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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 41, n° 3
pages e95-e97 (mars 2018)
Doi : 10.1016/j.jfo.2017.06.019
Lettres à l'éditeur

Encéphalite compliquant un zona ophtalmique
Encephalitis as a complication of Herpes Zoster ophtalmicus
 

A. Houba a, , d , N. Laaribi b, d, A. Benakrout a, d, A. Saoud c, d, N. Doghmi a, d, H. Bakkali a, d, J. Laalaoui Salim a, d
a Service de réanimation médicale, hôpital militaire d’instruction, Mohammed-V-de-Rabat, Maroc 
b Service d’ophtalmologie, hôpital militaire d’instruction, Mohammed-V-de-Rabat, Maroc 
c Service de radiologie, hôpital militaire d’instruction, Mohammed-V-de-Rabat, Maroc 
d Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, université Mohammed-V-Souissi, avenue Mohammed-Belarabi-Elalaoui, BP6203 Rabat-Instituts, Rabat, Maroc 

Auteur correspondant. Service de réanimation médicale, hôpital militaire d’instruction, Mohammed-V-de-Rabat, Maroc.Service de réanimation médicale, hôpital militaire d’instruction, Mohammed-V-de-Rabat, Maroc.
Introduction

L’encéphalite est un événement rare au cours du zona ophtalmique [1, 2]. Cette complication est caractérisée par sa gravité potentielle en termes de létalité et de séquelles ; d’où la nécessité d’un diagnostic précoce à l’aide d’une démarche actuellement bien codifiée.

Observation

Il s’agit d’un patient, âgé de 67 ans, hospitalisé pour une confusion fébrile. Il a pour antécédents une bronchoalvéolite chronique obstructive mis sous ventoline et corticothérapie inhalée comme traitement de fond, un tabagisme chronique actif. L’interrogatoire de la famille révèle l’apparition, 15jours plus tôt, de lésions vésiculeuses au niveau du front droit jusque là négligées par le patient.

L’examen clinique à l’admission retrouve un patient confus avec un Glasgow coma score à 12/15 au dépens de la réponse verbale, des lésions éythémato nécrotiques suivant la branche frontale du nerf ophtalmique (Figure 1), une paupière gauche supérieure siège d’un oedème, un examen du segment antérieur et du fond d’œil sans particularités, ainsi qu’une nuque souple sans signes de localisation neurologique. La température est à 38,5°C, la pression artérielle à 110/70mmHg, le pouls à 98 battements/min.



Figure 1


Figure 1. 

Zona ophtalmique : lésions éythémato nécrotiques suivant la branche frontale du nerf ophtalmique.

Zoom

La tomodensitométrie cérébrale montre une atrophie cortico-sous corticale d’allure séquellaire. L’électroencéphalogramme révèle des signes de souffrance cérébrale diffuse.

L’analyse cyto-chimique du liquide céphalorachidien (LCR) objective une discrète réaction méningée avec 8 globules blancs à prédominance lymphocytaire, une hyperprotéinorachie modérée à 0,66g/L et une glycorachie normale. La PCR (polymérase chain reaction) à la recherche du virus Zona varicelle est positive.

Le diagnostic d’encéphalite zostérienne est donc établi. Ainsi, le patient est mis sous acyclovir (15mg/kg toutes les 8h) par voie intraveineuse.

La sérologie dans le sang pour le VIH est négative. La reprise de l’interrogatoire familial ne retrouve pas d’antécédent carcinologique ou de traitement immunosuppresseur. Le patient est donc considéré comme immunocompétent.

L’évolution a été marquée par l’installation d’un état de mal convulsif réfractaire ; d’où l’intubation du patient et sa mise sous drogues de sédation à base de midazolam et de fentanyl respectivement à la dose de 10mg/h et de 100ug/h au pousse-seringue électrique. Suite à un coma profond persistant avec absence de signes de réveil, le patient est décédé après 3jours de son hospitalisation en réanimation.

Discussion

Les encéphalites à VZV touchent 0,1 à 0,2 % des patients présentant une infection à VZV [3]. Il s’agit d’une affection grave avec un taux de mortalité pouvant dépasser 25 % des patients et des séquelles graves chez les survivants [4].

Au cours de ces encéphalites, le tissu nerveux cérébral n’est pas directement lésé par le virus : il existe une inflammation des artères cérébrales, dans la paroi desquelles on trouve des cellules gigantocellulaires et des particules virales : la conséquence est la survenue d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques par thrombose vasculaire [3, 4]. La dissémination se ferait soit par les espaces sous arachnoïdiens [5], soit le long des collatérales de division de la branche ophtalmique de Willis [6], innervant la dure mère.

L’apparition des signes encéphalitiques, consécutives à un zona cutané aigu, se fait classiquement dans un délai de 2 à 8 semaines [3].

Les éléments discriminants du diagnostic sont d’une part la tomodensitométrie et l’imagerie par résonance magnétique cérébrale qui mettent en évidence les lésions vasculaires ischémiques le plus souvent mais parfois hémorragiques, de topographie cortico-sous-corticale et de taille variable ; des lésions de démyélinisation de la substance blanche peuvent être associées [4]. L’angio-IRM et l’artériographie peuvent aussi révéler une obstruction artérielle dans le cadre d’une vascularite, mais leur faible sensibilité surtout dans les cas de vascularites distales rend leur usage non habituel [3, 7].

L’étude du liquide céphalorachidien (LCR) peut être normale ou montrer une pléïocytose à prédominance lymphocytaire et une hyperprotéinorachie [8].

La spécificité de la PCR VZV dans le LCR est excellente et peut suffire à poser le diagnostic d’atteinte zostérienne centrale lorsqu’elle est positive [9]. Nonobstant, elle manque de sensibilité ; avec des pourcentages de positivité allant de 25 à 44 % selon les études [10, 11, 12]. Ce manque de sensibilité peut être corrigé par la recherche d’une synthèse intrathécale d’anticorps anti-VZV, avec un délai minimum de 7jours entre le début de l’éruption cutanée et la ponction lombaire [13, 9] ; cette dernière est d’une sensibilité estimée à 93 % [10].

Le traitement des encéphalites zostériennes passe par l’usage d’un traitement antiviral renforcé par aciclovir en intraveineux pendant 10jours ou plus ; si le patient est sévèrement immunodéprimé [4, 8].

L’ajout de corticoïdes peut être envisagé, en début de traitement, à la posologie de 60 à 80mg durant 3 à 5jours afin de limiter les phénomènes inflammatoires associés [3, 4].

Conclusion

L’encéphalite est une complication rare et grave du zona ophtalmique [2]. Elle doit être recherchée devant tout trouble neurologique central dans un contexte de zona ophtalmique. Le diagnostic est basé sur un faisceau d’arguments ; cliniques (éruption cutanée), radiologiques (un ou plusieurs AVC ischémiques) et biologiques par l’examen du LCR et la PCR du VZV voire, dans les cas douteux, la recherche d’une synthèse d’anticorps anti-VZV en intrathécale. Un diagnostic précoce de cette complication grave est nécessaire afin d’instaurer un traitement antiviral agressif.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

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