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Journal de radiologie
Vol 85, N° 3  - mars 2004
pp. 340-341
Doi : JR-03-2004-85-3-0221-0363-101019-ART15
Guy Ledoux-Lebard (1910 - 2003)

Guy Ledoux-Lebard (1910 - 2003)
 
© Éditions Françaises de Radiologie, Paris, 2004

D'un Spécialiste de radiologie à un Expert international de l'époque napoléonienne
ABonnin

Membre de l'Académie Nationale de Médecine. Président du Centre Antoine Béclère, Faculté de Médecine, 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris.



Illustrations

C'est dans un contexte familial privilégié que GUY LEDOUX LEBARD a été atteint par deux « virus » incurables : la Radiologie et l'époque Empire. « la démarche intellectuelle pour établir un bon diagnostic radiologique ou reconnaître un bon objet napoléonien est identique », rappelait-t-il souvent. Il a légué sa très belle et rare collection de mobilier et d'objets de l'époque Consulat et Empire aux différents Musés Nationaux spécialisés avec entente et promesse d'exposition.

Guy Ledoux-Lebard est né le 29 mai 1910 au 22 rue Clément Marot dans le huitième arrondissement de Paris, près de l'Arc de Triomphe de l'Étoile érigé sur l'ordre de Napoléon 1er. Il a occupé toute sa vie l'appartement familial qui était un véritable musée. Adolescent, le souvenir de ses vacances dans la propriété familiale du pays Basque ont fait naître en lui l'attachement pour la terre, les forêts et la chasse. Dans ses bois situés au centre d'Anglet, il surveillait la croissance et l'acclimatation des arbres aux essences variées, et dans ses chemins creux, il aimait « piloter » ses voitures de sport en vue d'un prochain rallye. C'est à cette époque de sa vie que se dégagèrent vraisemblablement les aspects les plus marquants de sa personnalité, à savoir, un esprit éclectique, réaliste, capable de comprendre les contraintes et surtout de résoudre les difficultés avec sang-froid et discernement. Tout cela vient se conjuguer avec le sens du devoir et de la morale qu'il a hérité de sa famille. La Croix de guerre qui lui fut remis au champ d'honneur en mai 1940 est la confirmation de ce profil droit et consciencieux.

Très vite, il entreprit des études médicales. Cette motivation était une tradition familiale : son grand-père Auguste Ledoux-Lebard, ancien interne des hôpitaux de Paris, mort en 1902, était l'ami très proche d'Antoine Béclère, fondateur de la Radiologie française ; son père René Ledoux-Lebard a crée avec Antoine Béclère et Georges Haret la Société de Radiologie Médicale qui deviendra la Société Française de Radiologie en 1947. Il fut le premier médecin français chargé de cours de radiologie clinique.

C'est ce contexte familial qui le conduisit tout naturellement en 1937 vers l'Électro-radiologie. Pendant ses 4 années d'Internat (1934-1938), il a su acquérir une formation clinique générale qui lui paraissait indispensable pour exercer notre spécialité de Radiologie. « On ne doit pas sortir le malade de son contexte clinique », aimait-il répéter. Sa dernière année d'Internat chez Robert Debré l'a marqué pour toute sa vie professionnelle. Dans son service de l'hôpital Hérold, Robert Debré avait su créer une médecine « d'enfants » à laquelle concourraient judicieusement toutes les disciplines en particulier le radio-diagnostic.

Guy Ledoux-Lebard devint, en 1944, l'assistant du Professeur Henri Desgrez, premier titulaire de la chaire de Radiologie Médicale et fut nommé agrégé et Chef du service central d'Électro-Radiologie à l'Hôpital d'Ivry en 1958 et du Centre Hospitalier Cochin-Maternité en 1965. Très vite devant la taille considérable du Service de Cochin, il comprit qu'il devait le diviser. Il confia la radiologie ostéo-articulaire et urologique à son fidèle agrégé Guy Pallardy et l'Électrologie à son ami Claude Aaron agrégé d'anatomie. Quelle gratitude vis à vis de ses adjoints ! Quel visionnaire de l'explosion de la Radiologie en spécialité d'organe pour assurer une meilleure prise en charge du patient selon sa pathologie.

Des travaux de Guy Ledoux-Lebard, nous retiendrons l'apport à la radiologie ostéo-articulaire par la mise au point d'incidences spéciales et par une étude précise et exhaustive des principales dystrophies. Nous citerons la description en 1938 de localisations rares ou peu connues de la maladie de Paget, en particulier, l'ostéoporose circonscrite du crâne et la publication d'observations de dégénérescence sarcomateuses du Paget en 1957. En radiologie pulmonaire, il a insisté sur l'importance des troubles de ventilation (1944), leurs diverses étiologies et l'intérêt des clichés aux deux temps de la respiration (1955). Ses travaux sur la physiopathologie des voies biliaires et l'intérêt de la radio-manométrie furent novateurs. La radiologie digestive « barytée » était son point fort, mais elle fut supplantée par l'endoscopie. Tous les signes des niches ulcéreuses qu'il détaillait avec subtilité et ordre sont maintenant oubliés. En revanche, son livre sur les hernies hiatales de l'adulte, publié en 1967, demeure d'actualité.

Il ne faut surtout pas oublier sa large contribution à la communauté radiologique par la publication avec René Ledoux-lebard de deux livres, en 1949 : « Le manuel de radiodiagnostic clinique » (1 407 pages) et en 1956 « La technique du radiodiagnostic » (1148 pages) avec la participation de J Garcia-Calderon. Cet ouvrage a constitué, pendant 30 ans, le véritable monument de notre spécialité. Il décrit, avec précision et schémas simples, toutes les incidences radiologiques ostéo-articulaires.

Le professeur Guy Ledoux-Lebard avait un sens inné de la pédagogie. Avec clarté et avec des termes précis, appropriés il savait expliquer sa démarche diagnostique qu'il agrémentait souvent d'un schéma explicatif. Son bureau était très accessible, le maître était toujours disponible et ses élèves venaient fréquemment demander des conseils d'interprétation sur des clichés difficiles.

La passion pour l'époque napoléonienne

À l'âge de la retraite, il a pu s'adonner à sa deuxième passion : le mobilier et les objets d'époque « Consulat et Empire » dont il était devenu l'expert national et international. Il était souvent invité en Europe et aux États-Unis pour patronner des expositions sur Napoléon et pour des expertises. Son dernier ouvrage publié en 1999 avec Gérard Hubert et la participation de la Fondation Napoléon « Napoléon portraits contemporains : bustes et statues » est remarquable. Il a démontré l'étendue et la précision de ses connaissances sur cette époque mythique et légendaire. Selon les experts de l'époque Empire, cet ouvrage est une référence qui permet, par exemple, « d'éviter les trop fréquentes erreurs d'attribution des bustes et statuts de Napoléon sortis des ateliers carrarais ».

Guy Ledoux-Lebard aimait rappeler que « le collectionneur, comme le radiologue, doit être connaisseur, expert pour faire le bon diagnostic d'un objet d'art ou d'une pathologie. Le premier doit savoir si le meuble présenté est d'époque, a été (ou non) transformé et si les bronzes sont d'origine... En médecine, en radiologie, c'est la même chose. il faut connaître beaucoup de signes, les avoir mémorisés pour pouvoir les interpréter. La connaissance des maladies rares peut être assimilée à celle des objets rares. Elle, seule, permet de les dépister et de les diagnostiquer ».

Un exemple mérite d'être relaté : il avait repéré sur la gravure d'un album des Hôtels Particuliers Parisiens du début du 19e les deux tables de nuit jardinières et le merveilleux secrétaire de la chambre de Madame Récamier. Ensuite, il sut les reconnaître et saisir l'occasion de les acquérir. Ce mobilier de qualité exceptionnelle viendra compléter, au Musée du Louvre, la salle consacrée à Madame Récamier.

Sa collection de « Bourdaloues » est également remarquable. Elle sera exposée, par donation, selon son voeu, au Musée d'Histoire de la Médecine à l'École de Médecine, place de l'Odéon. L'on sait que l'origine du Bourdaloue, petit pot de chambre en porcelaine de Paris, de Strasbourg, de Chine ou du Japon... écrasé à une extrémité, remonte aux sermons du Père Bourdaloue (1632-1704) qui étaient tellement longs que les femmes les emportaient pour la messe et pouvaient les cacher sous leurs robes à panier (...).

Guy Ledoux-Lebard avait l'esprit d'un grand collectionneur ouvert, altruiste et philanthrope. Il a fait sienne la phrase qu'il aimait répéter d'un Anglais : « à partir d'une certaine qualité, les objets rares appartiennent au patrimoine national d'un pays ». Il partageait totalement cet avis et il n'a pas hésité à léguer, aux différents musées nationaux, Louvre, Fontainebleau, Malmaison? selon leur spécialité, sa collection exceptionnelle de mobiliers Consulat et Empire. Bravo.


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