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Annales de Dermatologie et de Vénéréologie
Vol 133, N° 5-C1  - mai 2006
p. 501
Doi : AD-05-2006-133-5-C1-0151-9638-101019-200518582
La question du praticien

Quelle est la réalité des chéloïdes « spontanées » ?
What is true in « spontaneous » cheloids ?
 

P. PITCHE [1]
[1] Service de Dermatologie, CHU Tokoin, Lomé, Togo.

Les chéloïdes se définissent comme des tumeurs bénignes intradermiques correspondant à une réaction inappropriée du tissu conjonctif à un traumatisme chez des personnes prédisposées. Elles sont plus fréquentes chez le Noir que chez le Blanc. Sur le plan physiopathologique il existe une prolifération importante des fibroblastes par la diminution de l'activité des collagénases. Les fibres collagènes synthétisées sont de type I et III, et sont 10 à 20 fois supérieures dans la chéloïde que dans la peau normale (Rockwell et al. Plast Reconstr Surg 1989 ; 84 : 827-37). Les étiologies classiques des chéloïdes sont les traumatismes (plaies, brûlures, scarifications, piercing, vaccinations et gestes chirurgicaux) et les dermatoses inflammatoires (acné, folliculites, varicelle et zona par exemple). Dans certains traités de dermatologie (Degos R., Dermatologie, Tome 2. Flammarion 1981. Saurat JH et al. Dermatologie et MST. 4è édition. Masson Paris, 2004) et dans un récent article de FMC (Mostinckx et al. Ann Dermatol Venereol 2005 ; 132 : 384-7) certains auteurs évoquent comme autre cause possible les « chéloïdes spontanées » des régions cervico-thoraciques rencontrées surtout chez le Noir. Dans notre pratique en Afrique sub-Saharienne, les chéloïdes occipitales, sternales ou pré-sternales sont secondaires soient à des lésions traumatiques parfois minimes, soient à des folliculites ou des lésions d'acné. Ces chéloïdes peuvent atteindre, progressivement, des dimensions importantes débordant largement la zone lésionnelle initiale. Notre expérience (Kombaté et al. Int J Dermatol 2005 ; 44 suppl : 52-53), nous permet de douter du caractère « spontané » de ce type de chéloïdes car certains malades souffrant de chéloïdes au moment de la consultation peuvent oublier, de bonne foi, la lésion primitive qui remonte parfois à plusieurs années.

Quelle est, dans votre expérience, la réalité des chéloïdes « spontanées » ?

Quels seraient les mécanismes physiopathologiques possibles de ce type de chéloïde ?

Réponse de E. Grosshans (Strasbourg)

La réalité des chéloïdes « spontanées » est mentionnée et soulignée dans de nombreux ouvrages de référence, outre les deux traités et l'article de FMC que vous citez. Même dans des ouvrages plus anciens, autrefois illustrés par des lithographies ou des aquarelles polychromes, il était déjà habituel de distinguer les vraies chéloïdes de cause évidente (« chelois vera ») des fausses chéloïdes (« chelois spuria ») de survenue apparemment spontanée, sans cause apparente.

Ces chéloïdes spontanées font partie de la « maladie chéloïdienne », plus fréquente chez les sujets à peau noire. Elles apparaissent préférentiellement dans les mêmes localisations que les chéloïdes secondaires à des plaies de causes diverses, à des folliculites, à des lésions acnéiques, même à des pseudo-folliculites de la barbe sur peau noire. Je souligne, à ce propos, que l'acné dite « chéloïdienne » de la nuque, formant un bloc scléreux transversal de la lisière occipitale du cuir chevelu, n'est pas histologiquement une chéloïde, mais une fibrose cicatricielle épaisse, criblée de traînées inflammatoires lymphoplasmocytaires et de granulomes de résorption, secondaire à des folliculites torpides et sclérosantes. Elle ne doit pas être intégrée dans les chéloïdes et elle ne relève pas des mêmes traitements.

Le fait que les malades, de bonne foi, ne se souviennent pas de lésions inflammatoires ou de traumatismes vulnérants antérieurs, n'est évidemment pas une preuve que de telles lésions aient existé ou que de tels traumatismes soient survenus. Il peut tout aussi bien constituer la preuve qu'il n'en a rien été ! J'ai vu des vraies cheloïdes préthoraciques, surtout la forme « en barrette » transversale (illustrée en p. 679 du traité « Dermatologie et I.S.T. », Masson, 4e édition, 2004), dont la forme à elle seule ne suggère aucune cause précessive précise, chez des malades n'ayant aucun antécédent dermatologique, aucune trace d'une hypothétique lésion antérieure.

Je n'ai aucune idée des mécanismes physiopathologiques qui seraient propres à ces chéloïdes spontanées. Hormis l'absence de cause, ceux-ci ne sont sans doute pas différents de ceux des chéloïdes secondaires. Toute dysrégulation tissulaire (ici la prolifération fibrocytaire, la production accrue de fibres de collagène, le déficit en collagénases) peut être apparemment spontanée. On ne se pose pas la question à propos des autres fibromatoses de cause parfaitement inconnue, mais parce que la fibromatose chéloïdienne est souvent induite par une cause exogène, on aimerait qu'il en soit toujours ainsi. Ce n'est pas le cas.





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