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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 33, n° 1
pages 44-49 (janvier 2010)
Doi : 10.1016/j.jfo.2009.10.017
Received : 8 September 2008 ;  accepted : 13 September 2009
Prévention des traumatismes oculaires professionnels (Genève, Suisse)
Preventing occupational eye trauma (Geneva, Switzerland)
 

C. Emole Ngondi a, , P. Chastonay b, A. Dosso c
a Permanence médico-chirurgicale du Rond Point de Plainpalais, Genève, Suisse 
b Institut de médecine sociale et préventive, Université de Genève, Suisse 
c Clinique d’ophtalmologie, Hôpitaux Universitaires de Genève - HUG, Genève, Suisse 

Auteur correspondant. Permanence médico-chirurgicale du Rond Point de Plainpalais, 17-19, rue de Carouge, 1205 Genève, Suisse.
Résumé
Introduction

Les accidents oculaires professionnels provoquent des lésions aux conséquences socio - professionnelles, médico-légales, et économiques souvent graves, non seulement pour les intéressés mais aussi pour les entreprises. La fréquence des accidents oculaires professionnels reste relativement élevée si l’on considère la facilité de protection des yeux. Dans ce travail nous avons recherché les raisons de la persistance de ces accidents malgré les progrès effectués en matière de prévention.

Matériel et Méthode

De janvier à juillet 2005, nous avons analysé les paramètres liés à 175 accidents oculaires professionnels. Tous les patients ont été recrutés dans le service des urgences de la clinique d’ophtalmologie des Hôpitaux Universitaires de Genève. Une enquête sur le terrain, au sein des entreprises, a été nécessaire pour compléter la collecte des données.

Résultats

Les employés du bâtiment étaient les plus exposés (41,1 %). L’activité la plus à risque était le meulage (19,4 %). La structure de l’œil la plus affectée était la cornée (84 %). 72,6 % de patients n’étaient pas équipés de protection oculaire au moment de l’accident ; 17,4 % en portaient, mais elles n’étaient pas adaptées. Les raisons en étaient multiples : négligence, défaut de sensibilisation, etc. En général, les responsabilités étaient partagées entre les employeurs, les employés et la législation en vigueur.

Discussion

Les résultats de cette étude sont comparables à ceux retrouvés dans la littérature, avec des particularités, dues à la faible représentativité en industrie lourde. L’analyse de la loi sur la prévention des accidents professionnels montre que le travailleur n’est pas suffisamment responsabilisé. Nous insistons comme cela a été fait dans certaines études sur l’importance des examens ophtalmologiques préventifs, l’amélioration des conditions de travail et le perfectionnement des stratégies de sensibilisation en entreprise.

Conclusion

La prévention primaire doit être renforcée. La multiplication des campagnes d’information de proximité au sein des entreprises et la révision de la loi sur le travail concernant les obligations des travailleurs sont quelques-unes des recommandations que nous proposons pour améliorer la stratégie de lutte contre la persistance des accidents oculaires au travail.

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Summary
Introduction

Occupational eye trauma causes injuries with often serious socioprofessional, medical-legal, and economic consequences, not only for workers themselves, but also for employers. In spite of today’s legislation and the efforts to encourage prevention, the frequency of occupational ocular accidents remains relatively high despite how easy it is to protect the eyes. In this study, the reasons that these accidents persist despite the progress made in preventive measures was investigated.

Material and methods

From January to July 2005, we analyzed the parameters related to 175 occupational eye injuries. All patients agreed to take part in this study, which was carried out in the emergency unit of the Ophthalmology Clinic at Geneva University Hospital. Additional data was collected in companies.

Results

Construction workers were the most exposed (41.1%). The activity with the greatest risk was grinding (19.4%). The most affected structure of the eye was the cornea (84%), 72.6% patients were not equipped with ocular protection at the time of the accident, and 17.4% wore poorly adapted eye protection. This can be explained by negligence, lack of awareness, etc. Overall, workers, employers, and the legislation in force are all responsible.

Discussion

Our results are comparable with those found in the literature, with certain particularities because heavy industry was underrepresented in our sample. Analysis of the law on the prevention of occupational accidents and diseases shows that the worker is not sufficiently aware of his responsibilities. To our knowledge, the legal aspects treated herein have not been studied. As done in certain studies, we emphasize the importance of preventive ophthalmologic examinations as well as improvement of both working conditions and worker awareness in the workplace.

Recommendations and Conclusions

Primary prevention must be reinforced. Information campaigns within the workplace aimed at workers and revision of the laws on occupational safety are some of the recommendations that are proposed to control occupational ocular accidents.

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Mots clés : Prévention, Traumatisme oculaire, Professionnel

Keywords : Prevention, Eye trauma, Professional


Introduction

Les traumatismes oculaires occupent une place importante dans les urgences ophtalmologiques [1, 2]. Les données de la littérature montrent que les accidents oculaires professionnels constituent 53 à 70 % des traumatismes oculaires globaux [3, 4, 5, 6].

Les traumatismes oculaires professionnels (TOP) présentent un caractère urgent soit en raison du type de lésions qu’ils provoquent, soit par la gêne qu’ils engendrent. La prise en charge précoce de ces patients permet de minimiser la gravité des complications et des séquelles, et leur impact socio-économique, la majorité de patients étant jeunes et de sexe masculin. La prévention primaire occupe une place de choix car des études ont montré que 90 % de ces accidents peuvent être évités [5, 7].

Malgré les efforts de prévention et l’institution légale de recommandations exigeant une protection oculaire adéquate dans les postes de travail à risque, la fréquence des accidents oculaires professionnels reste toujours relativement élevée si l’on considère la facilité de protection des yeux.

Le but principal de ce tarvail est de formuler des recommandations pratiques visant à diminuer la prévalence des traumatismes oculaires dus aux accidents professionnels. Pour ce faire, nous avons mené une enquête auprès d’un échantillon de 175 patients victimes d’accidents oculaires professionnels, afin de recueillir des informations qui nous aideraient à cibler les causes et à proposer des solutions adéquates pour la mise en place d’une prévention primaire efficace.

Patients et méthode

De janvier 2005 à juillet 2005, nous avons analysé les paramètres liés à 175 accidents oculaires professionnels. Tous les patients ont été recrutés à leur passage aux urgences de la clinique d’ophtalmologie des Hôpitaux Universitaires de Genève. Tous les patients ont consenti à participer à l’étude. Chaque patient disposait d’une fiche technique où étaient consignées les données relevant de l’examen ophtalmologique, des examens complémentaires, ainsi que les questions concernant l’identification du patient, le type d’accident, les causes et circonstances de cet accident (activité au moment de l’accident), le port ou non de l’équipement de protection individuel (EPI) au moment de l’accident, l’état de conscience de l’employé au moment de l’accident (ivresse ?), la nature de l’agent impactant, la fréquence des accidents professionnels selon le type d’activité, la durée moyenne de l’invalidité post-accidentelle au travail, le nombre de consultations, la méthode de prévention en entreprise, la sensibilisation du personnel et le coût de la prise en charge.

Tous les patients ont eu un examen ophtalmologique complet, incluant une évaluation de l’acuité visuelle avec meilleure correction possible à l’échelle de Snellen, une biomicroscopie à la lampe à fente pour examen du segment antérieur et du segment postérieur (fond d’œil à la lentille de Volk, superfield, 90 dioptries), une évaluation de la pression oculaire au tonomètre de Goldman.

Il existait des lésions qui chevauchaient sur plusieurs structures anatomiques. Elles ont parfois été statistiquement enregistrées plusieurs fois, raison pour laquelle le total des lésions ne coïncide pas nécessairement avec le total des accidentés. Cette remarque est valable pour tous les paramètres étudiés dans ce travail.

Nous avons également exploité les données statistiques de la caisse nationale Suisse d’assurance en cas d’accident : SUVA « Schweizerische UnfallVersicherungsAustalt ». Cette structure gère toute la politique suisse en matière de prévention et de prise en charge des accidents professionnels. Tous les travailleurs ont l’obligation d’y être affiliés. Ces statistiques sont donc fiables.

Résultats
Âge et sexe

Au total, 175 patients dont 168 hommes (96 %) ont été inclus dans l’étude. La moyenne d’âge était de 38,3 ans (variant entre 18 et 63 ans). Il existait une fréquence accrue des accidentés entre 40 et 49 ans.

Profession et activité au moment de l’accident

Lorsqu’on s’intéresse à la profession exercée par les patients, les employés du bâtiment ont présenté le taux d’accidentés le plus élevé : 72 patients, soit 41,1 %. Ils étaient suivis par les employés des secteurs de la métallurgie 34 cas (19,4 %) et du bois 10 cas (5,7 %) (Tableau 1).

Les postes de travail étant variés dans chaque groupe professionnel, nous avons spécifié l’activité de chaque employé au moment de survenue de l’accident. Un aperçu de la distribution des accidentés en fonction de l’activité au moment de survenue de l’accident montre que le processus conduisant le plus couramment à un accident était le meulage (19,37 % de cas). Il était suivi par toutes les tâches effectuées dans les chantiers de construction de bâtiment

Agent impactant

L’analyse de la fréquence et la nature des différents objets en rapport avec l’accident montrent que l’œil était atteint dans 92 cas (52,6 %) par des corps étrangers métalliques. Les corps étrangers telluriques et les agents chimiques (acides, produits caustiques, liquides biologiques…) occupaient la deuxième et la troisième place avec le même taux : 10,9 % de cas. Suivaient les objets projetés à l’œil qui étaient responsables souvent des traumatismes ophtalmologiques majeurs, avec 13 cas (7,4 %).

Topographie des lésions

Concernant le siège des lésions, il existait une prédominance des localisations cornéennes (84 %). Les autres localisations étaient la conjonctive bulbaire (6 %), le segment antérieur (3 %), le globe oculaire (3 %), sous-palpébrales (2 %) et palpébrales (2 %).

Type de lésion

Le type de lésion détermine le degré de sévérité de l’accident. Ainsi, étaient constatés 100 cas d’érosion cornéenne post-ablation de corps étrangers (57,1 %), 22 cas d’érosion cornéenne post-traumatique (12,6 %) et 20 cas de brûlure par des agents chimiques (11,4 %) (Tableau 2). Les lésions graves de type contusion oculaire (4,6 %), perforation oculaire (1,1 %), hémato vitré (1,7 %), œdème de Berlin (1,1 %), et décollement de rétine (0,6 %) étaient représentées en faibles proportions.

Évaluation des répercussions économiques des accidents

Les frais de guérison des accidents ont provoqué un coût total de 59 500,93 euros, avec une moyenne pour chaque patient de 340 euros.

Évaluation des moyens et méthodes de prévention dans les entreprises

Nous avons enregistré un taux élevé de sensibilisation puisque 94,3 % des patients avaient reçu une information sur la prévention oculaire au travail.

Les équipements de protection individuelle (EPI) constituent le moyen de protection le plus utilisé en entreprise. Nous avons noté leur disponibilité dans 94,3 % de cas. Il en existe plusieurs modèles : des lunettes de protection légère aux lunettes de protection fermées en passant par les masques et les visières. Ces protections doivent être conformes aux critères de base établis par la Loi fédérale sur la sécurité d’installations et d’appareils techniques (LSIT). La Suva facilite l’acquisition du matériel de bonne qualité. L’enquête sur la conformité des EPI utilisés par les patients accidentés à la LSIT a montré cependant que dans seuls 62,8 % des cas, les EPI étaient conformes. Nous n’avons par ailleurs noté aucun cas d’EPI avec correction individuelle incorporée.

Trois quarts de patients (72,6 %) n’étaient pas équipés de protection oculaire au moment de la survenue de l’accident.

Nous avons effectué au cours de notre étude deux descentes en entreprise (menuiserie et serrurerie) qui nous ont permis de confirmer ces résultats. En effet, au cours de chacune d’elle nous avons surpris des ouvriers à l’œuvre sans EPI. Il n’existait aucune mesure de protection organisationnelle, ni technique dans les ateliers. Les EPI dont la disponibilité sur chaque exploitation est préconisée, étaient rangés à distance des postes de travail.

Les principales raisons pour lesquelles les traumatismes oculaires professionnels surviennent encore sont présentées dans le Tableau 3.

Discussion

Dans une large étude prospective incluant 5 671 patients avec traumatismes oculaires réalisée en 1989, MacEwen et al. [5] ont rapporté 69,9 % de cas de traumatismes oculaires professionels. Les cas sévères ayant nécessité une hospitalisation représentent quant à eux 13,7 % des cas pour McEwen [5] et 15,4 % des cas pour Canavan et al. [8]. Enfin, Parver et al. [9] ont signalé dans leur série de traumatismes oculaires 21,3 % de cas de traumatismes oculaires professionnels aux États-Unis en 1993. Dans une étude récente réalisée par la Suva en Suisse, on parle d’un taux de 12,6 % [10]. Cette disparité des résultats, quoi qu’elle rende compte de l’évolution favorable des statistiques au cours du temps, montre bien que la comparaison n’est pas aisée. On note en effet des différences au niveau de la taille des échantillons, des objectifs et des spécificités de chaque étude. Il conviendrait d’analyser ces différences dans une étude ultérieure. Même si les résultats statistiques sont encourageants, les accidents oculaires professionnels sont à l’origine de lésions aux conséquences socio-professionnelle, médico-légale, et économique souvent graves, non seulement pour les intéressés mais aussi pour les entreprises.

Les patients dans notre étude sont jeunes ; les plus concernés étaient âgés entre 40 et 49 ans, ce qui correspond à l’âge où les travailleurs manifestent soit un défaut de motivation, soit un excès d’assurance responsable d’une diminution de vigilance ou de concentration au travail.

Selon que l’étude s’intéresse aux traumatismes oculaires mineurs (érosion cornéenne) et /ou aux traumatismes oculaires majeurs (les autres lésions), les secteurs professionnels de la métallurgie [4], de l’industrie [7] ou de la construction [11, 12] sont les plus pourvoyeurs d’accidents oculaires. Les résultats de notre étude confirment cette tendance puisqu’au 1er rang des professions en cause, nous retrouvons la construction de bâtiments. Il convient de noter que notre étude a été réalisée dans un canton urbain où la plupart des entreprises sont spécialisées dans le service, la représentativité en industrie lourde étant faible. Le processus accidentel le plus cité dans les travaux consultés est l’accident de type marteau burin dans plus de 50 % de cas [3, 13]. Nous retrouvons également une activité liée au métal comme source de risque la plus fréquente, mais le processus le plus courant est le meulage, et les lésions sont surtout de type superficiel (traumatisme oculaire mineur). Cette différence observée au niveau de l’activité génératrice d’accident serait due au fait que la plupart des études traitent des accidents résultant des corps étrangers intra-oculaires.

Deux secteurs d’activités à risque ont particulièrement attiré notre attention : la restauration et le service d’hygiène et propreté. Dans ces deux secteurs d’activité, aucune méthode de prévention oculaire n’est appliquée. La situation est préoccupante quand on sait que la plupart des lésions produites par des accidents dans ces secteurs sont des brûlures, donc des traumatismes oculaires majeurs.

L’ordonnance sur la prévention des accidents et des maladies professionnelles (OPA) de la Suisse [14] et le code du travail en France [15, 16, 17] ne prévoient aucune disposition pénale contre le travailleur en infraction. La seule sanction qui existe en Suisse est une réduction de prime d’assurance en cas de « négligence grave » : terme soumis à l’interprétation subjective du juge. L’employeur supporte certes tous les frais financiers [17], mais il s’agit bien de lutter en priorité pour la prévention de l’handicap visuel qui parfois est irréversible et dramatique pour le travailleur jeune. Afin de prévenir ces accidents, nous souhaitons proposer un amendement de cette ordonnance (Tableau 4).

Outre les déterminants liés aux comportements à risque, nous pouvons évoquer la mauvaise qualité du matériel de protection. La LSIT établie les conditions de mise en circulation d’EPI conformes aux normes Suisse (EN 166) [18]. L’ergonomie des EPI doit être adaptée à l’environnement de travail et au travailleur. Nous recommandons aux entreprises de se doter d’EPI respectant les critères de conformité des normes européennes, tels que définis dans le journal du service de prévention des accidents dans l’agriculture [19] et la documentation de vente de la SUVA [20].

Il convient également de souligner l’importance de la réalisation d’examens ophtalmologiques préventifs. Ainsi selon Parvinen [21], presque 50 % de la population aurait besoin de verres correcteurs. Or aucun des patients accidentés ne mentionnait dans notre étude l’existence d’EPI pourvus de verres de sécurité optiquement corrigés dans son entreprise. Cette disposition est pourtant recommandée depuis 1984 dans les travaux de Saari et parvi [7] et de Parvinen [21]. Aujourd’hui, il est admis que la correction sur les EPI doit être à la fois individuelle et adaptée au poste de travail. Ainsi, Nous recommandons des examens fréquents de la vue pour les travailleurs car une acuité visuelle insuffisante non seulement diminue la qualité du travail, mais aussi accroît le risque d’accident. Dans certaines situations spécifiques, le port de surlunettes est autorisé ; toutefois, les verres de contact sont interdits, sauf pour les employés de bureau.

Il faut également prendre en compte le problème de l’éclairage du poste de travail. Un bon éclairage (norme NF EN12 464-1) améliore en effet la visibilité et diminue le risque d’accident au travail.

Enfin, 6,3 % des patients de notre étude ont été victimes d’accidents à des postes non reconnus à risque. Ce problème mérite plus d’attention car, dans une étude parue en 1992, Jones et Griffith [22] ont rapporté 50,4 % d’accidents survenus dans ces mêmes circonstances. Un travail d’investigation s’impose pour répertorier et redéfinir de nouveaux postes de travail à risque.

Par ailleurs, 66,3 % des accidents sont survenus chez des employés non protégés exerçant des activités pourtant répertoriées à risque contre 19 % dans l’étude de Jones et Griffith [22], ce qui démontre que les membres de notre échantillon ne perçoivent pas l’importance de la protection oculaire qu’ils considèrent comme encombrante et visuellement non confortable, surtout pour les petites tâches rapides.

Aucun des patients ne reconnaît dans notre étude avoir été victime d’un accident dans des conditions d’ivresse. Ce résultat pourrait dissimuler certains comportements à risque au travail dont l’un des principaux est l’ingestion avant et pendant le travail de substances engendrant la dépendance (alcool, autres drogues...). Ce thème est également traité par Dannenberg et al. [11] qui ont mis en évidence 2 % de cas d’accident oculaire au travail chez des travailleurs en état d’ébriété. De nombreuses entreprises éprouvent encore des difficultés à traiter ce problème. Pourtant, les risques liés à la consommation d’alcool ou de produits enivrants sont connus : réduction de la précision, de l’efficacité et de la productivité au travail, ou pire, cause des accidents.

Enfin, le taux de sensibilisation dans notre étude est de 94,3 %. Il ne cadre pas avec la réalité sur le terrain car, il s’agit d’un cours unique sur la sécurité au travail reçu pendant la période d’apprentissage, de la participation à un séminaire annuel dans le meilleur des cas ou de quelques recommandations verbales et rapides faites par le chef d’entreprise, ce qui explique les nombreuses lacunes observées dans ce domaine.

Toutes les mesures que nous proposons pour l’amélioration de la stratégie de prévention primaire dans la lutte contre la persistance des traumatismes oculaires professionnels sont présentées dans le Tableau 4.

Conclusion

La sécurité au travail et la qualité du travail sont des objectifs de valeur égale pour une entreprise. Malgré de nombreux efforts déployés depuis environ un siècle, notre étude montre que 68 % des accidents oculaires professionnels sont dus à la négligence : défaut de sensibilisation, port de lunettes de protection mal adaptées. Lorsque nous y associons les manquements observés dans l’organisation des postes de travail, une évidence s’impose : un accent particulier doit être mis dans la prévention primaire. Nous proposons des recommandations pratiques et ambitieuses. Certes le risque zéro n’existe pas, mais nous sommes convaincus que l’application rigoureuse de ces recommandations nous en rapprocherait davantage pour le bien des yeux, nos organes sensitifs les plus précieux.


 Communication affichée lors du 114e congrès de la Société française d’ophtalmologie en mai 2008.

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