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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 33, n° 1
pages 16-22 (janvier 2010)
Doi : 10.1016/j.jfo.2009.11.011
Received : 31 August 2009 ;  accepted : 4 November 2009
Analyse objective de la qualité de vision en fonction de l’asphéricité post-opératoire d’une chirurgie micro-incisionnelle de la cataracte
Effects of spherical aberration on objective optical quality after microincision cataract surgery
 

Y. Nochez a, , S. Majzoub a, P.-J. Pisella a, b
a Service d’Ophtalmologie, CHU Bretonneau, Tours, France 
b Faculté de médecine François Rabelais, Tours, France 

Auteur correspondant. Service d’Ophtalmologie, CHU Bretonneau, 2, boulevard Tonnellé, 37000 Tours, France.

Disponible sur Internet le xxx

Résumé
But

Étude prospective cas-témoins visant à évaluer l’influence de l’aberration sphérique (AS) résiduelle sur la qualité de vision objective des patients pseudophakes.

Patients et Méthodes

Vingt-cinq yeux consécutifs ont été divisés aléatoirement en deux groupes : 13 yeux ont reçu un implant asphérique AcriSmart 36A® générant une AS négative et 12 yeux ont reçu un implant asphérique AcriSmart 46 LC® ne compensant aucune AS. Le bilan postopératoire effectué six mois après la chirurgie micro-incisionnelle associait une analyse aberrométrique (Wavescan®, AMO, États-Unis) et une analyse objective de la qualité de vision (Objective Quality Analysis System®, Visiometrics, Espagne).

Résultats

La meilleure acuité visuelle postopératoire ne différait pas dans les deux groupes (p = 0,89). L’AS totale était moindre dans le groupe 36A® (0,075 ± 0,05μm versus 0,20 ± 0,05μm; p = 0,0002). Le groupe 36A® présentait une meilleure qualité de vision objective avec une MTF moyenne de 32,7 ± 9,6 c/deg versus 23,8 ± 8,1 c/deg pour 46LC®, p = 0,0002. Le groupe 36A® présentait une profondeur de focalisation moindre que le groupe 46LC®: respectivement 1,3 ± 0,59 et 2,27 ± 0,63 D. Dans l’ensemble de notre population, la profondeur de focalisation semblait être corrélée à l’AS (r2 = 0,405 ; p = 0,002) et avec le tréfoil (r2 = 0,53 ; p = 0,001).

Conclusion

Les implants asphériques 36A® amélioreraient la qualité de vision objective des patients avec une meilleure vision mésopique et une meilleure vision des contrastes. La réduction de l’AS semblerait induire une réduction de la profondeur de focalisation, compensé en partie par le tréfoil résiduel.

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Summary
Purpose

To assess the impact of spherical aberration (SA) on clinical ocular performance and the objective quality of vision in pseudophakic patients.

Methods

Twenty-five consecutive eyes were divided into two groups: 13 eyes received an aspherical AcriSmart 36A® intraocular lens (IOL) (Carl Zeiss Meditec, USA) generating a negative SA and 12 eyes received a zero-aberration AcriSmart 46 LC® IOL (Carl Zeiss Meditec, USA). Postoperative evaluations were conducted 6 months after 1.8-mm microincision cataract surgery and included wavefront aberration analysis (Wavescan®, AMO, USA) and objective quality of vision (Objective Quality Analysis System®, Visiometrics, Spain).

Results

Best corrected visual acuity (BCVA) was not different in the two groups (p=0.89). Total spherical aberration was significantly less with the 36A® IOL (0.075 ± 0.05μm versus 0.20 ± 0.05μm; p=0.0002). The 36A® IOL induced better objective image quality with an average MTF of 32.7±9.6 c/deg versus 23.8±8.1 c/deg with the 46LC®, p=0.0002. The 36A® IOL group had 1 D less depth of focus than the 46LC® IOL group: 1.3±0.59 and 2.27±0.63 D, respectively. For the whole population, the depth of focus appeared to be correlated with SA (r2=0.40, p=0.002) and with trefoil (r2=0.53, p=0.001).

Conclusion

Aspheric IOLs objectively improved the quality of vision with greater MTF values. Reduction of aberrations may be also be responsible for reduced depth of focus with the 36A® IOLs. However, residual trefoil aberrations may be advantageous for depth of focus.

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Mots clés : Qualité de vision, Aberration sphérique, Chirurgie de la cataracte

Keywords : Quality of vision, Spherical aberration, Surgery of the cataract


Introduction

Depuis plusieurs années, les systèmes optiques médicaux (verres correcteurs et lentilles de contact) utilisent des lentilles asphériques afin d’améliorer leur qualité optique. Une surface sphérique a une courbure constante mais un pouvoir optique plus grand à sa périphérie, provoquant une focalisation des rayons périphériques réfractés en avant de ceux réfractés au centre. Ce déphasage du front d’onde peut être compensé par l’utilisation de surface asphérique. De nombreuses études ont démontré la supériorité des implants asphériques sur les implants sphériques pour l’amélioration de la qualité de vision [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11]. La gamme des implants intra-oculaires s’est progressivement élargie incluant des implants d’asphéricité neutre puis des implants d’asphéricité négative, capables de compenser l’asphéricité positive générée par la surface cornéenne [12]. Afin de pouvoir sélectionner l’implant en fonction de sa compensation d’asphéricité et de l’asphéricité cornéenne initiale, il paraît important de préciser l’influence de l’asphéricité sur la qualité de vision après une chirurgie micro-incisionnelle de la cataracte.

De multiples études de qualité de vision ont été menées à partir de tests essentiellement subjectifs (acuité visuelle, sensibilité aux contrastes, test de qualité de vision) [9, 10, 11]. Ces tests sont néanmoins dépendants d’une certaine adaptation cérébrale et d’un processus d’apprentissage. Le but de notre étude est d’évaluer l’impact de l’asphéricité résiduelle sur les différents paramètres objectifs de qualité de vision : fonction d’étalement du point, fonction de transfert de modulation, Strehl Ratio, indice de diffusion et profondeur de focalisation.

Matériels et méthodes
Patients

L’étude a inclus 25 yeux consécutifs (15 patients) devant bénéficier d’une chirurgie de la cataracte. Ils ont été divisés aléatoirement en deux groupes : un groupe contrôle de 12 yeux (7 patients) ayant reçu un implant asphérique ne générant pas d’aberration sphérique (AcriSmart 46 LC®, Carl Zeiss Meditec, États-Unis) et un groupe de 13 yeux (8 patients) ayant reçu un implant asphérique générant une aberration sphérique négative (AcriSmart 36 A®, Carl Zeiss Meditec, États-Unis). L’âge moyen était identique entre les deux groupes (respectivement de 74,6 ± 5 ans pour les patients avec implant 46LC et de 76 ± 9,6 ans pour les patients avec implant 36A ; p = 0,77). La puissance moyenne était de 20,7 ± 2 D pour le groupe 46LC et de 22 ± 1,7 D pour le groupe 36A (p = 0,14). L’absence de toute pathologie oculaire à l’exception de la cataracte a été vérifiée avant l’intervention par un examen clinique complet associant un examen biomicroscopique, une mesure de la pression intra-oculaire et un examen de fond d’œil afin de s’assurer que seule la cataracte était responsable de la baisse d’acuité visuelle.

La procédure chirurgicale réalisée par le même opérateur était identique pour les 25 yeux et visait à générer le moins d’aberrations optiques possible [13, 14]. Pratiquée sous anesthésie topique, elle comportait deux incisions cornéennes limbiques de 1,8 mm (à 10 heures) et de 1 mm (à 2 heures), un capsulorrhexis continu de 5 mm de diamètre, une extraction cristallinienne par phakoémulsification et une implantation à l’injecteur avec contrôle du centrage de l’implant en fin d’intervention. Aucune suture de l’incision n’a été pratiquée.

Données recueillies et analyse

Le bilan préopératoire comprenait une mesure de la réfraction objective, une évaluation de la meilleure acuité visuelle avec correction (MAVC) réalisée sur une échelle ETDRS et un examen ophtalmologique. Le bilan postopératoire effectué 6 mois après la chirurgie comprenait une mesure de la réfraction objective, une évaluation de la MAVC sur échelle ETDRS, un examen ophtalmologique complet, une pupillométrie, une aberrométrie (Wavescan, Visx, USA) en ambiance mésopique sans dilatation pharmacologique après 5 minutes d’adaptation à l’obscurité. Une mesure objective de la qualité de vision était réalisée (Optical Quality Analysis System II®,Visionmetrics, Espagne). Cet instrument envoie un faisceau de lumière infrarouge (longueur d’onde 780 nm) perpendiculaire au plan irien, puis le focalise sur la fovéa du sujet par compensation des amétropies sphéro-cylindriques et recueille la lumière réfléchie après ce « double passage » dans l’œil au travers d’une surface de 4 mm. Cet appareil permet ainsi d’imager la projection rétinienne d’un point source et d’en analyser les caractéristiques (fonction d’étalement du point ou PSF) en estimant ainsi la qualité optique de l’image fournie par les dioptres oculaires, prenant en compte à la fois les aberrations optiques de l’œil et les diffusions optiques dues à des problèmes de transparence. L’analyse de la PSF était effectuée avec la meilleure correction sphéro-cylindrique grâce à un autoréfractomètre intégré. La diffusion de la lumière par le dioptre oculaire est mesurée par un index : « Objective Scatter Index » ou OSI. Plus la valeur est élevée, plus la diffusion de la lumière autour de l’image est élevée, moins bonne est la qualité de vision. Par ailleurs, la vision de loin était étudiée en compensant le défocus sphérique et en conjuguant la rétine avec un point situé à « l’infini ». Les points sont ensuite progressivement rapprochés pour estimer la profondeur de focalisation de l’œil testé [15, 16].

Cet appareil permet également la mesure de la fonction de transfert de modulation ou MTF. La MTF permet d’obtenir une analyse objective de la sensibilité aux contrastes. En effet, elle est définie par le rapport entre le contraste de l’image rétinienne et le contraste de l’objet en fonction de fréquences spatiales définies. Trois valeurs ont été recueillies. La première valeur est la « MTFcutoff » / fréquence spatiale pour laquelle l’œil étudié n’est plus capable de distinguer une bande blanche d’une bande noire. Plus cette valeur est élevée, meilleure est la vision des contrastes. La deuxième valeur est le « Strehl ratio » (SR) : rapport de pic d’intensité de lumière transmise (PSF centrale) de l’œil analysé par rapport à un modèle théorique réduit à la simple diffraction, au centre de l’axe optique. Plus le SR est élevé, meilleure est la qualité de vision. La troisième valeur est celle d’acuité visuelle pour des objets de 20 % et de 9 % de contraste. Les valeurs sont normalisées à une base de données de sujets normaux. Des valeurs au-delà de 1 (jusqu’à 1,2) témoignent d’une excellente qualité de vision.

Tous les bilans ont été effectués par le même praticien qui était différent du chirurgien et qui n’était pas informé du groupe auquel appartenait chaque patient. Tous les résultats ont été présentés en moyenne ± déviation standard. Le calcul des moyennes d’acuité visuelle décimale a été effectué après conversion logarithmique. L’analyse aberrométrique a été effectuée en tenant compte du signe des aberrations et sur des données rapportées à un diamètre pupillaire de 5 mm. Étant donné l’effectif des deux groupes et de la distribution des patients, les données quantitatives ont été analysées par l’intermédiaire des tests non-paramétriques de Mann Whitney (StatView 5, SAS Institute Inc.). Une probabilité inférieure à 0,05 était retenue comme significative.

Résultats
Acuité visuelle et aberrométrie

Les résultats réfractifs étaient respectivement pour les groupes 46LC vs 36A : 0,07 ± 0,84 D vs 0,15 ± 0,71 D pour la sphère (p = 0,78) et –0,59 ± 0,51 D vs –0,90 ± 0,62 D pour le cylindre (p = 0,19). La MAVC de loin ne différait pas significativement dans les deux groupes (–0,01 ± 0,06 logMAR vs –0,015 ± 0,05 logMAR, respectivement pour 46LC et 36A; p = 0,89). La totalité des patients de chaque groupe présentait une MAVC de près égale à Parinaud 1,5. En ambiance mésopique sans dilatation pharmacologique, le groupe 46LC présentait une pupille dont le diamètre moyen était de 5,11 ± 0,6 mm versus 5,09 ± 1 mm pour le groupe 36A (p = 0,96).

Rapportée à un diamètre pupillaire de 5 mm, l’évaluation postopératoire des aberrations optiques d’ordre élevé n’a pas montré de différence entre les deux groupes concernant le RMS (0,314 ± 0,10 μm pour le groupe 46LC versus 0,318 ± 0,20 μm pour le groupe 36A (p = 0,95). Après décomposition en polynômes de Zernike, les aberrations de 3e ordre ne différaient pas dans les deux groupes qu’il s’agisse de la coma (Z3 1 = 0,113 ± 0,06 μm versus 0,174 ± 0,15 μm, p = 0,23) ou bien du trefoil (Z3 3 = 0,19 ± 0,07 μm versus 0,16 ± 0,13 μm, p = 0,55). En revanche, concernant le 4e ordre, l’aberration sphérique était voisine de 0 dans le groupe 36A, et significativement inférieure à celle du groupe 46LC (respectivement égale à 0,075 ± 0,05 μm et 0,20 ± 0,05 μm, p = 0,0002).

Analyse objective de la qualité de vision

Alors que la MAVC ne différait pas entre les deux groupes, l’acuité visuelle maximale prédite en fonction des aberrations optiques et de la diffusion oculaire, pour des objets de contraste de 20 % et de 9 % était meilleure dans le groupe 36A dont l’aberration sphérique résiduelle est la plus proche de zéro (Tableau 1).

La vision des contrastes de l’image rétinienne pour les différentes fréquences spatiales était meilleure dans le groupe 36A que dans le groupe 46LC avec une fréquence spatiale de réduction de contrastes (MTFcutoff) plus élevée (Tableau 1). Cette différence intègre à la fois les phénomènes de diffusion optique et les aberrations optiques de haut degré. Or, l’indice de diffusion était identique entre deux groupes avec un index à 2,01 ± 0,86 pour le groupe 36A et à 1,68 ± 0,5 pour le groupe 46LC (p = 0,31). La différence de MTF dans notre population ne semble donc pas due aux phénomènes de diffusion mais serait effectivement liée notamment aux différences d’aberrations optiques. D’ailleurs, la valeur de la MTF était directement corrélée au tréfoil (r2 = 0,43 avec p = 0,001) et à l’aberration sphérique résiduelle (r2 = 0,44 avec p = 0,003) (Figure 1A et 1B). Nous pouvons remarquer qu’elle n’était pas corrélée aux valeurs des aberrations de second ordre (Z20 et Z22 ) (respectivement p = 0,16 et 0,66), aux valeurs de coma (r2 = 0,074 avec p = 0,53) et aux autres valeurs d’aberraion du 4e et du 5e ordre (p > 0,05). Il semble logique que la MTF ne soit pas corrélée au Z20 et au Z22 car l’OQAS compense ces aberrations au cours du processus d’analyse.



Figure 1


Figure 1. 

Corrélation de la MTFcutoff avec les aberrations totales oculaires : la sensibilité aux contrastes s’améliore avec la diminution des valeurs moyennes d’aberration sphérique (A) ou de tréfoil résiduel (B).

(A : MTFcutoff est directement positivement corrélée à l’aberration sphérique résiduelle (r2 = 0,44 avec p = 0,003, B : MTFcutoff est directement positivement corrélée avec le tréfoil résiduel : r2 = 0,43 avec p = 0,001).

Zoom

Enfin, la profondeur de focalisation objective résiduelle était moindre dans le groupe 36A par rapport au groupe 46LC (respectivement de 1,3 ± 0,59 versus 2,27 ± 0,63 D). Pour l’ensemble de notre population, la profondeur de focalisation mesurée était corrélée aux valeurs de Z20 , de tréfoil (Figure 2A) et d’aberration sphérique (Figure 2B) avec un coefficient de corrélation positif respectivement de 0,31 (p = 0,014), de 0,53 (p = 0,001) et de 0,405 (p = 0,002). En revanche, elle n’était pas corrélée aux valeurs d’astigmatisme de 2e ordre, et de coma avec un coefficient de corrélation r2 respectivement à 0,001 (p = 0,95) et à 0,003 (p = 0,87) (Figure 2C). Elle n’était pas non plus corrélée aux autres valeurs d’aberration du 4e et du 5e ordre (p > 0,05).



Figure 2


Figure 2. 

Corrélation entre la profondeur de focalisation et les aberrations oculaires résiduelles (A). La profondeur de focalisation augmente avec la valeur de l’aberration sphérique résiduelle (r2 = 0,405 avec p = 0,002. (B) La profondeur de focalisation augmente avec la valeur du tréfoil résiduel : r2 = 0,53 avec p = 0,003. (C) La profondeur de focalisation n’est pas corrélée avec la valeur de la coma : r2 = 0,003 avec p = 0,87.

Zoom

Discussion

Depuis l’avènement des implants asphériques, les résultats en terme de meilleure qualité de vision entre implants asphériques et implants sphériques sont controversés. En effet, bien que les analyses aberrométriques aient prouvé et validé le concept d’asphéricité [5], certaines études cliniques sont en faveur des implants asphériques [2, 3, 5, 9, 10, 11], d’autres ne trouvent aucune différence [17]. Une récente revue de la littérature met en évidence la grande variabilité des résultats entre les différentes études [18]. Les principales raisons évoquées sont le diamètre pupillaire variable entre les études (un diamètre petit inférieur à 5 mm réduit l’impact des aberrations sphériques sur la qualité de vision), les différents tests subjectifs de qualité de vie et de vision, et la méthodologie des études confondant comparaison inter-individuelle et comparaison des implants.

Avec la mesure de la qualité de vision objective, nous disposons désormais d’outils pouvant s’affranchir de la plasticité cérébrale, de l’adaptation subjective aux aberrations oculaires, et de l’apprentissage inhérent aux différents tests de sensibilité aux contrastes. Même si l’analyse objective s’affranchit du traitement nerveux et cortical de l’information visuelle, il ne faut pas oublier que le patient ne s’en affranchit pas. Les analyses subjectives de qualité de vision ont donc bien sûr encore tout leur intérêt [9, 10]. Le nouveau système d’analyse OQAS a tout son intérêt au sein d’une population de patients pseudophaques implantés avec des optiques asphériques, dans le but implicite de mieux définir les critères d’indication de ces implants. De plus, cet outil nous permet de discriminer les différents paramètres entrant en jeu dans la qualité de vision subjective : la réfraction sphéro-cylindrique (toujours compensée par le système de mesure), les aberrations optiques totales, les phénomènes de diffraction et de diffusion de lumière. Par ailleurs, en utilisant deux implants d’une même gamme, de même matériau et de même indice de diffusion théorique, nous évitons un biais majeur. Seul diffère la géométrie asphérique des surfaces optiques : l’une (celle de l’implant 46LC) ne génère aucune aberration sphérique, l’autre (celle de l’implant 36A) génère une aberration sphérique négative théorique de –0,18 μm capable de compenser en partie l’aberration sphérique positive cornéenne. Enfin, il est important de préciser que nos deux groupes différaient uniquement sur l’aberration sphérique finale, et non sur les autres aberrations du 2e au 4e ordre (en particulier, le defocus Z20 , l’astigmatisme de 2e ordre Z22 , la coma ou le tréfoil). Par ailleurs, nous avons pris soin de vérifier l’absence d’opacité dans les différents milieux transparents de l’œil (ni opacité capsulaires postérieure, ni anomalies vitréennes ou pré-rétiniennes). Même si l’indice de diffusion n’était pas différent entre les deux groupes, l’écart-type était large (de 0,5 à 0,86) en raison d’une possible variation infraclinique entre les différentes capsules postérieures ou selon la qualité du corps vitré plus ou moins dense et fibrillaire. Les aberrations cornéennes ont également été mesurées en préopératoire et comparées pour exclure toute différence en terme d’aberrations de surface entre les deux groupes.

Le but de notre étude était de valider une mesure objective de qualité de vision entre ces deux implants afin de déterminer l’aberration sphérique résiduelle adéquate pour des performances visuelles optimales, partagées entre meilleure vision de contrastes et conservation de la profondeur de focalisation notamment. Il s’agit à notre connaissance, de la première analyse de qualité de vision objective entre deux implants asphériques.

Dans notre série, l’implant asphérique 36A® était en effet plus apte à réduire l’aberration sphérique oculaire totale sans toutefois modifier les autres aberrations de haut ordre (tréfoil et coma). Même si les deux groupes ne montraient aucune différence significative pour l’acuité visuelle finale, il existait une corrélation négative entre la quantité d’aberration sphérique résiduelle et la sensibilité aux contrastes. Ceci confirme les études subjectives de supériorité des implants asphériques sur la vision mésopique des contrastes [4, 6, 7, 9, 10, 11]. En revanche, la possibilité de quantifier la vision des contrastes par un index objectif (MTFcutoff) donne un outil permettant de déterminer la meilleure aberration sphérique résiduelle. En effet, même si Beiko, et al. ont formulé l’hypothèse qu’une aberration sphérique résiduelle de +0,10 μm était le meilleur compromis entre qualité de vision photopique et mésopique [19], nous ne disposons pas encore de preuves formelles. Dans notre série, les patients obtenant la meilleure MTF étaient ceux présentant une aberration sphérique résiduelle la plus proche de 0 (Figure 1A). Il est à noter que la MTF était également corrélée aux valeurs de tréfoil résiduel et non à celles du coma. Ceci pourrait impliquer que les patients présentant une majorité de tréfoil cornéen préopératoire par rapport au coma pourraient bénéficier préférentiellement d’un implant asphérique négatif afin de gagner en qualité de vision. L’analyse de la distribution des aberrations d’ordre élevé semble en tout cas avoir tout son intérêt pour envisager les indications opératoires d’un implant asphérique au-delà de la seule analyse de l’AS.

Enfin, notre série a confirmé l’effet négatif de la compensation de l’aberration sphérique sur la profondeur de focalisation objective [20]. Bien sûr, les aberrations d’ordre élevé ne sont pas les seuls facteurs influençant la profondeur de focalisation. Des facteurs extrinsèques (accroissement de la luminance du test, fort contraste, ou faible fréquence spatiale de la cible) augmentent la profondeur de focalisation. Le test utilisé était identique chez tous les patients. Des facteurs intrinsèques comme l’acuité visuelle, la réfraction (myopie) ou le diamètre pupillaire sont également capables de modifier cette mesure. Néanmoins, ces trois facteurs étaient comparables entre les deux groupes étudiés. Rocha et al. [8] retrouvaient une corrélation positive entre aberration sphérique et profondeur de focalisation. Holladay et al. [21] n’excluaient pas la possibilité d’une aberration résiduelle négative pour les patients presbytes voulant s’affranchir d’une addition trop importante pour la vision de près. En revanche, comme il est suggéré dans notre étude, l’aberration sphérique n’était pas la seule aberration à influencer la profondeur de focalisation. Notre étude a permis de réaliser des régressions multiples et d’apprécier l’influence de chaque aberration sur la qualité de l’image et sur la profondeur de focalisation. Le tréfoil semblait avoir autant de poids que l’aberration sphérique sur la profondeur de focalisation (Figure 2A et 2B). Par ailleurs, dans notre série, parmi toutes les autres aberrations de haut ordre, seul le defocus Z20 était faiblement corrélé à la profondeur de focalisation. En réalité, les précédentes études publiées sur l’influence des aberrations oculaires sur cette profondeur de champ n’envisageaient que les aberrations de 3e ordre. Oshika et al . [22] montraient que le taux d’aberrations de 3e ordre, dans leur ensemble, augmentait la profondeur de focalisation. Au total, les patients présentant une majorité de tréfoil cornéen pourraient préférentiellement bénéficier d’un implant asphérique négatif sans ressentir l’effet négatif de cet implant sur leur profondeur de focalisation. Au contraire, chez un patient n’ayant aucun tréfoil cornéen, la compensation totale de leur AS cornéenne par une optique asphérique pourrait réduire leur profondeur de focalisation en pénalisant leur confort visuel de près. Dans un futur proche, l’AS cible sera probablement déterminée en fonction de l’objectif visuel recherché, des habitudes et des attentes des patients mais également en fonction du profil aberrométrique complet. En effet, les autres aberrations de 3e ordre, comme le coma ou le tréfoil conditionnent également la tolérance à la défocalisation et semblent également contribuer à la flexibilité et à l’adaptation du système optique oculaire. L’optique adaptative commence à nous apprendre les bénéfices et les contributions respectives de chaque aberration de haut ordre.

Conclusion

Cette étude objective de qualité de vision démontre la supériorité de l’implant asphérique 36A® sur l’implant asphérique neutre 46LC® sur la vision des contrastes en condition mésopique (principalement utilisée lors de la conduite nocturne). Elle précise également le bénéfice d’une aberration sphérique résiduelle afin de conserver une profondeur de focalisation. Dans la pratique clinique, les patients sollicitant leur vision mésopique semblent devoir bénéficier d’un implant asphérique négatif particulièrement si leur diamètre pupillaire est élevé, si leur cornée possède une aberration sphérique et un tréfoil préopératoire. Les patients présentant une faible valeur de tréfoil préopératoire devraient plutôt bénéficier d’un implant asphérique neutre pour conserver une bonne profondeur de focalisation, en particulier si l’aberration sphérique cornéenne préopératoire est inférieure à 0,20 μm.

Pour conclure, l’étude objective standardisée de la qualité de vision devrait, à terme, permettre de déterminer l’aberration sphérique idéale pour chaque patient en prenant en compte les exigences visuelles, les aberrations cornéennes préopératoires et la gamme des implants asphériques existant sur le marché, sans pour autant s’affranchir des tests subjectifs de qualité de vision et des questionnaires de qualité de vision, seuls outils capables d’évaluer qualité de vision ressentie par le patient. D’ailleurs, le développement de l’optique adaptative devrait pouvoir coupler l’analyse subjective de qualité de vision avec une mesure objective des aberrations oculaires totales et ainsi, nous en apprendre un peu plus sur la contribution respective de chaque aberration d’ordre élevé.

Conflit d’intérêt

Il n’existe aucun lien financier pouvant être à l’origine d’un conflit d’intérêt.

Références

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