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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 32, n° 10
pages 735-741 (décembre 2009)
Doi : 10.1016/j.jfo.2009.10.015
Received : 28 May 2009 ;  accepted : 15 October 2009
Dépistage de la rétinopathie diabétique par télémédecine en utilisant des rétinophotographies non mydriatiques dans un groupe hospitalier du Nord-Pas-de-Calais
Screening for diabetic retinopathy using a three-field digital nonmydriatic fundus camera in the North of France
 

T.H.C. Tran a, , J. Rahmoun a, A.A. Hui Bon Hoa a, F. Denimal a, F. Delecourt b, E. Jean Jean b, G. Forzy c
a Service d’ophtalmologie, Hôpital Saint Vincent de Paul, Groupe hospitalier de l’institut catholique de Lille, Lille, France 
b Service de diabétologie, Hôpital Saint Philibert, Groupe hospitalier de l’institut catholique de Lille, Lille, France 
c Université catholique de Lille, Lille, France 

Auteur correspondant. Service d’ophtalmologie, Hôpital catholique Saint Vincent de Paul, Boulevard Belfort, BP 387, 59020 Lille Cedex.
Résumé
Objectif

Le but de l’étude était d’évaluer l’intérêt du dépistage de la rétinopathie diabétique chez les patients diabétiques suivis dans un groupe hospitalier en utilisant les photographies du fond d’œil transmises par télémédecine.

Patients et méthodes

Les patients suivis dans le service de diabétologie à l’hôpital Saint Philibert ont été dépistés consécutivement entre mars 2007 à septembre 2008. Trois rétinophotographies par œil, sans dilatation pupillaire préalable, réalisées par l’infirmière à partir d’une caméra non mydriatique ont été envoyées dans le service d’ophtalmologie de l’Hôpital Saint Vincent de Paul par intranet, pour l’interprétation.

Résultats

Au total, 1147 cas (52 % d’hommes, 48 % de femmes) ont été étudiés. L’âge moyen était de 60 ans (19-92 ans). La majorité des patients présentait un diabète de type 2 (94 %). La valeur moyenne d’HbA1c (obtenu chez tous les patients) était à 8 %. Une microalbuminurie était présente chez 239 patients (20,8 %). Cinq cent vingt et un patients (45 %) n’avaient jamais consulté d’ophtalmologiste dans leur vie. Les rétinophotographies n’étaient pas interprétables pour au moins un œil dans 160 cas (14 %). Parmi les examens interprétables, une rétinopathie diabétique a été dépistée dans au moins œil dans 187 cas (19 %) et une maculopathie diabétique dans 67 cas (3,8 %). Pendant la durée de l’étude, 107 patients ont bénéficié d’un double dépistage (rétinophotographies et fond d’œil). La concordance entre deux lecteurs indépendants était de 0,97. Au décours de ce dépistage, 347 patients (30 %) ont été adressés aux ophtalmologistes en raison d’un examen non interprétable ou d’une rétinopathie diabétique dépistée.

Conclusion

Cette étude confirme la validité de la méthode de dépistage par rétinophotographies non mydriatiques transmises par télémédecine. Cette technique alternative de dépistage permet d’augmenter l’offre de soins en ophtalmologie au sein d’un groupe hospitalier. La qualité du dépistage et de la coordination entre les deux centres doit être assurée afin d’améliorer le suivi des patients dépistés.

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Summary
Purpose

To evaluate screening for diabetic retinopathy, using three-field nonmydriatic fundus photography, combined with telemedicine, in two hospitals.

Methods

Patients from the Endocrinology Department of Saint Philibert Hospital were screened consecutively from March 2007 to September 2008. Three 45° digital images per eye examination were taken using a nonmydriatic fundus camera and sent by intranet to the Department of Ophthalmology of Saint Vincent de Paul Hospital for grading by two ophthalmologists.

Results

A total of 1147 patients (52% males, 48% females) were screened. The mean age was 60 years (range, 19–92 years). Most patients had type 2 diabetes (n= 1000; 90%). The mean HbA1c was 8%. Microalbuminuria was detected in 239 patients (20.8%). Of these 1147 patients, 521 (45%) said they had never had a fundus examination before. Fundus photography of at least one eye could not be graded in 160 patients (14%). Diabetic retinopathy was detected in 187 patients (19%). Suspected macular edema (hard exudates within one disc diameter of the macular center) was found in 38 patients (3.8%). Referral to an ophthalmologist was required in 347 patients (30%) for diabetic retinopathy and unreadable photographs. During the period of the study, 107 patients had both three-field nonmydriatic photography and dilated funduscopy, which was used as reference. Agreement between the two readers was 0.97.

Conclusions

Nonmydriatic photography combined with telemedicine is useful for screening for diabetic retinopathy and identifies patients requiring further complete eye examination. Good collaboration between the two centers is required to improve the follow-up after screening in the future.

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Mots clés : Rétinopathie diabétique, Rétinophotographies non mydriatiques, Dépistage, Télémédecine

Keywords : Diabetic retinopathy, Screening, Fundus photography, Telemedicine


Introduction

La rétinopathie diabétique est une cause importante d’altération de la fonction visuelle en France, malgré les progrès du contrôle métabolique et pressionnel, en raison d’un dépistage insuffisant. Selon la CNAMTS (Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés), seulement 50 % de patients diabétiques ont consulté un ophtalmologiste dans l’année précédente [1], ce qui est confirmé par l’étude ENTRED 2001-2003 [2], alors que l’Association de la langue française pour l’étude du diabète et des maladies métaboliques (Alfediam) et l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en Santé (Anaes) recommandent un dépistage ophtalmologique annuel après le diagnostic du diabète. Les raisons d’un dépistage insuffisant sont multiples : sensibilisation insuffisante des patients diabétiques, difficultés d’accès aux soins, démographie ophtalmologique hétérogène selon les régions.

L’utilisation de rétinophotographe non mydriatique pour le dépistage de la rétinopathie diabétique est une pratique très utilisée en Écosse (www.scotland.gov.uk/) et en Grande Bretagne (www.nscretinopathy.org.uk/). En France, plusieurs projets de dépistage ont été menés, notamment par l’OPHDIAT en Île-de-France [3, 4, 5, 6], les réseaux dépistage du Nord-Pas-de-Calais [7], le réseau itinérant en Bourgogne [8]. De nombreux réseaux de diabète en ville ont élaboré un dépistage de la rétinopathie à l’aide du rétinographe non mydriatique, évalués par ANCRED (Association nationale de la coordination des réseaux diabètes, www.ancred.fr/).

Les recommandations de la haute autorité sanitaire (HAS) (www.has-sante.fr/) concernant l’acte « Interprétation des photographies du fond d’œil, suite à une rétinographie avec ou sans mydriase » sont nombreuses. Les photographies doivent être prises par du personnel formé, et des procédures d’assurance-qualité doivent être mises en place pour contrôler le pourcentage de photographies non interprétables. La compression des images ne doit pas excéder 20:1 JPEG. Les photographies doivent être lues par des ophtalmologistes formés à cet effet. Chaque lecteur doit lire les photographies d’au moins 500 patients par an. Le délai d’envoi à l’ophtalmologiste doit être inférieur à 2 mois pour les patients ayant une rétinopathie diabétique non proliférante, modérée ou sévère ou une maculopathie, et inférieur à 2 semaines, pour une rétinopathie diabétique proliférante.

Le dépistage de la rétinopathie diabétique par photographie du fond d’œil est idéal à utiliser dans le Nord-Pas-de-Calais puisque le taux de pauvreté y est élevé (selon l’Institut National de la Statistique et des études économiques, rapport N° 1162, 2007) et les ophtalmologistes y sont peu nombreux. Selon les études de la CNAMTS, la région compte seulement cinq ophtalmologistes (quatre libéraux et un hospitalier) pour 100 000 habitants [1]. Le nombre croissant de patients diabétiques à prendre en charge, la difficulté pour l’endocrinologue d’obtenir le fond d’œil annuel recommandé, le faible nombre d’ophtalmologistes disponibles dans notre groupe hospitalier et la distance physique entre les deux hôpitaux ont conduit à mettre en place un dépistage de la rétinopathie diabétique par télémédecine.

Nous décrivons dans cet article les résultats de ce dépistage systématique mené pendant 18 mois et les comparons aux résultats publiés en France.

Patients et méthodes
Patients

Les patients hospitalisés à l’hôpital de jour de Saint Philibert pour un bilan de diabète ont été dépistés consécutivement de mars 2007 à septembre 2008. Seuls les patients diabétiques n’ayant jamais eu d’examen de dépistage (fond d’œil ou rétinophotographies) ou chez qui le dépistage datait depuis plus de 6 mois, ont été inclus.

Organisation au niveau du service de diabétologie

La réalisation des rétinophotographies a été effectuée à partir d’une caméra non mydriatique (modèle CR-GDI, Canon, Tokyo, Japon). Les rétinophotographies ont été réalisées par un pool de quatre infirmières de l’hôpital de jour. Ces infirmières ont bénéficié de deux demi-journées de formation théorique et deux demi-journées de formation pratique. Les infirmières remplissaient la partie « demande d’interprétation » de la fiche de liaison comprenant les éléments suivants : l’identification du patient, la date de naissance, le type de diabète, existence d’un ophtalmologiste traitant, l’HbA1c, la microalbuminurie, la date de la réalisation des photographies et le nom de la personne les réalisant (Figure 1). Chaque patient a eu trois photographies du fond d’œil (pôle postérieur, champs nasal et temporal) par œil. Les prises ont été effectuées en fin de la matinée ou dans l’après-midi, en fonction des autres examens prévus dans le bilan. Aucune dilatation pupillaire n’a été réalisée puisque la plupart des patients devaient conduire pour rentrer chez eux après le bilan. La fiche de liaison et les photographies ont été adressées par intranet aux ophtalmologistes du service d’ophtalmologie de l’hôpital Saint Vincent de Paul.



Figure 1


Figure 1. 

Exemple d’une fiche de liaison entre l’équipe de l’hôpital de jour et l’équipe d’ophtalmologie.

Zoom

Organisation au niveau du service d’ophtalmologie

Les photographies du fond d’œil ont été interprétées par deux ophtalmologistes du service. La gradation de la rétinopathie diabétique définie par l’ALFEDIAM était utilisée [9]. Les lecteurs recherchaient l’existence ou non d’un œdème maculaire selon la présence d’exsudats sur la photographie du pôle postérieur. D’autres anomalies du fond d’œil (maculaire, papillaire ou vasculaire) étaient également recherchées. La date d’interprétation et le nom du lecteur étaient précisés dans la fiche de liaison.

Suivi après le dépistage

En présence de signes de rétinopathie diabétique ou en cas de rétinophotographie non interprétable, le patient était réadressé à son ophtalmologiste habituel. En l’absence d’ophtalmologiste traitant et lorsqu’une rétinopathie diabétique non proliférante minime ou modérée a été dépistée, le patient était invité à prendre rendez-vous avec un ophtalmologiste de leur choix, ou le service d’ophtalmologiste le cas échéant. En cas de rétinopathie avec menace visuelle (rétinopathie non proliférante sévère, proliférante, décollement de rétine) ou de pathologie oculaire non liée au diabète nécessitant une prise en charge rapide (dégénérescence maculaire liée à l’âge, occlusion veineuse), le service d’ophtalmologie fixait un rendez-vous notifié sur la fiche d’interprétation et le communiquait par téléphone à l’hôpital de jour pour faire venir le patient dans le délai nécessaire. Chaque patient ainsi que leur médecin traitant recevaient le compte rendu de l’hôpital de jour précisant le statut ophtalmologique. Le rapport de dépistage a été également remis au patient afin de faciliter le relais par l’ophtalmologiste libéral.

Analyse statistique

Les données ont été collectées dans un fichier Excel (Microsoft, Redmond, États-Unis) et analysés avec le logiciel SPSS (Chicago, États-Unis). Pour la partie descriptive, les moyennes, les écarts types et les pourcentages ont été calculés. La comparaison de moyennes entre les groupes a été effectuée par le test Student. La prévalence de rétinopathie diabétique entre les groupes a été comparée avec le test Chi-2. La relation entre l’hémoglobine glycosylée et le stade de la rétinopathie diabétique a été étudiée par le test de corrélation non paramétrique. La concordance entre deux lecteurs a été mesurée par le coefficient kappa.

Résultats

Les résultats sont résumés dans les Tableau 1, Tableau 2.

Caractéristique de la population diabétique étudiée

Au total, 1147 cas ont été dépistés de mars 2007 à septembre 2008. L’âge moyen était de 60±13 ans (19-92 ans). Le sex-ratio était de 595 (52 %) hommes pour 552 (48 %) femmes. La majorité des patients présentait un diabète de type 2 (n=1080, 94 %). Le taux d’hémoglobine glycosylée était connu chez presque tous les patients (n=1110, 97 %). Il était de 8 % en moyenne, avec des valeurs extrêmes de 4 à 19 %. Une microalbuminurie a été détectée chez 239 patients (20,8 %). Cinq cent vingt et un patients (45 %) n’avaient jamais consulté un ophtalmologiste dans leur vie. Le reste des patients (n=626, 54,5 %) avait consulté un ophtalmologiste il y a plus de 6 mois. Aucun patient diabétique recruté n’avait été dépisté par les réseaux diabétiques du Nord-Pas-de-Calais existants.

Résultats de l’interprétation

Les rétinophotographies étaient interprétables dans 987 cas (86 %) et non interprétable dans 160 cas (14 %). Le taux de photographies non interprétables était très élevé au démarrage de dépistage, allant jusqu’à 20 % les trois premiers mois, puis a diminué à 14 % à la fin de la première année pour atteindre 10 % les six derniers mois, après une réévaluation des infirmières de l’hôpital de jour.

Une rétinopathie diabétique était présente dans 187 cas, soit 19 %, dont 12 % au stade de non proliférante minime, 5,5 % au stade de non proliférante modérée, 1,1 % au stade de non proliférante sévère et 0,4 % au stade proliférante. Une patiente présentait une rétinopathie diabétique proliférante compliquée de décollement de rétine. Une maculopathie diabétique était présente dans 3,8 % des cas. Parmi les 14 patients atteints de rétinopathie diabétique non proliférante sévère ou proliférante, nécessitant un examen ophtalmologique rapide, 8 patients n’avaient jamais consulté d’un ophtalmologiste auparavant. Dix patients (15 yeux) présentaient une rétinopathie diabétique inactivée par une photocoagulation pan-rétinienne.

Dans le groupe de patients avec une HbA1c supérieure à 9 % (n=221), la prévalence de la rétinopathie est de 27 % (n=60) alors que dans le sous-groupe avec une HbA1c inférieure à 7 % (n=294), la prévalence de la rétinopathie diabétique était seulement de 10 % (n=30) (p <0,001). La prévalence de la rétinopathie diabétique dans le groupe n’ayant jamais consulté un ophtalmologiste était similaire (18,8 %) au groupe de patients déjà suivis par un ophtalmologiste (18,7 %) (p >0,05). Une relation entre l’équilibre glycémique et le stade de la rétinopathie diabétique (Figure 2) était constatée, même si le cœfficient de corrélation était faible (r=0,14 ; p <0,01).



Figure 2


Figure 2. 

Relation entre l’hémoglobine glycosylée et le stade de la rétinopathie diabétique. Boîtes à moustaches (Box Plot) résumant l’équilibre glycémique des groupes de patients en fonction du stade de la rétinopathie diabétique. Le rectangle représente l’interquartile, partagé par la médiane. Les segments représentent les percentiles 5 et 95 (les extrémités menant jusqu’aux valeurs des 5e et 95e percentiles). Les points noirs correspondent aux valeurs situées entre 1,5 à 3 fois la longueur des Boites et les astérisques correspondent aux valeurs extrêmes.

Zoom

Parmi les pathologies oculaires non liées au diabète, nous avons retrouvé une maculopathie liée à l’âge chez 99 patients (10 %), une dégénérescence maculaire atrophique chez 6 patients (0,6 %), une membrane épirétinienne uni- ou bilatérale chez 21 patients (2 %), une atrophie du nerf optique unilatéral chez un patient, une occlusion de branche veineuse rétinienne chez 2 patients, une cicatrice de rétinochoroïdite toxoplasmique chez 3 patients.

Causes d’examens non interprétables

Les causes de photographies non interprétables étaient une cataracte (62 %), un myosis chez les patients à peau pigmentée (31 %), une myopie forte entraînant une difficulté de la mise au point (6 %). L’âge était également plus élevé dans le groupe de patients avec rétinophotographies non interprétables que le groupe de patients avec des rétinophotographies interprétables (63 ans contre 58 ans, p =0,02)

Contrôle de la qualité du dépistage et délai de réponse

Une double lecture a été réalisée dans 125 cas par deux lecteurs indépendants. Le cœfficient de concordance kappa est de 0,97.

Toutes les photographies ont été interprétées dans un délai de moins de 48 heures. Une infirmière était chargée de nous appeler en cas d’oubli quand les photographies n’avaient pas été interprétées dans le délai fixé. Le nombre de cas interprétés par chaque lecteur était de 400 cas/an, ce qui s’approche des critères de qualité imposés [10].

Suivi des patients à l’issue du dépistage

Le compte rendu a été reçu dans 100 % des cas. Il a été imprimé et remis dans le dossier du patient. La lettre de sortie réalisée par l’équipe de diabétologie reprenant les résultats du dépistage ophtalmologique a été adressée au médecin traitant et au patient avec indication du rendez-vous le cas échéant. Au total, 30 % des patients ont été adressés pour un examen ophtalmologique complet en raison de photographies non interprétables (n=160), de présence de rétinopathie diabétique (n=187). Parmi les patients avec rétinophotographies non interprétables, ou avec une rétinopathie non proliférante minime ou modérée, seuls 70 % des patients ont honoré le rendez-vous pris dans un délai de moins de 2 mois. Tous les patients avec rétinopathie diabétique non proliférante sévère ou proliférante ont été pris en charge rapidement dans un délai de moins d’un mois.

Discussion

La perte de la vision est un problème non résolu dans la prise en charge du diabète. Il est nécessaire de dépister précocement les lésions afin de commencer la photocoagulation avant la survenue des complications [11]. Le nombre de patients diabétiques ne cesse d’augmenter et va probablement doubler d’ici 2030 [12]. Cette augmentation est disproportionnelle par rapport au nombre d’ophtalmologistes en France. Selon l’étude ENTRED, « Echantillon National Témoin Représentatif des personnes diabétiques » de 2007-2010, la population diabétique est estimée à 2,4 millions en métropole et toujours en augmentation. La population des patients diabétiques est globalement plus âgée et économiquement plus désavantagée que la population générale, ce qui explique en partie leur difficulté d’accéder aux soins. Le diabète de type 2 est la forme la plus fréquente (92 %). Alors que chez ces patients les risques cardiovasculaires ont pu être diminués et que d’importantes améliorations du suivi médical entre 2001 et 2007 ont été observées, les dépistages de la rétinopathie diabétique et de la néphropathie diabétique restent encore trop peu pratiqués et ont peu progressé [13]. De ce fait, le dépistage par rétinophotographe non mydriatique combiné à la télémédecine offre des opportunités pour améliorer l’accès et la qualité de soins à la population diabétique.

La rétinopathie diabétique est habituellement dépistée par l’examen du fond d’œil en France. Actuellement, le dépistage de la rétinopathie diabétique par rétinographies combinée à la télémédecine est une alternative largement acceptée comme l’ont montré de nombreuses études [3, 4, 5, 8, 14, 15, 16]. Nous avons utilisé trois champs non mydriatiques par œil dans cette étude. La sensibilité et la spécificité ont été évaluées à 92 et 97 % respectivement pour trois clichés non mydriatiques et à 97 et 98 % avec trois clichés mydriatiques [17]. Cette technique simplifiée a été validée et démontrée reproductible [18].

Pour notre structure hospitalière, la télémédecine a de nombreux atouts. Elle permet de dépister à distance et de gagner en temps médical, puisque l’ophtalmologiste peut traiter 10 à 15 cas télétransmis en 1 heure, alors que l’examen ophtalmologique de ces cas nécessite une demi-journée [5]. La télémédecine permet de faciliter programmation des patients diabétiques hospitalisés pour le bilan puisque la rétinophotographie peut être réalisée à n’importe quel moment de la journée, ce qui permet d’accroître l’activité du service de diabétologie. La télémédecine permet par ailleurs d’utiliser au mieux l’effectif médical puisque les deux lecteurs du service se relaient pour interpréter 15 à 20 cas/semaine, soit 3 à 7 cas par jour, ce qui représente 20minutes par jour, en fonction du temps disponible. Enfin, cette organisation permet d’obtenir une réponse rapide (moins de 48 heures dans 100 % des cas) et lisible avec possibilité d’archivage et de réédition si nécessaire.

Le dépistage par rétinographe est particulièrement indiqué dans les régions dont le taux de pauvreté est élevé et le nombre d’ophtalmologiste est faible. Le délai pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmologiste est au moins de 6 mois dans le Nord-Pas-de-Calais, ce qui explique l’explosion du nombre de réseaux pour le dépistage de la rétinopathie diabétique par rétinographe non mydriatique dans les centres de soins primaires tels que des maisons de diabètes [7], lors des campagnes de dépistage itinérant [19], ou encore dans les pharmacies d’officine [20].

Selon notre étude, le nombre de patients n’ayant jamais consulté un ophtalmologiste est très élevé (45 %), ce qui constitue une des caractéristiques de la population diabétique de la région, alors que dans le réseau OPHDIAT en Île-de-France, ce taux est seulement de 30 %. De façon similaire, dans un réseau de dépistage de rétinopathie diabétique dans les pharmacies d’officine du Hainaut, 36 % de patients dépistés déclaraient n’avoir jamais eu d’examen du fond d’œil bien que le diabète était diagnostiqué depuis 10 ans en moyenne et traité pour la plupart par antidiabétiques oraux ou insuline. Ce réseau a permis de dépister 7,3 % rétinopathies auparavant ignorées.

De nombreux éléments sont nécessaires pour réaliser un plan de dépistage : administration, organisation, dépistage, classification, suivi et traitement des patients dépistés [1]. Ainsi, dans notre exemple, l’emploi d’un technicien ou d’une orthoptiste entraîné n’a pas été possible pour des raisons de coût et d’organisation. Cette situation peut expliquer en partie le taux encore élevé de photographies non interprétable, par rapport aux recommandations [10]. Les photographies du fond d’œil ont été réalisées par quatre infirmières polyvalentes dans la structure d’hôpital de jour. Des progrès ont été réalisés dans ce modèle, avec une amélioration possible du taux d’interprétation avec le temps, mais leur évolution est plus lente. Une dilatation préalable chez les sujets âgés, de coopération difficile, ou chez les patients étrangers à peau pigmentée nous a permis récemment de baisser le taux de cas non interprétables à 7,5 % récemment (résultats 2009).

La prévalence de la rétinopathie diabétique rapportée dans cette étude est similaire à celle reportée dans les centres hospitaliers tels que réseau OPHDIAT (23,4 %) [5] ou le réseau du Haut-Rhin (17,9 %) [16]. Elle est plus élevée que celle des réseaux itinérants (8,6 % à 11,5 %) [8, 19] ou dans des réseaux des centres primaires de la région (7,8 % à 13 %) [7, 20]. Cette différence est expliquée par les caractéristiques différentes des populations diabétiques dépistées ; les patients suivis à l’hôpital sont plus compliqués et plus difficiles à équilibrer alors que les patients dépistés par les réseaux itinérants sont volontaires, probablement plus soucieux de leur santé, adhérant mieux au programme de traitement, et ont un équilibre glycémique correct [8].

La qualité de l’interprétation, le délai de réponse, la quantité des photographies lues par lecteur répondent aux recommandations. La communication des résultats est bonne. Malgré les rendez-vous pris pour le patient à la sortie, 30 % des patients ne sont pas venus en consultation ophtalmologique. Dans l’avenir, nous devons réfléchir à système de rappel pour les patients négligents.

Par ailleurs, l’acte d’interprétation de rétinophotographie du fond d’œil, comme pour tout acte de télémédecine, n’est pas codifié dans la cotation de T2A alors que le nombre de centres de dépistage et de patients à dépister augmente régulièrement. Ceci constitue un frein au recrutement de lecteurs actuellement.

La photographie du fond d’œil combinée à la télémédecine a montré son intérêt dans le dépistage de la rétinopathie diabétique. Ce type de dépistage permet d’ouvrir l’accès aux soins ophtalmologiques et facilite leur prise en charge rapide. Pour notre groupe hospitalier, elle a permis d’optimiser l’organisation des services de diabétologie et d’ophtalmologie ainsi que le temps médical. Nous travaillons encore pour diminuer le nombre de clichés non interprétables et améliorer la qualité du suivi. Enfin, le dépistage ne remplace pas l’examen chez l’ophtalmologiste qui doit confirmer le stade de la rétinopathie diabétique et prendre en charge les complications oculaires liées au diabète.

Conflit d’intérêt

Les auteurs n’ont aucun intérêt financier dans cette étude.


 Communication affichée lors du 115e congrès de la Société française d’ophtalmologie en mai 2009.

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