraocular foreign body masquerading as panuveitis: inductively coupled mass spectrometry and electrophysiologic analysis J Ophthalmic Inflamm Infect 2012 ;  2 : 99-103
Rothova A., Oijman F., Kerkhoff F., Van Der Lelij A., Lokhorst H.M. Uveitis masquerade syndromes Ophthalmology 2001 ;  108 : 386-399 [cross-ref]



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