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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 33, n° 3
pages 185-188 (mars 2010)
Doi : 10.1016/j.jfo.2010.01.009
Received : 24 July 2009 ;  accepted : 22 December 2009
Syndrome de Vogt-Koyanagi-Harada au cours d’une hépatite C chronique sous interféron alpha et ribavirine
Vogt-Koyanagi-Harada disease associated with interferon-alpha and ribavirin therapy for chronic hepatitis C infection
 

A. Chebil , F. Kort, R. Bouraoui, N. Ben Youssef, L. El Matri
Service B, Institut Hédi Rais d’ophtalmologie, Tunis, Tunisie 

Auteur correspondant. Service B, Institut Hédi Rais d’ophtalmologie, Boulevard du 9 avril, 1006 Bab Saadoun, Tunis, Tunisie.
Résumé

Les effets immunologiques complexes de la bithérapie associant interféron et ribavirine au cours du traitement de l’hépatite C peuvent aggraver ou déclencher une réaction auto-immunitaire. Nous rapportons un cas rare de maladie de Vogt-Koyanagi-Harada survenue chez un patient suivi pour une hépatite C chronique après institution d’un traitement associant de l’interféron-alpha2a et de la ribavirine. Le rôle potentiel de l’interféron-alpha et/ou de la ribavirine est discuté, en insistant sur l’association entre le traitement de l’hépatite C par interféron-alpha/ribavirine et le développement de la maladie de Vogt-Koyanagi-Harada. Une telle complication ophtalmologique grave exige un suivi ophtalmologique étroit de tous les patients ayant une hépatite C traitée par interféron-alpha.

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Summary

The complex immunological effects of interferon and ribavirin therapy in hepatitis C virus may also exacerbate or trigger the development of autoimmunity. A rare case of Vogt-Koyanagi-Harada disease associated with ribavirin and interferon-alpha treatment for chronic hepatitis C infection is presented. The potential role of interferon and/or ribavirin therapy is discussed. Physicians should be aware of the association between interferon-alpha 2a and ribavirin use for hepatitis C infection and the development of Harada disease. This severe ophthalmological complication requires close follow-up of hepatitis C virus-infected patients on interferon-alpha treatment.

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Mots clés : Syndrome de Vogt-Koyanagi-Harada, Auto-immunité, Hépatite C, Interféron, Ribavirine, Uvéite

Keywords : Vogt-Koyanagi-Harada, Autoimmunity, Hepatitis C, Interferon, Ribavirin, Uveitis


Introduction

La maladie de Vogt-Koyanagi-Harada est une uvéoméningite granulomateuse caractérisée par une inflammation oculaire bilatérale associée à des manifestations systémiques [1]. Cette affection auto-immune chronique dont la physiopathologie demeure encore mal connue survient sur un terrain génétique particulier. Son mode d’action serait auto-immun et impliquerait essentiellement une réponse cellulaire médiée par les lymphocytes T auxiliaires et dirigée contre les antigènes de surface de mélanocytes [2].

Nous rapportons l’observation d’un patient suivi pour hépatite C chronique qui a développé une maladie de Vogt-Koyanagi-Harada trois mois après l’institution d’un traitement par interféron alpha 2a (IFN-⍺2a) et ribavirine.

Observation

Un homme, âgé de 35 ans, mélanoderme, consulta pour une baisse de l’acuité visuelle brutale bilatérale apparue trois jours auparavant et associée à un syndrome méningé. Il était suivi pour hépatite C chronique et traité par IFN-⍺2a et ribavirine depuis 3 mois. Il ne présentait aucuns antécédents personnels ou familiaux notables, en particulier de maladies auto-immunes.

L’acuité visuelle était de 5/10e P6 à droite et de 7/10e P8 à gauche, non améliorable aux deux yeux. L’examen biomicroscopique mit en évidence une panuvéite bilatérale granulomateuse avec, au fond d’œil, des décollements sous-rétiniens multifocaux centraux et périphériques (Figure 1). L’angiographie fluorescéinique montrait aux temps précoces des zones focales de retard de perfusion choroïdienne et des nodules choroïdiens diffus en tête d’épingle et au temps tardif un remplissage progressif du décollement séreux rétinien (Figure 2). À l’angiographie au vert d’infracyanine, il existait une raréfaction vasculaire choroïdienne avec aspect de vasculite choroïdienne (Figure 3). La tomographie en cohérence optique confirma la présence de décollements sous-rétiniens multifocaux. Aucune manifestation auditive ou cutanée n’était constatée au cours de ce premier examen. L’examen du liquide céphalorachidien était normal.



Figure 1


Figure 1. 

(a, b) Fonds d’œil : décollements sous-rétiniens multifocaux associés à des plis choriorétiniens aux deux yeux.

Zoom



Figure 2


Figure 2. 

Angiographie fluorescéinique, (a, b) aux temps précoces des zones focales de retard de perfusion choroïdienne, des pin-points avec un remplissage progressif du décollement séreux rétinien (c, d) aux temps tardifs aux deux yeux.

Zoom



Figure 3


Figure 3. 

Angiographie au vert d’infracyanine : (a, b) raréfaction vasculaire choroïdienne avec (c, d) aspect de vasculite choroïdienne aux deux yeux.

Zoom

Le diagnostic de la maladie de Vogt-Koyanagi-Harada à sa phase aiguë fut retenu selon les critères diagnostiques établis par l’American Uveitis Society en 2001 [3].

L’IFN-⍺2a et la ribavirine furent interrompues et une corticothérapie systémique à forte dose (1 mg/kg/jour) fut instituée après une série de trois bolus de méthylprednisolone (Solumédrol®) de 1 g en intra-veineux associée à un traitement local (corticoïdes et tropicamide).

L’évolution fut favorable au bout de deux semaines, avec une amélioration de l’acuité visuelle à 10/10e P2 et la disparition des décollements séreux rétiniens. La corticothérapie par voie orale fut maintenue pendant 8 mois après la fin des signes cliniques, avec une dégression progressive des doses.

Le patient a été suivi régulièrement pendant 10 mois après le sevrage complet de la corticothérapie avec une évolution stable.

Discussion

La maladie de Vogt-Koyanagi-Harada est une affection multisystémique caractérisée par une panuvéite granulomateuse bilatérale avec un décollement séreux exsudatif multifocal, souvent associée à des manifestations neurologiques, auditives et cutanées [1]. L’étiopathogénie demeure encore imparfaitement connue. Plusieurs théories ont été proposées pour expliquer cette affection. La théorie génétique repose sur la constatation de l’augmentation de la prévalence de l’HLA-BW54, -DR4, -DRW, -DQW3, -DQW3 chez les sujets atteints, et la théorie immunologique, sur la présence de lymphocytes au contact des mélanocytes, et l’intervention d’un processus d’auto-immunité vis-à-vis des peptides tyrosinases des mélanocytes, expliquant la fréquence de cette maladie chez les mélanodermes, ainsi que la présence de macrophages chargés de mélanine dans le liquide céphalorachidien et l’augmentation du rapport CD4+/CD8+ dans le sang [2, 4]. La théorie virale a été avancée en raison de la présence d’un virus mélanotrope - l’Epstein- Barr virus [2, 4]. Plusieurs auteurs ont également montré l’existence d’anticorps anti-rétiniens, en particulier anti-S-arrestine, qui pourrait être une des cibles immunitaires privilégiées de ce syndrome [5].

Il est estimé que 3 % de la population mondiale est atteinte d’hépatite C chronique, dont plus de 50 % sont au stade de cirrhose hépatique. Le virus de l’hépatite C a été également incriminé dans le développement du carcinome hépatocellulaire et diverses maladies auto-immune [6, 7].

Ces dernières décennies, l’association de l’IFN pégylé et de la ribavirine constitue le traitement de référence de l’hépatite C chronique, en permettant d’obtenir jusqu’à 55 % de réponse prolongée [8]. L’IFN-⍺ est une glycoprotéine de la famille des cytokines naturellement produite par les cellules du système immunitaire et est également impliquée dans diverses maladies auto-immunes telles que le vitiligo, l’ulcère de Mooren et la cryoglobulinémie [7, 9]. Ses effets indésirables ophtalmologiques sont nombreux, imprévisibles et parfois sévères. Ils sont subdivisés en complications inflammatoires et en complications vasculaires [10]. La survenue d’une maladie de Vogt-Koyanagi-Harada au cours du traitement par IFN est rare, mais grave, mettant en jeu le pronostic visuel. L’IFN-⍺ et la ribavirine ont une action immunomodulatrice. Les effets immunologiques complexes de la bithérapie associant de l’IFN et de la ribavirine au cours du traitement de l’hépatite C peuvent aggraver ou déclencher l’autoimmunité. En effet, ils induisent une réponse immune de type TH1 et altèrent la réponse de la cellule présentatrice de l’antigène de classe II [11]. Ces mécanismes ont été déjà décrits dans la pathogénie de la maladie de Vogt-Koyanagi-Harada. Lorsqu’ils surviennent sur un terrain génétiquement prédisposé, ils induisent des maladies auto-immunes [12]. Ceci est en faveur du rôle de l’auto-immunité dans la pathogénie de la maladie de Vogt-Koyanagi-Harada.

Cette observation souligne l’importance de la surveillance ophtalmologique rapprochée et systématique des patients suivis pour hépatite C chronique sous IFN-⍺ afin de diagnostiquer précocement les complications ophtalmologiques graves telles que la maladie de Vogt-Koyanagi-Harada. Il est important de ne pas mettre la phase prodromique de la maladie de Vogt-Koyanagi-Harada sur le compte des effets secondaires de l’IFN-⍺2a pour ne pas retarder le diagnostic [8]. Un suivi ophtalmologique régulier, comprenant une mesure de l’acuité visuelle et un fond d’œil, nous semble nécessaire. La réalisation d’un examen systématique à l’instauration du traitement, au 3e mois et éventuellement au 9e mois en cas de poursuite du traitement paraît légitime.

Conclusion

Le syndrome de Vogt-Koyanagi-Harada est une affection sévère, dont l’évolution est émaillée de complications graves mettant en jeu le pronostic visuel. Le phénotype HLA de classe II, la survenue chez les patients suivis pour hépatite C chronique sous IFN-⍺, la découverte d’autoanticorps et la réponse au traitement immunosuppresseur plaident en faveur de l’origine auto-immune de la maladie de Vogt-Koyanagi-Harada.

Conflit d’intérêt

Aucun.


 Ce texte a fait l’objet d’une communication affichée lors du 115e congrès de la Société française d’ophtalmologie en mai 2009.

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