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La Presse Médicale
Volume 38, n° 10
pages 1434-1442 (octobre 2009)
Doi : 10.1016/j.lpm.2009.05.015
L’Internet en formation médicale continue : aussi efficace que les formations dites présentielles
Internet-based continuing medical education: as effective as live continuing medical education
 

Hervé Maisonneuve 1, , Olivier Chabot 2
1 Santé publique, Université Paris Sud 11, F-91405 Cedex, France 
2 La Presse Médicale, Elsevier-Masson, F-92442 Issy-les-moulineaux Cedex, France 

Hervé Maisonneuve, Santé publique, Université Paris Sud 11, F-91405 Cedex, France.
Points essentiels

L’e-learning est l’utilisation des nouvelles technologies multimédias et de l’Internet pour améliorer la qualité de l’apprentissage en facilitant l’accès à des ressources et à des services, ainsi que les échanges et la collaboration à distance.

L’Internet est très utilisé pour la formation des adultes dans la plupart des domaines professionnels ; il semble moins développé en formation médicale continue.

Des avantages existent pour les enseignants (actualisation permanente, liens interactifs, illustrations nombreuses, archivage, bénéfices de l’intelligence collective…), et les apprenants (accessibilité, autonomie, flexibilité, rythme adapté...).

Des études et méta-analyses ont montré que la e-FMC était équivalente à des formations présentielles pour l’apprentissage immédiat et après quelques semaines.

Les sites de formation médicale à distance permettant d’obtenir des crédits sont très nombreux en langue anglaise, et rares sont les sites en langue française attribuant des crédits de formation.

L’accréditation de sites Internet pour la formation continue est effective en Amérique du Nord et commence à être formalisée en Europe.

The full text of this article is available in PDF format.
Key points

E-learning consists in using new multimedia and Internet technologies to improve the quality of learning activities by facilitating access to resources and services, as well as exchanges and remote collaboration.

The Internet is used for adult education in most professional domains, but its use for continuing medical education is less developed.

Advantages are observed for teachers (e.g., permanent updating, interactive links, illustrations, archiving, and collective intelligence) and for the learners (e.g., accessibility, autonomy, flexibility, and adaptable pace).

Research and meta-analyses have shown that e-CME is as effective as live events for immediate and retained learning.

English-language educational medical websites that grant CME credits are numerous; few such French-language sites can currently grant credits.

Accreditation of websites for CME, in its infancy in Europe, is common in North America.

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En 1997, l’ouvrage sur la formation médicale continue (FMC) coordonnée par Pierre Gallois ne mentionnait pas les nouvelles technologies de l’information et de la communication [1]. En 2009, il n’est plus possible d’évoquer la FMC sans l’Internet. Ces développements ont été très rapides, mais les cultures ont eu des impacts variables : en 2008, environ 30 % de la FMC Nord-Américaine est réalisée avec l’Internet [2], en Europe et en France, nous n’avons pas de données.

En dehors du secteur de la santé, l’Internet est très utilisé pour la formation des adultes, notamment dans la plupart des grandes entreprises. L’Internet est indispensable pour l’apprentissage des langues. Par exemple, pour apprendre l’anglais, un site comme www.bbclearning.com/ est gratuit et plein de ressources exceptionnelles. La plupart des instituts de langue ont intégré l’Internet dans leurs méthodes. Dans les entreprises, l’apprentissage à distance permet de proposer des formations aux employés, de contrôler si les formations sont suivies, et quels en sont les résultats. Par exemple, dans certaines sociétés pharmaceutiques, la plupart des employés doivent chaque année obligatoirement suivre une formation à distance de pharmacovigilance, et répondre à des questionnaires. Tout est enregistré avec les résultats.

En santé, pour apprendre la médecine, l’Internet est un outil intégré dans la pratique. En formation continue, il se développe à un rythme différent selon les cultures, les pays et les incitations des autorités. Dans les pays anglosaxons les développements la formation continue par l’Internet, communément appelée e-learning , ont été rapides pour des raisons culturelles (confiance dans l’autorégulation des apprenants, avantages des outils électroniques), et faits par des communautés privilégiant ce qui est considéré comme « coût efficace ». Dans d’autres pays, ces développements ont été beaucoup plus lents ; les discours sont parfois focalisés sur le risque de tromperie (que faire de l’internaute qui dort ou répond au hasard ?), et le contrôle strict des programmes, voire la compétition avec un système d’événements présentiels bien établis, etc.

Qu’est ce que l’e-learning  ?

Pour l’Union européenne : « l’e-learning est l’utilisation des nouvelles technologies multimédias et de l’Internet pour améliorer la qualité de l’apprentissage en facilitant l’accès à des ressources et à des services, ainsi que les échanges et la collaboration à distance  » [3]. Recherchez « e-learning  » dans www.google.fr/ vous permet d’accéder à environ 130 000 000 de ressources en 0,09 seconde (accès le 6 mai 2009) !

En anglais, le terme e-learning résulte d’une volonté d’unifier des termes tels que : Open and distance learning (ODL) pour qualifier sa dimension ouverte et qui vient du monde de la formation à distance, Computer-mediated communication (CMC) pour traduire les technologies de communication (Mails, Forum, Group ) appliquées à la formation, Web-based training (WBT) pour traduire la technologie dominante sur l’Internet pour la formation, Distributed Learning qui traduit plus une approche pédagogique de type constructiviste et fondée sur la cognition distribuée [4].

En français, l’apprentissage à distance, ou la formation à distance (FAD) sont les termes utilisés. L’apprentissage en ligne ou hors ligne sont aussi des termes utilisés, ainsi que formation en ligne. La FAD est une modalité pédagogique et technologique qui permet à un apprenant adulte d’avoir une autonomie dans l’organisation de son processus d’apprentissage [5]. La formation par correspondance est une FAD déjà utilisée. Les nouvelles technologies ont permis de caractériser ces types de formation dont les modalités sont nombreuses (Tableau I). Cette méthode de formation permet théoriquement de s’affranchir de la présence physique d’un enseignant à proximité. Le rôle de tuteur distant apparaît avec des activités de facilitateur, de médiateur, voire de systèmes intelligents permettant d’adapter les commentaires aux réponses de l’internaute.

Formation à distance en formation médicale continue

La formation continue peut-être réalisée en ligne sans avoir à se déplacer : l’enseignant vient virtuellement chez l’apprenant. Il n’y a pas d’interaction en face à face avec un formateur. Un tutorat à distance peut exister, avec des outils de type conférences Web , forum, chat , e-mail , téléphone. Le mode d’apprentissage mixte (blended learning des Anglo-Saxons) combine l’e-learning et des sessions en face à face avec des formateurs. Une première session peut-être réalisée à distance pour préparer une formation présentielle, puis des suivis avec les moyens électroniques. Les outils sont très nombreux et il est souhaitable de les associer. Un site statique n’est pas suffisant. L’utilisateur doit sentir une interactivité, et des possibilités de feed-back .

Les technologies ont apporté souplesse et interactivité en formation. Les avantages pour les enseignants sont nombreux :

actualisation permanente des contenus ;
illustrations nombreuses ;
liens interactifs ;
archivage ;
diminution des cours au profit d’encadrements personnalisés ;
tous les bénéfices de l’intelligence collective s’ils prennent en compte les remarques des internautes.

Pour les apprenants, l’accessibilité, l’autonomie, la flexibilité, le rythme adapté à chacun sont des avantages intéressants. Pour tous les acteurs, une réduction de certains coûts de formation est importante : on peut fédérer des réseaux d’apprenants venant d’horizons divers. Les inconvénients sont ceux de la technologie : apprentissage de l’outil, qualité du matériel, des lignes d’accès, et coût initial. L’article de Moreau et al. dans ce dossier thématique, à partir de l’expérience de l’Université médicale virtuelle francophone (UMVF) (www.umvf.prd.fr/), apporte des informations sur les technologies [6].

Critères de la formation à distance
Plateforme d’e-learning

Une plateforme [ou learning management system (LMS)] est un site Web accessible via un navigateur Web et qui permet de gérer les formations à distance. Elle comprend en général un espace administration, un espace enseignants et un espace apprenants. La plateforme est interactive et permet d’avoir une traçabilité de toutes les interventions. Il existe de très nombreuses plateformes, qu’elles résultent d’un développement universitaire ou d’un développement commercial. Certaines plateformes, gratuites et accessibles sur le Web , sont très performantes. Les outils existants permettent de tout faire à moindre coût. Les sites de FAD les plus importants utilisent des plateformes très sécurisées, et résultant souvent de développement ad hoc .

Des spécifications ont été développées pour normaliser les systèmes d’apprentissage en ligne pour trouver, importer, partager, réutiliser les contenus d’apprentissage. Une norme commune a été mise en place et est utilisée par la majorité des sites d’e-learning . Il s’agit de la norme Sharable content object reference metadat (SCORM) qui permet une :

accessibilité : capacité de repérer des composants d’enseignement à partir d’un site distant, d’y accéder et de les distribuer à plusieurs autres sites ;
adaptabilité : capacité à personnaliser la formation en fonction des besoins des personnes et organisations ;
pérennité : capacité de résister à l’évolution de la technologie sans nécessiter une reconception, une reconfiguration ou un recodage ;
interopérabilité : capacité d’utiliser dans un autre emplacement et avec un autre ensemble d’outils ou sur une autre plateforme des composants d’enseignement développés dans un site, avec un certain ensemble d’outils ou sur une certaine plateforme. Il existe plusieurs niveaux d’interopérabilité ;
« réutilisabilité » : souplesse permettant d’intégrer des composants d’enseignement dans des contextes et des applications multiples.

Ingénierie pédagogique

L’ingénierie pédagogique est la gestion globale d’un dispositif relatif aux pratiques d’éducation au sens large, avec comme finalité la conception d’un dispositif pédagogique de formation adapté et optimisé. Il s’agit de l’ensemble des fonctions d’étude, de conception, de réalisation et d’adaptation d’un projet pédagogique avec les aspects techniques, économiques, financiers, monétaires et sociaux. Tous ces principes s’appliquent à l’e-learning .

L’ingénierie pédagogique consiste en méthodes pour préparer correctement les contenus des formations. L’ingénierie pédagogique doit aussi s’intéresser à la qualité des formateurs, leur connaissance des bases de la pédagogie et leurs déclarations de conflits d’intérêts.

Il existe de nombreux logiciels pour créer des contenus pédagogiques. Les limites technologiques semblent ne pas exister : tout enseignant peut développer facilement des diaporamas perfectionnés avec son intégré, des vidéos et gérer les activités des étudiants sur l’Internet.

Le contenu des programmes de formation à distance doit suivre les bonnes pratiques en FMC parfois méconnues, ou peu appliquées. Le contenu pour l’e-learning n’a aucune particularité par rapport aux enseignements des Universités pour tous professionnels de santé. La formation tant initiale que continue devrait intégrer 5 principes qui ont été proposés par l’Institute of medicine , à Washington [7] (et repris dans un document disponible en complément électronique sur le site de La Presse Médicale [8]).

Préparer des actions de formation continue nécessite de suivre un cycle d’actions très formalisées par certaines équipes pédagogiques de médecins [8] : bilan professionnel personnalisé ; évaluations des besoins et rédaction des objectifs ; plan de formation ; actions de formation consistant à associer des médias (présentiel et à distance par exemple) ; évaluation des formations.

Accréditation

En FMC, certains pays développés ont un système d’accréditation pour l’e-learning .

Les recommandations pour accréditer des sites contiennent toutes les mêmes principes de base, avec plus ou moins de formalisme. Nous avons traduit des recommandations pour l’accréditation des formations à distance, proposées par un groupe d’experts européens (voir compléments électroniques).

En Amérique du Nord, où l’accréditation des sites a plus de 10 ans d’ancienneté, il n’y a pas de registre du nombre de sites Internet accrédités. Le docteur Sklar actualise une liste de plus de 300 sites accrédités, représentant plus de 13 000 activités, et plus de 20 000 crédits de l’American medical association (www.cmelist.com/). Cette liste n’est pas exhaustive : des sites d’écoles de médecine codés, peu accessibles à une large communauté, n’ont pas été analysés par le Dr Sklar.

En Europe, l’accréditation des sites Internet a débuté en avril 2009 sous l’égide de l’Union européenne des médecins spécialistes qui a mis en place l’European accreditation council for continuing medical education (EACCME) (www.eaccme.eu/). Des spécialités médicales européennes ont initié leur propre système d’accréditation, y compris pour les programmes de formation à distance. Par exemple en mai 2009, l’European board for accreditation in cardiology liste 55 sites Internet accrédités (index.php) sur sa page d’accueil. L’European board for accreditation in pneumology liste aussi les programmes d’e-learning accrédités (557-educational-products.htm). En France, les organismes qui désirent être accrédités pour des FAD doivent soumettre un dossier auprès ces Comités nationaux de FMC (aofmc-1.php).

L’accréditation n’est pas le sésame qui dit qu’un site de FAD est meilleur qu’un autre. Il existe des sites en Europe de grande ampleur qui n’ont pas sollicité une accréditation, ou l’ont obtenu pour certaines communautés d’apprenants. Par exemple BMJ Learning est un site comprenant de très nombreux programmes, et ce site délivre un certificat aux utilisateurs qui le sollicitent (goto-channel.html). Des projets comme Quality in medical education (QUAIME) ont une accréditation par le Bayerischen Landesärztekammer, l’association médicale allemande (index.aspx). De ce fait, ils attribuent des crédits « allemands » qui sont reconnus dans d’autres pays. En théorie, ces crédits ne peuvent pas être reconnus hors d’Allemagne si des accords de réciprocité n’ont pas été signés.

Traçabilité

Les technologies facilitent la traçabilité des actions. Sur les sites accrédités, il est possible de télécharger un certificat avec les dates et temps précis de connexion sur le site de formation. Les crédits sont aussi mentionnés sur les certificats, avec le nom de l’autorité qui attribue les crédits ou qui a accrédité l’organisme propriétaire du site (ceci varie selon que l’autorité locale d’un pays accrédite des programmes ou des organismes).

Certains argumentent que les systèmes de FAD attribuent des crédits sans connaître l’internaute, sans être certain qu’il a passé le temps suffisant en face de l’écran, etc. En pratique, les sites inactifs se déconnectent après quelques minutes, les sites peuvent être arrêtés et ré-ouverts à un endroit déterminé d’un programme, et le temps compté est proche de la réalité. Ces arguments sont ceux que l’on peut utiliser lors d’une formation présentielle, où la vigilance des apprenants, voire la présence dans une salle ne sont pas évaluées. En réalité, la plupart des internautes qui se forment sont des personnes honnêtes et de bonne volonté, et le système est fait pour eux. Rien n’empêche, quel que soit le domaine, qu’il existe des personnes mal intentionnées, mais les systèmes sont faits pour les gens honnêtes.

La traçabilité permet de nombreuses observations : les médecins américains se connectent beaucoup avant les échéances pour remettre un dossier (FMC ou évaluation dans un hôpital) à une autorité d’évaluation ; les médecins semblent se former sur l’Internet pendant les heures de travail en Amérique du Nord, et en soirée ou week-end en Europe (communication Debbie Mac Mahon, www.cardiovillage.com/, Annual meeting GAME, 2006, diapositives sur www.game-cme.org/)

Évaluation de la formation à distance

Les études comparant la formation à distance à aucune formation ou à d’autres interventions sont nombreuses et de qualité variable. Hors du domaine de la santé, la formation à distance est considérée comme efficace dans des domaines comme l’apprentissage des langues, et dans de nombreux domaines industriels. Nous avons choisi de citer quelques travaux sans chercher à être exhaustifs.

Équivalence entre une formation par petits groupes interactifs et un programme d’e-learning

L’équipe de Fordis et al. , Houston, États-Unis, qui dans un travail réalisé en 2002, a montré une équivalence entre le mode de formation le plus efficace (ateliers avec des petits groupes interactifs), et une formation en ligne (programme sur 2 semaines). Avec 2 groupes de médecins (49 dans le groupe « interactif », et 44 dans le groupe « e-learning » ), l’amélioration des savoirs n’était pas différente immédiatement et 12 semaines après les formations [9]. Le thème était une recommandation dans le domaine cardiovasculaire (surveillance du cholestérol). S’il a montré une bonne amélioration des savoirs et du comportement, il n’a pas pu mettre en évidence des changements de pratiques (revue de dossiers) car les prétests étaient excellents.

Méta-analyse de 201 publications sur l’efficacité du e-learning dans les professions de santé, en formation initiale et continue

Depuis les années 1990, des centaines d’études ont été publiées dans le domaine de la santé. Une méta-analyse a été faite en 2008, et 201 publications ont été jugées de qualité à partir des 2 193 études identifiées dans des bases de données, en toutes langues, entre 1990 et janvier 2008 [10]. Ces 201 publications analysées portaient sur 130 comparaisons (19 234 participants) d’une formation e-learning avec aucune intervention, et 76 comparaisons (7 218 participants) d’une formation e-learning avec un groupe ayant eu un autre type de formation (le plus souvent présentiel). Dans 5 études, il y avait des comparaisons avec aucune intervention et avec un groupe avec une autre formation.

Les personnels étaient des étudiants en médecine ou des médecins dans 75 % des cas. Par rapport à l’absence d’interventions, l’e-learning est très efficace pour le savoir, les attitudes et les comportements. Par rapport à des interventions, l’e-learning est toujours aussi efficace que les autres formes d’intervention, mais rarement supérieur. D’autres études sont nécessaires pour mieux connaître l’intérêt de l’e-learning , et la qualité de cette méta-analyse ne permet pas de conclure avec certitude. Il faut reconnaître la difficulté méthodologique de ces études qui portent sur des interventions parfois compliquées, et des critères de jugements difficiles à mesurer.

Les médecins qui suivent des formations par l’Internet prendraient plus souvent des décisions fondées sur des preuves

Dans une étude réalisée en 2005 avec 5 621 médecins, Casebeer et al. , à partir de contenus du site de FMC américain Medscape , a comparé des réponses faites à des interventions en ligne de différentes modalités [11]. Les formations comparées sur une période de 18 mois, à partir de 48 thèmes de formation, étaient soit des contenus textuels sans intervention de l’internaute, soit des contenus dits interactifs à partir de « case vignette ». Ces méthodologies complexes sont réalisées par des sociétés dédiées à l’analyse de l’impact des formations en santé. Les résultats de ce travail ont montré que des formations d’e-learning dites interactives étaient plus efficaces pour orienter le médecin vers des décisions fondées sur des preuves. La démonstration idéale serait d’observer des changements de pratique suite à une intervention, mais rares sont les études ayant apporté ces données.

Offre de e-FMC

Il n’est pas possible d’être exhaustif dans ce domaine, tant tout évolue très vite. Nous avons choisi de présenter quelques expériences qui nous paraissent intéressantes, sans présager de leur qualité voire de leur utilité car chacun trouve ce qui lui convient.

Amérique du Nord

L’offre est importante, et nous avons cité le Dr Sklar qui actualise une liste de plus de 300 sites permettant d’obtenir des crédits de formation (www.cmelist.com/). C’est la meilleure source pour rechercher des programmes accréditants, mais bien d’autres sites existent, et certains non accrédités sont d’excellente qualité.

Le plus grand site américain est Medscape , un énorme programme conçu comme un journal biomédical électronique. Les nombreux comités de rédaction des 59 spécialités sont coordonnés par un rédacteur en chef de renom (Georges Lundberg qui a été rédacteur en chef du JAMA pendant 17 ans). Il n’est pas possible de décrire Medscape (about) car tous les types de programmes existent : enregistrement de congrès, de conférences dans des hôpitaux, développement de programmes divers avec tous les outils possibles d’animation. Des conférences filmées sont transformées en programme de FMC accréditante sur l’Internet par ajout de pré- et post-tests, et de références avec liens interactifs. En mai 2009, à côté des contenus non accréditants, il y a plus de 850 programmes de FMC attribuant des crédits. L’accès est gratuit après un enregistrement. Medscap e appartient à Web MD qui a d’autres activités sur l’Internet, notamment TheHeart.org qui a une version française (fr/) et emedicine (about) avec 30 000 programmes multimédias sur 7 000 maladies.

L’autre site très utilisé en FMC est une base de données d’articles, actualisée et interactive, qui a 360 000 utilisateurs. UpToDate (index.html) appartient à Wolters Kluwer Health , une maison d’édition internationale. UpToDate est un outil qui permet aux cliniciens, patients, institutions de chercher dans la littérature des réponses à des questions précises. Les internautes qui recherchent une information et suivent une démarche proposée par le site peuvent obtenir des crédits de FMC. UpToDate est consultable sur des outils électroniques portables [ordinateur de poche, assistant personnel ou personal digital assistant (PDA)). En mai 2009, il y avait 7 700 thèmes avec plus de 260 000 références, et une base de données sur le médicament. L’actualisation est permanente avec l’inclusion de nouveaux articles provenant de 430 journaux analysés. Plus de 80 millions de recherches sur des questions médicales sont faites chaque année.

Le projet MedEdPortal (mededportal) de l’Association of american medical colleges (AAMC) contient les archives des écoles de médecine américaines. C’est probablement l’un des plus grands projets de formation électronique médicale qui existe, avec un système de relecture par des pairs. C’est aussi l’AAMC qui a développé une ressource pour les enseignants, formateurs, et organismes qui font des programmes de FMC : il s’agit de National faculty education initiative (www.nfeinitiative.org/). Ce site explique les différences entre une FMC accréditée, réalisée selon des standards de qualité, et des programmes sujets à des influences diverses, des conflits d’intérêts, ou développés par des industries de produits de santé qui en font des outils promotionnels.

Le site MDconsult , fondé en 1997 est plus international car développé par Elsevier (homepage). C’est une énorme ressource pour la FMC avec 280 000 utilisateurs et plus de 8 millions de pages vues par mois. Ce site contient plus de 50 ouvrages de référence dans des spécialités médicales, et de nombreux programmes de FMC. Des déclinaisons « locales » adaptées aux besoins et aux pratiques des professionnels de santé de différents pays devraient voir le jour prochainement.

Le programme de formation continue de l’American academy of family physicians (metric.html) mérite une description car il s’agit d’un outil intelligent pour réaliser des actions de performance improvement (ou évaluation des pratiques professionnelles selon la terminologie française). Plutôt que de décrire METRIC, nous avons choisi de reproduire la présentation en anglais ((encadré 1)).

Encadré 1

Les médecins américains adhérents à l’American association of family physicians ont la possibilité d’évaluer leurs pratiques professionnelles sur l’Internet, avec le système dit METRIC (metric.html)

What is METRIC?
METRIC stands for Measuring, Evaluating and Translating Research Into Care. It is an innovative online practice improvement program that allows you to earn CME credit in your office, while improving patient care. The program is designed to assist family physicians in fulfilling the requirement for Part IV of Maintenance of Certification.
How does the METRIC program work?
The METRIC program guides you through a step-by-step process:
1.
Complete a short questionnaire. You begin by filling out a short practice assessment questionnaire, which gives you a sense of your current systems of practice.
2.
Review charts and enter patient data. Next, you pull 10 patient records for chart review. A downloadable form lists the chart review questions, which are based on evidence-based performance measures. Once you review the charts, you enter the data online. You can enter all 10 charts at once, or enter some charts and return to the program to enter the rest. (Review the METRIC performance measures [1-page PDF; About PDFs].)
3.
Assess your performance. Once you’ve entered data for 10 charts, you will see how your data compares with other users’ data. Information about your practice and your clinical chart review is included in the peer comparison.
4.
Build your action plan. Next, build an action plan that’s based on your feedback report. The program provides descriptions of possible interventions and tools to help build a plan that’s right for your needs.
5.
Implement your plan. Your action plan becomes a guide to making change in your practice systems over the three-month action period. You will receive a reminder when it is time to return to METRIC and begin the remeasurement phase.
6.
Remeasure and reassess. Complete a second practice questionnaire and review of a second set of 10 patient charts. A final report compares your baseline and follow-up data and also displays your peers’ baseline and follow-up data. You then have a chance to reflect on the impact of your changes. Continued improvement of your practice may lead to better outcomes for your patients.

En Amérique du Nord, il y a des sites qui ont ajouté des contenus permettant d’obtenir des crédits de FMC avec toutes les autres informations professionnelles, d’actualités ou de production de travaux originaux. D’autres sites sont totalement dédiés à la FMC, avec un cycle de formation très bien formalisé : besoins, objectifs, tests avant formation, programmes multimédias tutorés, revues de littérature avec articles sélectionnés et commentés, simulations avec des cas où les choix peuvent être pondérés avec le degré de certitude de la réponse et le degré de difficulté de la question, revues par des experts et tests après formation.

Au Canada, il y a de nombreux programmes d’Université en langue française ou anglaise et qui ont été adaptés pour des formations à distance. Les facultés de médecine des universités canadiennes ont toutes un Centre de développement professionnel continu. Ces centres proposent des solutions d’auto-apprentissage sur l’Internet à destination des professionnels. Les modules réalisés par 14 universités sont distribués par le site MDcme (default.asp), disponible en langue anglaise et française. La plupart des modules sont des formations permettant d’acquérir des crédits de formation continue.

France

Des sites ont été développés, mais sans qu’un système incitatif (en général obtention de crédits) ne soit contraignant, et la promotion de ces sites est inégale. Il n’existe pas de données françaises permettant de faire un bilan de l’utilisation de l’Internet pour la formation continue. Plusieurs sites semblent avoir du succès auprès des médecins en FMC, mais seul le temps, des indicateurs explicites et ouverts, pourront évaluer avec certitude leur utilité et pertinence. Le seul logo HON n’a pratiquement pas d’incidence sur la qualité du contenu.

Un site doit être cité, www.websurg.com/, car il est leader mondial dans son marché de la chirurgie laparoscopique, et qu’il est en plusieurs langues dont le japonais et le chinois. Le contenu en mai 2009 est important : 901 vidéos, 130 techniques chirurgicales illustrées, 1 220 interviews d’experts, et 186 mini-conférences. Réjouissons-nous d’avoir en France un site de renommée mondiale.

En 2009, il s’agit essentiellement de sites soutenus pas l’industrie pharmaceutique. Le site UNIVADIS (medical_and_more) est un site d’actualité, supporté par les laboratoires MSD, qui a développé une activité de FMC, sans pouvoir attribuer de crédits. La traduction française de modules de formation de BMJ Learning débutée en 2009 ne pourra être évaluée qu’après une utilisation de quelques années. Des crédits non français pourront être obtenus, en attente d’un accord de réciprocité entre les autorités françaises et les pays dont les contenus sont originaires. Le site radioIFM (www.radioifm.com/), un service de Sanofi-aventis , apporte une offre de FMC fondée sur des podcasts et de la vidéo mais sans logique pédagogique. Sanofi-aventis a également développé santea (www.santea.com/) qui propose de nombreux modules de formation en ligne. Les internautes qui veulent suivre l’actualité en FMC se retrouvent pour dialoguer sur BlogFMC (www.blogfmc.fr/), un service de Pfizer , mais ce n’est pas du e-learning à proprement parlé (même si des modules de formation à l’anglais et à la communication ont été ajoutés).

De nombreuses spécialités médicales ou chirurgicales (par exemple main.jsp), des départements de FMC des facultés de médecine participant à l’Université médicale virtuelle francophone (www.umvf.prd.fr/), des professionnels comme les pharmaciens, chirurgiens dentistes, masseurs-kinésithérapeutes, les infirmiers, ont développé des programmes de qualité. L’absence de systèmes de formation continue organisés ne permet pas d’avoir des données sur leur utilisation, comme l’absence d’obligation de formation ne permet pas d’en inciter les développements. Les sites oubliés dans cet article et de qualité sont nombreux. D’autres sites, réalisés avec des moyens limités, pourraient être de qualité s’ils répondaient à des critères de transparence, et à la charte HON.

Reste du monde

Il est difficile de savoir si des sites ont une audience réellement internationale, et de connaître leur impact en formation continue. Les sites américains ont une audience essentiellement Nord Américaine avec peu de traductions dans d’autres langues. Un site comme MedCases (www.medcases.com/) semble être diffusé en Amérique du Nord, Europe, Asie, Pacifique, Australie, Moyen-Orient, etc. Mais quelle est la signification d’une audience internationale. Les sites en Asie sont nombreux, avec des pays où la FMC est organisée et des incitatifs existent pour l’e-learning . Par exemple, recherchez Continuing medical education and Middle East sur Google et vous trouverez de nombreuses ressources locales de FMC. Il en est de même pour la plupart des continents ou pays.

Nombreuses sont les publications, même dans de prestigieux journaux, qui ont montré que l’Internet était une excellente technologie pour apprendre en médecine. Par exemple, l’expérience italienne, supportée par des autorités, a donné lieu à une excellente publication en 2007 [12]. Ils ont adapté des programmes d’un site anglais, Clinical Evidence (index.jsp), et ont pu le diffuser et faire tester par de nombreux professionnels. Mais depuis cette publication, le site n’est plus actif, avec quelques informations statiques, le groupe de recherche de Mario Negri travaille sur une nouvelle version, et argumente en disant que le système italien de FMC n’étant pas mis en œuvre, ils ne peuvent pas proposer d’autres programmes accréditants (communication personnelle de L Moja, juin 2009).

La formation continue est de préférence en langue locale, avec par exemple www.websurg.com/ qui a été traduit dans des langues asiatiques pour couvrir des zones en dehors des langues françaises et anglaises. Les nombreux outils de ce site permettent d’avoir des données instantanées sur la provenance des internautes venus dans les dernières 24 heures (par exemple les 1 398 connexions observées sur 24 heures entre le 25 et 26 mai 2009).

Des projets majeurs comme UMVF (www.umvf.prd.fr/) en France [6], ou The international virtual medical school (IVIMEDS) au Royaume-Uni (www.ivimeds.org/) sont dédiés à la formation initiale, mais ils développent progressivement des offres de formation continue. IVIMEDS est un programme entre 24 universités, la plupart anglaises.

Utilisation du e-learning en FMC

En dehors de l’Amérique du Nord, peu de pays ont des données sur l’utilisation de l’Internet en FMC. La plupart du temps, les systèmes d’accréditation avec attribution de crédits sont récents, et encore peu mis en œuvre. Est-ce que la plupart des pays vont connaître l’essor des programmes d’e-learning observé en Amérique du Nord ? Les données sont publiées chaque année depuis 1998 par l’Accreditation Council for Continuing Medical Education (www.accme.org/) et en 10 ans l’e-learning a acquis une position forte dans ce système. Les données de 2008 ont montré que plus de 30 % des médecins américains se formaient en ligne, que bientôt 10 % des crédits obtenus l’étaient avec des outils d’e-learning (Tableau II).

Conflits d’intérêts

H. Maisonneuve est directeur FMC et médias scientifiques de Pfizer, président du groupe de travail FMC du LEEM, président de Global Alliance for Medical Education, et membre du Rome group on CPD/CME supporté par ISSF (International Symposia Serono Foundation ). O Chabot est employé par Elsevier-Masson.


Remerciements

à Aurélie Arnaud, Virginie Bidault et Nathalie Derozier qui ont apporté des commentaires lors de la préparation de cet article.


Matriel complémentaire

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Références

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