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Journal de radiologie
Vol 91, N° 3-C2  - mars 2010
pp. 431-440
Doi : JR-03-2010-91-3-C2-0221-0363-101019-200909899
le point sur…
IRM de diffusion et pelvis féminin
 

I Thomassin-Naggara [1 et 2], LS Fournier [2 et 3], A Roussel [1], C Marsault [1], M Bazot [1]
[1] Service de radiologie de l’Hôpital Tenon, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, 4 rue de la Chine, 75020 Paris, France.
[2] Laboratoire de recherche en imagerie, U970, Université René Descartes, Paris, France.
[3] Service de radiologie de l’Hôpital Européen Georges Pompidou (HEGP), Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, France.

Tirés à part : I Thomassin-Naggara

[4] 

@@#100979@@

Avec les progrès des techniques en IRM (imagerie parallèle et nouvelles antennes en réseau phasé), l’imagerie de diffusion a pu être utilisée en imagerie du pelvis féminin. Les séquences de diffusion sont utilisées en pondération b1000 et en complément des séquences morphologiques classiques (T2, T1 avec injection dynamique de gadolinium). L’IRM de diffusion optimise la détection des lésions tumorales utérines de petite taille et la visualisation des nodules de carcinose péritonéale, ce qui pourrait avoir un rôle important pour le bilan de l’extension tumorale. En terme de caractérisation, elle se révèle utile pour optimiser l’analyse des tumeurs ovariennes complexes : l’absence d’hypersignal en b1000 d’une portion solide a une excellente valeur prédictive positive en faveur de la bénignité. Elle pourrait également être utilisée pour la caractérisation des lésions endométriales, pour distinguer polype et cancer de l’endomètre lorsqu’une hystéroscopie n’est pas réalisable et enfin pour différencier myome et sarcome utérin. Enfin, l’IRM de diffusion serait utile pour l’évaluation d’une réponse précoce au traitement radio-chimiothérapique des tumeurs utérines et pourrait permettre de suivre la bonne évolution des myomes après embolisation.

Abstract
Diffusion-weighted MR imaging of the female pelvis

Due to technical advances (parallel imaging and new phased-array coils), diffusion-weighted MR imaging can be used to image the female pelvis. Diffusion-weighted (b=1000) images are now acquired as a complement to conventional sequences (T2W, dynamic T1W images after intravenous injection of gadolinium). Diffusion weighted imaging improves the detection of small uterine tumors and the visualization of small implants of peritoneal carcinomatosis, which could play a significant role for tumor staging. It is helpful for characterization of complex ovarian tumors : the absence of hyperintensity on b = 1000 diffusion-weighted images has an excellent positive predictive value for a benign etiology. It could also be helpful to characterize endometrial lesions, to differentiate between endometrial polyp and carcinoma when hysteroscopy is not possible, and to differentiate uterine fibroid from sarcoma. Finally, diffusion-weighted imaging could be helpful to assess the response of uterine tumors to therapy and could confirm a good outcome following uterine artery embolization of uterine fibroids.

Keywords: Diffusion , Uterus , Ovaries , Peritoneum


Introduction

L’IRM pelvienne est devenue au cours de ces dix dernières années la technique d’imagerie principale, après l’échographie, pour l’exploration de la pathologie gynécologique et obstétrique. L’apparition des techniques d’imagerie parallèle a permis l’utilisation de séquences d’IRM fonctionnelle telle que l’imagerie de diffusion au niveau abdomino-pelvien, notamment en permettant de limiter les artéfacts de mouvements en diminuant le temps d’acquisition et d’améliorer la qualité d’image, en diminuant les artéfacts de susceptibilité magnétique des séquences échoplanar. Initialement développée pour l’étude des lésions cérébrales, cette technique permet d’obtenir un excellent contraste tissulaire en pondération b1000, ce qui lui confère un intérêt pour la détection et l’extension tumorale à la fois pour les tumeurs utérines et les nodules de carcinose péritonéale. L’imagerie de diffusion est principalement utilisée en imagerie pelvienne pour mettre en évidence les différences de cellularité reflétées par les différences de coefficient d’ADC entre les tumeurs bénignes et malignes, que ce soit au niveau utérin (tumeurs développées au niveau de l’endomètre, du col et du myomètre) ou pour l’étude des tumeurs annexielles (développées au niveau de la trompe ou de l’ovaire). Enfin, l’imagerie de diffusion aurait des applications dans le suivi sous traitement (réponse des cancers du col sous radio chimiothérapie ou des myomes utérins après embolisation).

Technique et Séquences
1.Acquisition

L’imagerie de diffusion est une séquence complémentaire au protocole d’investigation des pathologies tumorales pelviennes qui comprend classiquement une séquence sagittale pondérée T2, une séquence axiale pondérée T2, une séquence pondérée T1 (sagittale pour les tumeurs utérines et axiale pour la pathologie ovarienne), et une séquence après injection de gadolinium qui sera au mieux effectuée de façon dynamique en pondération T1, afin d’avoir une information sur l’évolution temporelle de la prise de contraste (courbe dynamique de rehaussement). Les séquences de diffusion se placent au sein de ce protocole classique et peuvent être réalisées indifféremment avant ou après les séquences avec injection de gadolinium.

En imagerie pelvienne, la séquence de diffusion est une séquence « EPI single shot » avec des gradients appliqués dans les trois directions en respiration libre. Cette séquence présente un excellent contraste tissulaire en raison du signal très bas de l’ensemble des organes normaux, contrairement à l’hypersignal intense des lésions tumorales [1]. Les pondérations les plus communément utilisées sont le b800 ou b1000 car avec une pondération à b500, l’hypersignal T2 franc de nombreuses structures comme l’urine, la composante kystique de tumeurs annexielles ou l’endomètre contamine le signal en diffusion et gêne la lecture des séquences, notamment pour la détection de petites lésions.

L’un des principaux enjeux de l’optimisation de la séquence EPI est de limiter les artéfacts de susceptibilité magnétique engendrée par l’air contenu dans le tube digestif adjacent, source de distorsion de l’image. Pour cela, il convient de diminuer au maximum le TE en utilisant l’imagerie parallèle et d’élargir au maximum la bande passante (même si elle diminue un peu le rapport signal sur bruit) pour diminuer au maximum le temps d’acquisition. En ce qui concerne la suppression de la graisse, il existe deux types de séquences échoplanar (tableau I). Les séquences dites « classiques » utilisent le « chemical shift selective suppression » (CHESS) qui permet une acquisition de courte durée (importante pour limiter les artéfacts de mouvement) (110 secondes). Un nouveau type de séquence a été proposé par Takahara et al. utilisant le « Short T1 Inversion Recovery » (STIR) pour une suppression de la graisse qui est en général plus homogène. Cette séquence est certes plus longue (210 secondes), mais permettrait une augmentation du rapport signal sur bruit et serait moins artéfactée [2].

2.Post-traitement
2.1. Imagerie en pondération b1000

Les reconstructions MIP peuvent être réalisées dans un plan coronal ou sagittal, pour optimiser la détection et maximiser le rapport signal sur bruit. Cependant, une fois détectées, les lésions doivent être précisément localisées et pour cela il faut contourner l’une des limites principales de l’imagerie de diffusion qui est sa faible résolution spatiale. Dans ce but, il est indispensable au minimum de comparer imagerie morphologique et de diffusion aux mêmes niveaux ou au mieux de fusionner les images de diffusion à l’imagerie morphologique. En imagerie pelvienne, l’imagerie morphologique la plus informative est la séquence en pondération T2, car en plus de l’information anatomique, elle contient une information de signal très utile pour la caractérisation tissulaire. Un tissu très hypointense en T2 traduit la présence de fibrose et est pratiquement toujours bénin [3], alors qu’un tissu en signal T2 intermédiaire est suspect de potentielle malignité. Afin de pouvoir fusionner les images de diffusion et les images en pondération T2, il faut un plan de coupes, une épaisseur de coupes, un espace inter coupes et un FOV identiques. Si l’acquisition des séquences pondérées T2 se fait de façon volumique, une reconstruction peut alors être réalisée avec les mêmes paramètres de plan et d’épaisseur de coupes que la séquence de diffusion, ce qui permettra la fusion des deux modalités (fig. 1).

2.2.Interprétation des cartographies d’ADC

Le coefficient ADC (Apparent Diffusion Coefficient) permet une quantification de la diffusion des molécules d’eau dans les tissus. En pathologie tumorale pelvienne, il existe une diminution de l’ADC dans les lésions malignes par rapport aux tissus normaux, liée à des modifications de la répartition des molécules d’eau entre les secteurs intracellulaires (ayant une diffusion très limitée) et extracellulaires (ayant une diffusion moins restreinte) par augmentation du rapport nucléo-cytoplasmique et de la densité cellulaire. Une limite pour le calcul de l’ADC est la difficulté pour positionner correctement les zones d’intérêt, notamment dans le cas de tumeurs ovariennes complexes comprenant une portion kystique et une portion solide qui peut être de petite taille. Aussi, il est indispensable d’interpréter la cartographie d’ADC en association à la lecture des séquences morphologiques classiques (T2 et séquence T1 après injection de gadolinium).

Détection et extension tumorale
1.Cancer de l’utérus
1.1. Cancer de l’endomètre

Le diagnostic de cancer de l’endomètre est généralement obtenu par biopsies de l’endomètre sous hystéroscopie secondairement à une échographie endovaginale ayant détecté un épaississement de la muqueuse endométriale. L’objectif de l’IRM est donc principalement de faire le bilan d’extension qui conditionne la stratégie chirurgicale. Le cancer de l’endomètre est visible sur les séquences pondérées T2 en signal intermédiaire et peut être difficilement différenciable de la cavité endométriale en hypersignal T2 adjacent [4]. Le grade des tumeurs endométriales (dont un des indices est la cellularité) est corrélé à la profondeur d’envahissement myométrial, facteur pronostique majeur prédictif de l’envahissement ganglionnaire. Aussi, plusieurs auteurs ont évalué l’imagerie de diffusion à la fois pour la détection des cancers (utile en cas de sténose cervicale rendant impossible l’hystéroscopie ou en cas de biopsies non contributives) et l’extension myométriale. Tamai et al. ont montré que les séquences en pondération b1000 avaient une sensibilité de 100 % pour la détection des cancers endométriaux. L’ADC des tumeurs endométriales est significativement plus bas que celui de l’endomètre normal adjacent (0,88 versus 1,53.10-3 mm2/sec), sans chevauchement entre les valeurs ; les tumeurs de haut grade ont un ADC significativement plus faible que les tumeurs de bas grade (fig. 2). Cette dernière donnée peut être utile pour confirmer le grade décrit en pathologie sur les biopsies, qui peut être sous estimé si l’hystéroscopie a été rendue difficile par la présence de myomes ou d’adénomyose. Une des limites de cette étude est la taille des tumeurs étudiées qui étaient toutes supérieures au centimètre, ce qui explique l’excellent chiffre de sensibilité [5]. En effet, la problématique de la détection ne se pose généralement pas sur les séquences morphologiques classiques en T2 ou T1 injectée pour les tumeurs centimétriques, alors qu’elle peut se poser pour les tumeurs mesurant moins de 5 mm. Ce sont donc pour ces petites lésions qu’il est important de trouver des séquences complémentaires pour améliorer leur détection. Inada et al. ont montré que les séquences de diffusion permettaient d’augmenter la sensibilité à 96 % (contre 83 % en pondération T2) pour des tumeurs de petite taille. Cependant, cette étude a comparé les séquences de diffusion uniquement aux séquences en T2, alors que les séquences en pondération T1 après injection de gadolinium ont une précision diagnostique supérieure [6]. Des études complémentaires sont donc nécessaires pour préciser la contribution possible des séquences de diffusion à la détection de lésions endométriales de petite taille.

1.2.Cancer du col

Le cancer du col utérin se présente, sur les séquences morphologiques classiques, sous la forme d’une lésion en signal T2 intermédiaire, se rehaussant de façon précoce et intense après injection dynamique de gadolinium. En imagerie de diffusion, il apparaît en hypersignal en pondération b1000 en raison d’une diminution du coefficient d’ADC dans le tissu tumoral par rapport au tissu normal environnant [7] (fig. 3). L’utilisation d’antennes endovaginales permet de détecter les lésions néoplasiques de plus petite taille (stade Ia et stade 1b1). En couplant l’imagerie de diffusion aux séquences pondérées T2, on observe un gain en terme de précision diagnostique et de concordance interobservateurs [8]. L’utilisation de ce type d’antennes ne saurait être systématique dans le cadre du bilan d’extension des cancers du col, compte tenu de l’inconfort occasionné pour les patientes. Cependant, une utilisation ciblée pour les tumeurs non détectées par l’examen clinique pourrait être utile pour organiser la prise en charge thérapeutique.

2.Carcinose péritonéale

La détection de la carcinose péritonéale est un enjeu majeur en IRM pelvienne pour le bilan d’extension des cancers de l’ovaire. Si l’IRM pelvienne s’est imposée pour la caractérisation tissulaire des lésions, le bilan d’extension apparaît plus simple à réaliser par tomodensitométrie abdomino-pelvienne, en grande partie à cause de la difficulté de l’IRM à détecter les implants péritonéaux qui sont un facteur pronostique majeur de cette maladie. Une étude préliminaire récemment parue suggère que les séquences de diffusion ont une sensibilité et une spécificité de 90 % et 95,5 % pour la détection des implants (fig. 4). Cependant, cette étude a deux limites majeures que sont le faible nombre de patientes incluses (n = 26) et l’absence d’évaluation de la valeur ajoutée de cette séquence par rapport aux séquences morphologiques, alors qu’aucune notion de taille des implants détectés n’est donnée dans cet article. Les gâteaux épiploïques bien visibles sur les séquences en pondération T2 le seront également sur les séquences pondérées en diffusion, comme le montrent les exemples fournis dans ce même article [9]. Dans notre expérience, dans une étude comparant la valeur des séquences pondérées T2 à celle des séquences en diffusion pour la détection des implants péritonéaux, nous n’avions aucune différence significative entre les deux séquences. Cependant, dans notre étude faite sur une série rétrospective de 43 patientes, nous avons étudié des séquences de diffusion EPI classique utilisant une saturation de la graisse type CHESS et non type STIR utilisé par Fujii et al., qui améliorerait la qualité des images en diffusion et permettrait donc d’augmenter la sensibilité de ces séquences pour la détection des implants péritonéaux [2]. D’autres études complémentaires sont donc nécessaires.

3.Métastases ganglionnaires

La présence d’adénopathies pelviennes est un facteur pronostique majeur dans le bilan d’extension des cancers utérins, notamment les adénopathies sus-rénales qui rendent plus difficile le geste chirurgical. Leur détection, dans le cadre du bilan initial, qu’il soit préopératoire ou avant radio et chimiothérapie, est donc fondamentale. Dans une étude sur une cohorte de 50 patientes étudiées avec une IRM 3T, le calcul de l’ADC sur les séquences de diffusion (b1000) permettaient de différencier les adénopathies malignes des bénignes (0,06 versus 0,21 x 10-3 mm2/s, P < 0,001 avec une valeur seuil de 0,10 x 10-3 mm2/s) [10]. Combinés avec les critères de taille (petit axe supérieur à 5 mm, grand axe supérieur à 10 mm ou un rapport grand axe/petit axe > 0,6), les coefficients d’ADC relatifs (normalisés avec la valeur du coefficient d’ADC de la tumeur) permettaient d’augmenter la sensibilité de 25 % à 83 % par rapport à l’analyse des séquences morphologiques isolées (fig. 5). La combinaison des critères de taille aux valeurs d’ADC permettrait d’obtenir une précision diagnostique équivalente à celle obtenue avec les agents de contraste type USPIO [11].

Caractérisation tissulaire
1.Lésions endométriales

Une étude préliminaire a suggéré l’utilité des séquences de diffusion pour différencier les tumeurs endométriales. L’ADC des tumeurs malignes (0,98 ± 0,19 x 10-3 mm2/s) était significativement inférieur à celui des lésions bénignes (1,44 ± 0,34 x 10-3 mm2/s) (P < 0,01) (fig. 6) [12]. Cependant, cette étude a été réalisée sur un nombre faible de patientes (n = 25) et a rassemblé les polypes et les léiomyomes sous-muqueux dans le même groupe des tumeurs bénignes, alors que leur cellularité est probablement très différente. La réalisation d’études complémentaires est indispensable pour confirmer cette hypothèse.

2.Tumeurs annexielles

La chirurgie des masses annexielles est le geste chirurgical le plus fréquent en gynécologie, avec un nombre important d’explorations alors que la pathologie ovarienne s’avère bénigne [13]. L’échographie est l’examen de première intention par excellence, sélectionnant les patientes présentant une masse annexielle complexe pour lesquelles une IRM pelvienne doit être réalisée. Cet examen a une réelle valeur ajoutée, puisque certains signes IRM ont une précision diagnostique de plus de 90 %, comme l’existence d’un shading (signe correspondant à un hyposignal T2 d’une lésion kystique spécifique de l’endométriome ovarien) ou la présence de graisse au sein de la tumeur (quasi spécifique du tératome mature kystique). Dans ces deux cas, l’utilisation de l’IRM conventionnelle morphologique est suffisante pour la caractérisation tissulaire. Mais si on exclut ces deux types de masses ovariennes bénignes, les autres signes classiques en IRM permettant d’orienter vers l’origine bénigne ou maligne d’une masse ont tous une précision diagnostique < 75 %. Aussi, pour ce type de tumeur, il est nécessaire d’utiliser des séquences complémentaires, telles que l’IRM dynamique avec injection ou l’IRM de diffusion, pour améliorer la caractérisation préopératoire de ces lésions.

Dans une tumeur ovarienne complexe, l’absence d’hypersignal b1000 de la portion tissulaire est hautement prédictive de bénignité (PLR = 10,9), supérieur à l’hyposignal T2 de la portion solide (PLR = 5,7), à l’absence de portion solide (PLR = 3,1), à l’absence d’ascite ou de nodules péritonéaux (PLR = 2,3) ou à l’absence de végétation (PLR = 2,3). Lorsqu’une portion solide se présente avec un hyposignal b1000 et un hyposignal en pondération T2, cette tumeur est toujours bénigne dans notre expérience, chez 77 patientes [14] (fig. 7).

En ce qui concerne la quantification de l’ADC, en revanche, nous n’avons pas montré de différence significative entre l’ADC de la portion tissulaire des tumeurs bénignes et l’ADC des tumeurs malignes. En effet, les tumeurs bénignes ovariennes qui ont une portion tissulaire (cystadénofibrome, tumeur de Brenner, fibrome ovarien…) ont également une forte cellularité. Pourtant, malgré cette forte cellularité, elles ne présentent pas un hypersignal sur les images pondérées en diffusion, et donc l’hyposignal en b1000 de la portion tissulaire d’une masse ovarienne est un fort critère prédictif de bénignité. Ce paradoxe peut être expliqué par l’association de deux phénomènes. Dans les tumeurs bénignes présentant un ADC bas pour un signal b1000 faible, il existe un T2 « black-out effect » en raison de leur franc hyposignal T2. Au contraire, les tumeurs qui présentent une valeur d’ADC élevé pour un signal b1000 élevé ont un T2 « shine-through » en rapport avec un signal T2 élevé ou intermédiaire. L’ADC de la portion kystique ne différencie pas les tumeurs annexielles bénignes et malignes [15], [16], [17].

L’absence d’hypersignal b1000 de la portion tissulaire en IRM de diffusion pourrait être utilisée pour sélectionner les patientes ayant un bénéfice à être explorées chirurgicalement devant une masse annexielle complexe. Cet aspect est particulièrement important chez des patientes jeunes où l’un des enjeux thérapeutiques est la conservation de l’annexe.

3.Différenciation myome utérin/sarcome

Même si le léiomyosarcome utérin est une tumeur rare, la différenciation entre myome et léiomyosarcome est importante en imagerie, puisque le diagnostic ne peut être fait par hystéroscopie comme pour les cancers de l’endomètre. Sur les séquences classiques, les léiomyosarcomes se présentent comme de volumineuses masses infiltrant le myomètre, apparaissant en signal T2 intermédiaire, tout comme certains myomes hypercellulaires ou remaniés. Aucun critère spécifique n’existe actuellement, que ce soit sans ou avec injection de gadolinium. Tamai et al. ont évalué les séquences de diffusion pour la différenciation entre le léiomyosarcome et le léiomyome remanié en hypersignal T2 [18]. Cette étude suggère que l’ADC des léiomyosarcomes (1,17 ± 0,15) est significativement inférieur à celui des léiomyomes dégénérés (1,70 ± 0,11) et du myomètre normal (1,62 ± 0,11). Malheureusement, il existait un chevauchement important entre l’ADC des léiomyomes cellulaires (en hypersignal T2 difficilement différenciables des léiomyomes dégénérés sur les séquences morphologiques) et des léiomyosarcomes. Une combinaison des données de diffusion à celles de la perfusion pourrait peut-être permettre d’affiner la précision diagnostique pour ces tumeurs difficiles à caractériser en IRM conventionnelle.

Suivi sous traitement
1.Cancer du col et radiochimiothérapie

Les cancers du col se divisent en deux types de tumeurs : celles de bon pronostic n’ayant pas d’extension paramétriale ou une extension paramétriale très limitée, qui peuvent être traitées par chirurgie et celles ayant une atteinte paramétriale distale qui seront traitées par radiochimiothérapie, limitant ensuite les possibilités thérapeutiques ultérieures en cas de récidive tumorale. Ces dernières nécessitent un monitorage du traitement qui se fait actuellement par résonance magnétique. Une étude récente a montré que l’imagerie de diffusion pouvait permettre une appréciation rapide de la réponse au traitement par radiochimiothérapie deux semaines après le début du traitement, grâce à l’évolution du coefficient d’ADC. L’importance des modifications d’ADC était corrélée à la réponse IRM et à la réponse clinique (p = 0,01 et p = 0,009), alors qu’aucune modification significative de taille n’était encore notée [19]. Il s’agit d’une étude préliminaire sur 32 patientes, très prometteuse pour l’avenir quant à l’application de l’imagerie de diffusion dans le suivi de l’évolution tumorale sous traitement.

2.Suivi post-embolisation de myomes

Les traitements par embolisation artérielle ou par ultrasons focalisés des myomes utérins sont des alternatives au traitement chirurgical. Quelle que soit la technique employée, il existe une diminution significative de l’ADC dans les myomes après traitement [20], [21], montrant encore que l’imagerie de diffusion est une technique qui pourrait être utile pour le suivi sous traitement.

Conclusion

L’IRM de diffusion est une nouvelle technique qui semble avoir de multiples applications potentielles dans le domaine de la pathologie gynécologique, en particulier tumorale, que ce soit pour la détection, la caractérisation ou le suivi des lésions. Les études ne sont encore que préliminaires et méritent d’être confirmées sur des cohortes de patientes plus importantes, afin de déterminer la contribution objective des séquences de diffusion pour le diagnostic et l’évaluation pronostique des lésions. Cependant, il semble maintenant indispensable d’ajouter cette séquence aux protocoles d’acquisition classiques en cas d’exploration de pathologie tumorale gynécologique.

Annexe

Cas clinique

Histoire de la maladie

Cette patiente de 56 ans a une IRM afin d’explorer une masse annexielle complexe.

Questions

1. La séquence pondérée en diffusion (choix multiple) :

  • A. Remplace la séquence pondérée T2.
  • B. Nécessite une injection d’agent de contraste.
  • C. Nécessite une suppression de la graisse.
  • D. Montre les tumeurs malignes en hyposignal.
  • E. Montre les lésions tissulaires en hypersignal.

2. La séquence pondérée en diffusion est utile (choix multiple) :

  • A. Surtout en cancérologie.
  • B. Pour caractériser les lésions annexielles.
  • C. Pour réaliser le bilan d’extension de la carcinose péritonéale.
  • D. Pour détecter les adénopathies.
  • E. Pour évaluer précocement l’efficacité les traitements.

3. Sur les figures 1 et 2, on observe (choix simple) :

  • A. Pas d’anomalie.
  • B. Une lésion annexielle mixte, liquidienne et tissulaire.
  • C. Un kyste de l’utérus.
  • D. Un fibrome utérin.
  • E. Une tumeur du rectum.

4. Sur la cartographie du coefficient de diffusion apparent (fig. 3) :

  • A. L’ascite présente un ADC bas.
  • B. L’ascite présente un ADC élevé.
  • C. Un nodule de carcinose est visible.
  • D. Le nodule présente un ADC bas.
  • E. Le nodule présente un ADC élevé.

La patiente a eu une chirurgie de cytoréduction optimale. Quatre mois plus tard, elle présente des métrorragies. Une IRM est réalisée à nouveau avec des séquences pondérées en diffusion et en T2 (fig. 5 et 6).

5. Ces séquences mettent en évidence au niveau du périnée (choix multiple) :

  • A. Pas d’anomalie.
  • B. Un kyste de Bartholin.
  • C. Une image en hypersignal en diffusion évocatrice de localisation urétrale.
  • D. Une image en hypersignal en diffusion évocatrice de localisation vaginale.
  • E. Un abcès.

Réponses

1. C et E

2. A, B, C, D et E

3. B

4. B, C et D

5. C et D

Figure 1

Coupe axiale sur le pelvis pondérée en diffusion.
Figure 2

Coupe axiale sur le pelvis pondérée en T2
Figure 3

Cartographie ADC.
Figure 4

Même niveau de coupe que la figure 3, en pondération T1 après saturation de graisse et injection de gadolinium.
Figure 5

Coupe axiale à hauteur du vagin pondérée en diffusion.
Figure 6

Coupe axiale à hauteur du vagin pondérée en T2.
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