Article

PDF
Access to the PDF text
Advertising


Free Article !

Journal de radiologie
Vol 85, N° 3  - mars 2004
pp. 342-343
Doi : JR-03-2004-85-3-0221-0363-101019-ART16
En souvenir de Guy Ledoux-Lebard
 

G Pallardy 152 Bd Massena, 7503 Paris.

André Bonnin, qui fut son adjoint puis lui succéda à la tête de son service de Cochin, a rédigé sa notice nécrologique et fait l'historique de cette période ; je n'ajouterai que quelques souvenirs personnels?

En novembre 1953, j'aperçus pour la première fois, de très loin, le professeur agrégé Guy Ledoux-Lebard dans le service de radiologie du Professeur Henri Desgrez à l'hôpital Laennec : devant un mur de négatoscopes, se déroulait la cérémonie matinale de l'interprétation avec les plus gradés assis au premier rang ; les récents inscrits au C.E.S. de radiologie se tenaient en arrière ; j'en faisais partie, avec José Rémy et Robert Magot restés mes fidèles amis, qui s'honorent également d'être les élèves de Guy Ledoux-Lebard. À ces séances de lecture de clichés, l'Agrégé siégeait à côté du Patron et, malgré son attitude réservée, son érudition en imposait à tous. À nous, il apparaissait comme un sommet inaccessible ; mais c'était bien mal le connaître car les circonstances nous permirent peu à peu de découvrir la simplicité de son accueil aux jeunes décidés à travailler.

Conscient de mon désir d'acquérir des connaissances et de ma grande disponibilité, il fait de temps en temps appel à moi pour le seconder, voire le remplacer lors de sa matinée de 10 à 12 examens digestifs : je découvre que son immense savoir s'accompagne de patience et d'indulgence car il interprète le lendemain, en ma présence, le résultat de mes efforts et c'est alors une extraordinaire leçon particulière.

En janvier 1954, le professeur Desgrez devient chef de l'imposant service de la Pitié-Salpêtrière où se pratique toute la gamme des examens radiologiques et des traitements par les radiations. Guy Ledoux-Lebard n'est plus le seul agrégé car il y a également Fernand Heitz plus jeune, sans omettre deux radiologistes des hôpitaux pour conduire cette énorme machine ; il y a aussi les amis Robert Guérin et son épouse, responsables de l'utilisation diagnostique et thérapeutique des isotopes.

Guy Ledoux-Lebard m'a confié un sujet de thèse « une nouvelle incidence L5-S1 » qui me plait par son aspect géométrie dans l'espace et son apport nouveau au diagnostic. Comme tout travail qu'il dirige, il en surveille de près le fond et la forme avec une disponibilité bienveillante. Mais surtout, s'il juge la bibliographie insuffisante, il nous invite à pénétrer dans le saint des saints : sa bibliothèque personnelle, à son domicile, où il est né le 29 mai 1910, où son père vécut et exerça, où s'accumulent plus de cinquante ans de documentation avec tout de ce qui concerne la radiologie ; sa connaissance des langues anglaise et allemande, son savoir encyclopédique lui permettent, au grand émerveillement du néophyte, de trouver l'article ou le livre concerné, même si une échelle est rendue indispensable par la hauteur sous plafond !

Suivant les règles de l'AP-HP, Guy Ledoux-Lebard, pour obtenir sa titularisation, doit choisir le prochain service libre : ce fut, le 30 août 1962, Ivry où Yves Laurent l'accompagna et le seconda fidèlement pendant cette période « périphérique ».

À la rentrée de 1963, un décret institue pour la première fois un enseignement de la radiologie aux étudiants des 3 e et 4 e années de médecine. Sous la direction du Professeur Desgrez et de son agrégé Heitz, se forme un groupe de travail : pour rédiger des cours et trier, parmi des milliers de clichés, les plus caractéristiques pour les travaux pratiques par petits groupes d'étudiants. Chef de travaux, je suis bientôt rejoint dans cette fonction par Jacques Bories : une fidèle amitié en résulte qui nous suivra au long de nos carrières. L'équipe efficace, dont certains sont assistants de faculté, réalise de toutes pièces cet enseignement, adopté par les autres facultés françaises. Pour le concrétiser vont paraître, un peu plus tard, sous la direction du professeur agrégé Ledoux-Lebard, les trois tomes des « Éléments de sémiologie radiologique », ouvrage didactique original par ses tableaux et ses schémas : tout est relu, corrigé et complété si nécessaire par lui. Les auteurs, qu'il a encadrés et éclairés de ses conseils, se considèrent ses élèves : Claude Aaron, Yves Allain, Pascal Bargy, André Bonnin, Jacques Bories, Jean Butez, Jean-Paul Delahaye, Jean Ferrané, Jean-Claude Gaux, Jacques Gillet, Jacques Grellet, Fernand Heitz, Yves Laurent, Maurice Laval-Jeantet, Jean-René Michel, Guy Pallardy, José Rémy, Jean-Jacques Sahut d'Izarn, Pierre Simon, Michel Valette, Norbert Vasile, André Weber...

Bien entendu, je reste en contact avec mon Patron Guy Ledoux-Lebard : dès qu'il connaît ma nomination au concours de 1966 comme radiologiste des hôpitaux - agrégé de l'université, il m'offre la place d'adjoint à ses côtés dans ce vaste service de Cochin où il succède au Docteur Jacques Busy. Il me charge de mettre en route l'annexe du pavillon Achard. Ses qualités humaines font de cette cohabitation un des meilleurs moments de ma vie hospitalière car, s'ajoutant à l'estime et au respect que je lui porte, se tissent entre nous des liens d'amitié. Survient mai 68 : deux récents agrégés, Henri Nahum et moi, bataillent contre l'agitation estudiantine pour lui arracher le maintien d'un enseignement et les chaires de radiologie de Guy Ledoux-Lebard et de Jacques Lefebvre !

Lorsque je suis sur le point de partir au choix (1970), mon Patron a un geste désintéressé dont peu d'autres peuvent se targuer et témoignant d'une vision lucide de l'avenir : d'accord avec les autres chefs de services et le Doyen, il partage son service en me donnant pour mission de constituer, à partir de postes détachés, un deuxième service spécialisé en radiologie ostéo-articulaire, qui devient réalité en 1977. Avec son assentiment, je prends en charge, parmi ceux qui travaillent dans mon service, Alain Chevrot : de chef de clinique, il deviendra mon successeur hospitalo-universitaire, poursuivant avec grande compétence et brio, l'oeuvre entreprise en commun.

En 1978, lors du départ en retraite de notre Maître, j'ai la fierté de lui succéder à la chaire de radiologie de Cochin avec direction du Certificat d'Études Spéciales de radiologie pour l'Ile-de-France.

Pour plus de détails sur la dynastie Ledoux-Lebard, intimement liée aux débuts de la radiologie et à son évolution, sur leur amour de l'art et leur érudition de collectionneurs avisés, lisez les « Mémoires d'une ampoule à rayons X » que Guy publia en quatre chapitres dans le Journal de Radiologie de 1993 et 1994 [1].

Pour finir, permettez-moi d'évoquer le « patron » que nous sommes encore un certain nombre à avoir connu : une voix grave et douce, bien articulée ; une courtoisie constante envers ceux qui lui rendent visite quelque soit leur position, du stagiaire au titulaire de la plus haute fonction de l'état ; un savoir encyclopédique, doublé d'une mémoire parfaite où tout est classé afin de ressurgir au bon moment ; un esprit qui ne cesse de nous éblouir par la diversité des sujets qu'il peut aborder ; une culture médicale hors pair, au courant des dernières nouveautés, grâce à son faible temps de sommeil qui lui permet de tout lire ; son intérêt pour la Société Française d'Histoire de la Médecine, à laquelle son père était déjà inscrit en 1910 et où ils font, ensemble ou séparément, des communications appréciées ; son intérêt pour l'histoire de l'art, héritage paternel, qui le pousse à publier des ouvrages renommés ; ses qualités de collectionneur érudit, reconnu comme expert du meuble Empire ; son penchant pour les voitures de sport, prolongement des rallyes auxquels il participa dans sa jeunesse : il est possible d'apprécier la conduite sportive en étant le passager de ce monsieur tranquille, muni de ses gants et de sa casquette de sport, au volant de son Alfa-Roméo gonflée, se faufilant dans la circulation parisienne, son éternelle cigarette papier maïs aux lèvres, souvent éteinte, et dont les mégots débordent du cendrier.

Cette voix douce s'est éteinte le 4 septembre 2003 à Bayonne. Deux ans après avoir accompagné son épouse, dans cette même église Saint-Pierre-de-Chaillot, ses élèves se sont réunis le 12 septembre, pour lui rendre un dernier hommage avant que sa dépouille ne gagne le tombeau familial du Père Lachaise.

Références

[1]
Ledoux-Lebard G. Mémoires d'une ampoule à rayons X. J Radiol 1993;74:597-601,665-69;1994;75:151-54,259-63.




© 2004 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline
You can move this window by clicking on the headline